‹ Recueil de documents sur l'Asie centraleChapitre 16 sur 26 · II. Horde des K'azaks de la droite · texte numérisé non relu

II. Horde des K'azaks de la droite

Description générale.

Le territoire qu'occupe la horde des K'azaks de la droite est, dans la direction de l'est, à deux mille li de celui où réside la horde des K'azaks de la gauche : du côté du nord, il s'étend jusqu'aux frontières de la Russie, du côté du sud-ouest il touche au pays de Tachkend.

La horde des K'azaks de la droite porte le nom de Ourak yous ; son K ' an s'appelle Abilis ; il a trois bartou ^ qui s'appellent Doulibaï, Kouîgerdo, Sasakbaï. Abilis,

' Lieutenants ou vice-gouverneure.

qui réside dans la ville de Tachkend, ne s'occupe d'aucune affaîi-e : c'est Doulibaï qui en réalité tient en mains les rênes du gouvernement.

Les mœurs des K'azaks de cette horde sont à peu près les mêmes que celles des K'azaks de la gauche.

Ce pays est sur la frontière occidentale de l'ancien royaume de K'ang tçiu (Sogdiane).

Histoh^e contemporaine.

Ablaï avait dit ce qui suit à Chounn to na : «Nous autres K'azaks nous sommes divisés en trois Yous, comme les Dzongars sont partagés en quatre Oueïrad ^ : le yous d'Odour est celui que je gouverne : les autres sont ceux de Gidsik, d'Ourak, que mes parents régissent. Il faut qu'ils AÎennent tous se soumettre à l'empire du Milieu. > Il envoya alors dans les autres yous son frère cadet Aboul bis.

Sur ces entrefaites le Ts'ann tsann Fou To, poursuivant les armes à la main le rebelle K'azak Sira, arriva aux frontières du teiTitoire de la horde des K'azaks de la gauche; il envoya les officiers Mongourdaï et 'Ho chann pour pacifier cette contrée, tandis que lui même faisait camper son armée sous les murs de la ville de Mangegen.

I^lj ^yp, tribus. A l'époque de son indépendance la Dzongarie était divisée en quatre Oueïrad, en mongol dourben Ouéirady les quatre alliés; c'est peut-être bien de ce mot mongol qu'est^venue la dénomination d'Eleuies ou EUmthe».

Daus ce temps là Doulibaï était justement en guerre avec le mahométan de Taclikend, Dourdclian, qu'il parvint, non sans difficulté, à vaincre. (On peut voir les détails sur cette guerre au livre suivant, dans la notice sur Taclikend.)

C'est alors que Doulibaï, attiré par la vertu de l'empereur et craignant sa puissance, se rendit à l'armée de Fou To pour faire sa soumission. Il ofl^rit des chevaux en présent et adressa une pétition pour demander la permission de faire sa soumission.

«Depuis fort longtemps, disait-il dans cette pétition, je désirais faire ma soumission : mais, habitant un pays éloigné, situé à l'extrémité de vos frontières, et de plus empêché par les Dzongars, je n'avais pu avoir de relations avec vous. Dernièrement j'ai appris que les K'azaks de gauche avaient fait leur soumission, et avaient été comblés de bienfaits par l'empereur, et que de plus un envoyé impérial venait sur mon territoire. Je prie Votre Majesté de me permettre de recevoir ses instructions, et d'être compté parmi ses sujets : ce dont j'aurai une joie et un plaisir sincères. Je vais envoyer mon fils à la cour pour qu'il voie l'auguste visage de Votre Majesté et pour qu'il y soit élevé. Je désire faire tous les efforts possibles et imaginables pour répondre aux volontés de Votre Majesté.»

La vingt -troisième année (1758) Doulibaï envoya à la cour son fils Djolan, et le frère de Kouigerdo, Bosorman. Ils furent tous deux invités au festin impérial à la villa de P'ann chann tsing tçi, et suivirent l'empereur

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au Nann yuann ^ qu'ils visitèrent en détail, et où ils assistèrent à des feux d'artifice : Us reçurent de nombreux bienfaits de la munificence de l'empereur.

Description physique.

Le territoire de la horde des K'azaks de la droite est situé entre les 43® et 45® latitude nord, et par le 45® 48' longitude ouest de la capitale (Péking).

Il est limitrophe, à l'est, du territoire des K'azaks de la gauche, au nord -est, de la frontière nord-ouest de l'Ili, au sud, des pays des Bourouts, d'Andîdchan, de Namangân, etc.

Du côté de l'ouest il est à environ six cents li de Tachkend; du côté du nord il s'étend jusqu'à la montagne ^ J!S !^ Itik. C'est là que se trouvent les K'azaks septentrionaux. Au sud sont le ^ ^ Gegen et le ^ ^ ^ Namour koul ; au sud se trouve 1^ ^ ^ ^ Yakar koul puis, au sud-ouest, le ^ ^ Sir koul (Syr déria). On rencontre ensuite

à l'ouest, le ^ 0Ô* ^ Sakas koul,

au nord, le ^ :|& ^ Talas koul.

A l'est du Gegen koul, près du Talas koul, sont les deux lacs de ^ :|& J$ ^ Karakour et de ^ ^ -^ Dabousoun.

1 Le "^ ^5^ Nann yuann, ou, comme on l'appelle plus communément 1^ -5^ *iiaï tseu, est un parc enclos de murs situé au sud de Péking et cinq fois aussi grand que la ville elle-même : il s'y trouve en quantité des cerfs, des antilopes, des lièvTcs, etc. C'est pour ainsi dire la chasse réservée de l'empereur.

Entre le Sakas koul et le Sir koul il y a une suite de pics qui portent les noms de

^ P^ tL ^ Mouhou djar,

^ ^ j^ :^ ^ Kara djokdo,

^ W ^ ^ Manggasilou,

^^éiWi Gegenas.

Au nord de ces collines est un grand lac qui porte le nom de J^ "^ ^ Tengliiz^; il a plusieurs centaines de li de tour; c'est en réalité une petite mer.

Sur la rive sud-est de cette mer se trouve une tribu appelée Char; au sud du Sakas koul est la ville de Dalacli et celle de Koladjouk; au nord-ouest du Sir koul est la ville de Bolak : à Test de celle-ci est la cité de Naouak, puis au sud celle de Kaodak. Si de cette dernière ville on se dirige vers l'ouest et on traverse le Sir koul, on trouve la ville de Tachkend. Cette ville est située en deçà des frontières des K'azaks de droite, mais forme elle-même une tiûbu indépendante.

Extrait des Annales sur les K*azaks de droite.

I. Extrait des Annales des 'Hann, Description du Si yu. Le K'ang tçiu a cinq rois vassaux : les rois de Sou to qui réside à la ville de Sou to ; de Fou mo qui habite la ville de Fou mo ; de Yué t' o qui réside à la ville de Yué fo; de Pinn dont la capitale est la ville de Pinn, et enfin d'Ao tçienn gouvernant la ville d'Ao tçienn.

> C'est le nom donné pur les Mongols à la mer Caspienne.

II. Extrait des Annales des Tsinn, Description du Si yu. Le royaume de K'ang tçiu est à deux mille li environ au nord-ouest du pays de Ta yuann ; il est voisin du Chou ko et du Y lié. Son souverain réside dans la .ville de Sou tché. Les mœurs, la physionomie des habitants de ce pays sont presque semblables à ceux du Ta yuann : les costumes des habitants des deux pays sont également les mêmes.

Le climat de la contrée est tempéré. Le sol produit en abondance des Dryandra cordata^ des saules et des vignes. On y trouve beaucoup de bœufs et des moutons, ainsi que d'excellents chevaux.

Durant les années Taï ché (265 à 275), le roi de ce pays, Na pi, envoya un ambassadeur à la cour pour demander l'investiture et offrir de magnifiques chevaux.

ni. Annales des Oueï, Description de Si yu. Le royaume de Tcho cho est au nord-ouest du P'o lo na*, a quinze mille quatre cent cinquante li de Taï (tchéou)^. La troisième année T'aï yenn (437) il envoya un ambassadeur à la cour pour offrir tribut, et depuis cette époque ne cessa de l'envoyer.

IV. Extrait des Annales des T'ang, Description du Si yu. Le royaume de Ché, appelé aussi Tché tché,

* 1^ t'ong. On lui donne aussi le nom de Elœococca vemicifera (Perny). ^ ^ *^ iP P'o lo na = Ferghana.

3 f^ jj\ Taï tchéou dans le Chann si.

Tché tcho, Tcho cM\ se trouvait sur la frontière septentrionale du Ta yuann de l'époque des 'Hann. Au nord-est de ce pays sont les T'ou tçué (Turcs) occidentaux; au nord-ouest est le Po la; à deux cents li dans la direction du sud est lé Tçiu tchann t'i; à cinq cents li vers le sud-ouest se trouve le K'ang^.

Cet état a environ mille li de circonférence. H est situé sur la rive droite de la rivière Sou yé; le nom de famille du roi est Ché; la capitale est la ville de Tché tché. C'est l'ancienne ville de Yu t'o, vassale du K'ang tçiu. Au sud-ouest est la rivière Yao cha qui sous le nom de rivière de Tchenn tchou^ entre dans l'empire du Milieu. On l'appelle aussi rivière de Tché*; il y a de hautes montagnes dans la direction du sud-est.

La première année Ta yé des Soueï (605) les T'ou tçué (Turcs) occidentaux tuèrent le roi de ce pays et mirent à la tête du gouvernement T'o lo p'ou.

La troisième année Chienn tç'ing (658), le territoire de la ville de Kann tçié devint le gouvernement de Ta yuann. La première année K'aï yuann (713) l'investiture du royaume de Ché fut donnée au prince de cet état, nommé Mo 'houo tch'ou tou tounn, en récompense des services qu'il rendit. La vingt-huitième année (741)

* Ç Ché (pierre); j^ ^ Tché tché; j^ jj^ Tché tcho; ^ ^

Tcho ché (= Chach ou Tchadj, écrit aussi ^^ ^f\)i i^^m du tenîtoire de Tachkend (bourg de pierres).

' J^ K'ang était la capitale du Sou toui chana. K'ang = Samarkand; Sou toui chana = Osrouchnach.

jff &r jteT Tchenn tchou *ho, rivière des vraies perles.

^ 1^ Tché 'ho.

on lui accorda le brevet de roi de Cbounii y. Dans les années T'ieim pao (742 à 756) on donna l'investiture à sou fils Na tçiu tch'o pi ché, avec le titre de roi'Houaï 'houa, et on lui conféra un brevet écrit sur une plaque de fer\

Dans la suite, Kao Sienn-tcbé, gouverneur d'Ann si*, fit une campagne contre lui, s'en empara et le livra: le mallieureux roi fut décapité à la porte même du palais ^ Son fils s'enfuit chez les Ta ché* pour leur demander du secours : avec leurs troupes il attaqua et prit la ville de Tanlos et battit l'armée de Kao Sienntché : puis il soumit les Ta ché eux-mêmes.

Dans l'année Pao yng (7 G 2) il euA^oya un ambassadeur à la cour pour oiïrir tribut.

Observations.

A partir du territoire des K'azaks, on trouve dans la direction du sud-ouest de vastes solitudes et de larges déserts pendant l'espace de deux mille li environ. Les K'azaks qui n'ont ni villes ni cités et vont là où il y a de l'eau et des pâturages, sont au nord-ouest des Dzongars. Cela s'accorde avec ce que disent les Annales des 'Hann, que les Ou sounn sont limitrophes au nord-ouest du K'ang tçiu : le territoire des K'azaks,

^ "^ 0i ifd* -^^^ ^^ ^'^"> district do Tartarie occidentale.

* Les -y^ ^ Taché (Tadjiks), d'origine persane, habitaient près des Bolor. A répo(iue des Tang ils furent confondus avec les Arabes. Voyez sur les Taché E. Bretschneider, (hi Uie knowledge possessed hy the ancient chinese of the Araftit and arabian colonies and oUier western countries ... p. 6 et suiv.

comme nous l'avons déjà expliqué précédemment, est donc l'ancien pays de K'ang tçiu.

Mais, d'après les Annales des 'Hann, le Ta yuann était au nord contigu au K'ang tçiu, et les Ou sounn touchaient au Ta yuann à l'ouest. Le Chiéou tounn et le Tçuaim ton s'étendaient au nord-ouest jusqu'au royaume de Ta yuami qui, selon le Chê tci^ était un état sédentaire, possédant des villes et dont les habitants se livraient à la culture de la ten-e. Le Ta yuann était donc à l'ouest des Ou sounn, au sud du K'ang tçiu, au nordouest du Chiéou tounn et du Tçuann ton.

La frontière occidentale de la horde actuelle des K'azaks de la droite s'étend jusqu'à Tachkend, oîi • réside son k'an Abilis. Dans la contrée située au nord-ouest et au nord-est de cette ville il y a encore des tribus qui possèdent des villes. 11 en résulte que le territoire de la horde actuelle des K'azaks de la droite doit être identifié avec le pays des cinq petite rois vassaux du K'ang tçiu. Sa frontière sud-ouest touchait à la frontière méridionale du Ta yuann, ce qui explique la phrase suivante des Annales des Tsinn et des Oueï : «Le K'ang tçiu et le Tcho cho étaient au nord-ouest du Ta yuann et du P'o lo na.»

Nous lisons dans la préface des poésies composées par l'empereur : «Le Ta yuann était un état très puissant et florissant; les possesseurs de fiefs qui en dépendaient étaient fort nombreux. Les K'azaks devaient faire partie de cet état.» Nous voyons en effet que les frontières du Ta yuann et du K'ang tçiu sont contigues.

et l'on peut penser avec raison que des tribus de ce dernier pays, comme par exemple la horde des K'azaks de gauche, aient été vassales du Ta yuann.

Le royaume de Ché des Annales des T'ang était habité par les descendants du K'ang tçiu de l'époque des ' Hann. 11 était un peu au nord des états gouvernés par les souverains de Tchao vou^ D'après l'état actuel des lieux sa frontière orientale devait aller jusqu'au Talas koul, mais sa frontière occidentale devait être encore bien plus loin ; elle devait aller jusqu'au sud-est de Tachkend, voisine ainsi d'Andidchan et autres villes. Aussi est-il dit qu'il se trouvait à la frontière septentrionale du Ta yuann.

Au-delà du royaume de Ché étaient encore les états de Ts'ao, de Mi, de K'ang, de Ché, de /Ho, d'Ann, d'A, de 'Houo sinn, de Vou^, etc., vassaux du royaume de K'ang tçiu. Situés au nord des monts Tçi lienn, derrière la ville de Tchao vou, ils s'appuyaient un peu au sud sur les Ts'ong ling. Le territoire qu'ils habitaient avant d'avoir émigré, correspond au territoire de la horde actuelle des K'azaks de la droite; celui où ils s'établirent plus tard correspond aux pays voisins d'Andidchan, Kokand et autres villes.

(On verra des détails sur tout cela au livre suivant, Notice sur Namangân.)

' W ;^ J^ (= Samarkand); ^ jSf (= Kord), ^ (= Bok'ara). î^ ^, J^ ^

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