‹ Recueil de documents sur l'Asie centraleChapitre 17 sur 26 · I. HOEDE DES BOUROUTS ORIENTAUX · texte numérisé non relu

I. HOEDE DES BOUROUTS ORIENTAUX

Description générale.

Le territoire qu'occupe la horde des Bourouts orientaux est situé au sud-ouest de la Dzongarie, au nordouest des tribus mahométanes, à la base septentrionale des Monts célestes, tout près des Ts'ong ling. Il est à quatorze cents li de THi, au nord-est duquel il se trouve; et à sept cent quatre-vingt-dix li d'Aksou, au sud-est.

La horde des Bourouts orientaux est divisée en cinq tribus dont les trois suivantes sont les plus considérables : Celle qui occupe l'Otok^ de Sayak'; elle obéit à plu-

1 Les Bourouts sont les K'ara Kirghiz ou Kirghiz noirs, appelés aussi Kirghiz sauvages.

* Les 2r)J ^^ tableaux chronologiques des noms sous lesquels les pays de l'Asie centrale ont été connus aux différentes époques de l'histoire chinoise, qui forment les livres 4 et 5 du Si yu Cou tché, donne les indications suivantes : «Les Bourouts orientaux ont été appelés:

Sous les *Hann occidentaux (ou antérieurs) qui régnèrent de 206 av. J.-Ch. jusqu'à 25 ap. J.-Ch. ^|^ «^ ^ ^{ Pays situé à la frontière occidentale des Ou sounn;

Sous les Oeï septentrionaux (To ba), 386 à 635, ijfr ^^ B| Royaume de Fo lou;

Sous les T'anè (618 à 907) ^ ^ Pou lou, ou ^ :^ Po liu.

3 8J J^ "é* Otok est expliqué dans le Dictionnaire des noms de l'Asie centrale Si yu Cony ouenn iché, par 5fê ipw ^j>^ ^^ endroit où l'on mène les troupeaux paître.

sieurs chefs dont le premier porte le nom de T'ourou ki baï; elle se compose de mille familles environ. Celle qui occupe TOtok de Sara bak'achi : elle obéit à plusieurs chefs dont le premier porte le nom de Tcholikdzî; elle compte aussi environ mille familles. Il y a encore une autre tribu qui habitait autrefois près du Talas, sous le commandement de plusieurs chefs dont Maïtak était le premier : elle compte enyiron quatre mille familles.

Tous ces chefs de tribu sont indépendants les uns des autres; chaque année ils font choix d'un des leurs qui s'occupe du gouvernement général et à qui toutes les affaires sont soumises. Ce Tchang ou président de la confédération^ est nommé Mamouk k'ouli, et n'est que pour un temps à la tête de toutes les tribus.

Quant aux mœurs et au caractère de ces Bourouts orientaux, les voici : ils aiment le profit et se plaisent aux querelles^ ils considèrent beaucoup l'art de mener paître les troupeaux ; ils ont pour occupation de labourer et de planter; ils craignent excessivement les lois.

Les anciens pâturages des Bourouts orientaux étaient Gegen Karkira et Temourdou : chassés de ces pâturages par les Dzongars, ils allèrent vers l'ouest se réfugier dans les environs d'Andidchan; lorsque la Dzongarie eut été entièrement soumise, ils purent recouvrer leur ancien territoire.

ou J^ -^ chef d'un tchogol^an (Meunf , ou confédération).

Histoire contemporaine.

La vingt -troisième année Tç'ienn long (1758) les troupes du maréchal Tchao ' Houeï, poursuivant le rebelle K'aissak Sira, s'approchèrent des frontières du territoire des Bourouts orientaux. Tourouki baï, ayant manifesté le désir de faire sa soumission, le maréchal Tchao ' Houeï envoya les officiers de la garde impériale Ourteng et Toroundaï pour la recevoir.

Au bout de quelques jours de marche ces officiers arrivèrent au campement de Tourouki baï, appelé Djoumk'an. Le décret impérial (qui acceptait la soumission des Bourouts) fut reçu avec beaucoup de respect, et, quand la lecture en eut été achevée, tous les hommes des deux Otok de Sayak' et de Sara bak'achi firent neuf prosternations en se frappant le front de leurs mains et dirent:

«Depuis longtemps nos tribus songeaient à se soumettre à Tempereur (de la Chine), mais jusqu'ici elles n'avaient pu mettre à exécution ce désir, empêchées, comme elles l'étaient, par les Dzongars. Elles ont pu obtenir à présent d'être sujettes de l'empereur : c'est là un bonheur auquel elles n'osaient pas penser.»

Ayant ainsi parlé, tous se prosternèrent de nouveau, en remplissant l'air de leurs cris d'allégresse.

Ochébor, fils de Maïtak, chef de la tribu de Talas, se trouvait là par hasard : il manifesta le désir de se soumettre avec toute sa tribu; à cette nouvelle Toroundaï et son collègue se rendirent au campement de cette tribu

de Talas. Us y arrivèrent au bout de six jours de marche et reçurent la soumission de toute la tribu. De la sorte, toutes les tribus des Bourouts orientaux se trouvèrent soumises.

Mamouk K'ouli, dont nous venons de parler, était âgé de plus de quatre-vingt-dix ans; il était d'une forte corpulence. H s'asseyait ordinairement les jambes croisées, de sorte que son ventre traînait à terre; son obésité l'empêchait de faire de grandes courses. H envoya à l'armée de Tchao 'Houeï les trois chefs Tcholikdzi, Tourkibaï et Nicha, pour offrir cent bœufs et moutons. Ces trois chefs reçurent l'ordre d'aller se présenter à l'empereur qui les invita à le suivre aux chasses de Moulan, puis à un festin dans le jardin de Ouann chou oîi ils assistèrent à des feux d'artifice et à des illuminations de toutes sortes.

Lorsque ces trois chefs étaient arrivés au camp de Tchao ' Houeï, celui-ci les avait invités à un festin, leur avait fait visiter le camp et avait ordonné à ses troupes d'exécuter divers exercices sous leurs yeux. Les trois chefs Bourouts avaient été fort étonnés de ce qu'ils virent et avaient dit au maréchal:

«Nous avions déjà entendu vanter l'excellence des arcs et des flèches de vos soldats, mais ce que nous ne connaissions pas, c'est l'habileté de vos archers dont les traits ne manquent jamais leur but, et transpercent plusieurs cuirasses supeqiosées les unes sur les autres, de vos archers qui peuvent tout à la fois décocher à droite et à gauche cinq flèches, et de vos cavaliers qui sautent

à bas de leurs chevaux, y remontent d'un saut et s'y tiennent debout. De même, nous n'avions pas encore vu trois arquebuses placées sur un seul cheval partir tout ensemble.

«Les Dzongars qui nous tenaient sous un joug tyrannique ont été battus et détruits; les K'azaks, qui se prévalaient de leur force et de leur puissance, se sont soumis rien qu'à la nouvelle de l'approche de votre armée : comment donc, nous, qui ne sommes qu'une toute petite tribu, aurions-nous osé ne pas faire aussi notre soumission?» et ils ne cessèrent tous de pousser des soupirs de terreur.

Ce territoire s'étend du 41*^ 30' latitude nord au 42^; du 41® 30' au 43® 30' longitude ouest de la capitale (Péking). H se trouvait jadis sur la frontière occidentale du territoire occupé par les Ou sounn.

Durant la vingt-sixième année (1761), le chef d'une autre tribu de la horde des Bourouts orientaux, Emour beg, vint en deçà des frontières s'établir avec toute sa tribu. H envoya à la cour son frère cadet Mouroud faire sa soumission et offrir en tribut des cueillères ^ ; il demandait de plus que l'empereur voulût bien lui assigner un territoire. L'empereur le loua beaucoup et conféra à Emour beg le bouton de troisième rang.

- ïiXTRAIT DES AnNALES SUR LE PAYS DES BoUROUTS ORIENTAUX.

n. Extrait du Peï ché. Description du Si yu. Le royaume de Po lou est situé au nord-ouest du royaume

d'A kéou tçiang; il se trouve à treize mille neuf cents li de Taï (tchéou).

II. Extrait des Annales des T'ang, Description du Si yu. Les grands Po liu que Ton appelle aussi Pou lou sont à l'ouest des T'oufan (Tibétains). Leur territoire est limitrophe de celui des Petits Po liu.

Depuis les années Ouann soueï t'ong fienn jusqu'aux années K'aï yuann (690 à 742), ils envoyèrent des ambassadeurs à la cour par trois fois.

Les Petits Po liu sont à plus de neuf mille li de la capitale (des T'ang); ils sont à trois mille li de la résidence du Ts'ann p'ou (rGyalpo ou roi) du Tibet; à huit cents li de Ou tchang qui en est à l'est. A trois cents li au sud-est sont les Grands Po liu ; à cinq cents li au sud est le Kachmir; à cinq cents li au nord est la ville de P'o lo, des 'Hou mi.

Le roi réside dans la ville de Nié to, sur les bords de la rivière So y. A l'ouest de cette ville se trouve, sur la cime d'une montagne, une grande cité qui porte le nom de Tçia pou lo (Kaboul).

Dans les premières années K'aï yuann (vers l'an 713), leur roi Mokin mang vfait à la cour présenter ses hommages à l'empereur. L'empereur Yuann tsong retint son fils et fit - de son territoire le gouvernement de Soueï yuann. Cet état attaqua les T'oufan (Tibétains) qui le réduisirent plusieurs fois à l'extrémité. «Ce n'est pas votre pays, disaient les T'oufan aux Po liu, que nous désirons posséder; nous ne voidons que vous demander

passage sur votre territoire pour aller attaquer les quatre gouvernements \ » Mais, avec le temps, les T'oufan s'emparèrent des neuf villes de Mokin mang ; ce dernier vint demander du secours (aux T'ang). Le Tsié tou ché (gouverneur) de Peï t'ing (Ouroumtsi), Tcliang Chiao-song envoya Tcliang Sseu-li, sous-gouverneur de Sou lo (Kachgar), lui porter secours à la tête de quatre mille excellents soldats. Tchang Sseu-li se hâta de marcher en avant. Mais, sur ces entrefaits, Mokin mang, s' étant mis en campagne, battit complètement les T'oufan et leur reprit les neuf villes qu'ils lui avaient enlevées. Un décret impérial nomma Mokin mang roi des Petits Po liu; Mokin mang mourut peu après.

Depuis cette époque les Po liu n'offrirent plus de tribut. Le gouverneur d'Ann si fit trois campagnes contre eux pour les y forcer, mais cela ne servit de rien.

La sixième année T'ienn pao (747) l'empereur ordonna au vice-gouvenieur Kao Sienn-tché d'aller châtier ce peuple : ce général soumit complètement le pays. Les états de Fo linn*, de Ta ché^ et soixante-douze autres royaumes furent plongés dans la terreur et firent leur soumission. Le roi des Petits Po liu, fait prisonnier, fut

* Sous les T'ang le Si yu fut divisé on qnatre J» tchenn ou grands gouvernements; en voici les noms:

l** Koueï tseu (lo Koutché actuel).

2*» Yenn tçi (le K'arachar).

3** Sou lo ou Chou lo (le Kachgar).

4« Pi cha (le K'oten).

2 Sur le iffi TJajr Fo linn, voyez Bretschneider, ouvrage cité p. 23 et suiv.

' Voyez la note 4, p. 148.

amené à la capitale (des T'ang). Un décret impérial changea le nom de ce pays en celui de Koueï jenn (qui revient à la vertu ^), et y établit le gouvernement de Koueï jenn.

Observations.

Les Bourouts de nos jours sont les Po lou ou Po liu de l'époque des T'ang.

Le commentaire des poésies composées par l'empereur jette beaucoup de clarté sur ces contrées, et, éclairant l'antiquité sans laisser place au moindre doute, peut être appelé la Boussole de la Géographie (du Si yu). On y trouve le résumé des divers changements de dénominations qui ont eu lieu depuis l'époque des T'ang jusqu'à nos jours.

Nous lisons dans les Annales des 'Hann le passage suivant :

«Le pays des Ou sounn est limitrophe au sud des royaumes qui ont des villes et des cités.»

Ce que l'on appelait alors les «royaumes qui ont des villes et des cités», c'étaient les trente-six états situés au sud des Monts célestes, à l'est des Ts'ong ling. Toute la frontière septentrionale du territoire qui s'étendait entre Tch'o ché à l'est et Sou lo à l'ouest était limitrophe du pays des Ou sounn : seulement le pays des Ou sounn était au nord des Monts célestes, tandis que les trente-six états s'en trouvaient au sud.

Le Kachgar actuel est Tancieii territoire de Sou lo; au delà des montagnes on trouve au nord les tribus bourouts de Sayak' et de Sara bak'achi : les frontières du territoire occupé par ces deux tribus et celles de Kachgar sont perpendiculaires l'une à l'autre. Il est évident d'après cela que le pays actuel des Bourouts était, à l'époque des 'Hann, celui des Ou sounn. Nous lisons en outre:

«Les Ou sounn occupaient primitivement le territoire de Saï. Le roi de Saï, battu et refoulé à l'ouest par les grands Yué ti, traversa les Passages suspendus, tandis que les vainqueurs s'établissaient sur son territoire. Dans la suite, le Kounn mi des Ou sounn battit les grands Yué ti qui, se retirant vers l'ouest, soumirent le Ta chia (Bactriane); le Kounn mi des Ou sounn s'établit sur le teiTitoire des grands Yué ti.»

Tout cela prouve que les Yué ti, avant d'avoir été chassés par les Ou sounn, occupaient le territoire de Saï, au nord des Ts'ong ling.

Nous y voyons encore «que dans l'ouest du royaume d'Outcha il y a des passages suspendus».

Le royaume d'Outcha étant l'actuel Badak'chan, il en résulte que les montagnes où se trouvaient les passages suspendus devaient être au sud des Ts'ong ling de nos jours, à l'ouest du Badak'chan, et que l'ancien territoire du royaume de Saï devait être au nord-est du Badak' chan.

Une fois que le roi de Saï se fut retiré au-delà des passages suspendus, son territoire fut possédé par les

grands Yue ti ; lorsque les Yué ti eurent soumis le Ta chîa, le pays de Saï passa aux mains des Ou sonnn. La contrée habitée actuellement par les hordes bourouts est juste au nord des Ts'ong ling, au nord-est du Badak'chan : c'est de là qu'autrefois le Kounn mi des Ou sounn chassa les Yué ti, et il n'y a pas le moindre doute qu'elle devait former la frontière occidentale des Ou sounn,

H est dit encore dans les Annales des 'Hann : «Les Ou sounn ne cultivent point la terre, ni ne plantent point d'arbres : ils vont là oîi il y a de l'eau et des pâturages; leurs mœurs sont semblables à celles des Chiong non.» Or, les Bourouts orientaux de nos jours n'ont ni villes ni cités, et vont dans les lieux où ils peuvent trouver de l'eau et des pâturages : ils ont des mœurs semblables à celles des tribus dzongars qui habitent un peu à l'est : ils sont évidemment les Ou sounn d'autrefois.

A l'ouest des Bourouts sont les villes de Kokand, d'Andidchan et de Marghilan : ces états, qui sont sédentaires et ont des cités, formaient, du temps des ' Haiin, le royaume de Ta yuann. En effet, à cette époque, nous voyons que les Ou sounn étaient limitrophes à l'ouest du Ta yuann et que les mœurs de ces deux pays différaient totalement : les habitants de ce dernier état, nous dit le Ché tçi^ étant sédentaires, cultivant la terre, ayant des maisons et des villes.

D'après le Pet ché le royaume des Po lou était au nord-ouest d'Akéou tçîang, et le royaume d'Akéou tçiang était au sud-ouest de Cha tçiu; dans l'ouest d'Akéou

tçîang se trouvaient des montagnes à passages suspendus, ce qui s'accorde avec l'assertion contenue dans les Annales des 'Hann que «dans l'ouest du royaume d'Où tcha il y a des passages suspendus». Le royaume d'Akéou tçiang devait donc être bien proche du Badak^chan actuel. Les Po lou de l'époque des Oueï étaient au nord-ouest d'Akéou tçiang, c'est-à-dire au nord-ouest de l'actuel Badak'chan. Les descriptions données s'accordent parfaitement, et d'ailleurs Po lou et Pou lou sont synonymes: la seule différence que l'on peut remarquer entre ces deux noms vient de ce que les mots étrangers n'ont pas de prononciation bien établie. Ces noms se sont transmis de bouche en bouche et ont fini par se corrompre à la longue, et si on peut les identifier avec les anciennes appellations, c'est que celles-ci ont continué à subsister.

n. Horde des Bourouts occidentaux^

Description générale.

Le territoire des Bourouts occidentaux est à trois cents li au nord-ouest de Kachgar. La route qui y conduit passe par les Ts'ong ling et Och. H est situé en face de celui des Bourouts orientaux.

La horde des Bourouts occidentaux comprend en tout quinze tribus dont les plus importantes sont les quatre

* Noms divers des Bourouts occidentaux d'après les tableaux chronolo^ques : Sous les 'Hann >ft ^Ifk B| Chiéou sounn kouo*, sous les OucY

septentrionaux ^ ^ ;^ B| Tcho tché pa kouo-, sous les T'ang

*l^ Hll iti ^^^ ^^^ tchôou.

suivantes : V celle qui occupe l'otok d'Edghena; 2* celle qui occupe l'otok de Mongkordor, sous les ordres d'Adzi bi ; elle se compose de sept cents familles environ ; 3^ celle qui occupe Fotok de Dzirik, sous les ordres de Youmat; elle comprend environ deux cents familles; 4*^ enfin celle de Basto, qui obéit à Kordchou, et se compose de treize cents familles.

Encore que la horde soit ainsi divisée en plusieurs tribus, elle n'en habite pas moins un seul territoire, qui, au sud-est, s'appuie aux Ts'ong ling, et, à Fouest, s'étend jusqu'au K'anat de Bok'ara. Elle se compose en tout de deux cent mille hommes qui vivent en nomades et vont là où il y a de l'eau et des pâturages.

Son territoire était, à l'époque des 'Hann, celui des Chiéou tounn et des Tçuann tou.

Pendant longtemps les Bourouts occidentaux songèrent à faire leur soumission, mais ils en furent empêchés par les tribus Dzongares.

Histoire contemporaine.

Durant la vingt-quatrième année Tç'ienn long (1759), le maréchal Tchao 'Houeï, ayant conquis et pacifié la Kachgarie, et poursuivant les débris des rebelles, traversa le territoire des Bourouts. Apprenant que ces tribus demandaient à faire leur soumission, il leur envoya Taktana, officier de la garde impériale, pour la recevoir.

Adzi bi^ dit en recevant la lettre du maréchal : «Moi,

* Bi, en chinois jjk pi, est une abréviation de Beik, beg, en chinois iÙ%^ ko.

Adzî bî, qui commande aux Bourouts de la tribu d'Edghena, je souhaite respectueusement une longue vie à l'empereur que je vénère autant que le ciel qui nous couvre; sa grandeur n'a pas d'égale, elle domine l'espace compris entre les quatre mers. Le maréchal que l'empereur Tç'ienn long a bien voulu envoyer, m'a fait parvenir de Kachgar un décret et un sceau, lesquels j'ai reçus avec le plus grand respect : j'en ressens une joie immense. H faut que je réunisse les deux cent mille hommes de la horde des Bourouts qui sont épars depuis Bok'ara jusque dans l'est, et les rende sujets de Fenipereur. »

Le maréchal Tchao ' Houeï loua beaucoup sa sincérité, et Adzî bi ayant adressé à l'empereur une pétition qui fut admise, toutes les tribus, au nombre de quinze, de la horde des Bourouts, firent leur soumission. Les chefs de ces tribus, qui n'avaient pas encore eu la petite vérole, n'osèrent pas se rendre en Chine : il n'y eut que K' outali, frère aîné de Youmat, qui se rendit à la capitale (Péking). Il fat reçu à la villa de P'ann cliann tsing tçi par l'empereur qui l'invita à un festin et lui fit visiter le Nann yuann et voir des feux d'artifice.

Au moîs de janvier de la vingt-cinquième année (1760),

Adzî bî, de la tribu d'Edghena, envoya un ambassadeur,

nommé Sira Makas, présenter ses hommages à l'empereur.

Celuî-cî l'invita à un festin. Au huitième mois de la même

année (septembre 1760), l'empereur envoya Sonom, offi-

cîer de la garde impériale, porter une letti-e à Adzi bi

qui la reçut selon les rites.

La vingt-septième année (1762), le pays d'Ossé (Uz), placé sous la domination d'Adzi bi, fut ravagé et conquis par Erdeni, k'an de Kokand. L'empereur ordonna à Yong Koueï, ministre gouvernant les nouvelles frontières, d'envoyer à Erdeni une dépêche lui enjoignant de restituer à Adzi le territoire qu'il lui avait enlevé.

Le pays occupé par les Bourouts occidentaux s'étend entre le 40' 1' latitude nord et le 30'; il s'étend du 43' 31' au 46' 30' longitude ouest de la capitale (Péking).

La vingt-huitième année (1763), Aoual bi, chef d'une autre tribu Bourout, voulut entrer en-deça des frontières pour y vivre d'une vie nomade avec toute sa tribu, et ne s'occuper que de chercher des pâturages. L'empereur lui adressa des éloges et lui conféra le bouton de quatrième rang.

Extrait des Annales sur le pays des Bourouts occidentaux.

.1. Extrait des Annales des 'Hann, Description du Si yu. Le roi du pays de Chiéou tounn réside dans la vallée de Niao feï (vol d'oiseau), à l'ouest des Ts'ong ling; cet endroit est à dix mille deux cent dix li de Tch'ang ann; à trois mille cent vingt et un li de la résidence du gouvernement général du Si yu; à deux cent soixante li de la vallée Yenn tounn de Sounn tou; à neuf cent vingt li du royaume de Ta yuann qui s'en trouve au nordouest; à mille six cent dix li des grands Yué ti qui en sont à l'ouest.

Les moeurs et les coutumes des habitants sont semblables à celles des Ou sounn; il en est de même des

costumes. La population est nomade et va là où il y a de l'eau et des pâturages.

Le souverain du royaume de Tçuann tou réside dans la vallée de Yenn tounn, à neuf mille huit cent soixante li de Tch'ang ann, à deux mille huit cent soixante et un li de la résidence du gouvernement géijéral du Si yu; les Ts'ong ling en sont à l'ouest, une fois qu'on les gravit on entre dans le royaume de Chiéou tounn. Cet état est à mille trente li du royaume de Ta yuann qui s'en trouve à l'ouest; au nord il est limitrophe des Ou sounn.

Les habillements et costumes des habitants du royaume de Tçuann tou sont semblables à ceux des Ou sounn; ces habitants sont nomades et cherchent les endroits où il y a de l'eau et des pâturages.

Observations,

Selon les Annales des 'Haun les états de Chiéou tounn et de Tçuann tou étaient situés de chaque côté des Ts'ong ling, et dépendaient l'un de l'autre : or la ré-

gion qui comprend Kachgar et Och est située aussi sur les versants des Ts'ong ling; les états de Chiéou tounn et de Tçuann tou devaient donc se trouver à la base nord-ouest de ces mêmes montagnes. L'historien Pann^ dit qu'on gravit à l'ouest les pentes des Ts'ong liûg : en effet en passant par le défilé d'Och on débouche au pied des Ts'ong ling, là où réside la tribu

1 C'est le célèbre J&jJ ^ Pann Kou, de la dynastie des 'Hann, auteur du 'Hann chou ou Annales des 'Hann.

(le Mougkordor de la liorde actuelle des Bourouts occidentaux. La route qui passe par Och débouchant au pied des Ts'ong lîng, cette tribu doit en être juste au l>ied, et son territoire doit être celui qu'occupaient jadis les états de Cliiéou tounn et de Tçuami tou. Ce territoire, situé au sud-est d'Andidchan, de Kokand et autres états qui ont des villes et des cités, répond à la description donnée par l'historien Pann : selon celui-ci, en effet, en allant dans la direction du nord-ouest on arrive au royaume de Ta yuann. De plus les Ou sounn repoussèrent dans l'ouest les Yué ti et s'établirent dans cette contrée.

Les frontières des deux royaumes de Chiéou tounn et de Tçuann tou étaient contigues : ce dernier touchait au sud au Sou lo et au nord il était limitrophe des frontières des Ou sounn, des Tçiu yéou et des Yué tî, aussi les mœurs de ses liabitants, de même que leur manière de se vêtir, étaient- elles semblables à celles des Ou soumi.

Ce territoire, avant d'appartenir au Yué tî, avait été le patrimoine du roi de Saï; nous en avons la preuve par la situation respective des lieux : au nord étaient les Ou sounn, les Tçiu yéou et les Yué ti, au sud se trouvait Tçuann tou, à l'ouest de ce dernier était Chiéou tounn; le royaume de Ta yuann devait être situé au nord-ouest de ces deux derniers états, et par suite devait toucher à l'est aux territoires des Ou sounn, des Tçiu yéou et des Yué ti. Ces divers territoires devaient être le pays qu'occupent actuellement les Bourouts orientaux

et les deux royaumes de Chiéou tounii et de Tçuann tou, celui où résident les Bourouts occidentaux, qui, aujourd'hui, sont des tribus sans demeures fixes. Les vestiges de l'antiquité et les moeurs et coutumes le prouvent.

De plus les deux états de Chiéou tounn et de Tçuann tou n'étaient séparés que par un espace de trois cents li, Ife premier étant à trois mille cent vingt et un li de la résidence du gouveniement général du Si yu, et le second en étant à deux mille huit soixante et un li.

Ces deux états devaient avoir une population à peu près égale : leur temtoire ne dépassait pas six cents li; il devait être égal à celui qu'occupent de nos jours les tribus Bourouts de Mongkordor, de Dzirik, et de Basto.

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