IV. — ILÉOCOLOPLASTIE
Il ne s’est agi jusqu’ici que de greffes de tuniques intestinales, mais on peut, dans certains cas, utiliser tout un segment d’iléon pour réunir deux portions du colon qui ne peuvent être mises en contact à la suite cle résections étendues; c’est l’iléo-colo-plastie.
Nicoladoni (1887) semble être le premier qui ait émis l’idée de transplanter un segment d’intestin. Son procédé est destiné à éviter l’anus contre nature
a la suite des résections du gros intestin dans le cas ou les deux bouts sont trop éloignés l’un de l’autre pour etre reunis. Il consiste à isoler un segment d intestin grele de longueur égale ou légèrement supérieure a la distance qui sépare les deux bouts du colon. Ce segment grêle reste appendu à ses vaisseaux mésentériques. La continuité du petit intesest rétablie par une entéroraphie circulaire, celle du colon par l’interposition de l’anse grêle entre les deux extrémités du côlon à l’aide de sutures axiales. Nicoladoni déclare qu’il regrette que les moyens dont il disposait ne lui aient pas permis de faire des expériences sur des animaux.
En 1890, G. Crespi, reprenant l’idée de Nicoladoni propose également le même procédé pour éviter 1 anus contre nature, dans le cas de larges résections eu gros intestin pour néoplasmes ou pour occlusion pai larges adhérences. Un chien sur lequel Crespi avait fait cette opération put reprendre bientôt l’alimentation qu’il supporta parfaitement. L’animal fut tué au bout de cinq mois et demi. On constata que la nutrition de l’anse intercalée était très bien assurée: les sutures étaient à peine visibles. Des adhérences enveloppaient seulement l’une d’elles, entraînant une stenose partielle. Crespi aurait obtenu sur deux autres animaux des résultats à peu près semblables et aussi satisfaisants.
En 1891, E. Micheli et L. Sanctis ont publié sur le même sujet un travail que nous n’avons pu nous piocurer. Rho et Bonomo en 1898, répétèrent les expériences de Nicoladoni et de ses successeurs. Ils en conclurent que la mort survient habituellement soit par suite de troubles circulatoires qui amènent la nécrose du segment interposé, soit plus tardive-
— So —
ment par la sténose que provoque infailliblement ce même segment. Rho et Bonomo modifièrent alors le procédé primitif. Le segment du gros intestin étant exclu, ils anastomosèrent latéralement les deux bouts du côlon à l’anse grêle, mais sans isoler celle-ci. Leurs résultats furent meilleurs. Sur cinq chiens, trois guérirent sans trace de sténose.
L’opération conçue par Nicoladoni est séduisante et les résultats atteints par Crespi nous ont engagés à reproduire ces expériences.
Fig. 1.
Fig. 2.
On enlève un segment plus ou moins long de côlon transverse a b (v. fig. 1) après ligature de son méso. On isole ensuite une anse d’intestin grêle c d (v. fig. 1) par deux sections transversales ; la continuité du tube digestif est rétablie par une anastomose axiale entre les deux tronçons de l’intestin grêle en c d (v. fig. 2). Le segment intermédiaire d’iléon est alors fixé à l’aide de deux anastomoses axiales entre les deux parties a b (v. fig. 2) du gros intestin. De cette façon les matières intestinales vont du côlon ascendant au côlon descendant en traversant l’anse grêle interposée.
Huit expériences par le procédé de Nicoladoni nous
ont donné un insuccès complet mr Q,,im i
lees et désunies par la traction de I, '
culaire longitudinale. Aussi dans une seconde série"
von s -nous tait toutes les anastomoses latérales La
complication de cette intervention nous a amenés à
, l ‘Jeocotoplasfae en deux temps pour éviter les phénomènes de shock. Ies
e procédé nécessite en effet un grand nombre de sutures : trois anastomoses latérales et six fermetures en bourse. Nous faisons donc dans un premier temps deux anastomoses latérales entre l’iléon et le gros intestin (fig. 3); dans un second temps l’isolement e 1 anse anastomosée, la résection du gros intestin entre les deux abouchements et le rétablissement de la continuité du tube digestif (fig. 2 à 3).
Premier temps. — On choisit prête le mieux à l’interposition
1 anse d’iléon qui se (soit d lig. 3). il faut
en effet, qu’elle soit assez mobile pour que le mésentère ne subisse pas de tiraillements qui amèneraient des troubles de nutrition dans l’anse. Celle-ci est alors amenée au contact du gros intestin et on établit en a et en b, distants de 12 cm. environ, deux anastomoses limitant entre elles un segment c de gros intestin. Les doubles points de suture terminés, on referme l’abdomen.
Deuxième temps. — - Quand l’animal est rétabli, c'està-dire vingt jours en moyenne après cette intervention, on attire au dehors les anastomoses et alors, ou bien on interrompt simplement le cours des matières par une ligature (fig. 4, c), ou bien on coupe réellement le segment du côlon entre deux pinces et l’on en ferme les extrémités par deux plans de suture comme c c (fig. 5).
Pour l’isoler de l’anse grêle a b , on sectionne l’iléon à quatre cm. environ en amont de la première anas-
foui ose et en aval de la seconde, les quatre lumières résultant de ces deux sections sont fermées en bourse en e et /, fig 6). Le bout supérieur et le bout inferieur de l’iléon sont rapprochés, et la continuité du tube digestif est rétablie par une anastomose latérale. Une précaution indispensable est de veiller à ce que dans ces anastomoses aussi complexes, le sens du péristaltisme soit conservé.
Sur treize animaux mis en expérience, sept sont morts après la double anastomose, soit de péritonite, soit d’une affection bizarre caractérisée par une paralysie du train de derrière et dont la cause nous échappé. Sur les six animaux qui ont. subi le deuxième temps de l’opération, un seul a survécu et dans ce cas on n’avait pas sectionné mais lié le côlon et cette ligature a progressivement coupé les tissus du gros intestin dont la lumière s’est reformée. Cet animal a présenté des symptômes assez graves dans les premiers jours après l’ opération, le sixième jour seulement. est apparue la première selle, en sorte qu’il nous semble que les matières n’ont pas passé dans l’intestin grêle et que la débâcle n’a pu se faire que grâce au au rétablissement de la perméabilité du colon.
Les cinq autres animaux sont morts de péritonite au bout de deux à sept jours; la plupart du temps, les sutures en bourse fermant les orifices de section
de l’intestin se sont désunies et les matières ont passé dans le péritoine. Ces sutures en bourse sont particulièrement difficiles à réussir sur des chiens à cause de l’épaisseur des parois et du petit calibre de l’intestin qui se prête mal à l’enfouissement séreux de la suture fermant la muqueuse.
Nos expériences ne nous ont donc guère donné de résultats positifs; il eût été intéressant de Savoir si
l’anse intestinale intercalée arrive à se dilater pour livrer passage aux matières déjà épaisses dans le côlon ascendant. Cette perméabilité pourrait même être mise en doute si l’on s’en rapporte aux troubles observés dans les premiers jours chez l’animal qui a survécu. Chez beaucoup de nos chiens, nous avons trouvé des matières dans l’anse greffée. Mais si l’animal, une fois rétabli, avait été mis au régime ordinaire, cette perméabilité aurait-elle persisté pour les matières dures comme on les rencontre dans le gros intestin du chien? La question n’est pas encore résolue pour nous.
L’iléocoloplastie serait certainement plus facile à exécuter chez l’homme en raison du plus gros calibre de l’intestin, mais ce ne serait guère une opération facile; il subsiste toujours une difficulté pour suturer bout à bout une anse d’iléon avec une portion du côlon dont la calibre est beaucoup plus large. Si, au lieu de ces sutures axiales, on veut employer des anastomoses latérales, le procédé devient d’une complication extrême et difficilement applicable dans la majorité des cas où il s’agira de sujets affaiblis par un cancer ou une tuberculose de l’intestin.
Si donc, après une résection étendue du gros intestin, on ne peut rapprocher les deux bouts du côlon, mieux vaut se contenter d’une simple anastomose entre l’intestin grêle et le côlon descendant ou l’S iliaque. Si le cæcum et le côlon ascendant n’ont pas été enlevés, on peut craindre qu’ils fassent un cul-de-sac où les matières s’accumulent ; ils doivent donc être traités d’une façon spéciale; pour certains chirurgiens, le mieux est de détruire partiellement la valvule de Bauhin avec le thermocautère, d’autres recommandent de faire l’exclusion de la région iléocæcale et du côlon ascendant, d’autres enfin établissent une fistule à l’extrémité de
celui-ci. Il n’entre pas dans notre sujet d’insister sur ce point.
L iléocoloplastie est une opération très ingénieuse, mais condamnée à rester dans le domaine des expériences de laboratoire; nous n’avons trouvé aucun cas d’opération chez l’homme; les résultats de nos expénences sont, suffisamment défavorables pour décourager toute tentative d’application à l’homme de ces procédés opératoires.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
1. Amaun. Cong. de méd. ,1900, Sect. de gynécologie, p. 435. % BruneL Thèse de Lille, 1903.