‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 27 sur 53 · LE GOBÉ · texte numérisé non relu

LE GOBÉ

Mon cousin, quelle est vostre raige?

LE HUNYEK.

liay ! vous me rompez la teste.*

LA FEMME

Par mon sei'ment ! c'est une beste.

> Ne pleurez point à ce qu'il dit.

Je vous en prie?

• LE MUMYER.

(À-'Ste requcsle Aura devers liiv Ijou crédit.

* J*en déliart*as»ei'aj.

* On (iisaii alors Limousin^ coiiimH un dit aujourd'hui i>a' uyard, dans le sens de : mal appris, gro&sier, brutal.

' Orgueil, insolence.

2ô^ LA FAKCË

LE CURÉ

Vous ay-je meffail ne mesdit, Mon cousin ? Dond vous vient cccy?

LA FEMME

Sus, sus ! que de Dieu soit mauldit Ce vilain ! Et parlez icy ?

LE MUNYER.

Laissez m'en paix !

LA FEMME

Ëst-il ainsi?

Voire ne parlerez-vous point?

LE MUNYER.

J'ay de d^eil le corps tout transsi.

LE CURÉ

Par ma foy, je n'en double point.

Où esse que le mal vous poinct ?

parlez k moy, je vous en prie.

LE MUNYER.

Las ! mectez-vous la teste appoinct * , Car la mort de trop près urespie.

LA FEMME

Parlez à Regnault Croquepie, Vostre cousin, qui vous vient veoir?

LE MUNYER.

Croquepie?

Ouy, pour voir *.

Pour faire vers vous son dcbvoir, Il est venu legierement.

• C'est-à-dire : mettez voli-e ItHc près de moi. - Vrai, vrainicul.

DU MURTEK. )S3

LB HURTBR.

Ce n'est-il pas.

LA FEMMB.

Si est, Yrayement.

LE HDNYBB.

Ha ! mon cousin, par mou serment !

Humblement mercy vous demande De bon cucur.

LE CURÉ

Et (luis comment, '

Mon cousin, dictes-moy, s'amende * Vostre douleur ?

LE HUnVER.

Elle est si grande, Que je ne sçay comment je dure.

LE CURÉ

Pour sçavoir qui se recommande A TOUS, mon cousin, je vous jure Ma foy (dea ! point ue me parjure) Que c'est Bietris*, voslre cousine, Ma femme, Jehenne Turelure, Et Melot, sa bonne voisine, Qui ont pris du chemin saisine ^, Pour vous venir réconforter.

LE MU^VKR.

Loué soit la Gracc divine !

Cousin, je ne me puis porler.

LE CURÉ

Il vous fault ung peu déporter *, Et penser de faire grant cliieret

* Va mieux, s'améliore.

* Pour : Bea'rix.

' Expression figurée, sigiiiûanl : qui se sonlm^ses c-a roulf. CeUe expression, empruntée au vocabulaire du Palais, prou e que l'auteur appartenait à la Dazoche.

* Distraire, remettre.

254 l'A FARCE

LB NUNYBR.

Je ne me puis plus comporter, Tant est ma malladie chiere*.

Femme, sans faire la rendiiere «, Mectez à coup la table icy, Et luy apportez une cliiere ' ?

Cy se seera.

LE CURÉ

Ha ! grant mercy ; Mon cousin, je suis bien ainsi ; Et si ne veulx menger ne boire.

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