‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 31 sur 53 · DT8NER · texte numérisé non relu

DT8NER

Ma dam 2, nous vous requérons, Que Ters nous f»ciez le retour ; Car tous troys certes desirons, 6e vous festoyer tour a tour.

BONNE COMPAIGNIE

D'y prendre repas et séjour,

La chose point ne me desplaist :

Employer y voulons ce jour,

Mes gens et nioy, puisqu'il vous plaîst.

DISNER

Chez moy viendrez sans plus d'arrest.

Car je vueil commencer la feslc.

BONNE C0MPÂir>NIE«

le \e Yuèîl bien.

DISNER

Tout y est prest, Gn salle plaisante et honncste.

SOOPPER^

Ma dame^ sachez qu>3 j'appeio Vous avoir au second repas?

BANCQDET.

Et le dernier tour me compele * :

Vous y viendrez, ne ferez pas?

' Convient; du latin compe'rir.

S8S LA COHDAMNAGIOR

BONNE COMPAIFNIE.

Ouy» nous yrons pas à pas.

Prendre réfection humaine.

DISNER

Dame bien faicte par compas S

Vous plaist-il bien que je tous maine?

11 l'emmaiDe par dessoubz le . bras, et Soupper et Bancquelse

retirent.

BONNE GOMPAIGNIE.

Pour moy prenez beaucoup de paine, Mais il sera rémunéré.

BISNER.

Veez cy mon logis et demaine ^ ;

Veez cy Testât tout préparé.

Or sus, Escuyer modéré,

Et vous, Escuyer profTitable,

Avez-vous si bien laboure ^,

Que tout soit prest pour seoir à table ?

A'olez que l'Escuyer, le Guysinier et les deox Serviteurs sont du commun, et serviront aux troys, etc.

L^ESCUTER.

Viande avez moult délectable, Bonne saulce et bonne vinée.

LE CUVSINIER.

Pour brigade douice et traictable, Viande avez moult délectable .

LE PREMIER SERVITEUR

Et si avez servant notable, En moy qui ay myne affinée.

' C*eât-à-ilire : par exœUence.

* l*(iur : domaine, demeure.

» Travaillé.

DE BANCQDET. 'ÎKO

LE SECOND SERVITEUR

Viande avez moult délectable, Bonne saulse et bonne vinée.

DISNER

Or, sus, Teaue est-elle donnée *?

Font semblant de laver.

l'rscuter.

J'en sers, comme escuyer de bien.

DISN.ER.

Veez cy vostre place assignée, Ma dame?

BONNE GOMPAIGNIE .

Je le vueil très-bien.

DISNER

Passetemps, valeureux crestien, Prenez vostre lieu cv de coste.

Et puis chascun prengne le sien, L'ung après Tautre, coste à coste.

BONNE GOMPAIGNIE.

Gj sera la place de Thoste.

DISNER

Ha, je {eray bien, n'en doubtez.

LE FOL

Mais où sera moy et marotte ?

Devons*nous estre déboutez ?

DISN&R.

Apportez Tassiete ', apportez ?

' Avant le repas, on donnait l'eau; c'est-à-dire que l'on présentait l'aiguière à chaque convive, pour se laver les mains.

* On appelait assiette ou metz ce que nous appelions service ou entrée dans un dîner. Taiilevcnt, dans son Livre de cuisine, nous offre plusieurs menus qui nous apprennent la composi-

i»0 LA COHDAMNiC]0^

i/escuter.

Mais quoy ?

DISNBR.

Frictures k foison, Bronet, potaiges, gros pastez»

Beau mouton etbeuf de saison.

LE FOL

Se les gens de Tostre maison, Ne TOUS servent selon raison, Hz auront de caste massue.

DISNER

N'oubliez pas le gras oyson,

Le cochon et la veuoison,

Quelc[ue eutremetz, et puis Tyssui^*.

LE CUYSINIER..

Ça, gallans, de la retenue l Ne voulez-vous rien despescher ?

Servez tioys mets d'une venue? Si trouveront mieulx à mascher.

tioD d'un banquet au quinzième siècle. Voici le Bancquet de monseigneur d' Estampes : « Pour première assiette : Chapons au brouet de canelle; Poulies aux herbes; Choulx nonveaulx, et puis la Venaison.

« Second metz : Rost le meilleur; Paons au selereau; Pastez de chappons; Levrotz au vinaigre rosat, et Chappons au moust Jehan.

« Tiers metz : Perdrix à la trimoletle ; Pygeons ù l'estuvée '. Pastez de venaison; Gelées et leschées.

« Quart metz : Pour cresme, Pastez de poires ; Amandes toutes succrées ; Noix et Poires crues. »

Ce menu, que Taillevent cite comme un modèle, ne peut soutenir la comparaison, il faut l'avouer, avec les menus de Tillustre Carême : cependant, à en croire le Livre de Taillevent, les jus de viande et de poisson étaient alors inliniment plus succulents et plus soignés qu'ils ne le sont dans la cuisine du dix-neuvième siècle.

* En terme de boucherie, ce mot a une foule de significations; il se dit des extrémités de la bête, de sa tête ou de sa quene, ou surtout rie ses entraillAs : mais ici, c'est Vtss«e de tahU% le de-»sert .

OK BÀNCQUEt. 291

U Gofsinier aura ses metz tous prestz sur quelque autre table et les baillera aux serrans.

l'ëscuter.

Je voys JoDcques ce plat coucher Dessus la table promptement^ Et le poser honnestement, Affîn qu'ilz j puissent toucher.

LE PREMIER SERTITEUK.

Puis qu'il fauit les metz approcher/ ËQ servant gracieusement, Je voys doncques ce plat coucher Dessus la table promptement.

LE FOL

Je ne cesse de me mouscher, Affîn d^estre plus nettement, Mais compte on ne fait nullement De moy non plus que d'ung vacher.

LE SECOND SERVITEUR

Je voys doncques le plat coucher Dessus la table promptement.

Et le poser honnestement, Atlin qu'ilz y ])uissent toucher.

oisnër.

Ma dame, je tous veuil trenclier?

BONNE GOMPAIGNIE.

A Tostre plaisir.

DISNER

Or, tenez, Dea» il ne fuult pas tnnt prescher.

J'entens que tous y ad venez.

PASSETEMPS

Amplement nous entretenez.

Voicy beaulx metz frians et douU.

292 LA COMDiMNACIOK

DISMEB.

Versez du vin et leur donnez Du fin meilleur ?

LE PREMIER SERVITEUR

• Ce ferons-nous.

JB-BOY-A-VOUS.

Seigneur hoste, je bo j à vous !

DISNER

Et je vous pleige *■ tout contant !

BONNE COMPAIGNIE

Mes amys, je boy à vous tous !

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