‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 37 sur 53 · L*E8CUTER · texte numérisé non relu

L*E8CUTER

Et pour bailler aguisement', Belles oreiiges largement.

LE CUYSINIER.

Après chair, selon noz usaiges, Il fault tartes à deux \isaiges *.

l'esguter.

Je Tueil aussi qu'on leur propine ^ La belle tarte jacopine ®.

moiu, soit mys avec les aultres espices et graine de paradis et du sucre par raison, et prenez du pain haslé et du foye de poullaille, si en povez iiner, et le mettez tremper en bouillon de beuf, le couliez parmy i'estamine, et bouliez dedans un pot avec la perdrix, et mettez canelle, gingembre, menue espice, cy>u, graine deffaicle de verjus et du sel, ainsi que il appartient. » Taillevent.

' (le sont les plats qui forment sur la table une espèce de marelle on mereUe^ c*est-à-dire une série de compartiments semblables à ceux que les enfants tracent sur la terre pour jouer au jeu de la mérelle. On pourrait aussi expliquer merelles, par : bagatelles^ jeux d'enfants.

* « Menus oyseaulx plumez à sec et reffaitz en eaue ardez rostis et mengez au sel et en pastez pareillement. Torterelles, ainsi comme une oye qui veult soit dorée au verjus cuyt, piedz entiers, et soit fendue la teste jusques emmy les espauUes, et le^t tuez par le cueur, mengé à poivre ou au jaulnet. » Taillevent»

' C*est*à-dire : pour aiguiser Tappétit»

* « Tartes à deux visaiges : prenez formaige et force de moyeux d*œufz et de sucre, » Taillevent.

^ Qu'on leur serve, qu'on leur présente; du latin propinare.

' < Tartes jacopines couvertes, orenges par-dessus et bon formaige fin pstr lesches et bonne cresme, des œufz les moyeulx mixtiounez parmy, et anguilles mises par tronçons et bien boullues et assises devant la tarte, avant que le formaige cresme y soit, et grande quantité de sucre. » Taillevert.

334 LA GOMDAIINACION

LK GUTSIKIER.

Pour viande commune et triite *. .

Il fiiult avoir la cresme fritte *,

L^KSGUTBR.

Apportez aussi, pour la fin.

De pure cresme, ung beau daulphin ^.

LE GUTSlNlER.

C'est bien raison que soit co\ichée Auprès des autres la jonchée *,

L^ESGUlfEB.

Presentez-moy, pour fruitz poi^veaulx.

Des pommes, poires et pruneaulx»

LE GUTSINIER.

Reste y a]Mrès toute» ces cfaosettes, Âvelaines, cemeaulx, noisettes.

LE PREMIER SERVITEUR

C'est tout,

LE GUTSINIER. *

Et bien voicy les places Où Ton mettra godets et tasses. >

' Maniée, mise en purée ; du latin tritus.

* « Pour cresme frittc^^ prenez cresme et la mettez bouillir, el puis du pain blanc esmié bien deslié, et le mêlez dedans ta cresme, ou des oublies esmyez foison, et les mettez avec cresrae, et prenez des moyeulx d'œufz, et gettez dedans avec le laict et cresme, et faictes bouillir tout ensemble, et mettez sucre foyson avec ung peu de sel. » Taillevknt,

' K Daulphins, fleurs de lis, estoylles de cresme frit, fort sucre et moyeulx faietz beslongs : soient en façon d'ung coing farcy de cresme fritte, qui en aura, et qui ne trouvera cresme, soitprins formage fin, puis lopins de sucre. * Taili.event.

* Fromage de lait fraîchement caillé et égoutté dans de petits paniers d'osier. On disait aussi 'Jonoade. G*est ce que nous nommons fromage à. la crime»

DE BANCQUBT. ^ 355

BANCQUET.

Y est tout, le maigre et le gras?

L^BSCDTBR.

Il y a beaucoup de fatras.

Mais je reserve ce quartier ; Car, pour compaiguer Typocras S On posera ey le mestier *.

BANCQUET.

Je m*en Toys mes hostes chercher, Pour les advertir et sommer.

Serviteurs, il vous fault marcher, Et voz deux torches alumer.

LE PREMIER SERVITEUR

A ce je ne vueil reculler :

D*y aller assez me contente.

Ilz vont à deux torche^i.

LE SECOND SERVITEUR

Je feray ma torche brusler,

Et vous suivray sans longue attente.

BANCQUET.

Dieu gart la dame belle et gente, Et toute la brigade chère I Je vous prie, soyez diligente De venir faire bonne chère.

* <t Pour uiie pinte, trois treseaus de cynamone fîne et parée , ung treseau de mesche ou deux qui veult; demy treseau rie gi< rofle, et de sucre fin »ix onces, et metlcz en pouidre ; et la fault toute mettre en ung coulouer, avec le vin, et le pot dessoultz, et le passez tant quMl soit coulé, et tant plus est passé et mieulx vaull, mais qu'il ne soit esvenlé. » Taili.evert.

* (l'est ce que nou;» nommons le pelit'fonr, oublies, macarons, cornets, etc.

SSTi LA COHDAMNACION

BONNE COMPAIGNIB.

Ha ! Bancquet, il y a manière ^ :

Car, Soupper» atout * sa cohorte, Nous a chassez de sa tanniere, ^ A horions d^estrange sorte.

GODRHANDISB.

Sur mu foy, j'en suis presque morte.

BANCQDET.

Vous 9TCZ esté trop avant.

FKIANDISE.

Il m'a fallu gaigner la porte.

JE-BOT-A-YODS.

Et moy après.

PASSETEMPS

Et moy devant.

BANCQDET.

Soupper est homme decepvant,

Quant longuement en l'entretient :

Mais, moy, je suis assez sçavant, *

Pour faire ce qu'il appaitient.

Venez-vous-en ?

BONNE COHPAIGNIE.

A moy ne tient.

Puisqu'il est conclud et deciz ^.

BANCQUET.

Mon lieu *, ainsi qu'il se contient, Est tout vostre.

* On dit encore dans le même sens : il y a conscience ; ce qui signilie : en voilà assez.

* Avec. ,

* Pour : décidé. ^

* Ma maison.

D« BAKCQUET. 337

BONNE COMPAIGMIE.

Mille mercîs.

BAMCQUET.

Regardes : les metz sont assis *.

Prenez place de ce costé?

Seez-Tous aussi, entre vous six ; Gbascun selon la qualité.

BONNE COHPAIGNIE.

Be biens y a grant quantité.

Ils se seent.

JB-PLEIGE-D*AUTANT.

Voicy ung plantureux manger.

BANGQUBT.

Prenez en gré.

PASSfiTEJIPS.

En vérité, De biens y a grant quantité.

GODBMANDISE.

* Se j^ay eu le dos tempesté *,

Au briffer ', je m'en vueil venger. •

ACOUSTUNANCE

De biens y a grant quantité.

JE-BOY-A-VOUS

Voicy ung plantureux manger.

PASSETENPS.

Je ne sçay en quel lieu diarger *, 'Tant en y a.

VEIANDISE.

Ne moy aussi.

* Posés sur la table.

* Noirci, frotté de coups.

' Action de manger goulûment.

* Attaquer, mettre la main au plat.

35^ LA GOMDAMNACION

BANCQOBT.

Prendre povez, sans nul danger, Deçà, delà?

. FRIANDI&B.

11 est ainsi.

BONNE CÛMCAIGNtË.

Llioste, vous viendrez seoir icy.

Au moins se vous m'en voulez croire.

BANGQUBT.

Dame, vostre bonne mercy !

J*^tendray à servir de boire,

je-pleige-d'adtant.

M'amour, voulez-vous ceste poire ?

GOURMANDISE

Vêla bien parlé à Martin ' !

Mais dont vous vient ceste mémoire

De servir de fruict si matin ?

BANGQUET.

Sus, compaignons, servez de^vîn, Et gardez que boisson ne faille.

I LE FOL

J'en seray prophète ou devin ; A la fin y aura bataille.

LE PREHIER SERVITEUR.

Il m'est advis que chascun taille *, Selon que Fappetit luy vient.

* Allusion à ce proverbe cité dans les Curiosilés françotses d'Oudin : < 11 ressemble le prestre Martin, il chante et re^pond tout ensemble..»

* Se serve, fasse sa part.

DE BAlfCQUET. 339

LE SECOND SBiiVITBDB.

Puisqu^ilz ont largement TiUiUe^ De boire fournir les convient.

LE FOL

Et tousjours de mo; ne souvient :

Jamais riens ne m*est dispensé !

Mais sçavez-vous que j'ay pensé, Pour avoir au moins du pain bis ?

Je iray changer tous mes habitz, La derrière, eu nostre jardin :

Puis, viendray, faisant du gros bis *, Gomme ung Lombart ou Citadin >.

Dit-on pas, en commun latin, Que les gens vestuz de ans draps.

Soit d*escàrlate ou de satin, Empoingnent Thonneur à plain bras.

Et pourtant, je ne fauldray pas D'avoir vestures précieuses.; Tantost reviendray pas à pas, Tenant manières gracieuses.

n s'en va babiller en Lombart.

B A N G QU S T parle aux Maladies.

Pelles *, furies furieuses, Faulx et larvatiques regars ', Armez- vous d'armeures scabreuses; Chargez vos flèches et vos dars !

Car je vous dy que ces coquars ®,

* Pour: victuaiîle.

* C*est-à-dire : faisant le gros monsieur, te personnage d'importance ; bis doit être une corruption de vis^ visage, mine.

' La conquête de la Lombardie, par Louis XII, :<vail amené en France beaucoup de riches Lombards, qu'on appelait citadins, gens de bonne ville, cita.

* Chattes, tigresses; du latin felis,

^ C'est-à-dire : spectres aux regards méchants.

" Sofs, nigauds. On dft encore dans le même sens : coçuardetm^

3i0 LA COHDAMNACION

Temlaiit à leur ventre remplir.

Boivent mon vin comme dronoquars ^, Et ne les peut-on assouvir.

APPOPLEIIE.

Incontinent nous fault vestir Nos jaques et nos jaserans *.

YDROPISIE.

Pour les aller faire sortir, Incontinent nous Êiult vestir.

EPILBNGIE.

Mon baston leur feray sentir, S'ilz ne trouvent de bons garans.

PLEURESIE.

Incontinent nous fault vestir, Noz jaques et noz jaserans.

ESQUII^ANGIB.

Oncques les chevaliers errans, Qui servirent le roy Artus, Ne furent si grans conquerans, Ne si plains de bonnes vertus ^.

PARALISIE.

Voz ûostes seront coinbatus, Car ma force y esprouveray.

* Autruches, grands oiseaux d'Afrique. Dronequan pourrait avoir aussi le même sens que soudards^ car la dronge ou dronque était un corps de troupes légères ou d'estradiou.

* Ia Jaque était une casaque en cuir de cerf; le 'aseran, une cotte de mailles d'acier.

* < Es histoires de Bretaigne la grant est escript que le , roy Artus avoit ung ordre de chevaliers, qu'on nommoit Çom~

yaigwms de la Table ronde. Et ceulx qui en estoient faisoient ,

pro«^ses par le monde et s'appelloient Chevaliers errons.' j

{Soie de F auteur.) • ;

DE BAKCQnET. S41

COLIGQUE.

liz seront tous mors abatus, Bancquet, car je m'y trouveray.

GOUTTB.

De ma poictrine frapperay, Et causeray une artetique *.

JADNISSE.

La couleur changer leur feray, Par mon venin qui poinct et picquc.

GRi^VELLE.

Par les rains les agripperay, S^il convient que je m y applique,

APPOPLEXIE.

Par le cerveau les toucheray, Et feray cheoir en lieu publicque.

YDROPISIE.

Vers Testomach mon coup feray, Et reridray mon homme ydropicque.

EPILEMGIE.

Et par la teste le prendray, J^uis le feray epilenticque.

PLEURESIE.

Par les costez je le poindray, Aftin qu'il meure pleurcticque.

ES<2UINANGIE.

A la gorge m*attacheray.

Pour empescher le viaticque.

PARALISIE. .

Les nerfz si bien luy seicheray, Que tôst sera paraliiicque.

* Rhumatisnie ariiculaire.

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