LA GOMDAiniACION
COLIGQUE.
Par le ventre me cacheray, Pour bouter en colon ^ colicque.
BA.IfCQDBT.
Il n'y a si bon catholicqne, Ne clerc jtout rempïy de sçavoir, Que ne rendez melencolicque, Quant vous vouidrez.
GOUTTE
Vous dictes voir.
BANGQUBT.
Sommes-nous prestz ?
JAUNISSE
On le peut vcoir.
BAIfCQUET.
Bien armez ?
GRÂVELLE.
Il ne nous fault drille.
BANCQUET.
Adieu ! Je vous feray sçavoir, ■Quant il fauldra bailler Testrille :
Nul de vous ne se deshabille !
APPOPLEXIE.
Allez veotr la solennité.
TDROPISIE.
Mais revenez à tour de bille ^.
' Le gros intestin.
* On dit maintenant proverbialement dans le même sens : à tour de rôle.
DB BAHGQUET. ^^*
BARGQVET.
Mais que j'aye ung peu visité.
BONNE GOMPAIGNIE.
Voicy grant curiosité,
Curieuse joyeuseté,
Joyeuse demonstracion,
Demonstrant gracieuseté, ' %
Gracieuse formosité *,
Formelle consolacîon,
Consolant modulacion,
Modulant jubilacion,
Jubilant precieuseté.
Précieuse largidon.
Largesse et récréation,
Recréant toute humanité'.
PàSSETEMPS.
Voicy riche fertilité, Fertile singularité.
Singulière donacion, Don de grant sumptuosité, Sun^ptueuse solennité, Solennelle réfection, Refaicte disposicion, Disposée oblectation, Oblectant en honnesteté.; Uonne$te congrégation, Congregée en affection, Affectant fine affinité.
* Beauté ; du latin formosUas.
* Ce couplet et le suivant offrent un curieux exemple 4e la rime fratemisée, que les poêles de la fin du quinzième siècle avaient inventée comme un tour de force poétique : « Dans la rime fratemisée, dit Richelet {Abrégé de versification), le dernier mot du vers est répété en entier, ou en partie, au commencemenC du versi^ suivant, soit par équivoque ou d'une autre manière. »
314 LA GOMDAHlfAGION
BANGQUET.
C'est ce que David a chanté.
Quant il a dit : Ecce bonum,
JE-PLEIGE- d'autant.
Boire ensemble par unité»
C'est ce que David a chanté.
JE-BOY-A-V0US
Voicy la dame de beaulté, Qui est quasi super thronum,
PASSETBVPS.
C'est ce que David a chanté.
Quant il a dit : Ecce bonum.
LE FO L retourne, habillé sur l'ilalique mode, et dit : Maintenant suis- je de renom.
Je n'atens l'heure qu'on me huche ' .
Ne me nommez point par mon nom, De paour de descouvrir rembusche.
Je suis gentilhomme où j'embusche * : - Ego patebo de mero * :
Je y voys tout droit, se ne tresbusche. Pour boire in quantum potero.
Petite pause.
Yo vingo qua de terra longinquo *, Pejr lustrare et pays à V estrade :
Si vide en il moulte gente frisquo, Chi cui maiigeno en solasse amourade, Fercule a prou chi sont tant savourade^
* Appelle.
* C'est-à-dire : là où j'entonne, où favale. 11 va dans Tédition de Verard, 1507 :
Je SUIS gentilhoms ou Jehan Busche :
Ego p<aabo de mero.
•C'est-A-dire : je me ferai connaître en buvant.
* Le fou s'exprime en langage macAronique, mauvais italien mêlé de français.
DE BANCQUET 345
Che voix hen par quelque administradorey De tutiquante une poque goustade, N''ay que piace a done ou a seignore.
l'esguyer.
Messire de Campe de Flore, Je croy que nul ne vous convie ?
Vous n'aurez cy honneur ne gloire.
i ' Endatevie,endate vie*,
LE FOL
Quel date? Ce n'est pas ma vie ; Tayme mieux boire largement.
Mais, quant j'ay de soupper envie, On me reboute * rudement.
Je cuyde, par mon sacrement, Qu'ils ont recogneu mon visage.
Qui est fol naturellement , Bien envis ' le tient-on pour sage. Vous me nyez pain et potage, Et ne me baillez que manger, Mais j'auray cecy d'avantage.
Et deùssiez-vous tous enrager.
Adieu !
' U croque une pièce de viande, et s'enfuyt. BANGQUET.
Je vous feray loger !
Ua dea ! faictes-vous du rusé '^
LE PREMIER SERVITEUR
Comment! il est venu charger?
LE SECOND SERVITEUR
C'est ce fol qui s'est déguisé.
* C*ebt-à-dire : passez voire chemin. Celte façon de parler e^t encore très-usitée à Rome pour chafcser les mendiants importun-,
* Itebufe, repousse. ^ ' Bien malgré moi.
SI6 LA COHDAMMACIOlf
PÂSSETEHPS.
On luy avoit tout refusé.
JE-BOY-A-VOUS
On luy en avoit fait renchere.
je-pleige-d'actant.
Il en a de sa teste usé.
BONNE GOMPAIGNIE.
Ne vous chaille, faisons grant chère.
Sur ce pas, irfent le Docteur Prolocuteur, sur le meillieu de reschaffault, faire son sermoç.
LE DOCTEUR PROL^jOCCTEUR .
Ne voyez-vous pas la manière De ces gens plains d'abusion, .
Qui leur félicité planiere Mettent en commessacion * ?
Gbascun d'eulx, pour conclusion, De faire grant chère s'efforce, Et n*ont d'autre occupation, Que de boire et manger à force.
Vous voyez qu'ilsï ont le courage^ Le désir et la voulenté, De faire excès, aussi oultrage> Et gaster les biens à plante :
Le bon conseil et le langaige De Sainct Pol, ilz n^ont pas noté ; Qui, ad Tiium, disciple sage^ Ëscript : Sohrii estote *.
A Timoibée, homme divin, Il en parle pareillement, Non pas en exaltant le vin,
' Repas, plauir de la table; du lalin commessalio. * « Paolus, AàTilum^ secundo cap., docet omnes status ut &obrii sint. » {fioie 4e VaiUeur.)
1>E BANGQDIT. 317
Mais veult qu^on boyve sobremônt '.
Boire et manger abondamment.
Il le deffend à tous humains.
En son esprit mesmement, * Où il enseigne les Rommains *
Sobriété, Honnesteté , Et parcitc '*, Loue et appreuve * :
Ebrieté, Gulosité, Voracité, Très-fort repreuve.
La Bible, en TEcclesiastiquc ^,
De tout cecy fait mention :
Isaye, prophète auctentique,
Dit aussi son oppinion,
Et baille malédiction,
Tout clerement en beau latin,
 ceux qui font provision
De boire et manger trop malin «.
Se tu veiilx veoir les parabolles De Salomon, roy redoubté',
' « Secundo, ad Tmotheum : Sobrius esto. • {Note de faut.) ' c Non in commessationibus et ebrietatibus. Ad Romanof, xîii. » [Note de tmUeur^) ' Modération ; du latin parcitas*
* Pour : approuve.
^ «Quam sufficiens est homini vinum exiguum. Et iterum : iEqua vita hominis vinum in sobriétate, etc. Eeclesiastici^ xxxi, capitulo. » {Uote de V auteur.)
* « VsB qui consurgetis mane ad ebrietatem sectandam et potanduin usque vesperam, ut vino estuetis. Ysate, quinto. » [îiote de Vauteur.)
' « Cuivae, cui patrivaB,cui fixas, cui foveae.cui sine causa vulnera, cui suETusio occulonim, nonne iis qui morautur in vino et student calicibus epotandis. Prover^7ort(m,xxur.*(iV. de Vaut.)
'348 LA GOMDAMNAGIOIf
Tu Terras en briefves parolles Les pointz que je t'ay recité. Il descript la maleureté *, ÂvfuglemeBt, confusion, Que auront ceulx, par nécessité, Qui ayment trop potacion *.
Et en ung chapitre devant ', Il a jà dit et exprimé.
Que qui se fourre trop avant, Jk ne sera saige clamé.
Pourquoy? Car le vin est famé D'avoir fureur tumultueuse.
Et pourtant aucuns Tont blasmé Gomme chose luxurieuse.
Le vin fait des prouffitz cinq cens, Quant discrettement on Tappete, Mais quant il fait perdre le sens, C'est une très-piteuse feste.
Est-il chose plus deshonneste, Dit Beroaldus plainement, Que d*ung homme devenu bestc, Et perdre son entendement * ?
Le vin perturbe * l'homme saige, Le vin faict ung homme hebeté; Le vin corrompt sang et langaige, Le vin engendre volupté,
Misère, malheureurcux sorl.
* La l)oisson.
' « Luxuriosa res vinum et tumulluosa ebrietas. Proverb.a^ rum, XX. » {Noie de Cauteur.)
* « Quid fediiis, quid lui*pius quam homo per vinum exira hoininem esse, extraque humanum intellectum. Uaec Bbroal-> DUS. j» {îiole de l'atUeur.)
* Troublé, bouleversé.
DE fi&MCQCET. 349
Le vin faict perdre agilité.
Le vin rend cerveaulx furieux.
Le vin esmeut charnalifô ^, * Le vin faict gens luxurieux.
Valere, qui, par escripture, Recommande vertu propice, Dit que le vin, c*est Touverture De tout péché et de tout vice '.
Alexandre, par grant malice, Après vin, en séant à table, Tua son fidelle complice, Clitus, le chevalier notable '.
Et, en ceste mode,
Ti^s-dampnablement,
Fist le roy Herode,
Son faulx jugement ^.
Car soubdainement,
Et à grant meschief,
Fist villainement
Goupper le sainct cbiei'.
Sainct Jhcrosme, docteur complect.
Qui les vertus baille à mesure.
Dit que ventre de vin replect, Facillement chet en luxure :
Geste paroUe non obscure.
Par Gracien saige et discret,
* Amour de la chair, sensualité.
* m Vinum virtutibus januam daudit et delictis apperit. Vile- Rius, septi lihri, capitulo tertio. » {Note de fauteur.)
' < Le roy Alexandre, estant à table, perça d'une lance le noble Clitus, comme ditGalte^us et autres qui ont parlé dndil Alexandre. » {Note de fauteur.) *
* te Icy touche la decolacion de monseignejur aainct Jehan Baptiste, fiiicte durant le convis. » {Note de F auteur,)
S80 LA COMDAMNACIQN.
Fut insérée en la lecture Du Droit canon et du Décret *,
Et ainsi que les sainctz docteurs Blasment ce vice par escript, Les poètes et orateurs Pareillement en ont escript.
Sçavez-vous que- Terence en dit?
Sine Bacho friget Vernis *; Et n^y a point de contredit :
Par ce vin tous maulx sont venus.
Luxure qui nuyst à oultrance, Et ^it l'homme en enfer. plonger, Se refroide ^ par tempérance De peu boire et de peu manger^.
Pas ne pensoit à ce danger, Loth, qui en Segor demoura, Car par trop vin boire et charger, Ses propres filles defflora *,
Noë, quant le vin esprouva, S'enyvra mouît ignorammeut.
Tant que dormant il se trouva Descouvert de son vestement^:
Son enfant vit visiblement Sa fragile condicion.
Qui s'en moqua tout plainement ; Regardez quelle desrision ?
* « Venter mero estuens facile despumat in libidinem. Uasc lHER0RTHU8,et habetuF inDecretis, Dislinctio xxxv.» (N. de Caut.)
* « Sine Gérera et Bacho fHget Venns, ait TsRKimns. » {N&te (le rauteury.
' Pour: ie refroidit.
* « Conceperunt duœ filiœ Loth de pâtre suo. Genesis, ix cap.*» {Note de Vauieiir.)
^ « No6 bibeos vinum inebriatus est, et nudatus jacoit in tabernaculo. GeneHs, ix. * {Note de (hauteur.)
DE BÀNCQUBT. W
Que diray-je de Olofornea, Qui faisoity par contumelie, Sonner trompettes et cometz, Guydant assaillir Bethulie ?
Il s'enyyra par sa folie, , 11 se coucha» il s'alicta, Et Judich, la dame jolye, En dormant le décapita *,
Le Tin et Tengurgitement Font faire des maulx k foison ; Entendre le fault sainement, Quant on en prent contre rais(m.
Et quant, par moderacion, On en boyt peu et sobrement'.
Lors acuit ingemum :
Il aguise l'entendement ^.
Mais ces grans buveurs et gourmans, Qui de trop manger sont enflez.
Se trouvent pesans et dormans.
Tant sont bouffîtz et boursoufflez. .* Hz ont les ventres si peuplez ^, Ils oât la pance si gourdie ^, Que, par force d'estre repktz, Sont prestz de cheoir en maladie.
Dont viennent tant de gens malades, Catherreux, gravelleux, goûteux, Débilitez, fragiles, fades ^,
* * L'hystoire de Judich est assez commune. » (No/e de Vaut,) « Saûitas est animas et corpori sobrius potus. Eeclesias-
tici^ ïxii. » {Note de r auteur.) ' « Vinum modice .sumptum acuit ingenium.» (Note de l*aut.)
* Si bien garnis.
^ Remplie, enflée, allourdie.
Faibies«
359 LA COMDAMNAGIO!!
Poda^^, poussifs et boiteux, Febricitans et paresseux, Qu'on ne peut tyrer de la coucbe ?
Dont viennent tels maux angoisseux ?
Tout vient de mal garder la bouche.
D'où vient gravelle peu prisie S
Ydropisie ,
ParaÛsie,
Ou pleurésie, GolUcque qui les boyaulx touche?
l)pnt vient jaunisse, ictericie^,
Appoplexie,
Epilencie,
Et squinencie?
Tout vient de mal garder la boudie.
• Le satirique Juvenal A voit bien tout considéré.
Quant il dist qu'il vient tant de mal s De long repas immodéré :
Et après qu'il a référé Balnea,cœna8etsordes, Quant il a tout enumeré, Il dit : Hinc subilss mortes '.
Maintenant cfaascun et chascune Est de gourmandise empesché ; La façon en est si commune,' Que on ne Testime plus péché.
Mais il est escpipt et couché, En la doctrine moysaique,
* Pour : prisée.
* Humeur noire; ietericia.
3 « Hinc subit» mortes atqueuitestatasenectus.
I JuYBNiLis, satira prima. » {NoU de Vatiieur.)
DE BANGQCET. 3SS
Que ce mal estoit bien cercfaé, Et pugny par la loy antique.
Dieu dist à toute la caterve ', Jadis, pour information :
K Se tu as ung enfant proterve ^, Vacquant à coinessacion ^, Répugnant à correction, Luxurieux, infâme et ort ^ :
Par vostre congrégation, ' Soit lapidé et mys à mort ^ l »
Le sainct Canon, très- amplement,
A de ce vice discute^,
En parlant préalablement,
A ceulx qui sont en dignité :
Qui maintiendra ebrieté.
Digne de reprehencion,
Il veult que sans difficulté
Soit privé de communion.
Et est en la Distinction XXXV qui le mect*^, Reprenant, par affection, Celluy qui tel vice commect :
Il est donc bien fol qui permect Que tant de vin en son corps entre ;
* Cest-à-dire : à son peuple, au peuple hébreu. - EfTronlé, insolent. '
^ Se livrant à la bonne cbere.
* Impur, souillé.
^ « Filius Tester protervus est et conlumax, commessationibns vacat et luxufise atqae conv'iviis : lapidibus eumobruet populus civitatis et UMvielur, Deuteronomii^ xxi cap. » {Note de l'auteur.)
* « Dtaconos, presbiter et episcopus : Ebrietati et aleae deservientes, nisi Jesierint, comniunipne privantur. DtHtinelioneuixv. Et eitra, de VUa et honestate clericorum : Clericus crapulosus yel ebriosus, monitus non desistens, ab offlifb vel Iwneficio sus- Tpenâ»iur.* {Note de ranteur.)
354 LA COVDAHIiAGION
Et infâme, qui se soubzmect A faire son dieu de son ventre.
Valere dit, par motz exquis (Qui bien retenir les vouldroit.
De institutis anU(^is, Illec chercher les conviandroit), Que à Romme jadis on troUyoit Sobriété- en florissance *, Et que nulle femme n'avoit De boire vin la congnoissance*.
Qui plus est, au sixiesme livre, . En traictant de sévérité, Exemple à ce propos nous livre, D'ung grant bourgeois de la cité :
C'est Metellus, d'auctorité, De meurs et de vertus imbut, Qui tua, par atroxité.
Sa femme, pour ce qu'elle en but.
Successivement les Rommains
Perdirent ces condicions ;
Car, qiiant ilz eurent soubz leurs mains
Gartage et plusieurs régions,
Hz prindrent occupations
De jeux, d'esbatz, de vanité,
Et d'autres, opérations,
Qui procèdent de volupté.
Ne dit pas Titus Livius,
En ses Décades mémorables,
Que le consul Poslumius I
Trouva des choses exécrables, \
En honneur, florissante.
"^ « Vini usus rorhanis feminis olim ignotus fuit. VAixitu s, lihro primo, cnpiiulo de ïnniHittU aniiqirft. •» {Note rie /'«.' leur'.
DK BAMGQUBT. 3S?
Gomme stupres abjiomiaables, Poisons et meurtres remplis d'yre.
Et autres cas desraisonnables, Qui sont desbonnestes ft dire * ?
Après gourmander sans cesser, Après boire excessivement, Hz s'en alloient exercer Tous ces crymes notoirement.
En commettant occultement Vergongne et choses enormalies, Qu*ilz npmmoient vulgairement .
Cerimonies bachanalles.
Le Sénat et leurs familliers
Firent telle inquisicion,
Qu'ilz en trouvèrent par milliers
Et en firent pugnicion :
Velà la retribucion,
Qu*on gaigne de gulosité, *
D'abondante potacion.
Et d'autre superfluyté.
Le législateur Ligurgus
Monstre bien, quant aux Anciens,
Qu'il avoit les yeulx bien agus *,
Et les sens discrets et sciens ^ :
Car, aux Laeedemoniens,
Il deffendit, comme k novices,
* < En la quarte Décade de Tilus Livius, au neufiesme lÏTre^ est mise bien au long l'hystoire de bachanalles et des grans crir mes qui s*y commettoient, des'quelz le consul Postumius Albinus fist faire la justice. De ce mesme parle Vnlere, au Mxîesme livre, »etc. {Noie de V auteur.)
* Bien perçants, clairvoyants.
* C'pst-à-dire : l'esprit sage et prévoyant, prescienl.
356 LA GOMBAMNAGION
De fréquenter les Adens *,
De paour qu'ilz n^aprissent leurs vices '.
En Asie» par icelluy temps, On menoit délicate vie ', Car la plupart des habitans Aymoit luxure et lascivie ^.
Ligurgus, qui avoit envie De régler sa bonne cité, Graignoit que ne fiist asservie A pareille lubricité.
0 gens plains de mondanité, Querans vous remplir à foison, Délaissez ceste vanité.
Et vous gouvernez par raison :
Car, pour vivre longue saison.
Et acquérir son sauvement ^, Soit aux champs ou à la maison.
Il n'est que vivre sobrement.
LE FOL revient à Testourdy, comme poar empeschm', et dit
Mais serons-nous cy longuement, Escoustai^ maistre Salomon, Guydant, pour crier haultèment, Qu'on obeysse à son sermon :
Il a beau chanter la leçon A ceux qui boyvent les grans tretz,
* Pour : Asiatiqueft.
* « Ligurgus institua les loix en la Cité de Lacedemonne. Et, pour ce que ceux d'Asie menoient vie dissolue, deffendoit à son peuple qu'il ne les frequentast. Ex Valbrio. » {Note de fauteur. )
. ' « Et Titus Livius, au livre preallegué, dit aussi que de Asie vint la luxure à Romme. Lilu*o uono, terciœ decad., in priocipio. » (Note de Vauleur.)
* Pour : lasciveté.
^ La ganté du corps.
DE BAMCQUIT. 367
Nous humerons ceste boiss<m, Vsque ad Hebreos fratres.
BONNE GOHPAIGNIB, tenant une Usse.
Ce vin n*es(-il pas bon ?
JB-BOY-4-VOD8.
Très, très !
Et si' a joyeuse couleur.
PASSKTBMPS.
Je croy çni'il est percé de frès.
JB-*PLEI6B-D*ÀDTÀNT.
Je n*en beu pieça de nleilleur.
Devinez se, pour le Docteur» De boire je m'espargneray ?
Je seray tousjours potateur', Et mon ventre bien foumiray.
BÀNCQUET parle de loing.
Et tandis }e besongneray ^. -
OOURMANDISB.
Quoi qu^il vueille dire et prescher, Je ne iineray de mascher, Et ce bon vin entonneray,
BANCQUET.
Et tandis je besongneray.
JE-BOY-A-VOUS
Sus, sus, il se fault racoupler ^ !
BANCQUET.
Et je voys mes gens appeller?
* Buveur, <)u latin pôlaior.
* C'est-Â-dire : pendant ce temps-là je ne resterai pas oisif.
' Cest-à-dire : il faut trinquer de nouveau, rapprocher les verres, comme on racouplait les chiens pour les lancer sur la béte.
358 LA COMDAHN&CION
JE<BOT<-A-V01JS^
4 De mon prouffit je songneray.
BANGQOET.
Et tandis je besongneray.
LE FOL
Et tandis je me disheray *., .
Mais où? Avec ces advocas, Je ne sçay si j'en fineray !
Nul ne veult pensçr à mon cas !
BONNE COMPAIGNIE
Escuyer?
. L'ESCtJTER.
Dame ?
BONNE COMPAIGNIE
L*ypocras ?
L^ESGDYER.
Il est encore en son entier.
PASSETEMPS
Le voulez-vous garder pro cras * ?
l'escuyer.
.l'en eeniray très-voulentier.
le premier serviteur.
Voicy le gracieux meslier ^, Pour faire la souppe jolye.
le second serviteur.
.le verserav, s'il est mestier*.
Dedans ceste tasse polye.
* On disait :je me dinerai, pour : je dînerai,
- Pour domain.
' On versait la soupe sur des pâtisserie^ sèches, qu'on désignait sous le nom général de métier^ -et qui étaient fabriquées exclusivement par des pâtissiers spéeiani, qu'on appelait oar- 1/ Heures oublayeurs etoiibleenrg.
*■ S*il est besoin, nécessaire; de l'italien meHiero,
DB BARCQUET. 399
BÂNGQUET, armé par la teste, vient crier : Appoplexie? Ydropisie?
APPOPLBXIE.
Qui esse là ?
YDR.OPISIE.
C'est le Baîiquel.
BANGQUET.
Où estes-vous, Epilencie ?
EPILENGIE.
Me voicy preste en mon roquet '.
BANGQUET.
N'oubliez rochel *, nB hocquet *, Et amenez vostre assemblée'.
J'ay desjk prins mon biquoquet ^, Pour .entrer en plaine meslée.
PLEURESIE.
La compaignie est afTolée, Se je l'embrasse par le corps.
BANGQUET.
Allons frapper k la volée, Sans leur estre misericors.
A mort !
BONNE GOHPAIGNIE.
Qui vive ?
Notez que les bancqueteurs se doivent monlrei' bieà piteux, et
les autres bien terribles.
ESQUINANGIE.
Les plus fors.
' Petit manteau court, bans collet; du bas latiu rochus.
* Robe longue; de rochetus. 11 y a crochet dans Tédit. de 1507. ' Grand manteau à capuchon, tombant jusqu'aux talons. On
disait aussi huque.
* Capuce, casaque à capuchon.
S£0 LA COHDAMNÀCION
PAS8ETEMP8.
Voicy la trahi»»! seconde !
GOURMANDISE
Pleust kl Dieu que je fusse hors !
P^RALISIE.
A mort!
JB-BOY-A-V«DS.
Qui vive?
COLIGQUE.
Les plus i'ors !.
je-pleige-d'autant.
Aurons>nous souvent télz efifors ?
APP0PLEX1E.
Faut-il que cest yvroîng ^ responde :
A mort!
PAS8ETEMPS.
Qui vive?
TDROPISIE.
Les plus fors !
BONNE COMPAIGNIE
Voicy la trahison seconde.
BANCQUET.
Qu^on tue tout !
EPILBNGIE.
Qu'on les retonde ' !
BONNE COMPAIGNIE, cn escliappant, dit:
Il se fault sauver qui pouiTa !
t'our : ivrogne.
* C'est-à-dire : qu'on les écorche, comme des moutons qu'on tond jusqu'à la peau.
DE BANGODBT. 3G1
EPILEKCIE.
Hz veulent tenir Table Ronde, Mais, par Dieu ! on les secourra.
PA8SETEMP8, en eschappaul.
Meshuy *, on ne m'y pugnvra ! .
ACODSTUMANCE.
Ne moy, s'ilz ne sont bien huppez.
BANGQUET.
Bon gré saint Pol ! tout s'en yra :
Les principaulx sont eschappez.
PLEUnSSIE.
Ces quatre seront decouppez.
JE-BOY-A-VOOS.
Uelas ! ayez pitié de nous !
ESQUINARCIE.
Chargez sur eulx !