AVÈ^ROTS
Quant on a souppé largement , Tout à loisir y sans soy haster, Comment peut estre proprement L'estomac prest pour bancqueter?
Nous retardons, sans point doubter, Nostre disgestion du tout, Ainsi que quant on vient bouter De Teaue froide en ung pot qui bout.
TPOGRAS.
Gomme Teaue froide en pot bouillant Peut retarder ou dommaiger, Ainsi ung estomac vaillant Est bien grevé pour trop manger^.
Mais, pour éviter ce danger, Notez ceste reigle distincte, Qu'on n*y en doit point tant loger, Que la chaleur en soit extincte.
Et pourtant me fut demandé.
Par disciples plains d'éloquence, Ung regimeirecommandé Pour durer en convalescence ; Je leur respondis que abstinence Est de si parfaicte valeur.
* « A multis cnim cibis cnlor extingiiitur. Tpoceas , in Amphoriftmis, » {Note de rautenr.)
4ne LA CO«DAliKA(!lON-
Qu*elle augmente rihtelligetico.
Et nourrist rhomme sans douleur *.
. AYIGENNE.
Je vous diray ce qu'il me semblé D'ung grant abuz et d'ung deffauU, Quant TÎi ou viii metz toiut enscmbli^ En ung estomac loger fault ; Se Fung fait tempeste ou assault, L'autre est picquant on périlleux ; Le froit combat contre le chault *, C'est ung tonnerre merveilleux.
ATBRROTS.
 Saleme loingtaine terre.
Les medieins d'auctorité
Firent, pour ung roy d'Angleterre, .
Ung Régime de santé ' :
Enseignetnens y a planté :
Il ne les faùlt que Tisitër,
Combien que j'aye voulenté,
D'aucuns pasâaiges reciter :
Omnibus» assuetam jubeo servare âyetaftif
Ex magna cénUy stomdcho fit maaima penu,
lit sis nocte levis, sit tibicetta brevis*,
* « Ab&tinentia reddit homiDem castum, iiigeDiosuni,et nutrit .Hine dolore. Haec Galiexus. » {Note de hauteur.)
* « Nihil quidem deterius est quam diversa nutrimcnta »imal adjungere. Hec Avicena. > {Note de ravteur.)
' L'école de médecine, fondée à Saleme à la fin du onzième siècle, par Robert Guiscard, conquérant normand, qui s'était emparé de la Fouille et de la Galabre, eut une immense célébrité aussitôt après sa fondation. On recueil de ses aphorisme» fut mis en vers l'an 1100, pour Robert, duc de Normandie; mais les deux tiers de ce poème didactique, Schola salernitanay sont perdus.
* « A Regiminesanitatis. * (Kote de l' auteur,) —Ce vieux poème, qui avait une si grande autorité dans la médecine du moyen Age, est intitulé ainsi dans les premières éditions du quinzième t^ïècle: Regimen san'tlalis ad regem Aragmnm a mayittro Arimldo de Villattova direct nm et ordinatuni.
DR BAMCgURT. ^TT»
AVICENNR.
(]'esl très-bien dit, ce m'est advis :
Diette est reigle d'excellence, Et Testomach reçoit envys ' Long sdupper ou grant opulence '.
Ung mot qui est de préférence.
Pour gens d'estude et de noblesse : Ne quid nimis, ce dit Terence :
Le trop nuyst, la quantité blesse *.
VPOCRAS.
Et se le soupper si fort nuyst, Gomme on luy baille le blason *, Le bancquet qui se fait de nuy t Nuyt trop par plus forte raison ^ :
Corporelle réfection Grève, quant elle est diutume ; Mais plus, sans comparaison, Replection qui est nocturne ^.
Avec tous vos ditz je copule "^
Ce mot pesé à la balance :
Qu'il meurt plus de gens par crapule ^,
* Malgré lui.
* Chère exquise, trop succulente.
^ « Nam id arbitrer apprime in vita esse utile, ut ne quid nimis. Terengios. in Andtia. » {îiote de Vauteur.)
* C'est-à-dire : comme lui en fait reproche.
* Ce passage prouve que le banquet était un repas de nuii; quant au souper, il avait lieu ordinairement à deux ou iro is heures après midi; il fut retardé jusqu'à cinq et six heures du soir vers la fin du règne de Louis Xli.
' «Si eniro omnis replectio nocet stomacho, quanlomagis noctuma. Armaldus, in commento Regiminis, » {fiole (ic Couleur. ) "* Je compose; du latin copulare.
* Goinfrerie; du latin crapuln.
404 LA COMDAMMAGION
Qu^il ne fait d'espée ou de lance ' : l^t quant ebrieté s'y lance, Velà le fait tout consommé; Car ung géant plain de vaillance Par vin est tantost assommé. «
AVlCEnNE.
Peritfaous bien Tesprouva >, Â ses nopces, comme sçavez, Qui bien empeschié se trouva Par Centaures, gens desrivez ^ :
Bons vins leur furent délivrez.
Dont leur gorge fut arrousée ; Puis, quant ilz furent enyvrez, Cuyderent ravir l'espousée.
AVERROTS.
Herodotus, référendaire* De maint cas divers et louable.
Met des messngiers du roy Daire Une histoire quasi semblable :
Vers Amyntas le roy notable, Viiidrent demander le tribut.
Qui tantost fit dresser la table.
Et Dieu sçait comment chascun but.
Après vin, voulurent sentir"
Les dames et les damoyselles,
Lors fiston parer et vestir
De beaulx compaignons en lieu d^elles,
* « Plures interficit gula ccna quam gladius. ProverbioriM commune. > {îiote de fauteur.) n.
* «Les Centaures, aux nopces de Perithous, h'enyvrerent-en telle façon, qu'ilz vouldrent ravir sa femme. Vide Ovididm, Uo- CAciLu, elc. » (Soie de l'anleur*)
* Déchaînifg, emportés.
* Historiographe, chroniqueur.
* Prendre leur plaisir, festoyer.
* DE BANGQUET. 40S
A^ans cousteaulx et aluineiles'; Mais quant yint à joindre les corps, En cuydant taster leurs mammeUes, Hz furent tous tuez et mors *,
YPOGRAS.
GiruSy que Thamiris grevoit,
Pour son pays depopuler ',
Au jour que conJl)atre de voit,
Fist son armée reculler,
Et en ses tentes apprester
De tous les metz qu'on peut gouster,
Tant de vin comme de vitaille :
Les ennemys, sans arrester,
Y entrèrent pour en taster :
Dont îlz perdireiit la bataille *,
Tous maulx viennent par gloutonnie :
Escripture en est toute plaine, Mais la sobre parsimonie Rend la créature toute saine.
Senecque, qui tousjours amaine Quelque mot digne et vertueux, Dit à la créature humaine Gest enseignement somptueux :
« Scez-tu comment tu dois manger?
Ung peu moins que saturité ^,
* Armes, poignards, dagues.
* « L'hystoire dos ambassadeurs deDaireestescripteenUe.rodole, où il dit qn'après qu'ilz eurent trop beu, demandèrent les dames; lors ^t-on babillei' en femmes de beaulx gallans qui les misreni à mort. » (Note de Vauleur.)
^ Dépeupler; du latin depopulare.
* « Ciras, pour surprendre l'armée de Thamiris, serecuUa et laissa ses tentes plaines de vins et de viandes : leurs ennemys s'enyvrerent et endormirent : parquoy furent vaincus pour celle fois. Ukrodotds et Josnif traictent ceste hystoire. »iiVo/f de Faut.)
* Satiété. U faut manger un peu moins que sa faim,ditle proverbe.
40C LA COMbAHIfAClOH *
Kt (le boire toy corriger, ^
Foii^eviterebrielé'. »
AVICENNE
Âulus Gelius a noté,
En son livre de Nuictz Actiques,
Que totalle sobriété
Regnoit sur les Rommaius antiques,
Et se, par edictz domestiques,
Il convenoit reigle tenir,
Pareillement, par loix publicqnes,
Chascim se devoit abstenir *.
AVERROÏS.
Didimus, roy de Bragnianie, Jadis fist déclaration, Comment tous ceulx de sa mesgnie Et les gens de sa région Prennent leur substantacion Modérée et peu nutritive, Sans jamais faire question Dp viande delicative '.
TPOITBAS.
Brag manions sont sobres gens*, Fuyans richesse et vanité.
Et pourtant les roys fet regens Ne les ont point itiqtiiëté.
' . «t SEffKCA in libello ; De quatuor virtutibnt icit ; E(l6 citra saturitatem Bibé citra ebrietatem. » ^
{SoUdeVautenr.)
* « ParciraoDia apud veieres Românos non solum dom&stica obsfervalione, sed ëtiam animadvefsione legum custodita est. AoLts Gelids, l^oclUiiA Actiearum. » {^ote de CauleUr )
■' Pour : délicate.
* « Ceulx de Bragmanie sont sbbres, comme dit GalietTijl et V incput Historié parlant des fais Alexandre. » (me de V auteur.)
DE AANCQtET. Mf:
{(A.lexandre fust appresté Pour les assaillir à oultrance. Mais il montra begninité.
Quant il ouyt leur rernonstrance.
GALIEM.
« Senecque, parlant h Lucille, Dit que thoreaux impétueux Treuvent réfection faeille En ung petit pré friictufeux^ Et les elephans furieux Es forest prennent leur pastut^e, Mais à homme trop curieux ,
Ne sbfBst quelque nourriture * .
AVICENNE. '
11 luy fault les bestes sauvages
De divers lieux et régions,
Et es mers, fltuves et rivages,
Pescher poissons par millions * ;
Par forestz, par vauh et par mons, * .
On prent viandes venaticques *,
Et par mer, soles et saulmons,
Et plusieurs genres aquaticques.
Le repas ne sera jà beau, S'il n'est cerché en plusieurs fins :
Il luy Hmlt anguilles, l)arbeau, Caq»es et brochetz bons et fins.
Aloses, lamproyes. daulphins, esturgeons, macquereaulx, muletz, . Congres, merluz et esgrefins, Rougetz, turbotz et quarreletz.
408 XA COMDAMNAGION