‹ Recueil de farces, soties et moralités du quinzième siècleChapitre 7 sur 53 · EN PAA.1ICB. SU · texte numérisé non relu

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certains penonnages bouffons, qui apportaient quelque di- TersioD à la gravité du sujet, soit ta créant sons le nom de mûTûlités un nouveau genre de pièces dialoguées, dont Tal légorie satirique et morale faisait à peu près tous les frais; ce fut vain : les joueurs de farces étaient toujours mieux accueillis que la troupe de l'hôpital de la Trinité, et le public qu'ils divertissaient prit parti poiu* eux, quand ils furent persécutés par la prévôté de Paris, qui voulut s'opposer à l'installation permanente de leur théâtre. Il était trop tard désormais pour supprimer un genre de spectacle qui allait si bien à l'esprit français : on ne piH que lui prescrire des bornes et le subordonner, pour ainsi dire, au privilège accordé par Charles VI aux confrères de la Passion. £n conséquence, les confrères signèrent avec les Eofants-sans- Souci un traité d'àllianee, par lequel ces derniers devaient exploiter, de concert avec eux et sur la même scène, les trois genres dramatiques , qui se partageaient le domaine encore restreint de Tart théâtral. 11 fut convenu entre les deux troupes rivales, qu'elles se mettraient en valeur l'une par l'autre, et qu'elles joueraient à tour de rôle la moralité ^ la fltrce et le mystère j pour varier leurs représentations. Le peuple, qu'on semblait avoir appelé comme témoin i la signature du contrat, en apprécia finement l'iniportanct dans l'intérêt de ses plaisirs, et désigna sous le nom àtjeu des pou piles celte association dés genres les plus disparates, du sacré et du profane, du tragique et du comique, de l'édifiant et du scandaleux. Cette expression depoiê piléSy qui signifie mélange ou pot-pourri, faisait i^llusion, a di4 un historien du théâtre, à quelque farce, très-connue autrefois, dans laquelle un badin était représenté pilant des pois secs et y mêlant des pois lupins, qui sont fort amers, et des poischiches, qui servaient beaucoup en médecine*. Le théâtre de Paris, qui était, si l'on peut s'exprimer

* Nous avons pensé, avec plus ile raison, quç le Jeu des pois filé» devait son nom à' un passage du Nouveau Pafhelin. Voyez ci-après, p. 157.

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ainsi, le chef d'ordre de tous les théâtres de France, resta constitué de U sorte jusqu'au milieu du seizième siècle : il avait deux troupes distinctes, celle des confrères de la Passion et celle des Enfants-sans-Souci, qui jouaient simultanément ou alternatiTement. Les représentations avaient lieu entre la messe et les vêpres, le dimanche, c'est-à-dire de midi à quatre heures environ ; et comme il eût été im« possihie, dans cet intervalle de temps, de représenter un grand mystère ou une grande moralité, qui avait quelquefois trente actes, quarante mille vers et deux ou trois cents acteurs, on se bornait tén extraire quelques scènes ou bien un acte entier, lequel, accompagné d'une farce ou d'un sermon joyeux , composait le spectacle. Dans de rares circonstances, en province surtout, on représentait un mystère complet, souvent avec une farce et une petite moralité ; la représentation durait plusieura jours de suite; elle avait Heu non plus dans une salle fermée, mais dans les ruines d*un amphithéâtre romain, comme à Doué, oii sur un théâtre ouvert dressé en place publique, ou dans une vaste plaine. £n ces occasions solennelles, tous les habitants d'une ville, d'un pays ou d'une province, participaient â la dépense générale, fournissaient des aumônes, des vivres, des armes , des habits, et avaient droit d'assister au jetf, ainsi qu'à la montre ou procession solennelle des acteura, qui précédait toujours la représentation.

Il sufGra de faire observer combien la corruption des mœurs était favorisée par ces espèces de couru plénières du peuple, qui mettaient en mouvement tant de passions diverses, tant de vanités, tant de convoitises, tant de prestiges et de séductions. Le jeu d'un grand mystère donnait lieu inévitablement à des orgies sans nombre et à des désordres de toute espèce; mais, du moins, à Paris, les représentations hebdomadaires des confrères de la Passion et des Enfants-sans-Souci, quoique également dangereuses à certains égards, ne pouvaient engendrer de pareils excès : elles agissaient lentf'ment sur la moralité publique d'elles alté-

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raient insensiblement la candeur des âmes en remuant sans cesse le limon de la vie sociale. Cependant le théfttre, si obscène, si scandaleux, si corrupteur qu'il fût, ne paraît pas avoir encouru, à Paris, Tanimadversion et les réprimandes de l'autorité civile ou ecclésiastique, avant le règne de J" liouis S^. Ce fut vers i5i2 que les Enfants-sans-Souci se virent menacés dans l'exiàtence de leur confrérie, et furent obligés de suspendre leurs représentations, jusqu'à ce que leur confrère Clément Marot les eût remis en faveur auprès du roi. On ignore le motif de cette disgrâce; mais il est probable que la question des mœurs n'y était pour rien, et que ces farceurs audacieux s'étaient permis, à l'instar des clercs de la Basoche, quelques boutades satiriques contre l'avarice du roi, contre la politique de son règne ou contre la reine Anne de Bretagne. C'est à cette occasion, sans doute, que Louis XII avait dit qu'il entendait que l'honneur des dames fût respecté, et qu'il ferait bien repentir quiconque oserait y porter atteinte.

il est très-vraisemblable que les griefs qu'on alléguait à cette époque pour fermer le théâtre des Enfants-sans- Souri furent l'origine d'un usage qui a existé pendant tout le cours du seizième siècle, et qui s'est perpétué jusqu'à présent : il fallait que leè maîtres du jeu déposassent à la prévôté de Paris les manuscrits des pièces qu'ils voulaient jouer, et obtinssent du prévôt ou de son lieutenant une permission préliminaire, pour la représentation de chaque pièce nouvelle. Souvent, il est vrai, les auteurs et les acteurs refusaient de s'astreindre à cette serritude, et bien des farces ordurières, qui passaient pour des impromptus, échappaient ainsi à l'examen des censeurs, qui ne les eussent point autorisées. Le lieutenant civil, dans son règlement du i2 novembre 1609, renouvela la défense de représenter « aucunes comédies ou farces, qu'ils (les comédiens] ne les aient communiquées au procureur du roy, et que leur rôle ou registre ne soit de nous signé. » Nous avons de la peine à croire que les prologues de Bruscam-

XXII i/angien théâtre

bille, les hai'angues de Tabarin» les cbanaons de Gaultier Gnrfpiille, aient été soumis de la sorte au procureur du roi et revêtus de son approbation. I.e théâtre s'était bien éloigné du but édifiant de son institution depuis Charles VI, lorsque les sermonnaires du seizième siècle accusèrent la vie déréglée des comédiens et de tous les libertins qui embrassaient cette profession peu honorable, pour se livrer plus (acilement à la débauche, à la fainéantise et au vagabondiigc. Les jeunes poètes, à l'exemple de ViHon et de Clément Marot, avaient surtout uu penchant irrésistible pour le théâtre. On conçoit que la dévotion et l'enthousiasme religieux n'étaient plus, comme dans les premiers temps, le lien et l'attrait des confrères de la Passion. L'Église, tout en condamnant le théâtre d'une manière générale et abso.ue, n'avait pourtant pas encore frappé d'anathème les joueurs de forces, quels que fussent la dépravation de leurs mœurs et le scandale de leur conduite privée. Toutefois, les théologiens, dans leurs écrits dogmatiques, déclaraient hautement qu'on ne pouvait, sans enfreindre les lois canoniques, donner le sacrement de l'Eucharistie aux histrions, qui étaient toujours en état de péché mortel'; et le fameux casuiste Gabriel Biel, qui examina ce cas de conscience à la fin du quatorzième siècle, au moment même oiï s'établissait la confrérie de la Passion, comprend l'art théâtral parmi les arts maudits et défendus. Les statuts de rUniver&.bé de Paris ordonnaient que les comédiens fussent relégués au delà des ponts et ne vinssent jamais loger dans le quartier des écoles, tant leurs jeux scéniques étaient répûtes dangereux pour la morale (Luài ..., quUnts lasçiviat petutantia^ procacUas excUetur, slat. 29 et 35). Mais cependant on n'appliquait jamais d'une manière générale et rigoureuse la doctrine de l'Église contre les comédiens, qui étaient enterrés en terre sainte, lors même -qu'ils venaient à

* Dixcourft sur la comédie, ou Traité hislor, et dogmat. des jeux de théâtre, par le P. Pierre Lebrun. Paris, veuve Delaulne, 1731, p. ÎOî.

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