LE SUCRE D'ÉRABLE
Le Maître, ayant à la main un cornet d'écorce de bouleau : Qu’y a-t-il là dedans, mes enfants ?
Plusieurs enfants à La fois: Du sucre nouveau !
M.—Ah! vous ne vous trompez pas : eh bien! il appartiendra à celui qui me répondra le mieux, Ditesmoi, quelle espèce de sucre est-ce ?
Un enfant.—Du sucre du pays.
M.—De quel pays ?
E.— Mais, de notre pays.
M.—C'est vrai, on en fait beaucoup au Canada,
mais encore plus peut-être dans quelques-uns des Etats Voisins. Trouvez-lui donc un autre nom ?
E, embarrassé. Je ne l'ai
jamais entendu appeler autrement,
M,—Connaissez-vous quelque autre sorte ‘de sucre
— [4 — Plusieurs E.— Oh! oui, de la cassonade.
M.— Pas d’autres ?
E.—Du sucre blanc!
M.—Eh bien! voyons : pourrait-on faire du sucre blanc avec du sucre du pays ?
E. indécis.—Je ne sais pas trop, monsieur.
M.— Certainement, mon enfant, en le purifiant, le clarifiant ou le raflinant assez. Vous voyez donc bien que ce n'est pas la couleur ou la forme du pain de sucre qui en fait la différence, Dites à présent, où fait-on le sucre ?
Quelques enfants, riant.—Dans les sucreries !
M.—Fort bien, mais qu’entendez-vous par une sucrerie ?
E.—C'est dans le bois.
M.—Mais peut-on faire une sucrerie dans toute espèce de bois ?
E.—1II faut que ce soient des érables, monsieur,
M.— Pourquoi n’essaie-t-on pas à faire du sucre avec des sapins ou des trembles ? |
E.— C'est qu’ils ne couleraient pas,
M.—Savez-vous ce qui coule des érables ?
E.— Du sirop, monsieur,
Un autre élève. —Non, monsieur, c’est de l'eau : connais bien cela, j'ai été au sucre dernièrement.
M.—Et pouvez-vous me dire quelle est cette eau
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sucrée qui coule des érables, et de quelques autres arbres, comme les plaines et les snerisiers. Coule-t-elle en tout temps ?
E.—Non, monsieur, ce n’e:t que dans le printemps de bonme heure,
M.— C'est-à-dire que c’est la sève qui monte dans cs arbres, et qui en découle lorsqu'on les entaille ; dès qu'on à fait upe incision, avec une hache, dans l'écorce et l'aubier {c’est ce que vous appelez œubelle), on introduit une goutille ou gaudrelle dans la fente. L'eau sucrée tombe alors goutte à goutte dans une auge ou Un Casseau placé au-dessous. Et qu'est-ce que l’on fait de cette eau, vous qui avez été aux sucreries ?
E.—-On la ramasse dans une chaudière et on la fait bouillir.
M.— Vous avez raison ; par la chaleur, l’eau s'évapore peu à peu, et la ‘partie sucrée s'épaissit, passe à l'état de sirop, puis de fire, et enfin de sucre, Ce sucre prend différentes formes, d’après les moules dans lesquels on le met lorsqu'il est encore liquide et tout chaud,
E.— Mais, monsieur, d’où vient donc la cassonade que l'on achète chez les marchands ?
M.— C'est un sucre que l'on tire d'une plante qui s'appelle canne et que l'on cultive dans les climats chauds, Il se nomme cassonade À l'état brut et par grains, et cette cassonade est plus où moins brune ou blanche selon qu’elle est plus ou mcins raffinée,
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E.—Fait-on encore du. sucre avec d’autres choses ?
M.—Oui, mon enfant; en France, on en fait beaucoup avec la betterave. On peut aussi en tirer de
certains fruits, comme le raisin, etc.
E.— Qu'est-ce donc que le sucre de sève ?
M.—C'est le sucre d'érable que l’on fait un peu trop tard ; alors la sève commence à redescend:e dans les
arbres et est plus épaisse. Ce sucre est plus mou et se conserve difficilement, Mais arrêtons-nous là pour aujourd’hui, afin de ne pas vous embrouiller. Louis, voilà le cornet de sucre ; vous l’avez bien mérité.
(A Suivre)
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