‹ Recueil de leçons de choses [microforme]Chapitre 36 sur 101 · LA POMME DE TERRE · texte numérisé non relu

LA POMME DE TERRE

M.—Mes enfants, vous connaissez tous les pommes de terre; vous en mangez souvent, vous les aimez, et vous savez qu’elles sont d’une bien grande ressource dans toutes les familles riches ou pauvres,

Ce que vous ne savez peut-être pas, ce sont les vicissitudes que la pomme de terre a subies avant d’être admise chez nous, et les difficultés qu’elle a rencontrées en Europe, par les préjugés des population qu’elles de-

vait pourtant combler de bienfaits,

La pomme de terre est un produit du Nouveau-Monde.

Elle est originaire du Chili, dans la chaîne des Cordi- de lières, montagnes situées dans l'Amérique du Sud, et où se trouvent de terribles volcans.

ton D'abord elle s’implanta au Pérou, il y a de cela bien ter: i des siècles, et c’est de ce pays qu’on la transporta en À cro: Europe ::rs le xive siècle. Elle y fut reçue avec faveur, XVI ce qui ne saurait nous surprendre, car l’agriculture con n'était pas alors ce qu’elle est aujourd’hui: on manquait plu souvent de céréales, et les famines n'étaient pas rares, 4 Pourtant, qui le croirait, on ne tarda pas à s’en dégoû- pau ter, à l’accuser de mille méfaits, entre autres de donner lie la fièvre et même la lèpre. * :

pP | Jules.—Oh! maître, quelle horreur! cette pauvre raifi | pomme de terre, si nourrissante et si saine ! friar M. - Eh bien, c’est ainsi, mes amis. Il en est légè | | de même parmi nous: les bons sont souvent calom- rs niés par les jaloux, les envieux et les méchants. L’ex- elle cellent tubercule subit le sort commun, 11 dut céder an cat préjugé, et disparut entièrement de l’Europe pendant de foné longs siècles, jusqu’à ce qu’enfin un homme intelligent beau et animé de la passion du bien résolut de doter la France L d’une ressource si précieuse, Connaissez-vous le nom et. je de cet homme ? J Jules. —Je crois qu’il s'appelait Parmentier. ladie M.—Précisément, Il prit des pomimes de terre, les .

planta dans un terrain sablonneux, où elles réussirent

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à merveille, et un jour, lorsqu'elles furent en fleurs, il en cueillit un bouquet et le présenta à Louis XVI.

Le bon roi, ami des progrès utiles, le mit à sa boutonnière, et de ce moment la cause de la pomme de terre fut gagnée. Parmentier s’attacha avec un zèle croissant à la propager, et la grande disette de la fin du — XVIH® siècle aidant, l'excellent tubereule entra dans la consommation générale, et de ce moment il n’en sortit plus.

Aujourd’hui, il est, avec le pain, la nourriture du pauvre et du riche. Les pommes de terre cuites à l'eau, les pommes de terre rites ou sautées, ou en purée, sont appréciées de tout le monde, et jour les amateurs plus raïfinés, les gâteaux, les croquettes, sont de véritables friandises. La farine appelée Jécule, douce, fine et légère, est employée pour les sauces et les bouillies. La pomme de terre entre dans la confection de l’amidon ; elle fournit au commerce un alcool, qui sert à la. fabrication de diverses ligueurs, et enfin les confiseurs .en font des dragées, délicates, que les enfants apprécient beaucoup.

Louis, Oh ! oui, monsieur, j'en ai mangé une fois et. je les ai trouvées bien bonnes.

Jules. — Mais, monsieur, que ne parle-t-on de la maladie de la pomme de terre, qui fait tant de tort aux cultivateurs, et à tout le monde même, puisqu'elle fait hausser le prix et la rend moins abondante ?

M.—Hétas ! oui, mon ami, le mal n’est que trop-vrai ;

il existe déjà depuis longtemps, et jusqu’à présent on D'a pas pu le détruire. On dit qu'il est causé par un insecte redoutable qu’on nomme doryphora, et non la Mouche à patate, comme plusieurs l’appellent.

Cependant, les dommages qu'elle cause à ce légume si utile diminuent d'année en année, depuis que les cultivateurs font à cet insecte une guerre acharnée. Tes uns parcourent, tous les jours, leur champ de pommes de terre, et ramassent dans des chaudières ou des paniers tous les doryphora qui s'y trouvent, d’autres les empoisonnent avec du vert de Paris.

Ce fléau se fait aussi sentir en Europe. Mais là, comme ici, des hommes intelligents, des cultivateurs habiles, sont en train de remédier au mal, et peut-être d'en tirer un bien. Voici ce que l'on est en train de faire en ce moment en Angleterre :

Une exposition originale vient de s'ouvrir au Palais de Sydenham. C’est une exposition internationale de pommes de terre. Elle a pour but de montrer les progrès de ce légume depuis le jour où Walter Raleigh, le favori de la reine Elisabeth, l’introduisit en Angleterre.

Les espèces primitives, énervées par une culture excessive et trop riche, étant sujettes aux maladies, on en a créé de nouvelles qui se perpétuent À l'infini. et dont la descendance va en se perfectionnant, Quelques-unes des variétés exposées ont une beauté de formes qui charme le regard comme des fruits. | Quant aux variétés nouvelles, devenues, aux mains

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des cultivateurs habiles, des espècés permanentes, elles portent des noms peu connus, entre autres les suivants : la Bienfaisante, la Beauté &'Hébron, le Magnum bonum, le Granpian, l’Incomparable, la Beauté de Bad. stock, le Régent précoce, le Rognon international, le Rinal, le Cosmopolite.

Vous voyez qu'avec du travail et de la persévérance on obtient des résultats magnifiques, et que l’industrie humaine est admirable dans ses ressources.

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