‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 14 sur 65 · Tome h · texte numérisé non relu

Tome h

qualité de Proconsul; il navoit alors que vingt-quatre ans. Ses exploits guerriers , son génie et son érudition le rendirent célèbre. On connoit son Mjrsopogon , ou satire contre la barbe, qu'il composa pour se venger des habitans d'Antioche, qui Tavoient tourné en ridicule. 11 fit aussi une satire contre les Césars, \piil supposoit conviés dans l'Olympe, à un banquet céleste. Silène étoit leur introducteur; et, en les présentant aux Dieux, il fais oit une critique fine et spirituelle des actions de chacun d'eux.

Julien habita près de sept ans dans les Gaules , où il fit presque, continuellement la guerre aux Barbares qui y a voient pénétré; il avoitune prédilection particulière pour Paris, qu'il appeloit sa chère Lutèce. On sait que le seul monument antique qui ait résisté aux outrages du teins, dans cette grande capitale, est une salle noire, enfumée et enveloppée de constructions modernes , à laquelle on a donné le nom de Thermes de Julien (i). On a pensé que ces restes d'un vaste édifice avoiènt fait partie du palais habité par cet Empereur, mais qui, selon les plus grandes probabilités, avoit été construit avant son arrivée dans les Gaules. Nous avons au Musée Royal de France une statue en marbre de Julien, qui a été apportée d'Italie il y a environ trente ans, par M. Millotti, possesseur d'une

(i) Noua avons déjà manifesté, ainsi que tous les amis de l'antiquité, et les Français jaloux de l'illustration de la capitale, le désir de yoir ce mo»«ment débarrassé de tout ce qui etnpécbe d'en jouir. Uu savaat *««démicien , le Vinckelmann français , sollicite depuis long-temps ce changement ; nous nous flattons qu'enfin il obtiendra de l'autorité une décision favorable ; la dépense qo exigera cette restauration sera bien compensée par l'avantage de la salubrité et de la sûreté qui en résulteront pour ce quartier, où ta vore publique est étroite et souvent dangereuse.

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très-belle collection d'objets d'art, vendue à Paris il y a environ dix ans. Les monumens de Julien l'Apostat sont assez rares, excepté les médailles; nous considérons donc le camée que nous publions, comme un objet précieux, malgré sa mutilation.

VIII ET IX

Ces deux anneaux de bronze proviennent aussi des fouilles faites pour le camp de Boulogne ; le premier est d'une forme curieuse , il est terminé par deux feuilles de lierre , et a conservé toute son élasticité ; le second est orné d'une cornaline orientale , gravée en creux , et représentant la Fortune avec ses attributs; cependant il est à remarquer que la Déesse est sur le gouvernail comme sur un piédestal , car le plus ordinairement cet attribut est placé à coté d'elle. Nous avons nous-mêmes recueilli ces deux anneaux et le camée qui précède, sur les lieux et au moment de leur découverte.

La ville de Boulogne se nommoit anciennement Gesoriacum : elle prit sous Constantin le nom de Bononia; elle appartenoit aux^fonVw"; quelques auteurs ont^jrétcndu que le Portus Hius, où César s'embarqua pour passer dans la grande Bretagne, étoit Gesoriacum; mais il a été prouvé que ce fut à Wit-Sand, et non pas à Boulogne, que se fit cet embarquement. Cependant ce port étoit très-fréquenté du tems des Romains , et l'une des quatre grandes voyes militaires qu'Agrippa fit construire, et qui partoient de Lyon , aboutissoit à Gesoriacum,

Parmi les Divinités auxquelles les anciens ont élevé des

temples et des autels , aucune n ayoit un culte aussi généralement répandu , que Mercure ; on peut attribuer cette préférence aux fonctions multipliées que Von donnoit à ce Dieu, et quiloccupoient nuit et jour.

Les Grecs ont nommé Mercure, E^ôk , Hermès; les Phéniciens et les Égyptiens, Thoth; les Romains Mercurius\ les Espagnols et les Gaulois, Theutates. La variété des fonctions de ce Dieu a fait penser qu'il y en avqit eu plusieurs du même nom. Cicéron (i) en désigne cinq, a chacun desquels il assigne une origine et des emplois différens. Mais les opinions se réunissent pour ne reconnoître que celui que les Romains croyoient fils de Jupiter et de Maïa, et dont les images ont été si multipliées.

Sur les monumens de l'ancien style , il est représenté avec une barbe en forme de coin , ce qui lui avoit fait donner le nom de SpJiénopogon. M. Millin (a) a fait graver une belle cornaline antique , sur laquelle est représenté Mercure Barbu , tenant un long caducée ; c'est un ouvrage $ Action, graveur Grec , d'une époque incertaine.

Sur les monumens moins anciens , on voit ce dieu presque toujours imberbe et impubère, comme Apollon et Bacchus j mais les formes de son corps , moins molles et moins efféminées, annoncent la souplesse unie à la force. Sa téte est nue ou couverte du pétase, et toujours avec des ailes ; il porte une chlamyde dont la position indique le mouvement ou le repos , étant ou sur le bras gauche

(i) De naturâ Deor.

(a) Galerie mythologique , planche 5o. — Celte belle pierre grecque appartient* M. Pélrée, ancien officier de marine, dont nous aurons d'autres occasions de citer le goût pour les monumens antiques

ou sur 1 épaule du même côté. Le plus souvent il tient une bourse dans la main droite et porte le caducée sur le bras gauche; les ailes de ses talons tiennent à la chair ou à des espèces de bottines qui lui servent ^e chaussure. Il a presque toujours auprès de lui, ensemble ou séparément, un coq, un bélier et une tortue..

Mercure étoit le messager des dieux et des hommes, le dieu du commerce, de 1 éloquence, des voleurs et des bergers %7 il conduisoit les âmes aux enfers , et les en retirait lorsque les dieux supérieurs permettoient quelles revinssent sur la terre. 11 étoit l'inventeur des lettres , des prestiges , de l'astronomie et de la médecine ; il présidoit à la gymnastique, servoit de guide aux voyageurs ; enfin ses fonctions étoient sans nombre.

Il n'est pas étonnant que les hommes qui importunent sans cesse le ciel de leurs souhaits , de leurs plaintes et de leurs désirs , aient dans tous les pays cherché à se rendre favorable Mercure , qui pouvoit leur être d'un si grand secours. Aussi ses statues et ses images ont-elles été prodigieusement multipliées } le marbre , la pierre , le bronze y ont été employés ; on les trouve aussi sur une grande quantité de pierres gravées , et son nom est souvent répété dans les inscriptions votives ; c'est principalement dans les Gaules que les monumens qui ont rapport à ce dieu ont été récueillis fin grand nombre, ce qui fait con-. jecturer qu'il y reoevoit un culte de prédilection. Nous reviendrons sur cette opinion dans la suite de ces descriptions , et nous passons à celle de la figurine de bronze ,t que nous avons (ait graver dans cette première planché sous le n.? 5, et dan$ sa grandeur naturelle. Elle a été trouvée près de Sédan, et faisoit. partie du cabinet de

M. Husson. Le travail de ce monument est barbare , et incontestablement Gaulois -7 tout y est d'une forme bizarre ; le pétase, le caducée , la chlamyde, et surtout les bottines , le caducée et l$s ailes du pétase sont un peu mutilés.

Enfant dans l'attitude de la course, ou de la danse, dans sa grandeur naturelle ; cette petite figure de bronze , couverte d'une patine brillante, est d'un bon style et d'une conservation parfaite; elle a été découverte à Pcquigny entre Amiens et Abbeville.

Les anciens aimoient à retracer dans les monumens les grâces , la naïveté et les charmes de l'enfance ; on trouve fréquemment des figurines qui représentent de petits garçons dans différentes attitudes; les jeux de ce premier âge sont exprimés avec soin sur un grand nombre de sculptures antiques.

Amulette Phallique eh or trouvée à Vienne en Dauphiné y ce petit bijou, avec une cornaline sur laquelle est on .gouvernail gravé en creux, sont les seuls objets que nous avons pu Sauver d'une riche découverte faite dans cette ville il y a quelques années. Elle cpnsistoit en médailles d'or et d'argent , en vaisselle de ce dernier métal , en anneaux d'or et autres choses précieuses ; Forfèvre qui en avoit fait racquisition du paysan qui avoit recueilli ce trésor, s*empressadé jeter le tout au creuset dans la crainte d'être recherché. Combien de monumens curieux et intéressans sont détruits de même par l'ignorance ou par la cupidité !

Vienne , Vienna , étoit la capitale des AUobroges , Tune des villes les plus anciennes et les plus florissantes des Gaules; César est le premier qui en ait parlé (i). Pline Va citée comme coUnie ; l'empereur Claude , dans son discours au Sénat en faveur des Gaulois, la nomme Ornatissima Coïonia, v aient issimaque Viermensium. Vienne devint métropole du démembrement de la Narbonnoise , qui prit le nom de Viennoise au commencement du quatrième siècle. Après la décadence de l'Empire elle devint encore la capitale des deux royaumes de Bourgogne. La main du temps a renversé ses édifices somptueux \ les révolutions et les événemeus , dont elle a été le théâtre, l'ont ruinée et l'ont réduite à ne paroître qu'au troisième rang des villes delà France ; mais elle a conservé des 4W<^ /considérables de son ancienne magnificence , et de t$mps ; im,mémorial on y a retiré du sein

de toute espèce; on y a principalement recueilli: de heauN restes d arckûectureet de sculpture , et uae quantité considérable d'inscriptions. M. Schneider , professeur, de deJsin au collège de cette YÎUe , qui vient de mourir dans, un âge avancé, s'est occupé pendant près de cinquante ans de rassembler, de conserver et de classer toutes cps richesses antiques dont il a formé un musée 9 <Jui mérite 1 intérêt des voyageurs instruits et des artistes. Ce savant laborieux a retrouvé l'enceinte de l'ancienne Cité .qui renj- Xermoit cinq montagnes , et l'emplacement des forts et des camps qui la protégeoient ; il a découvert un amphithéâtre, un théâtre , les temples des Dioscures, de Mars , de la Victoire , et d'Auguste. Ce dernier étoit desservi par

(.) Comment. VII.

six prêtres , qui prenoient le titre de Sextumvir-Augustales ; M. Schneider a encore découvert une belle porte triomphale, des thermes , et une foule d'autres vestiges d'édifices somptueux , qui sont autant de témoins irrécusables de l'importance de Vienne et du haut rang qu elle occupoit dans les beaux siècles de l'Empire.

Tout ce qui compose cette première planche a été tiré de notre cabinet.

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