TOM. II
ces] précautions ne furent prises que contre les visites dangereuses des animaux féroces; mais, à mesure que les besoins se multiplièrent, les choses qui servoient aux usages ordinaires de la vie devinrent aussi plus nombreuses ; le luxe se développa, et en même temps l'amour des richesses , la cupidité et l'avarice.
Les démarcations rigoureuses des propriétés Rétablirent; ceux qui ne possédaient rien ou qui possédaient peu convoitèrent les richesses de leurs voisins ; la force et l'adresse furent mises en usage pour s'approprier le bien d'autrui; le vol enfin devint commun, il fallut alors imaginer des moyens de s'en garantir ; les verroux et les serrures furent inventés , et par la suite des temps se multiplièrent et se perfectionnèrent. T>e là. cette grande quantité de clefs antiques qui se trouvent dans tous les cabinets ; leurs formes sont très-variées , leurs dents plus ou moins nombreuses , et l'extrémité qui tournoi t dans la serrureplus oumoins compliquée. Le Père Mon tfaucon a fait graver une clef presque semblable à celle que nous donnons ici sous le n.° IV (i). Il a aussi donné la figure de plusieurs serrures attachées aux coffrets qu'on appeloit Scrinia , dans lesquels on renfermoit les actes publics et les autres écrits (2) ; mais les serrures antiques sont très-rares , et on ne les connoît guères que par les monumens qui en représentent la forme extérieure. Les anciens se servoient aussi de cadenats. Caylus en a publié un (3) , nous en possédons un autre presque semblable. On connoît encore des bagues — — — — — — , 1 — . » .
(1) Anliq. eipliq. Tona. II , part, I , pl. 5/». — Bibliolh. Saialfl-GenenèTe , pag. 3o.
(a) Ibid. Pl. 7.
(3) Recueil d'anliq. Tom. IV, p*g. a83.
qm\ au lieu de chaton, ont une petite dei> nous en avons plusieurs dans «t>*re catWt, toutes cUÉTcrentes. On a pensé que ces sortes, danneaux qui sont assez communs et«p» sowt ordroaipsBWmt ,4e bronze, étaient l'anneau nuptial <fue les époux mettaient au 4©»gl de leurs fiancées dans la cérémonie des jioqqs* L'époux avertissoit par ce symbole celle à laquelle il unidsoit sa destinée ; que dès* ce moment il lui do nu oit sa oonfiauce entière , et lui abandonnoit la surveillance «de sa maison et de tout ce qu'il possédoit ; car la clef étoit dans les temps anciens un symbole de puissance et de possession (1). Elle étoit même un des attributs de plusieurs divinités. Horus cbez les Egyptiens; Eras chez les Grecs $ Janus , Frotte, Cybèk et Minerve , ohezles Romains > étoient surnommés Ktafâ»? , porte-clefs ; Horus te n oit une clef pour indiquer qu'il étoit le maître de diriger à son gré les inondations productives du Nil ,; Janus comme apportant la paix ou la guerre ; Protée tenoit les clefs de la mer, et Cybèle celles des villes qu'elle protégeoit. Caylus a encore publié une clef qu'il croit avoir servi de fibule (a) ; ce bijou auroit alors été allégorique comme les anneaux dont nous avons parié.
La clef gravée dans cette seconde planche est de bronze , et bien conservée ; elle a deux pouces et demi de longueurs i I
V ET VII
Nous ne pensons pas que ces deux styles en ivoire soient da nombre de ceux qui servoient à écrire sur des tablettes.
tO Moammn inédits ( M. Miffin ) , tom. H , pag. 5* (a) Recueil d'aauo,. Tom. IV , p. îgx.
enduites de cire, et qui étoientphts minces et plus longs. Ceux-ci ont été vraisemblablement employés à pousser , au moyen du tour sur la poterie > avant sa cuisson , des gorges, dés moulures et d'autres ornemens. Nous sommes entrés dans des détails sur cette fabrication, dans l'ouvrage que nous avons publié en 1807 sur les fouilles faites dans le jardin du Luxembourg. Nous y avons fait connoitre plusieurs styles en ivoire , du genre de ceux que nous donnons ici (1). Le N°. V a trois pouces , et le N«. VU quatre pouces de longueur. • .
Nous avons fait graver cette lampe de terre dans la moitié de sa grandeur; elle est dune jolie forme, de bon style et bien conservée. On voit au milieu une figure de femme avec des ailes éployées , portant de la main gauche un lacrymatoire sous son œil , et tenant de la droite une torche ou flambeau : on reconnott dans cette' figure un génie funèbre , ou peut-être la redoutable Némésis , char» gce d'examiner et de punir les fautes les plus cachées. On la représentée sous différentes formes et avec un grand nombre d attributs. Le plus souvent elle tient une branche de frêne; elle lève et avance le bras en pliant le coude en forme dequerre, par allusion à la justice rigoureuse avec laquelle elle mesure les actions des hommes et rend ses jugemens. A ses pieds est une roue , symbole des vicissitudes de la Fortune. On voit sur plusieurs pateres Grecques Une figure ailée que des sa vans ont prise pour la Nuit, et d'autres pour- Némésis. Cette drvmité des Enfers ne
; ^ '"Ml
(1) Antiquités Gauloiaei et Romaines. (Pari», 1807. )
seroit pas déplacée sur notre lampe , qui était destinée à être déposée dans un tombeau.
Les lampes sépulcrales en terre cuite sont très-communes ; nous en avons possédé plusde cent , toutes curieuses par leurs formes , leurs sujets ou les noms de potiers gravés sur leurs fonds. Il est peu d'ouvrages d'antiquité où l'on ne trouve plusieurs de ces monumens. Passeri en a publié un grand nombre ; Bellori, Licetus, Bonani , Montfaucon et d'autres auteurs , en ont aussi fait graver dans leurs recueils. On trouve des lampes de bronze dans les cabinets , mais elles sont moins communes que celles de terre, et paraissent , en général , avoir servi à des usages domestiques ou dans les cérémonies religieuses.
Cette belle figure de bronze, qui a malheureusement éprouvé quelques mutilations, est ici dans sa grandeur naturelle; elle fut trouvée au mois de mars 1804, à dix pieds de profondeur , dans la rue Ronchaud à Besanson. Nous en devons le dessin à M. l'abbé de Tersan , et nous sommes sûrs de son exactitude.
On a découvert dans les Gaules , en différens temps , plusieurs figures de bronze semblables à celles que nous publions et de différentes dimensions. La divinité quelles représentent semble appartenir spécialement à ces contrées , puisqu'on n'en a jamais trouvé que dans le sol de l'ancienne Gaule. Le caractère de la figure , la pose et l'attitude ont fait présumer que c etoit le Taranis ou le Jupiter des Gaulois, auquel ils accordoient, comme les Romains , l'empire du Ciel, et le pouvoir de lancer le tonnerre. On pourroit penser aussi que ces monumens
représentaient le Dm ou Dieu de la terre , dont les Gaulois se croyoient descendus ; ce qui appuieroit cette opinion , c'estle vêtement , l'arrangement des cheveux et de la barbe, qui appartiennent à ces peuples : il paroit assez naturel d imaginer qu'ils donnoient une Tonne et des vètemens semblables aux leurs , aux images du Dieu qu'ils croyoient leur premier père.
Notre figurine est couverte du sagum ou tunique Gauloise , croisée de droite à gauche sur la poitrine , et bordée d'une espèce de fourrure; elle descend presqu'aux genoux, paroi t juste aux formes du corps , et se trouve retenue audessus des hanches par une ceinture dont les extrémités ne sont pas nouées , mais seulement tournées sur la ceinture avec une sorte de grâce et de symétrie. Les deux mains manquent , mais d'autres figures semblables tiennent toujours dans la droite une coupe et dans la gauche une hasrte. Les cuisses et les jambes sont couvertes d'un pantalon très-juste -qui descendoit jusqu'à la cheville.
Cayms rapporte une figure semblable à la nôtre, et qui
fut trouvée à Lyon (i). Elle avoit cinq pouces trois lignes
de hauteur j son vêtement étoit aussi le sagum , le panta.-*
Ion , et une espèce de chausson noué sur l'articulation , qui
ètoît particulier aux Gaulois, Le père Montfaucon a donné
une figure du même genre , ayant huit pouces de hauteur,
tirée du cabinet de M. de Boze. L'attitude, la tunique,
la ceinture et le pantalon sont les mêmes que dans la nôtre;
mais tes bras sont nus, et les épaules sont couvertes du
paltium : ce qui annonce , dans ce monument, un mélange
de 'la mythologie Gauloise avec celle des Romains. Le
(i) Recueil d'antiq. Tom. I, p. iGo.
savant bénédictin a pensé que la figure de M. de Bote représenta itEsculape; nous ne sommes pas de son avis , et nous ferons en sorte de justifier .notre opinion (i). Le même auteur a fait graver une autre belle figure de bronze découverte, ainsi que la notre, à Besançon, où elle ornoit le cabinet du président Boizot (a) j, mais le graveur , qui ne s est pas servi de miroir, a placé mal-à-propos dans la main gauche la gourde ou calebasse que tient cette figure. Montfaucon et Dom Martin la regardent comme limage d'un Druide : nous n'y voyons que la Divinité Gauloise dont nous avons parlé , exécutée seulement dans un style plus grossier.
M. Millin a publié une figurine de bronze haute de six pouces et demi , trouvée dans un puits à Mâcon avec beaucoup d'autres monumens. Les dimensions > la pose , le vêtement et le caractère de figure de ce monument sont en tout semblables à ceux du nôtre (3). Enfin ,.M. l'abbé de Tersan possède quatre figures du même genre , dont trois ont de trois à quatre pouces de hauteur ; la quatrième , qui a près de six pouces , est parfaitement conservée ; elle a été trouvée à Metz dans la Moselle. Nous devons citer encore une autre figurine du cabinet de Pétau , qui présente une singularité remarquable (4). On y reconnoit, malgré la barbarie du style , la même intention que dans les monumens dont nous venons de parler. La tunique serrée et croisée de droite à gauche , la ceinture , en forme de corde,
(0 Antiq. expliq. Ton». I, part. II , pag. 43a. PL CXCD*. (a) Ibid. Tom. II , part. I , planche 5 1 .
(3) Voyages dans les départemcas du midi. Tom. I , p. 3§9< pl- 2<i*
(4) Ântiqait. expliq. supplcm. Tom. II , p. 8i p, 1.
mais disposée comme dans la figure de Besançon , le vase placé dans la main droite , tout indique la même divinité ; le maillet seul présente une différence , et qui nous intéresse d autant plus que nous possédons un anneau d'argent trouvé à Bratuspantium , sur lequel est gravé en creux le Jupiter Gaulois , tenant un vase et une haste surmontée d'un tau ou maillet (i). On conserve au lycée de Nîmes une belle figure de bronze , du genre de celles dont nous venons de parler , et qui a sept pouces et demi de hauteur (a).
Nous avons vu que les Gaulois , qui dans les temps les plus anciens faisoient, comme tous les peuples sauvages, résider la Divinité dans les objets qui frappoient plus fortement leurs sens , adoptèrent l'antropomorphisme et le polythéisme des Phéniciens , des Grecs et des Romains , lorsqu'ils eurent communiqué avec eux. Le vulgaire a besoin d'être frappé par des objets sensibles; les désirs, les craintes et les passions des hommes leur ont fait multiplier^ceux de leur adoration et de leur culte : aussi les Divinités du paganisme étoicnt-elles en grand nombre ; et l'on avoit imaginé de l'augmenter encore , en donnant les attributs de plusieurs de ces Divinités à une seule qu'on appeloit alors Panthée.Les monumens antiques, recueillis dans les Gaules, offrent un mélange singulier de la mythologie Grecque et Romaine avec celle des Gaulois : il n'est donc pas étonnant que ces peuples aient réuni , dans les images de leur Taranis ou de leur Dis les caractères et
(1) Voyez ct-aprèa , planche XVII.
(o) Montanens religieux de» Volce$-Tectosages , par M. Damcgc. ( Pari* ,
les attributs du Jupiter et du Bacchus des Romains. Les Gaulois étoient très-enclins à l'ivresse ; ce vice devint encore plus commun* parmi eux , lorsque les Grecs leur eurent apporté la vigne , dont la culture devint presque générale dans les Gaules , sous les Empereurs.
Nous considérerons donc la figure trouvée à Besançon , et toutes celles du même genre dont nous avons parlé, comme les images d'une Divinité spéciale , dont le culte ëtoit très-répandu dans les Gaules , et qui présidoit principalement aux festins et à la joie , peut-être même à Tivresse. Nous ne sommes point éloignés de penser que c'est véritablement le Dis des Gaulois sur lequel on a tant disputé ; et c'est une opinion nouvelle que nous soumettons à l'examen dès savans.
Vesontio , Besançon , étoit du temps de César la ville la plus considérable de la Séquanie ; il en fit sa place d'armes pendant la guerre qu'il soutint contre Arioviste j elle devint ensuite la Métropole de la Province , qui fut formée sous le nom de Maxima Scquanorwn : Animien-Marcellin cite cette ville parmi les plus considérables de la Gaule. Elle fut ornée, sous Aurélien, de plusieurs raonumens somptueux, entr'autres d?un arc de triomphe que
I on appeloit vulgairement arc de Saint-Jean. On a pensé qu'il fut élevé en mémoire de la conquête de Palmyre , et des victoires d'Aurélien sur Zénobie , Odenat et sa famille.
II y avoit aussi une colonne triomphale de plus de trente pieds d'élévation, dont le fut étoit couvert de sculptures, et dont les débris éloient épars , il y a cinquante ans , près de la Porte-Taillée. On a découvert dans celle ville et dans les environs un grand nombre d'inscriptions votives et tu mul aires, des urnes, des tombeaux, des statues, dés
Tom. il. 4
ustensiles de toute espèce, et des médailles dans tous les métaux , parmi lesquelles plusieurs étoient inédites.
Figure de bronze trouvée à AU en Provence, ayant cinq pouces et demi de haut. Le métal en est .entièrement oxidé à la surface; cependant les formes de la figure sont encore bien conservées, et telles que nous les donnons ici dans une réduction de moitié. Nous pensons que ce monument représente l'Hercule Ogmion des Gaulois, quoiqu'il n'offre pas précisément les caractères que, lui a donnés Luc ai n dans le portrait quil en a tracé. On reconnoit que cette figure a été moulée après l'arrivée des Romains dans les Gaules, au style de la tonique dont elle est vêtue , et à la manière dont la dépouille du lion est ajustée sur la téte ; mais on y retrouve en m$me tçmps la pose et la chaussure Gauloise de la Divinité dont nous avons parlé au numéro précédent. Il est probable que cette figure tenoit aussi dans la main droite un vase, et dans la gauche une haste. On a trouvé à Besançon une statue d'Hercule en marbre, de sept pieds de haut, qui teooit dans la raaip droite une grande coupe? et s an*» pu yoit de la gauche sur sa massue. Le style de notre bronzeest passable dans les v#temens et dans l'ensemble de figure , ce qui contraste avec la barbarie du visage , dont les traits sont durs et grossiers.
Aquœ&sxûa,^,, fondé par C Sextius Calvums, après la défaite des Salves , fut la première possession dçs Romains dans les Gaules. Vingt ans après sa fondation, Marius remporta une grande victoire sur Içs Ambrons et les Teutons , à quatre lieues de cette ville, près de la
rivière de Lar. Aix prit dans la suite le nom de Colonia JuKa Augusta (i), et détint la Métropole de la seconde Narbonnoise. Elle a donné naissance . entr'autres savans , à deux antiquaires illustres , Peircsc , et son ami Fauris de Saint - Vincent. Le respectable fils de ce dernier a recueilli et placé dans son hôtel un grand nombre d'inscriptions, de mosaïques, de bas^reliefs et d'autres monumens découverts dans le pays (a). On en trouve encore de temps k autre; il y a environ douze ans qu'en passant dans cette ville, nous fîmes l'acquisition de plusieurs médailles d or Romaines , et d un beau camée représentant Commode jeune , qui avoient été ramassés dans la campagne par un paysan, à la suite -d'un violent, orage.
Excepté la figure de bronze N.<* X , tout ce qui compose cette seconde planche fait partie de notre Cabinet