IX, XII ET XIII
Puisque nous venons de parler de l'habillement mili-
(1) Li». XII % y.itfa.
(2) Antiq expliq. Tom. II , part/H , Pl. VI et XX. (5) Kecneil d'aniiq. T«n. V , Pl. XCI1I. N.«" IV et V.
taire, nous passerons de suite aux trois: pièces de bronze; IV .°* IX , Xll.et XIII de cette planche. Il n'est pas difficile, d'en indiquer l'usage ; c'étoit des écailles fisées sur le cuir, le Hn ou même le métal, qui composotesnt les cuirassesr> principalement sur les bandelettes qui terminoient, le thorax, et descendoient sur les cuisses. On voit que la, pièce N.» XIII est percée dans sa partie supérieure ,et dans sa partie inférieure j; ce dernier trou seirvoit à ratenir l'écaillé qui devoit suivre, et: qui chevatichoit celle quA la précédoit, ce qui donnoit à ces omemens une grande, solidité; nous avons choisi ces trois pièces sur un grand nombre d'autres. Elles sont comme les; ornemens N. * I et II qui précèdent, gravées dans leur grandeur naturelle; et nous les croyons également inédites. . '.:,<[ [\>, .'\
La cuirasse se nommoit en grec J*»pa^ , et en latin thorax, mais plus souvent encore lorica. Elle étoit anciennement de cuir , comme l'indiqué ce dernier nom. qui vient de ibrum, courroye. On en fit ensuite d'étoffe*» de laine on de lin, doublées ou piquées pour résister aux coups. Il y en eut aussi de cuivre et de fer, massives ou corn-r posées de lames, d'écaillés ou de petits anneaux passés les uns dans les autres , comme dans les cottes-de-mailles du moyen âge. Montfaucon rapporte, deux figures de soldats Romains tirées l'une de la colonne Antonine , l'autre de l'arc de Constantin , qui sont revêtues d'une cuirasse à écailles, et qu'on appeloit loricce squamatœ.
Bélier de bronze , de deux pouces de hauteur , sur quatre pouces et demi de longueur: il est d'un bon style;
les détails en sont bien soignés , et il est d'une conservation parfaite.
Le bélier étoit principalement consacré à Mercure, comme1 protecteur des troupeaux et Dieu des bergers. Il àccompngne souvent ses images sur les monumens } cependant il étoit consacré aussi à d'autres Divinités , ou du moins c'était une des victimes qu'on leur oflroit le plus communément. Les crioboles ou sacrifices de béliers étoient dédiés à Cybèle; les Suovetaurilia dans lesquels on sacrifioit un porcj un bélier et un taureau , étoient offerts à Mars. On immoloit aussi le bélier sur les autels de Jupiter et de Pan. On représentoit Jupiter Àmmon ou le Lybien avec les cornes de cet animal, qui étoit particulier à la Lybie.
Cette jolie figure de bronse est ici réduite au n'en eriviron' de sa grandeur; elle offre une femme à deminuè, ayattt la partie inférieur* du cerpà couverte «Tune draperie légère et voltigeante , et les pieds nus. Elle soutient des deux mains un voile que le vent enfle au-dessus de sa tête. Les cheveux arrangés avec soin, relevés au sommet de la téte , et retombant sur les épaules en boucles flottantes, rappellent la coiffure ordinaire de Diane. La jointe des pieds est abaissée pour donner plus de légèreté à la figure , et indiquer qu'elle s'élève dans les airs. Ce monument n'est pas de ronde bosse , mais seulement en demi-relief. Un crampon .pris dans l'épaisseur du métal annonce qu'il faisoit partie d'une frise dans laquelle il figupoit comme ornement.
On a représenté de cette manière l'aurore , la lune, et
quelquefois la nuit; les anciens personnifiaient tout, l'aurore , le matin , le midi , le soir , la nuit, les heures , etc. Nous inclinerions à croire que notre bronze représente l'aurore \ celte fille 'du soleil qui le précède et fait disparoitre la nuit, la lune et les étoiles. Souvent on ïà Voit dans un char conduit par quatre chevaux ; quelquefois elle a des ailes, ou' s'élève dans les airs, en tenant comme notre figure un voile ceintré et voltigeant au - dessus de sa téte (i). Diane Lucifère.e$t représentée avec un voile semblable , mais parsemé d'étoiles , et elle tient un ou deux flambeàux (2> La mut a quelqqflfmX Jes mêmes attributs; «lie est caractérisée par M# flambeau, repversé qui incUque l'obscurité qui i l'accompagne (3). Jçi^ou;* nfo vonsni étoiles, ni flambeaux; la Déesse s'éjpve flans Ifis airs, en rejetant son voile en arrière pour «Jéfiouyrir sa léte: ce qui nous détermine à voir ramante Cépjiale dans ce joli monument trouvé à Néyers , village voisin;
V et VI.
Deux amulettes ilyphalliqaes de bronze , dans leur grandeur naturelle ; le N.° V est curieux en ce qu'il représente la vulve qui paroît rarement sur ces petits monumens. Nous nous étendrons plus longuement sur ces sortes darnulettes , en faisant la description de celles de la dixième planche dé ce recueil.
(i) Antiq. expKq. Sopplén». Tons. If-Pl. vj. (?) Ibid. Tona. I , PL XC1.
(3) Galerie mylholog. par M. Millio. Pl. 89 , N.o 53.
. i >îHy VIII ET X.
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Ces trois fibules sont de bronze incrusté d'émaux de différentes couleurs y nous avons déjà parié de l'usage de ces petits ornemens; nous aurons d'autres occasions d'entrer encore dans quelques détails à ce sujet ; ils sont ici dans leur grandeur naturelle.
Nous ayons pensé que le fragment de bronze, gravé sous ce numéro , mél-itoU d'être connu; il est réduit à "moitié de1 sa grandeur , toutes les parties en sont parfaitement modelées ; il représente l avant-main d'un chev al au galop , dont lardeur n'est pas modérée par le frein. Caylus a rapporte^ dans son recueil (i), un grenat sur lequel on voit en c*eux la partie antérieure d'un cheval au galop, parle célèbre Aulus, graveur du siècle d'Auguste , et dont plusieurs beaux ouvrages sont parvenus jusqu'à nous (a). Ce morceau a beaucoup de rapport avec notre bronze. Le même auteur a aussi publié deux bustes de cheval , et une agrafe en bronze ^ plaque carrée ? ayant quatre boutons pour la fixer sur le cuir , et de laquelle sort en relief un avant-main de cheval; mais aucune de ces pièces n'approche, pour le style, de notre fragment. U a été découvert, ainsi que tous les autres objets qui composent cette planche , dans le voisinage de Sedan, et tous font partie de nos collections.
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(i) Recueil d'antiq. Tom. Il , page 1 55. (a) Stojcti. Pl. 5, i6, 17, iS, 19.
( 33 f PLANCHE IV.
Nous offrons, sous ce numéro , un monument Gaulois , des plus intéressons et des plus curieux ; c'est un cheval de bronze , d'un travail assez commun , mais dont l'ensemble ne manque ni d'expression , ni de mouvement. On a gravé en creux à l'articulation de fépaule gauche , le disque de la lune à son déclin, et sur la cuisse, du même coté, un dauphin. On aperçoit encore, sur la cuisse droite, les restes des deux lettres C et O; le pied droit est posé sur un symbole en forme d'S , qu'on retrouve sur un grand nombre de médailles Gauloises ; la base sur laquelle repose le cheval a été fondue avec lui.
On sait que les anciens peuples ont , comme les modernes , attaché un grand prix au noble animal que l'homme a su dompter, et dont il retire une si grande utilité ; aussi le voit-on , sur presque tous les monumens , libre ou monté par un cavalier, attelé à des chars, à la course ou dans le repos. Xénophon est entré dans de longs détails sur tout ce qui a rapport aux chevaux et à la cavalerie des différentes nations (i). Les Perses, les Parthes, les Massagètes (2), les Scythes , les Amazones, les Sarmates (3), les Daces , les Germains (4) , et d'autres peuples barbares , ont été représentés sur des chevaux qu'ils manient tous avec
(1) De ** e,,«st.
(a) Herodot. Z. /, c. ai 5.
(3) Pausanias in Attic. L. /, pag. Z>j.
(4) Fabretti , colonne iraj. — • Antiqoit. expliquée , etc.
Tom. ii. 5
adresse. Les Grecs et les Romains s'exerçoient de bonne heure à l'équitation ; les jeunes gens comraençoient par sauter sur le cheval , soit à droite , soit à gauche et sans armes 5 ils parvenoient ensuite, par degrés, à sauter en selle, armés et tenant l'épée ou la lance à la main. La grosse cavalerie, et les» hommes appesantis par l'âge, s'aidoient, pour monter à cheval , d'un crochet placé à la partie inférieure de la hampe des lances , du Labarum et des autres enseignes militaires : on en voit plusieurs exemples sur les médailles Romaines, entr'autres sur celles des Antonins, de Verus, de Commode et de Caracalla.
Les Gaulois, du temps de César, tiroient des chevaux d'Allemagne , d'Italie et d'Espagne ; et ils faisoient plus de cas de ces animaux étrangers que de ceux qui naissoient dans leur pays.
Les Perses, les Arméniens et les Massagètes, immoloient un cheval au Soleil (i). Les Romains ont quelquefois offert le même sacrifice à Mars; les Germains élevoïent des chevaux blancs qui étoient sacrés, et qui servoient aux présages.
Les Grecs et les Romains a voient une prédilection par» ticulière pour les chevaux qu'ils employ oient dans les jeux du Cirque ; on leur attribuoit l'honneur de la victoire plus qu'aux Auriges ou aux Desultores qui le* conduisoient. Les inscriptions ont conservé les noms d'un grand nombre de ces chevaux (*); on y trouve même souvent la couleur de leur poil , et l'indication des pays d'où on les avoit tirés. Nous avons dans notre Dactyliothèque une
Ci) Phihstrat. in vitd Apollon, p. 4, Strab. p. 553 et
(») Antiqnit. expli* T. I! , p«,t. I, m. ags.
calcédoine taillée en cabochon , sur laquelle est gravé en creux le buste d'un cheval bridé, et près duquel on lit ÀAKHSTHS. On lui avoit sans doute donné ce nom tiré d'ALKH, Jbrce, jjour exprimer celle dont il étoit doué. On voit souTent , sur les pierres gravées , des chevaux avec une palme sur le front , ou placée près d eux dans un vase; ce qui indi<jue qu'ils avoient remporté le prix de la course dans les jeux publics.
Le monument que nous publions, et dont nous nous Sommes peut-être trop écartés, est purement astronomique. Nous avons dit que les Perses qui rendoient un culte particulier au Soleil et au Feu, sous le nom de Mithras, offroient à ce Dieu des chevaux en holocauste ; ce culte fut apporté à Rome du temps de Pompée, et se répandit dans tout l'Empire , vers les deuxième et troisième siècles de l'Eglise (î). Plusieurs auteurs ont pensé que les Perses aVoietft réuni , sous le nom de Mithras , le Soleil et la Lune, auxquels ils rendoient un culte commun (2). Les Gaidois qui adoptèrent les Divinités de toutes les autres nations , adorèrent également Mithras. On a trouvé dans les Gaules des monumens consacrés à ce Dieu (3) ; le cheval est uué constellation, composée de quàtre étoiles hors du Zodiaque, dans l'hémisphère septentrional ; les Gaidois honoroient donc le cheval comme constellation ; et, comme étant consacré au Soleil (4), il est représenté sur le plus grand
(i) Plutatch. in Ponrpéio.
(a) Berùdot. — Cassiod. hist. Trip, Lib. VI, c. S. — St. Aanlu-oiae, é&L rft»
(3) Reliçioç dea GauloU. Tom. 1 . pag. 4 1 8
(4) Plaçât equo Pernis radiis kyptronia cinctum ,
Ne detur céleri victima tarda Deo. ( Laclant. )
nombre de leurs médailles : on y voit souvent aussi, comme nous l'avons déjà dit, un symbole en forme d'S , semblable à celui sur lequel notre cheval pose le pied droit, et qui peut-être indique le croissant et le déclin de la Lune. Ce senti meut seroit appuyé par une figurine extraordinaire , qui fut découverte au Châtelet, près de Saint- Dizier , dans les fouilles faites par Grignon : elle représente le Tarants, ou Jupiter Gaulois , armé du foudre , tenant de la main gauche une roue à six. rayons, et portant sur 1 épaule droite un anneau, dans lequel sont enfilés huit symboles semblables à celui de notre monument. L'anneau passe , pour plus de solidité , dans un autre anneau , fixe et épais, , placé derrière les épaules, ei qui servoit sans doute à suspendre dans un temple ou dans un laraice , cette image singulière. Nous la considérons comme un monument votif, offert à Taranis par quelqu'un atteint d'une maladie ou d'une blessure grave, dont ilavoit été guéri parla, protection de ce Dieu , après huit mois, de souffrance.; La roue symbole du voyage est placée du coté gauche, et iordique le retour du malade après sa guérison. Les huit S passées dans l'auneau , peuvent , d'après ce que nous venons d'avancer , annoncer que la maladie avoit duré huit mois. On trouve encore ce même signe en forme d'S sur des- fi-, bides et sur des anneaux ; nous ne donnons lic^notre opinion sur sa signjficatipn , que comme une conjecture «pie nous hasardons de livrer à l'examen et a la sagacité des savans plus accoutumés que nous , à pénétrer les mystères de 1 antiquité. Nous nous résumons à dire que le cheval que nous publions, couvert de symboles analogues au culte du Soleil, nous paroit un monument MithMfjue votif; et nous le considérons comme digne de l'attention et de
tout l'intérêt dfes antiquaires. Il est gravé dans sélgranrdeur naturelle , et vient des fouilles de Noyers , près de Sedan.
Petite figure d'argent, bien conservée , curieuse par son attitude; elle a le bras droit élevé et pose sur <sa tête , en signe de repos ; 1* gauche est enveloppé 'àans le manteau ou la chlamydequi flotte sur ses épaules ,' et qui est le seul vêtement qui la couvre ; elle Vient aussi dé Sedan.
Cette, amulette dor, massif, pesant quatte, gros i moins, quelques grains , représente le Dieu du silence ; elle fut trouvée en 1801 sur les montagnes de la €lane, voisines.de Narbonne, par un berger qui y gardoit ses troupeaux; j4 s'avisa de , fouiller dans les ruiner d'un, ancien bâtiment, Romain , et en retira ce bijqu qui futacnetq par(«M. QilM-> bert , avocat à Narbonne. Harpocrate est ici coiffé de la fleur de lotus ; la bulle Romaine est suspendue à son cou ; il tient du côté gauche une corne d'abondance dont la pointe touche la terre, et pose l'index de la droite sur -sa. bouche; l'oiseau de Minerve est à ses pieds, C#tte amulette; se portoit au cou , comme l'indique une .forge, bélière qui y est adaptée. , t, v • • . ? : • )
Caylus a publié une amulette absolument semblable; à> la nôtre, du même métal et du mçme poids; EUe ,^uti trouvée par ùn pêcheur à la pointe nord-ouest de Locma- riaker , dans le départemeut du Morbihan. On croit que c'est dans remplacement même qu'occupe ce bourg , qu'a
autrefois existé Dariorigumy capit&lèdes fê/irti dont Jules €éaar elPpriéittée ontparlé (i).
iv. • • '
Nous donnons , sous ce numéro , une autre image d'Harpocrate en bronze, chargée d'un plus grand nombre de symboles que la précédente; la fleur de lotus qui surmonte sa tète , parée aussi des rayons du soleil , est accompagnée fie feuilles d'un grand volume j la bulle Romaine pend sur sa poitrine ; la corpe d'abondance ,, placée à gauche, repose sur le bâton d'Esc ulape; entre les ailes qui sont attachées à ses épaules , est une bélière ; enfin , un chien et une chouette sont aux pieds d'Harpocrate. La base de ce petit monument a été coulée avec le reste * ir a été trouve près de SecW. : :♦...♦*• •
Harpocratei, bien du silence , joué un grand rôle dans la mythologie ; on le disoit fils d'Isîs et d'Osiris; on le éroyoit le même qu'Homs , et souvent aussi on leprenojt, comme son père , pour le Soleil,1 Les différens symboles qui accompagnent* ses images , ont rapport à te père de la knrnére. Il est toujours représenté f index sur la bouche , et c'est ce qui le caractérise, Ausone le nomme Si galion , le SHeneïéui (2), »
Le- culttexlei'Bgypté passa en Italie, du terôps d'Adrien, et depuis eette époque on reconnoît dans un grand nombre de monumensj* deiRomains un mélange de ce culte avec celui des divinités de Roriic. Onîe rebouve plus parliculiêretnèrti daiVs les fi^nrès appelées Pamhëes , parce qu elles
(i) Cnylu*. Recacii d'antiq. Tom. VI, p. 578 , Pl. no. (*) Epist. ad PmMn. •; 1 , ■
ont le» attributs de plusieurs autres dieux. I* Fortune» Minerve et Harpocrate étoient les divinités dans lesquelles les anciens se plaisoient à réunir de noinbreuses atu ibur tions, ainsi que l'attestent les monumens (i^.PandeJot a pensé que toutes les figures panthées étoiôuA tlf s 4i>'ii)Ms domestiques déposées dans les laraires que les anciens formoient avec soin dans leurs maisons; et que celles d'un petit volume étoient portées comme des Uljsmans qui, préservoient de péril et assuroieut la protection des dieux quelles représentaient (a). La petite figure que nous pubb'ons seroit du nombre de ces amulettes ; les différons symboles qui l'accompagnent, prouvent que les Romains adoraient , comme les Egyptiens , le Soleil sous la figure d'Harpocratej la chaleur est le principe de la vie, de la fertilité et de 1 abondance, indiqués par les autres symboles de notre petit monument. On connoît des figures d'Harpocrate de style Romain , qui ont, outre les attributs dont nous venons de parler , le carquois d'Apollon , la nébride de Bacchus, la dépouille du lion qui appartient à Hercule , et la tortue de Mercure , parce que cet animal privé de langue est l'emblème du silence j aussi étoit-il encore consacré à Cybèle dont il étoit défendu de divulguer les. mystères. Ou voit près d'Harpocrate le chien , attribut des lares , l'oiseau de Minerve , et l'épervier d'Osiris. 11 porte sur la poitrine la bulle Romaine qui paroit les jeunes Patriciens Romains , avant qu'ils prissent la robe virile. Pétrone dit que les dieux domestiques portoient au cou l'ornement appelé Bulla (3). Enfin on trouve communé-
(i) Antiq. expliq. Tom. I , part. I , pag. 387. (a) Utilité des Voyages , lom. I , pag- 261. (3) Satyr. c. 36.
ment les images du Dieu du silence , sous différentes foi*, mes et avec une grande variété d attributs et de symboles, sur lesmonumens des Basil idiens ou Gnostiques, communément appelés Abraxas (i), et qui datent des deuxième et troisième siècles de l'église.
Le jayet étoit un bitume dont les anciens , et principalement les Egyptiens et les Gaulois, ont fait usage ; ce sont au moins les deux seuls peuples dont nous commissions des mon urne n s composés de cette substance ; mais qui sont assez rares , parce qu elle se détruit aisément. Nous possédons, outre l'amulette que nous publions ici , une autre petite main ityphàllique , une tète de serpent , et quelques objets trouvés à Bavay que nous décrirons à la planche XXVII où ils sont gravés. Il y a au Cabinet royal une tête de chat en jayet. M. Millin en a un croissant et quelques cercles gravés (a). Caylus a fait connoître une tète d'homme de cette matière , et la regarde comme un ouvrage égyptien (3).
Parmi les amulettes sans nombre auxquelles les anciens attribuoient différentes vertus , on doit remarquer les mains appelées Itypliaîliques , parce qu'elles étoient fermées d'une manière obscène : on a conjecturé quelon commença à porter ces espèces de talismans ou fascini , après que Caligula eut donné à baiser sa main fermée comme ces amulettes, ave<rle pouce passé entre t index et le me-
(i) Commenlar. in Tabul. Abrax. ( Chifflet. )
(a) Introdnct. à IVtade des pierres graTée* , p«ge 6.
(5) Recueil d'antiq. Tome IV, p. 36.
(i) ; mais il est vraisemblable que cet usage remonte à des temps beaucoup plus anciens. 11 dut coirunénocr en Egypte, doù il; passa che« les autres peuples* lès Grecs l'adoptèrent les premiers ; les mystères de Vénus et d'Eiis, la religion de Lampaaque, le culte de Gyllène , et lomes obscènes de certaines pompes Athéniennes , av oient été imitées de la religion dés Égyptiens et du culte qu'ils pendaient à 1 sis et Qsirisi> . |. . , j ;,.
L usage des amulettes existe encore dans la Pouille et dans la. Sicile; les habitans de ces pays attachent sur les épaules ou tau cou de leurs enfans de petites mains ity-i phalliques en corail ; ils imaginent, comme les anciens, écarter par ce moyen les maléfices et les regards de l'envie , et attirer sur leur progéniture les faveurs, du ciel et du destin (a).
L'amulette que n*us avons fait graver représente une main droite en jayet, fermée itypballiquementj et dans laquelle est une figure de la lune décroissante ; l une des pointes du croissant touche le pouce, et l'autre l'articulation du poignet à l'endroit oju se termine la ligne de vie des chiromanciens. Au-dessus, du poignet est une petite tablette carrée , sur laquelle reposent quatre autres petites, mains ; le tout se termine par un anneau fixe pris dans la matière, et qui servoit à suspendre 1 amulette. Baudelot a rapporté une main gauche en jayet comiculée comme la notre, mais d'un meilleur style si la gravure en est exacte. On voit vers le poignet les traces de quelques caractères qui paraissent Grecs , ce qui détruiroit 1 opinion de ce savant
(0 ... , , (i) De. divinité» générât (Paris, i8o5. ) TOM, IL
qui regardoit cè monument comme Egyptien ; H apptrtenoit à M. Thevenot, garde de la Bibliothèque royale (i).
On sait combieu les anciens e* les modernes ont attaché d'importance ai» influences de l'astwïde 1» nuit. On à prétendu que la lune exercoit une grande puissance sur toutes les parties du corps humain , et déterminoit sa bonne ou 'Ba mauvaise constitution $ aussi le* femmes linvequoient - elles dans les douleurs de Véniantement. On croyoit que le moment lé plus favorable pour la conception étoit entre le déclin d une lune et le commencement dune autre ce qui expliqueroit parfaitement notre amulette destinée sans doute à assurer la fécondité des femmes qui la portaient. Les anciens invoqnovent encore la Wme , comme bonne fortune dy*Bto *W- main étoit dédiée à Vénus. Tout ceci indique suffisamment la composition et l'usage des amulettes du genre dé la notre, qué non* considérons comme un monument ' . • ■ ,.i
' Fibule représentant un tigre ou une panthère; cet animal étoit consacré à Bacchus , an le retrouve sur un grand nombre de monument , à côté ou aux pied» de ce Dieu ; quelquefois 11 est àttelé à son char ^ lorsqu'il est seul, ce qui se rencontre Souvent sur les pierres gravées et sur le» fibules, il est considéré comme le symbole de Bacchus : le» initiés au! mystères Dionysiaques étoient nombreux ; il» aimoient à porter ët à se parer de bijoux allégoriques ace culte. Notre fibule a sans doute été de ce nombre, elle est
i différentes couleurs.
(0 Utilité de* Voyages, tom. I , p«g. 4°d«
La forme et la belle conservation de ces clous nous ont seules engagés à les faire graver, comme une nouvelle «neuve dr?* <m tfWffW - Wpprtoieut dans la confection 4es objeUqukse^yoient aux usages les plusordi-
VïIL
Buste en bronze dVri excellent style ; la prunelle des yeux est creuse, et contenoit sans doute une incrustaûon qui s'en est détachée. L'ajustement des cheveux , la finesse des traits et de la physionomie, nous ont fait penser que c étoit un buste de femme: la tunique retenue sur la poitrine par une agrafe ronde appuie aussi ce sentiment. Le vêtement des hommes étoit ordinairement attache par la fibule sur l'épaule. Ce bronze de voit être appliqué ou incrusté dans un torse de même métal ou de quelqu'autre substance , car la tète seule et le cou sont de ronde bosse, le çeste est presque plat ou d'un creux peu profond.
Cette plaque de bronze porte un buste en relief pris dans l'épaisseur du métal ; elle étoit attachée vraisemblablement sur une cuirasse, au moyen des trois trous qui y sont percés; le style dui casque et de la cuirasse indique assez que ce petit monument appartient aux bas temps, oii Fart avoit dégénéré, et où des ornemens de mauvais goût àvoîent remplacé ceux que l'on employoit dans les siècles d'Auguste , de Trajan et des An^onins.
Tous les objets qui composent cette planche sont gravés
dans leur grandeur naturelle; ils font partie de notre Cabinet , et ont été découverts dans les environs de Sedan , excepté la petite figure en or du N.° III , trouvée , comme nous lavons dit, dans le voisinage dè Narbonne.
* Narbo-Martius , Narbonne ,Tune des plus riches et des plus florissantes villes de la GaUle , existoits si l'on en croit Strabon, long-temps avant la conquête des Romains (i) > et devint Colonie Romaine Tan 118 avant Jésus-Christ. César y envoya les Vétérans de la dixième légion pour la renouveler, d'où elle prit "le nom de Colonia Decumanorum (2). Enfin sous Auguste elle fut appelée Julia- Paterna (3). Elle donna le nom de Gaule Narbonnoise à l'ancienne Province Romaine, qui fut la première possession des Romains dans ces contrées.' Strabon dit qu'elle étoit l'entrepôt du commerce de toute Ta Gaule \ les restes de mon u mens antiques et les nombreuses inscriptions qui ont été recueillis dans cette ville attestent son ancienne splendeur y et les édifices somptueux dont elle fut ornée.
PLANCIÏE V.
Camée unicolore sur calcédoine saphirine , d'une pâte/ très-fine, blanc de lait azuré d'une teinte très-régulière.» et dont le travail est fin et soigné. Il a été trouvé à Lyon sur la Montagne de Saint- Just, et dans .le voisinage de l'ancien couvent des Antiquailles , bâti sur remplacement,
(a) Meta. Lib. U, c. 5. — Plin. tiv. M, c. 4. . 1
(3) Gwtor. p. 339. • ' ' ' ' |: . v '" ' 1 '
de l'ancienne demeure des Empereurs Romains qui ont séjourné dans cette ville , et des Gouverneurs de la Gaule qui y résidoient (i). M. Visconti a cru reconnoître Domitien dans ce camée. En rendant hommage à l'érudition de ce célèbre antiquaire , nous ne pouvons cependant adopter son sentiment dans cette circonstance. Aucun événement du règne de Vespasien ne peut faire conjecturer qu'il soit venu à Lyon pendant la jeunesse de ses fils qui naquirent à Rome , Tite Fan 4o , et Domitien l'an 5i de Jésus-Christ. Vespasien fut fait Consul dans cette dernière année; envoyé ensuite en Afrique , il fit la conquête de la Judée et y fut proclamé Empereur en 69. Il mourut à Rome dix ans après , laissant l'Empire à son fils aîné , dont le règne fat trop court pour le bonheur de ses sujets. Domitien avoit trente ans lorsqu'il monta sur le Trône , avant même que TitéJ, dont il abrégea la vie de quelques instans , éût rendu les derniers soupirs. La mémoire de ce tyran farouche fut justement exécrée ; s*on règne qui dura quinze ans fut un tissu de cruautés qui font horreur. Nous savons que la flatterie a caressé les mauvais Princes plus encore peutêtre que les bons , que des statues et des monumens ont été érigés en leur honneur; que les médailles et les pierres gravées ont conservé leurs images; on retrouve partout celles de Tibère , de Caligula , de Néron , aussi bien que celles d'Auguste, de Tite et de Marc-Aurele. Nous savons
(1) Le paysan qui fit cette décourerte donna ce camée qui (ftoit parfaitement conservé à ses enfcns, qui a'étant aperçus que la lame d'un couteau droit du feu de la calcédoine , détruisirent ainsi i'écaille de tortue qui eucadroit le buste ) un curieux vint heureusement interrompre ce passe-temps de l'ignorance * et saura le monument d'une entière destruction.
aussi que des monuinens de peu de volume ont pu être transportés dans toutes les parties de l'Empire , et que notre camée pourroit représenter Domitien, et avoir été découvert à Lyon , sans que ce Prince ni son père fussent venus dans cette ville ; aussi n'est-ce pas Tunique raison que nous donnerons de notre sentiment à l'égard de ce monument Nous croyons qu'il offre plutôt les traits de Claude qui naquit à Lyon, l'an de Rome 744» dix années avant l'ère chrétienne. Sa mère Antonia habitoit cette ville pendant que Drusus Germanicus , son mari , combattait au-delà dn Rhin les peuples de la Germanie , ligués contre les Romains. Lyon étoit à cette époque une ville déjà florissante; elle étoit bâtie sur la montagne qui domine la Saône , et dont elle couvroit la pente dans une étendue considérable. Le Palais habité par les Empereurs , les Princes de lçur famille et les Proconsuls ou Gouverneurs existait alors, comme nous l'avons dit , précisément à l'en droit où fut ensuite le monastère des Antiquailles. Lyon fut brûlé dans une seule nuit, sous le règne de Néron , en l'an 58. Ce Prince donna un million d'or pour aider à le rebâtir. Nous pensons que notre camée fut enseveli dans le sein de la terre, ainsi qu'une immensité d'autres objets, parce funeste événement , à la suite duquel les constructions de la ville nouvelle s'étendirent de l'autre côté de la Saône. La beauté du travail de cette gravure rappelle le beau siècle d'Auguste , pendant lequel les arts firent des progrès si rapides. Nous possédons un buste d'enfant en calcédoine saphirine , un peu sardonieuse, de trois pouces et demi de haut, que M. Visconti a jugé lui-même un monument du temps de Claude ou de Néron , époque où il paroit qu'on employoit volontiers cette substance dans les ouvrages de Fart
Ija tête du buste en camée que nous publions est ornée d'une couronne murale ; la chlamyde qui couvre la poitrine est retenue par une fibule sur l'épaule droite. Ce buste a été taillé dans la niasse de la calcédoine , et reposoit dans une écaille de tortue qui s'arrondissoit depuis les épaules jusqu'au-dessus de la téle , et dont les bords ont été détruits* La couronne murale* et l'écaillé de tortue indiqueraient que le jeune Prince qu'il représente avoit été mis sous la protection de Cybèle , à laquelle la tortue étoit consacrée.
Ce monument appartient à M. le Baron Roger l'ai né 9 qui a rassemblé avec autant de discernement que de goût une riche collection d'objets d'arts) sa dactyliothèque sur* tout moins nombreuse que bien choisie, est remarquable par la pureté des matières, le volume de plusieurs pierres , la perfection du travail, la richesse et l'érudition des sujets.
Cette figurine fait partie de nos collections , ainsi que les antres objets qui composent cette planche. Ce joli monument qui nous a paru du plus haut intérêt a été trouvé à Reims , oh nous en fîmes l'acquisition , d'un épicier qui avoit recueilli quelques objets de curiosité, Il représente un soldat Gaulois agenouillé dans une attitude gênante, dont la figure eiprime la souffrance, etqui subit une punition militaire, sans doute usitée chez ces peuples. Il pose à terre le genoui droit, les mains liées derrière le dos, supportent un bouclier long et étroit; on voit sur l'épaule gauche un appendice qui existait sur l'autre épaule, où la trace en est encore visible , et formoit une espèce de joug ou carcan. Les liens qui retiennent les mains
Tiennent se réunir comme une ceinture sous la forme d'un serpent qui mord sa queue. Nous représentons ici sous deux faces différentes cette figure curieuse , afin de mieux faire sentir l'intérêt qu'elle mérite. *
La forme hexagone du bouclier appartenoit aux Daces , aux Germains et aux Gaulois , comme cela est prouvé par les monumens ; on a même remarqué que lesboucliers de ces derniers étoient plats , longs et étroits , par conséquent plus embarrassai) s qu'utiles , aussi les jetoient-ils souvent pour combattre plus vivement Les Romains firent rarement usage des boucliers hexagones qu'ils avoient pris des Barbares. Celui qui est attaché sur le dos de notre soldat ou captif indique donc qu'il est de Tune de ces nations ; la chevelure touffue et hérissée nous porte à croire qu'il est Gaulois.
Parmi les châtimens et les supplices que les anciens avoient adoptés , on remarque celui de la fourche , qui étoit une punition passagère ou un accessoire du dernier supplice. Isidore dit qu on mettoit une fourche au çou des esclaves coupables , et qu'on les promenoit ainsi , en les exposant aux insultes de la populace , et que c'est de là qu'est venu le nom de Fureifer(i) ; d'autres fois, après avoir mis la tête des criminels dans cette fourche, on leur lioit les mains et on les fustigeoit : la mort suivoit quelquefois ce cruel châtiment (a) ; mais le plus souvent ce n'étoit qu'une correction infligée, aux esclaves et même aux hommes libres. On n a pas été d'accord sur la forme de cette fourche , nous pensons que la figure que nous publions , l'explique d'une
(i) Isidor. orig. , Lib. JT.
(a) Sueton. i'n Néron., c. 49.
manière très-juste. Le carcan dans lequel la téte est enchâssée, est contenu par le bouclier qui fait ici l'office du poteau auquel , dans d'autres cas , on attachoit les condamnés. Suétone semble parler d'une fourche à deux branches semblable, pour la forme, à celle de notre monument (i). Les captifs après avoir servi au triomphe des vainqueurs , où ils paroisSoient à demi-nuds , et les mains liées derrière le dos, passoient au marché, et de là étoient conduits dans les prisons , où le plus souvent ils étoient mis à mort (a).
• Nous concluons de tout ce que nous venons de dire , que la petite figure de bronze trouvée à Reims est un ouvrage Romain , qui représente un soldat Gaulois captif dans l'attitude où on exposoit au marché public , ceux qui dévoient y être vendus ou conduits dans les fers , s'ils ne trouvoient pas de maître. Le serpent qui sert de ceinture au nôtre , pourroit indiquer aussi qu'il devoit subir la mort par allusion au supplice en usage chez les Egyptiens , qui faisoient périr les criminels par la morsure venimeuse des serpens (3). Ce monument ainsi que tous ceux qui composent cette planche sont gravés dans leur grandeur naturelle, et font, comme nous lavons dit , partie de notre Cabinet, excepté le camée N.° I. Lorsque nous limes à Reims l'acquisition de cette figurine , nous fîmes aussi celle d'une médaille d'or bien conservée, et dont nous ne pouvons nous dispenser de parler à cause de la singularité de sa découverte. Elle représente d'un côté le buste de Trajan avec la légende ordinaire, et de l'autre celui
(i) Sue ton. in Néron. , c. 49-
O) Antiq. expliq. Tom. II, part. II, p«g. i56.
(3) Alhen. L. III, c. 8.