‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 20 sur 65 · IV · texte numérisé non relu

IV

Cet outil de bronze a été découvert à Bordeaux , il y a quelques années. On en trouve de semblables dans presque tous les cabinets '9 et le nombre de ceux qu'on a recueillis dans les Gaules est considérable ; mais les savans n'ont . pas encore pu déterminer positivement à quel usage ces sortes d'outils étoient employés. On a reconnu que les anciens savoient tremper le cuivre et lui donner la dureté du fer; Caylus, qui a fait faire avec succès différentes expériences sur les procédés de cette opération , nous a transmis des détails très-curieux à ce sujet (4). Nous ne serions pas éloignés de penser que l'instrument que nous avons fait graver ici dans la moitié de sa dimension , ser-

( i ) Lib. I, p. 77.

(a) Plt'n. L. X, o. 9.

(3) Antiq. expliq. Tom.II , part. Il , pag. 91. — Science des médailles, par D. Maogeart.

(4 ) Recueil d'anliq. Tom. I , pag. i^i.

Toit à écorcher les animaux soit dans les sacrifices, soit dans toutes les autres occasions où l'on dépouilloit les animaux de leur peau. , . Le bout de cet instrument étoit tranchant, ainsi que les bords de ses deux faces dans toute la longueur du bronze ; ces deux bords étoient relevés , de manière à laisser un vide de trois à quatre lignes , lorsque l'instrument étoit introduit entre le cuir et la chair de ranimai ; on conçoit que ce vide devoit faciliter l'opération , parce que , tandis que dune main on faisoit couler l'instrument sous le cuir pour le séparer de la chair , de l'autre on détachoit les membranes et les ligamens qui présentoient de la résistance, et on enlevoit ainsi la peau sans l'offenser.

M. Mahudel a publié une dissertation curieuse sur un instrument du même genre, trouvé près de Langres, et auquel il assigne le même usage que nous hasardons de donner au nôtre (1).

Parmi les cérémonies des sacrifices , celle d'écorcher la victime étoit une des plus religieusement observées 3 les peaux, enlevées dans ces circonstances, étoient regardées comme sacrées \ on en paroit les statues des Dieux , on les suspendoit aux murailles et aux voûtes des temples y comme des offrandes agréables aux Divinités. Les prêtres de Pan ne pouvoient se livrer à la licence autorisée pendant les Lupercales , qu'autant qu'ils étoient ceints de peaux de brebis immolées (a). Cétoit sur des peaux semblables que s etendoient les prêtres qui prétendoient con-

(1) Hisl. de TAcad. de» Inscripl. Tom. Il, in-n , pag; 545. (tn-4.*,Tom> HI, pag. m5.)

(a) y al, Maxim. L. Jl , c. a.

sulter les Dieux pendant leur sommeil , et qui à leur réveil donnoient leurs songes pour des oracles. Les Grecs malades venoient passer des nuits sur ces peaux dans le temple de Pasithée (i) , et les Romains dans celui d'Esculape (a) : leurs fiancées s'asseyoient sur des sièges qui en étoient couverts ; enfin cëtoit sur ces dépouilles sacrées que les Scythes prononçoient leurs sermens. Il n'est donc pas douteux^que l'on ne prît le plus grand soin pour enlever , sans les endommager, ces peaux auxquelles on attachoit une si grande importance. L'instrument dont il s'agit nous paroit très-propre à cet usage, comme nous venons de l'exposer et d'en donner les motifs.

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