PLANCHE VIL
I, IX BT XII.
NOUS avons rapporté, sous ces trois numéros , des boucles de ceintures Gauloises trouvées près de Sedan. Les numéros I et XII en offrent surtout de singulières par leurs formes et par les ornemens dont elles sont couvertes. Une particularité assez remarquable, c'est qu'on y retrouve le symbole , en forme d'S , dont nous avons parlé en décrivant le numéro I de la. quatrième planche, et qui avoit certainement une signification allégorique à laquelle les Gaulois attachoient de l'importance. L'ardillon manque à ces deux boucles ; le nombre des rosettes en forme de clous , qui étoient rivées en dessous pour fixer la plaque sur le cuir , est de neuf dans l'une et de trois
(i) Paiisan. in Allie, (a) Fctttu in Pull,
dans l'autre de ces plaques, et il étoit peut-être mystique. 11 y a aussi en dessous des tenons qui entroient dans le cuir de la ceinture, et donnoient plus de solidité à cet ornement. Ces plaques sontd'un métal composé, qui paroît semblable à celui des plus anciennes médailles Gauloises; On a pensé que ce mélange supposoit des connoissances métallurgiques très-étendues, et qui dévoient manquer aux Gaulois ayant leur communication avec les Grecs et les Romains. On en a conclu que ce métal étoit le produit naturel de mines qui étoient anciennement exploitées dans la Gaule, et qui depuis ont été épuisées ou abandonnées. La fonte des métaux a été pratiquée dès les premiers âges du monde ; on ne peut fixer l'époque où les Phéniciens , attirés par le commerce, abordèrent sur les cotes de la Gaule , et commencèrent à y apporter la civilisation et les arts ; mais elle remonte à des temps très-anciens, et les Gaulois durent sans doute à ces peuples la pratique de la métallurgie , ainsi que beaucoup d autres connoissances.
Les ceintures servoient non -seulement à retenir les vètemens, mais elles ceignoient les reins, et rendoient les hommes plus propres à supporter la fatigue de longues courses , et à porter plus long-temps de lourds fardeaux. Elles empéchoient aussi que le ventre ne prît trop de volume, ce qui étoit regardé comme un défaut chez les Gaulois et une chose même nuisible , puisque par une loi on condamnoit à une amende ceux qui ne pouvoient r entrer dans une ceinture d'une dimension fixe et qui étoit déposée chez les magistrats (i).
Dom Martin a fait graver, page 35o du second tome de la
(i) Strab.Lib. IV. — PeUopiier, HuU de* Celte* , Uy.1I, c 1a.
Ton. il. 9
religion des Gaulois, trois ornemens en métal tirés du cabinet de Samt-Germain-des-Prés , qui nous paroissent plutôt avoir été des boucles de ceintures comme les nôtres , que des ornemens de la coiffure des femmes, comme le dit ce savant Bénédictin.
Anneau de hronae, dont le chaton porte la tête d'une femme gravée en creux, d'un travail presque barbare. Il» été trouvé à Villeneuve-lès- Avignon. 9
Avenio , Avignon , étoit une des principales villes des C^vares , citée par les anciens géographes (1). Elle devint métropole lors du démembrement de la province ecclésiastique d'Arles. 11 y avoit sur le Rhône un pont de vingttrois arches qui communiquott avec le faubomg de Ville* neuve , et qui a été détruit. Ce fut près d'Avignon que des pécheurs retirèrent du Rhône , en i656 , le fameux disque d'argent de vingt-six pouces de diamètre , qui enrichit aujourd'hui le cabinet Royal. 11 a été illustré par plusieurs Auteurs, et connu long-temps sous le nom de bouclier de Scipion , parce que le sujet qui s'y trouve représenté avoit été expliqué par le trait de continence qui a tant honoré la vie de ce grand général. M. Millin a cru y reconnoitre, au contraire r un trait de l'histoire héroïque Grecque; et nous pensons qu'il a prouvé ce qu'il a vancoU -avec beaucoup de sagacité et d'érudition. Un savant médecin ( feu jVL Calvet ) avoit recueilli quantité de mouumens trouvés dans l'ancien pays des C avares \ en mourant , il a légué sa riche collection à la ville d'Avignon , qui. la possède aujourd'hui.
(1) Sirab. X. jy. —Uei* , £*. II, *mp. — PU», £. J1J, «. 4*.
Nous avons parlé, à. la pUnghe précédente , des ensei* gnetf^Utlaweft;-voK»;niie plaque de bronze qui en a fait partie, Elta a six pouces de jdiâmètre ; d'un coté elle est* comme on le voit, ornée de moulures et dune forme convexe ; l'autre face est creuse, avec un anneau dans le milieu pour la retenir au moyen d'uri fil de laiton sur la pique qui soutenoit l'enseigne/ On voit , sur divers mpuumens et sur les médailles, la manière dont ces plaques étaient disposées les unes au-dessus des autres* Montfaucon a fait graver plusieurs enseignes militaires, deu? entr'autres , sur chacune desquelles on voit cinq de ces plaques rondes, qui sont assez rares dans les colleoûons ; la notre est la troisième que nous ayons eu l'occasion d'examiner (i). V; , <•>
Lorsqu'on 1807 on exposa au LouVre Ws monUmens antiques apportés de Prusse, et que l'on disoit alors aye* orgueil provenir des conquêtes de la grande armée , nous remarquâmes, parmi les bronzés et sous le N.° ao5 , unâ plaque ronde semblable à la nôtre, mais ayant huit pouces de diamètre : la notice explicative des monumens la décrivoit de cette manière : Pater e ronde en forme d'une assiette , avec uu anneau au centre pour la suspendre* Si cette notice fut rédigée, comme on nous l'assura dans le temps , par un célèbre antiquaire , cette explication noua Semble prouver que l'érudition la plus vaste se trouve quelquefois en défaut, lorsqu'il s'agit des choses qui en demandent le moins; elle nous prouve aussi qu'en fait
(1) Antiq. exptiq. Tom. II , part. II , pl. 35 , N.°* 5 et 6.
de monumens antiques, les objets qui paroissent les plus indifférons méritent un examen attentif, et présentent souvent de l'intérêt pour la science.
Il y a voit à cette même exposition une autre plaque ronde , en tout semblable à la nôtre quia été trouvée dans les environs d'Amiens.
IV, V, VIII ht X.
- Les anneaux des N.°* IV et V ont conservé toute leur élasticité ; ils s'entrVmvroient pour recevoir d'autres anneaux qui formoient une chaîne solide. Les deux swïvans sous les N.°* VIII et X , sont desbracelets en torsades : cette forme étoit souvent employée dans ces sortes d'orne-* mens; tous sont de bronse; on en a aussi trouvé en or et en argent. Les bracelets nommés par les Grecs +&Aio»-#uJW» et par les Latins armillœ, ont été en usage chez presque tous les peuples. Les hommes en portaient comme les femmes ; ou en donnoit aux soldats Romains comme une récompense de leur valeur. Les Sabins en portoient au bras gauche qui étoient d'or et d'un grand poids (i). Mais si les bracelets étoient une parure recherchée , ou une marque d'honneur , ils étoient aussi le signe de l'esclavage. Suétone appelle les esclaves de Néron (Servi Cursores') , armillata turba. On a pensé que les bracelets de bronze et de fer servoient au peuple et aux esclaves , et que les personnes d'une condition plus relevée en portoient d'or et d'argent. Ceux que l'on donnoit aux soldats qui s'étoient distingués dans quelqu'action , étoient sinon de L'un de tes métaux précieux, au moins argentés ou dorés; ils
0) TU. Lip., Li6. U
les portaient au bras gauche et s'en parpieat principalement dans les cérémonies triomphales (i).
VI, VII, XI e* XIII.
Nous donnons, sons ces numéros , deux bouts de fourreaux d'épée , un petit vase votif et une téte de clef en Jbrme de trèfle. Ces objets n'exigent pas d'explication détaillée ; ils sont de bronze j ils font, ainsi que tous ceux qui composent cette planche , partie de notre cabinet , et proviennent des fouilles faites à Noyers près de Sedan \ excepté les n.°* II et III , dont nous avons indiqué l'origine* Nous observerons seulement que les clefs semblables âi celles du n.° XI paroissent appartenir au bas Émpire : on en a trouvé de semblables au Châtelet et à Çbalonsur-Saône.