PLANCHE XVII
IETII.
Nous n'avons pas vu les deux médailles que nous rapportons , et que nous avons fait graver d'après des dessins qui nous ont été communiqués; nous n'en garantirons
ft) Nonnus Dyonisi. XII.
(a) Jjvtichita di Ercolano edii. in-fc Roma, T. y, Ta*. v\, »8 et ag.
donc pas l'exactitude, quoique nous layons jugée suffisante pour produire ici ces monutnens qu'on n'auroit eu ni avantage ni intérêt à imaginer.
Ces deux médailles ont été trouvées dans le voisinage de Carcassonne , au bord de la rivière d'Aude -, elles avoient été recueillies par un chanoine qui crut trouver dans leurs types des preuves irrécusables de l'origine fabuleuse attribuée à cette ville (i). On a prétendu que Carcaso , comme l'écrit César , ou Carcasso , avoit été fondé 55o ans avant la ville de Rome , par un certain Karkas, eunuque de la reine Esther, femme de Pharaon Theutémosis , qui fut englouti avec son armée dans la mer rouge en poursuivant les Israélites. On a aussi donné pour auteur à cette ville une princesse Karkassa , sœur de Pédauque , reine des Gaulois Tectosages , ainsi nommée de la conformation de ses pieds qui ressembloient, diton , à des pâtes d'oye. Le possesseur de nos médailles voyoit sur la première cette Karkassa , et au revers sa sœur environnée d'objets et d'instrumens magiques ; sur la seconde il croyoit reconnoitre l'eunuque Karkas , ayant au revers le bœuf Apis et une autre divinité égyptienne. Nous ne nous arrêterons pas à discuter ces origines bizarres ; nous nous bornerons à dire que nous regardons ces deux monnoyes comme Gauloises ou Celtibériennes , et que nous soupçonnons celui qui les a dessinées d'avoir caressé l'opinion du bon chanoine qui les possédoit , en rétablissant des choses frustes et effacées d'après son système. On connoît une quantité de médailles- de fabrique Gauloise,
(i) Mémoires du Languedoc , par Catol. — Histoire composée par Bcsse.
(Bêlera, i645.)
sur lesquelles sont tracées des sujets extraordinaires , et des figures monstrueuses entourées de différens symboles. Nous inclinons À croire que celles de notre planche ont été frappées en Espagne , parce que leur style rap-» pelle les monnoyes de ce pays. On voit sur le N.° I une téte de femme avec une coiffure singulière dans laquelle une ouverture barrée laisse apercevoir les cheveux, et une partie de l'oreille ; son front est couronné d'un diadème; il ne reste que des traces illisibles de la légende qui accompagnoit cette téte ; au revers est une femme nue , tenant la Harpa , et s appuyant sur un bâton ; ses pieds sont terminés par des griffes crochues , des membranes en réunissent les orteils \ devant cette femme est une main volumineuse , derrière elle un autel sur lequel on voit une gerbe ; une faucille et un vase posé sur un cippe complètent ces symboles qui paroissent avoir rapport à un sacrifice.
Sur la médaille N.° II on voit une téte d'homme casquée, avec quelques traces des lettres KAR ; au revers un bœuf est près d'un cippe ou therme surmonté d'une téte d épervier portant des ailes. Le bœuf étoit le symbole, des colonies , et cette pièce pourroit avoir été frappée à Carthage , lorsqu'elle eut été rétablie et nommée Colonie Romaine.
César , Pline et Ptolémée ont fait mention de Carcasso , et placé cette ville parmi celles des Tectosages. Danville dit que , dans l'Itinéraire de Bourdeaux à Jérusalem , elle est appelée CasteUum Carcassone; elle est à soixantedeux milles Romains de Toulouse , et à trente-huit de Narbonne. On a rarement découvert des monumens antiques dans cette ville , malgré la grande ancienneté qu'on lui attribue. Nous avons fait graver le plus intéressant Tom. n. 21
sons le N III de la planche XIV. On voyoit , il y a nombre d années , près de l'Hôpital et près du Château , deux tombeaux antiques de pierre du pays assez bien conservés.
On a conjecturé qull ayoit existé dan» les environs de Breteuil, département de l'Oise, une ville Gauloise qui étoit celle dont César a parlé dans ses Commentaires , sous le nom de Bra tuspantium. Tout porte à croire que c'est dans la plaine située entre Yandeuil, Beauvoir et Caply , que cette ville occupoit une étendue d'environ six cents arpens. Elle étoit dominée à Pottest, par un monticule qui porte encore le nom de Catelet, et sur lequel étoit sans doute bâtie la citadelle qui protégeert la ville. De temps immémorial on a recueilli dans cet emplacement soit après les grandes pluies, soit en fouillant ou en labourant la terre, une grande quantité de médailles antiques de tous les modules et des trois métaux (i). M. le Duc de Sully en a voit rassemblé une collection précieuse , qui a été dispersée et dont on a perdu la trace. M. de Cambry, dont nous avons déjà cité'le zèle et le goût pour lesarts, soutenu par une grande érudition , recherchoit avec le plus grand soin , et sans exception , tous les mon urne us que l'on découvroit dans le département dont l'administration lui étoit confiée ; il fit même exécuter à ses frais , plusieurs fouilles dans les ruines de Bratuspantiurn ; elles produisirent beaucoup de médailles, de fragmens de bronze , de vases en terre rouge, et le bel anneau d'argent massif que nous
-■-■■-il
(0 Description du déptrteaieot dt l'Oôe. ( Cambry. )
publions sous ce numéro. Il pèse une once 6 gros il\ grains'V et le métal en est pur, sans aucun alliage. On voit gravé en creux, sur le chaton , la même divinité dont nous avons décrit une figure en bronse à la planche II de ce Recueil , et dont les images ont été recueillies on as&ea grand nombre dans les Gaules. Cependant, sur notre anneau, ce dieu est revêtu d'une cuirasse; ses épaules sont couvertes d'un manteau court qui retombe en arrière, et H est chaussé d'une espèce de bottines. 11 tient de la main gauche un Urceus, ou petit vase, et de la droite une bas te surmontée d'un maillet ou du Tau Egyptien. Çe même symbole se trouve dans la main de diverses divinités Egyptiennes ; on la pris pour le Nïlomètre , dont on se servoît pour mesurer la hauteur des eaux du Nil : nous n'en tirerons5 aucun < rapport ! «le comparaison entre ces divinités , et «elle de notre anneau. 'Nous avons cité la figure de bronze rapportée par Montfaucon, et tirée du cabinet de Petan(i), que le savant bénédictin a regardé eoiiime nu victhnatre , mais dont il a suspecté l'antiquité. Cette %ure eà% vêtue du Sagum , tel que leportoient tontes Celles du même genre recueillies dans les Gaules, et que noUs avons également citées (description de la planche II); elle tient de la droite un petit vase, et dans la gauche une hasle , dont la1 moitié manque et qui est surmontée de ce que Mohtfançoh a> considéré comme un maillet. Il se trompé en 1 disant que les Gaulois ne portoient pas de tonique croisée, les monumens prouvent le contraire ; il n'a pas rencontré plus juste, en disant que le dessinateur a placé par erreur le maillet dans la main gauche.
(i) Antîq. eipLSuppI. Tom.H, pag.8t.
Toutes les figures de la même divinité Gauloise que nous avons examinées , tiennent le vase de la main droite j et comme les monumens s'expliquent les uns par les autres, la gravure de notre anneau nous persuade que le bronze de Petau tenoit aussi une haste surmontée du Tau , ce qui est encore prouvé par la position perpendiculaire de ce qui en reste, et par celle de la main qui se trouve trop élevée pour supposer que la figure étoit comme il le dit, dans l'attitude d'un victimaire prêt à exercer ses fonctions destructives.
Au surplus , le Tau se voit souvent sur les monumens Egyptiens , et ressemble k une clef. On dennoit surtout ce symbole à Isis, qui étoit la mère de la nature et se* prêtres le portoient; il convenoit très-bien à; la divinité et à ses interprètes qui a voient seuls ,1a clef; des. sciences, comme celle, des mystères , des. dogmes et» de l'a, doctrine qu'ils professoient, et qu'ils- a voient soin d'envelopper de la plus épaisse obscurité j ce symbole peut se retrouver avec la même signification sur les monumens des Gaulois, et dans la main de leurs divinités , dont les. prêtres, comme nous l'avons dit, se réservoient seuls- la clef des sciences, des mystères et de toutes les traditions. Ces réflexions nou&conduisent de plus en plus! à persister dafla le sentiment que nous avion» hasardé, que les mohuuiena qu'on avoit regardé comme des images du Jupiter Gaulois f Taranist, offrent pius vraisemblablement celles du DU dont ces peuples se croyoient issus, et auquel ils se plan soient à donner les attributs du Jupiter , du Mars et du Bacchus des Romains. : ■ \ , ■