PLANCHE XVIII
I ET II
Les inscriptions que nous rapportons sous ces deux numéros , sont gravées, sur chaque face , d'un quartz blanc et violet, ou prime d'améthyste onix. Elle est taillée de la même forme que le bouclier ovale dont les légionnaires Romains se servoient principalement sous Marc-Aurèle et sous ses successeurs. La partie supérieure sur laquelle on lit : Dis auspicibus , aux Dieux protecteurs , est convexe , de couleur violette et avec un rebord blanc. Chacune de ces couches a environ trois lignes d'épaisseur. On a gravé sur la face opposée , pro salute Severi PU Aug. pour la conservation de Sévère Pieux Auguste. Ce petit monument a été trouvé clans le voisinage d'Avignon , sur la route d'Orange ; il fut recueilli par M. de Cambry.
Les anciens avoient coutume d'offrir aux Dieux, et de consacrer dans leurs temples, après de grandes victoires, des boucliers de diiférens métaux , même d'or et d'argent.
(i) Aniiq «pl. T. IV , part. U , pL VI , N.« UL TOM. II.
Les Grecs appeloient ces boucliers CycUAspides , et les Romains Clypei ou Clypei Votivi. Suétone rapporte qu'après la mort de Domitien , le Sénat, pour donner une marque éclatante de la haine qu 'il vouoit à la mémoire de ce tyran, fit arracher des temples ses images et les boucliers votifs qu'il y ayoit fait placer (i). An ion in -le- Pi eux dédia un bouclier magnifique à la mémoire de son bienfaiteur Hadrien. On voit sur les médailles d'Auguste, de Tibère et de Vespasien , des boucliers votifs consacrés , par décret du sénat et du consentement du peuple , à ces Empereurs pour des services signalés qu'ils av oient rendus à la patrie, ou pour célébrer quelques exploits militaires éclatans (a). On lit sur les boucliers gravés , sur les revers des médailles d'Auguste, S. P. Q. R. C. V. Senatus Popuhtsque Romanus Clypeum Votmimi Si g ai s beceptis; ob cites sebvatos , etc. La crainte ou la flatterie ont seules pu dicter les légendes de deux médailles de Tibère sur lesquelles on lit : Clementiœ elModerationi au-dessus des boucliers votifs qui remplissent le champ de ces médailles. On trouve encore sur celles d'Auguste des vœux adressés à Jupiter pour la santé de ce Prince ; Jovi Vota Suscepta Pro Salute CœsarisAugusti, S. P. Q. R. (3) ; et sur une autre frappée selon Vaillant , en l'an 73o , lorsqu'Auguste revint d'Espagne, où il avoit été dangereusement malade à Tarragone, Vota Publica Suscepta Pro Salute Et Reditu, J. O. M. Sacrum.
Ces vœux publics pour la santé des Empereurs ont été non - seulement consignés sur les médailles , mais sur
(t)Sue(on. inDomitian.
(a) De la rareté et du prix des médaillés Romaines ( par M. Mionnet ), Pag. 76 et 77.
(5) Vaillant , Numùm. impp. Rom. (in^.») » If, p. 36.
des monumens plu» considérables , comme nous le dirons bientôt. H n'est pas étonnant qu'on les ait également tracés sur les pierres gravées. Nous en possédons une autre preuve dans une cornaline antique altérée par le feu , taillée en forme de bouclier rond , avec ane convexité et un bord plat comme dans notre monument. Au milieu est gravée en creux une étoile, et aatour, (Uvos Julius. On connoit encore plusieurs abraxas , ou pierres «asilidiennes , qui sont taillées en rond et en ovale dans la même forme que celles dont nous venons de parler (1).
L'antiquité du département de Vaucluse, qui faisoit autrefois partie du territoire des Cavare* , est assez prou» vée ; et dans tous les temps , on y a découvert des restes de l'antiquité. M. de Fortia d'Urban a fait connoitre une quantité considérable de médailles Gauloises, qui y furent recueillies il y a quelques années , et sur lesquelles étoient des noms de peuples dont les anciens géographes n'ont fait aucune mention (a). La ville d'Orange a conservé plusieurs monumens de son ancienne magnificence ; le bel arc de triomphe qui y subsiste encore est un des plus beaux que le temps ait épargné dans les Gaules. (Voyez M. Millin , Voyage dans le midi de la France , Tom. II. )
Septime Sévère, recommandable par de grandes qualités , mais que ses vices , et surtout son désir implacable dé vengeance , rendirent trop souvent odieux , fut gouverneur des Gaules sous Commode,* il résidoit alors à Lyon , et y vint deux fois depuis qu'il fut parvenu à l'Empire. Il s'y rendit au commencement de l'an 197 , pour soumettre Albin qu'il avoit fait César, qui s'étoit révolté contre lui ,
(1) J. Macarii abraxas. Tai. g et 10.
(t) Antiquités du département de Vaucluse. (Paris, t8o8.)
et pour lequel les ha bi tan s de cette ville s etoient déclarés ; il le joignit près de Lyon , selon l'opinion la plus commune , et lui livra une bataille sanglante , dont la victoire long-temps disputée demeura à Sévère. Albin vaincu se retira sur les bords de la Saône, dans un endroit qui a pris de lui le nom d'Albigny, et où il termina lui-même sa vie. Sévère déshonora son nom et ternit sa victoire par les cruautés qu'il exerça sur le corps inanimé de son compétiteur. Ce Prince traversa aussi les Gaules , en lan 208, pour passer en Angleterre avec sa femme et ses deux fils. Ce fut pendant le séjour qu'il fit alors dans cette isle , que le farouche Caracalla , pressé de régner , osa tenter un parricide ; son bras coupable fut retenu par les témoins qu'il n avoit pas craint de -donner à son crime déjà même inutile , puisque son père étoit atteint d'une maladie qui termina ses jours peu de temps après.
Ce fut peut-être pendant cette maladie que notre petit monument fut consacré aux dieux protecteurs pour le rétablissement de l'Empereur , par quelques-uns des légionnaires qui tenoient garnison dans les Gaules. Ce sentiment est appuyé par un cippe votif, rapporté par Spon , et sur lequel on lisoit le vœu d'un Tibérius Claudius Pompéïanus , tribun militaire de la première légion appelée Minervienne 5 ce vœu étoit adressé aux déesses protectrices de la Pannonie et de la Dalmatie, pour la santé de l'Empereur Septime-Sévère , et de toute sa famille : Pro sa fuie Dom. IV. Imp. L. Sept. Severi Auç. Totiusque Domus Ejus (1).
Nous ne donnons ici cette petite figure de Mercure en (1) Recbcrche.de. annuité, et curiosité, de la ville de Ljon, In-ia. i633.
bronze, que parce qu elle a été trouvée, il y a environ trente ans , dans la démolition de la citadelle de Chalon-sur- Saône. Elle est d'un très-bon style, et il est fâcheux que les extrémités inférieures manquent; elle est dans notre cabinet , et nous la conservons comme l'un des monumens del' ancienne illustration de notre patrie , sur laquelle on nous permettra d'entrer dans quelques détails. •
Chalon-sur-Saône , Càbilo , est une des antiques habitations des Gaules x et faisoit partie du territoire des JEdui. César lui donne dans ses Commentaires le nom de Castrum * il la choisit pour y établir les magasins de son armée, et y laissa deux de ses lieutenans, Q. Cicero, et P. Sulpitius (1). Strabon , qui écrivoit sous le règne d'Auguste , en parle comme d'une ville qui étoit déjà devenue considérable (a). Ptolémée, Ammien-Marcellin , Ëumène et beaucoup d'autres anciens auteurs la citent également ,et leur témoignage suffit pour prouver que Chalon se soutint constamment au rang des villes les plus importantes. Sa position sur les bords de la Saône , et au milieu d'une plaine fertile , dut favoriser beaucoup son prompt accroissement , et contribuer à sa splendeur.
Son premier nom fut Càbilo , dont on fit Cabillonum et Cabaîlodunum. Après les ravages des Huns, cette ville étant sortie de ses ruines , sa nouvelle enceinte fut ornée de trois rangs de briques dorées, ce qui lui fit donner le nom d1 Orbandale , sous lequel elle fut célébrée par les plus anciens poètes Français. On a prétendu que c'étoit pour conserver le souvenir de. ce triple rang de briques
(i) Comment. L. VU.
(a) Geograph. L. IV»
dorées , que la ville portoit dans ses armes trois cercles d'or eu champ d'azur.
La belle position de Chalon frappa François Ier , qui jugea que Von pouvoit, au moyen d'une bonne citadelle, en faire une place importante et capable de résister aux forces que Charles-Quint dirigeoit vers la Bourgogne. Cet Empereur prétendoit faire valoir les droits sur ce Duché qu'il tenoit de sa bisaïeule , Marie , fille unique de Charles-le- Hardi. Cette citadelle fut donc construite sur une éminence au nord-ouest de la ville à la place d'une abbaye de Saint- Pierre qui occupoit cet emplacement.
Les belles plaines qui avoisinent Chalon offraient des champs de bataille d'une si grande étendue, qu'elles furent souvent le théâtre des combats les plus sanglans. Cette ville fut brûlée par les Allemands , en 1 an 264 , sous le règne de Gallien. Elle s'étoit rétablie de oe désastre , mais elle fut détruite une seconde fois par Attila , ce barbare qui s'étoit lui-même donné à si juste titre le nom de fléau de Dieu et des hommes. Cet événement arriva en l'an 445, Mérouée étant Roi 'des Français , et Gondioc occupant le trône de Bourgogne. Dans les temps qui suivirent , Chalon soutint plusieurs sièges; Gontran en fit la capitale de son Royaume, et fonda dans le voisinage le monastère de Saint-Marcel , où il fut enterré ; c'étoit dans ce Prieuré que le célèbre et malheureux Abailard s'étoit retiré , et qu'il finit sa carrière. On voyoit encore dans l'église , au moment de la révolution française , le tombeau de pierre dans lequel les restes de cette illustre victime dune affreuse vengeance avoient été déposés au moment de sa mort, et d'où ils furent enlevés pour être réunis ,an Paraclet, à ceux de la trop sensible Héloïse.
Le tombeau d'Abailard , au prieuré de Saint - Marcel , étoit un carré long , en pierre du pays , orné d'un bas-relief peu considérable et de mauvais style ; la figure du docte théologien y étoit étendue de grandeur naturelle, et les femmes de la contrée alloient religieusement racler le nez et les pieds de ce simulacre, attribuant à cette poussière, entr'autres propriétés , celle de faciliter la délivrance des femmes en couche. Le monument mesquin qui portoit aux Petits-Augustins de Paris le nom de tombeau d'Abailard etd'Héloïse, netoit qu'une restitution de •mauvais goût, faite à la mémoire de ces deux illustres personnages , et qui n'a voit que peu de rapport avec le monument de Saint- Marcel-les-Chalon; ce dernier fut enlevé par un médecin de cette ville, lorsque le vandalisme , muni de brevets des autorités révolutionnaires, portoit la destruction et le ravage dans les palais , les églises et les châteaux, enlevoit, démolissoit et muùioit le# monumens des arts , sous pré* texte de les conserver.
Dans tous les temps on a recueilli , à Chalon-sur-Saône et dans tous les environs, un grand nombre de monumens antiques, et dont plusieurs font partie de ce Recueil. Dans cette contrée, comme dans tout le reste de la Gaule , on rendoit un culte particulier au messager des Dieux : nous aurons occasion d'entrer encore dans de nouveaux détails à ce sujet, dans la suite de notre ouvrage.»
Boucle d'oreille en or trouvée à Nismes; on fabriquoit anciennement les bijoux avec un or que sa pureté rendoit très-malléable ; on voit dans celui-ci que l'anneau qui étoit introduit dans l'oreille y étoit retenu par la seule pression ,
sans qu'il* fut besoin d'employer le moyen dont on se sert aujourd'hui, et qui présente à la vérité une plus grande solidité
Les pendans d'oreille ont été dans tous les temps un ornement très-commun chez toutes les nations ; les enfans, les femmes" et les esclaves en portoient chez les Grecs et chez les Romains. Les jeunes garçons en avoient en or , et les dames Romaines avoient porté le luxe de ces bijoux à un tel degré , que plusieurs auteurs anciens , enlr autres Sénèque , se sonfcrécriés sur ce genre de dépense ru me use ( i).