‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 37 sur 65 · PLANCHE XIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XIX

I ET IL

CETTE jolie figure de bronze a été découverte à Mâcon, il y a quelques années ; elle fut portée à Lyon et achetée par un graveur de cachets , chez lequel nous en fîmes l'examen; il nous proposa de nous la vendre , mais à un prix tellement exagéré , que nous fûmes forcés de renoncer à l'acquérir, malgré le vif désir- que nous en avions. Notre système a toujours été d'apprécier, sans exagération , tous les objets de curiosité , dont la valeur est arbitraire , de nous mettre en garde contre la cupidité toujours croissante des marchands, et de ne faire enfin que des acquisitions proportionnées à nos facultés. Nous fîmes donc à l'avide graveur de Lyon une offre très-raisonnable , qu'il refusa. IN ous la lui fîmes réitérer plus tard , il la rejeta comme beaucoup inférieure à ses prétentions ; mais ensuite devenu

(i) De vitû Beat. c. 17. — De Benef. v* 9.

plus traitable, il consentit à recevoir deM. le baron Denon le prix que nous lui avions offert ; nous avons éprouvé moins de regrets de ses refus , en retrouvant ce joli monument dans le riche cabinet de notre savant compatriote, qui nous a permis d'en orner notre Recueil , ainsi que de plusieurs autres également découverts en France , et qui font partie de ses collections. ; * La figure qu-e nous publions représente une jeune femme assise , la main droite appuyée sur son siège , et la gauche étendue sur son sein. Cette attitude semble annoncer 1 attention que cette femme prête aux discours d'un autre personnage, et peut-être aux tendres aveux d'un amant passionné; ses genoux sont croisés de gauche à droite; elle est vêtue de la tunique Dorienne , attachée sur l'épaule droite par une agrafe d'argent , et garnie par le bas d'une frange ou bordure de pourpre. Cette tunique paroît transparente comme la robe Tarentine qui, selon Lucien, voirait le corps sans, en dérober les formes : Tarentini artificîi opus ut corpus transluceat. Ce vêtement est recouvert du Peplus , ou plutôt de VAp*@o*» espèce de manteau dans lequel tout le bras gauche se trouve enveloppé. Le pied est couvert du Calceus , qui avoit la forme d'un -chausson o>u d'un soulier. La coiffure est de la plus grande simplicité ; les cheveux sont bouclés en tresses , et retenus en forme de houppe sur le sommet de la tête. Les yeux de cette figure sont incrustés en argent 5- et nous ferons remarquer à ce stfjet que cet ornement particulier s'est retrouvé dans presque toutes les figurines découvertes à Mâcon et à Chalon-sur-Saône.

Notre figure de femme n'est point adhérente , mais seulement posée sur un siège de la forme la plus élégante, et TOM. II. a3

in genre de ceux appelés Seîiœ Curules , Chaises Garnies. Cctoit principalement le siège des Magistrats Romains : il paroft cependant que les' femmes se serVoient «hssî de ce pliant dans les habitudes wAinawes de ta ne.

On toit dans les peintures àHencnlanium deux figures d'hommes assises sur des sièges semblables à celui mû mit partie dn monument que nous publions. On a pensé «joe l'un de ces personnages était un philosophe, et Vautre Un jeune écolier. Nous ne nous arrêterons point à discuter cette opinion , quelqu iuvraitieniblabie qu'elle nous paroisse ) et i>o*»s reviendrons à ia figure dont zmtus venons de taire la description.

Nous ne sommes pas éloignés de penser qu'elle est le portrait d'ane de ces actrices -célébrés tjm représenr toient, sur la scène des anciens, ses oheftHd'ceii\Tes d Aristophane, de Plaute et de Ténence. On Toit que nous n'adoptons point ici le sentiment de ceux qui ont prétendu «que les hommes seuls paroisseoeut anciennement sur les théâtres, et qu'ils y joaoient même clés raies de femmes au moyen de'travestissemens (i). Cela, pouvoit ayair lieu dans lestragéoies dont la déclamation esigeok une vigueur de poumons qui se trouve rarement citée îles femmes , et que lékùgnementoù. les spectateurs se trouvaient de l'acteur rendoit encore plus ■nécessaire. Mais liants la «comédie, dans les pantomimes et dans les 'danses , il y arroit certainement des femmes. 'Quoique celle dont nous avons à parler ne porte point le masque scéniQue , rajustement de son 'vêtement est le même que celui ides mimes qui enveloppoient ordinairement le bras gauche -dans leur man-

(i) Mémoires derAsad.^esiascript. T. V ( rtifca-i»)., f»g. ,68.

teao, et conservaient la liberté du bras droit pour les gestes qui dévoient accompagner leurs rôles. La coiffure est ici bouclée et élégamment relevée vers le sommet de la tète. Oh voit, eu général , tes masques comiques avec une chevelure également frisée , ayant des boucles alongéqs et variées dans leur direction et leur arrangement, et dont les tresses retombent souvent à côté et derrière U téte(i).

La tragédie et la comédie prirent naissance dans les* campagnes au temps de la Vendange ; les acteurs étoient des paysans dont le visage étoit barbouillé et défiguré avec la lie du vin ; les poèmes étoient des hymnes et des chants en l'honneur de Baechus. Eschyle fut le premier qui transporta les tréteaux roulans de l'Attique sur un théâtre immobile ; il donna aufsi aux acteurs des masques , des vétemens et une chaussure assortis à leurs rôles (a). On vit paroitre alors trois sortes de drames , les tragiques , les comiques et les satyriques. On a dans la suite distingué trois âges dans la comédie ; le premier dont le commencement n'est pas bien certain , et qui finit à la fin de la guerre du Péloponnèse , pendant laquelle parurent la plu~ part des pièces d'Aristophane. A cette époque , les masques scéniques, dont on attribue l'invention à Eschyle, représentaient au naturel les personnes que Ton mettoit en scène. Le second âge de la comédie a été étendu jusqu'au temps d'Àlexandre-le-Grand j la scène devint alors plus décente que l'ancienne , sans être cependant aussi réservée que la nouvelle ; les personnalités y devinrent plus rares ,

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(i) Ficor«ni t Match** Suniche.

{%) BorM.tU arL v.in.

l'invention et la conduite des sujets furent plus vraisemblables et plus méthodiques. Enfin le troisième âge , auquel on a donné le nom de comédie nouvelle , commença avec la gloire du vainqueur de Darius : elle fut inventée cher les Grecs par Ménandre ; et o'est ta seule que les Romains imitèrent et prirent pour modèle , de même que les modernes. La scène fut, à cette dernière époque, la peinture fidèle des moeurs, et mérita de plus en plus d'être considérée comme une école propre à donner des leçons utiles, et à corriger les ridicules.

Revenons à ce que nous avons dit plus haut, que nous ne sommes pas du sentiment des auteuvs qui ont avancé quelles femmes n etoient chargées d'aucun rôle dans les pièces de théâtre ; en convenant que souvent les hommes se travestissoient pour représenter1 certains personnages de femmes, principalement dans la tragédie , nous persisterons à croire que les anciens avoient trop de gout , tenoient trop à tout ce qui peut natter et exalter les sens, pour exoéure de la scène un sexe qui devoit en £aire l'ornement. Les formes élégantes et voluptueuses des femmes , leur organe délicat mai» sonore , leurs gestes , leurs attitudes gracieuses et expressives sont des avantages précieux dont les anciens n'ont pas du se priver dans leurs spectacles. Du temps de Juvénal, les dames Romaines ne craîgnoient pas d'y paroître publiquement ; c etoit pour les corriger que le poète satyrique lescomparoît malignement anx femmes qui exerçoient la profession d'histrions, et parmi lesquelles il nomme entr autres , Appulu , Tuccia, Mœvi*, Gall* , Flora , CatuUay4frProcula.

Quelques antiquaires ont cru reconnoître dans la figure que nous publions , Crispine , femme de Commode : nous

ne trouvons aucun motif d'adopter ce sentiment ; nous ne reconnoissons pas même cette princesse , lune des plus belles et des plus jolies femmes de 1 Empire , dfrns. 1* tète de bronze découverte à Lyon , et qui étoit au Musée royal avec 1» nom de Crispine (i). .; .*,

Nous nous en tiendrons donc, sur la figure de bronze trouvée à Mâcon , à notre premier sentiment , quelle ,rer présente une comédienne , têtue et coiflfép comme l'éljoiQnt les premiers personnages de théâtre , et ^ue 1 on rejco.ftn.pît dans son ajustement et clans la, forme lélégante du, sié^e sur lequel elle est assise, le I style grec le plus fin elle plus recherché. Ce bronze a six pouces, et demi de hauteur ; eu tirant une ligne du sommet de la tète k l'e^trfjmjtç, /dtfcpied droit. Le siège a deux pouces et demi 4e; haul; ^ trcfis pouces de large. .» •: ..<> - -i.-.-, .;t

Matisco , Mâcon , est une ville fort ancienne qui faispit partie du territoire des JEdui. César n'en fait mention que sous (le itre de Castrum , ( Cabilloni et Matitcorte. m ute? duis ad Ararim) (a). Les flèches et les javelots qui s'y fejbrjr quoient étoient renommés. Cependant elle n etoit point encore au nombre des cités dans le cinquième siècle, la nçticedel Çmpire , dressée à cette époque, ne lui donnant comme jLésar que le nom de Castrum. Mâcon devint le siège d'un évéque suftragant de Lyon , et fut érigé en comté-j dpnt les titulaires furent puissans sous les Rois de la seconde et de la troisième race.

On a recueilli un assez grand nombre de monumens antiquesiflanSj, cette ville et dans ses environs ; Ja décou-

(i) Elle est actuellement sur l'une des deux côlonnes placées au bas du grand escalier qui conduit des sculptures à la galerie de peinture, (a) Comment. VIL

On donnent à - la - 'Fortune l'Empire du monde , et chacun iirinlordit 'Sa! protection et 'ses faveurs ; on connoit assez? le mot fameux: »de César , embarqué dans un* foible esqtiif qui le portoit vers Brindes , 'et assailli par une tempête tftfi «oulevoît conto-e lui les vagues finie uses et munissantes. Plein de confiance dans cette déesse qui gouverne le monde, César dit à son pilote effrayé : Vela Fortunœ àa, véntunUfue excipe confident y qùia> Ccesarem toehis , Gèesaruqu* Fvrtunam (i). , - On a représenté la Fortune avec différons allribuU y le pins souvent elle tient de la main droite Un gouvernail, symbolé de sa puissance ; et de la gauche :une corne rempliedett dons fde Cérès etjde Poinoine, pour indiquer qu elle poilt1 répandre1 à sqn gré les •aichesses etl abondance. Quelquefois elle tient le globe du rojondey où leig*p*vernail est appuyé sur ce globe ; elle a sur sa tète le disque du Soleil , le croissant de la Lune , le boisseau de Sérapis ou la coiffure d'Jsia ; on la voit < souvient dur les 1 médaille» , avec ces différentes légendes; Fortune u4ugvstiyF&rtunarObsequens ] For.tuna Maner\s; Fartuna jReduai. Cette dernière *e trouve ordinairement siu* les médailles où la Fortune est représentée avec -une roue , symbole |de son retour; elles ^nt sansivAoute été» frappées pour consacrer les stfcces et 4es\événemens heweux du règne des Empereurs que l'in- 'onristarite Déesse avoit momentanément abandonnés. - 1 ï;a petite figure de bronze de la Fortune que nous avons ftnt graver ici 'dans sa grandeur naturelle, a .été trouvée à Lyon; elle tient le gouvernail et la doublé corne, d'abondance, dans laquelle sont des pommes de pin ; sa coiffure ■ 1,1 1 - ■ ; ■■ ■ 1 ■ ■ —

(i) Plularch,

se composte du disque du Soleil et du croissant de la Lune. Là nudité d'une partie du corps est remarquable , le plus grand nombre de celles qui ont été publiées étant enveloppées dans de longues tuniques.

Nous possédons une autre image de la Fortune , trouvée également à Lyon ; elle est assise et a cinq pouces de hauteur; ses pieds reposent sur le tabouret, symbole de la Divinité j elle tient de la droite un gouvernail; la main gauche et la corne d'abondance manquent; sa coiffure est très -compliquée ; au-dessus du voile qui couvre sa téle est un diadème sunftonté d'une couronne de . tours j le croissant de la Lune et le disque du Soleil entre deux cornes de vache forment une espèce de panache terminé par deux plumes , et orné de chaque côté d'un épi. Cette coiffure se rapproche beaucoup de celle de deux figures rapportées par Béger, et reproduites par Montfaucon (i). Les images de la Fortune assise sont rares ; elles dévoient représenter cette déesse lorsqu'elle avoit momentanément renoncé à son inconstance , et qu elle étoit désignée sous les noms de Fortuna Redtuc, ou Fortuna Manens.

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