‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 38 sur 65 · PLANCHE XX · texte numérisé non relu

PLANCHE XX

Le groupe que nous publions dans cette planche et dans la suivante est , selon nous , un des monumens les plus intéressans en ce genre dont la découverte ait été faite dans l'ancienne Gaule. 11 est composé de deux figures

(i) Antiq. expliq. T. I , part. II, pl. 198, N.« 1 et 2.

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de bronze que nous offrons ici dans leur grandeur naturelle ; elles furent trouvées séparées Tune de l'autre , près d'Abbeville, en creusant la Somme. M. Morel de Campa nel , négociant de cette ville , qui possède ce joli groupe , a permis à un mouleur de Paris d'en multiplier les copies ; mais nous lavons fait graver d'après un dessin tiré de l'original, et que nous devons à 1 amitié de feu M. Beaucousin l'ainé..

Les Peuples anciens , principalement les Grecs et les Romains, aimoient avec passion jput ce qui avoit rapport aux jeux , aux spectacles et aux exercices publics. Ils avoient des théâtres sur lesquels on jouoit, comme nous lavons dit précédemment , des pièces dramatiques de trois espèces , des satiriques, des comiques et des tragiques. On y veyoit aussi paroitre des bateleurs de toute espèce , des bouffons , des escamoteurs , des funambules , des sauteurs et des pé~ tauristaires , qui îmltoient le vol des oiseaux , en s élevant dans l'air à l'aide de machines. Nous avons vu récemment de nouveaux Icares faire maladroitement et inutilement les mêmes tentatives ; cependant nous pouvons croire , qu'en général , nos bateleurs ne le cèdent ni en force ni en adresse à ceux des temps anciens , comme notre goût pour les spectacles et les jeux publics égale , s'il ne le surpasse pas , celui de tous les peuples de 1 antiquité.

Les Grecs et les Romains avoient aussi des Amphithéâtres, des Cirques , des Naumachîes et des Gymnases.

Les Amphithéâtres servoientaux combats des gladiateurs et des athlètes; on y faisoit aussi parottre des animaux, tels que le taureau , le cheval , l'éléphant , le bon , l'ours , le tigre , la panthère et le léopard ; le plus souvent ils combattoient les uns contre les autres, mais quelquefois aussi

des hommes s exposoient à lutter avec ces bétesTurieuses. Cétoient des criminels condamnés à périr , des gens payéi pour se donner en spectacle dans cette arène dangereuse , ou des nommes qui s'y présentoient volontairement pour faire parade de leur force et de leur adresse.

Les Cirques appelés Hippodromes par les Grecs , étaient chez les Romains la scène de tous les grands jeux publics. Ils servoient aux courses des chevaux et des charriots , aux exercices gymniques des athlètes , aox combats à pied et à cheval , aux jeux Troyens , à la naumachie et même quelquefois aux jeux scéniques ; on y montrait aussi les animaux rares ou monstrueux. Nous ne parlerons ici que des jeux gymniques.

Ces jeux etoient des exercices dont le but n étoit pas seulement de récréer les nombreux spectateurs qui y assis* toient, mais d'entretenir et d'augmenter la souplesse et la vigueur du corps. On leur donna le nom de TtftKç, nu, parce que ceux qui s'y livraient se dépouilloient de leurs vétemens; on appeloit aussi Gymnases et Palestres les lieux qui en étoîent le théâtre. Les Grecs nommoient ces jeux TUrre&Xop et riaraptrÀr, et les Romains Quinquertium, parce qu'ils se composoient de cinq exercices différons; le pugilat, la lutte, le disque, la course et la danse.

On peut penser que le groupe que nous publions représente deux lutteurs, dontTun a enlevé son adversaire pour le terrasser ; ces deux athlètes sont jeunes , sveltes , et tels qu'il convenoit de se présenter pour paraître avec avantage dans les jeux gymniques. On exerçoit de trèsbonne heure la jeunesse à la course et à la lutte , avant lesquelles on avoit soin d'oindre le corps, afin de donner

aux muscles des moavemens plus souples et plus faciles.

Nudati socit. (0*

Dans les plus anciens temps , les athlètes étoient vêtus pendant leurs exercices. On croit qu Hercule, en instituant les jeux Olympiques , imposa aux athlètes l'obligation d'y paroître nus j ils ne portèrent plus alors qu'une ceinture de cuir rouge, avec un appendice pour contenir les parties sexuelles.. Nous avons rapporté dans nos antiquités Gauloises y d'après un fragment de poterie , dont le sujet est curieux , un exemple de cette ceinture phallique (a). Mais comme ce vêtement satisfâisoit peu la pudeur , et que sa chute inppinée avoit plusieurs fois arraché la victoire aux combattans , ils y renoncèrent et parurent entièrement nus. On a pensé que ce changement eut lieu vers la LXXV.« Olympiade. Quelquefois on voyoit aussi de jeunes filles prendre part à ces jeux.

Çubdnon infâmes exercet corpore lande*

Domitlen fit courir de jeunes filles nues dans le cirque j on en voit aussi sur les monumens dans, l'attitude des Desultores , qui , montés sur des chevaux attelés de front , sautoient de l'un sur Vautre pendant leur course

M ont faucon a publié un groupe d'albâtre, qui représente deux lutteurs (4). Ce monument, qui ornoitle cabinet

(i) Virgil. Mneid. Lià. III.

(a) Antiquité» Gaol. et Rom. recueillies au Luxembourg, pag. 176, pl. X VU

(3) Seal. Propert. Lib. III, Eleg. i3.

(4) Aotiquit expliq. Tom. 111, pari. 11 , p»g. agi;

de l'abbaye Saint -Germain- des -Prés', n'a m le style ni. la grâce du nôtre, dans lequel nous ne sommes point éloignés de voirie vaillànt fils d'Alcmène: triomphant d'An*! thée , Roi de Lybie. Cétoit', selon la! fable , htm Géatot monstrueux, fils dé la Terre, et dont la' forte égalqit la> férocité. Il forçoit les étrangers qui venoient dans ses EtatSy de se mesurer avec lui, et les écrasoit du seul poids de son corps. Hercule passa dans la Lylftie, pour aUer enjeyer les bcçufs de Géiyon , et fu* provoqué par, f*9flf ij» accepta le défi. Dan» cette Intte, ii terrassa plusieurs jpis son adversaire; mais s'étant aperçu que dès qu'il touche^ la terre à laquelle il devoit la vie , il repreno^ de nouye)les, forces et se relevpit plus terrible , le, vigourqfl, AJcide le! saisit de nouveau, Tenleya dans ses bras et i'éfPuflTa., ^; ,()

Notre groupe semble offrir avec beaucoup de vraisçmblance le moment du triomphe d'Hercule; il a enlevé et presse étroitement dans ses bras Anthée qui , renversç vers^ la terre , étend vainement la main pour implorer encore, son secours. ..i .:• • > i,

Ce combat a été représenté sur plusieurs monumens j le plus célèbre étoit le beau groupe de marbre du palais des Médieis à Florence, attribué au ciseau de l'un des meilleur* artistes de la Grèce (i). Ce sujet, s^ tnauve 4ans les peintures du sépulcre des Nasons a Rome (a). On le yoft aussi sur jdespierres^ravées , et sur des bas-reliefs antiques. Les poètes et les artistes ont trouvé dans l'histoire d'Hercule , appelée XHértclée , un aliment inépuisable , parce qu'on a attribué à l'Hercule Thébain tout ce que les fables

^l) Antitfuil. e&pliq. SuppL. Tom. I, p»g. l56.

(a) Le pitiure aniichcdelSefok.de Nasoiii. (Bellori) Pag. 45 1 TopvL i3-

astronomiques et les traditions de différentes contrées avoient fourni de traits extraordinaires qui caractérisent le coiurage ^ la force et la puissance, , . On voit «Uns la1 planche suivante, N.* I9ile même groupe, sous, une autre face. Le socle a été jeté avec le$ figures.

1 Nous avons déjà dit quelqae chose des supplices etf usage chez les anciens ; le plus commun de tous étoit la croix , dont le nom étoit même générique pour désigner, non-seulement toutes sortes de punitions et de châtimens , mais encore toutes les peines et les chagrins dont on étoit affligé ou menacé* On infligeoit le supplice de la croix aux esclaves et àux criminels de la plus basse extraction ; il y âVolt aussi des punitions temporaires et graduées, selon l'importance des fautes auxquelles on les appliquoit. Le plus souvent on attachoit les coupables à un arbre ou à uq poteau , et on les frappolt avec des verges ou des fouets, dont chaque branche étoit terminée par un globe de cuivra ou dfe plomb : on appeloit ces fouets piumhata, plombeaux. Anciennement ce genre de châtiment n étoit employé que pour les esclaves, ou les coupables de la lie du peuple ; on voit par le eode Théodosien , que1 les nobles et les hommes dune complexion délicate en étoient exempts , et qu'il étoit défendu de frapper les condamnés jusqu'à la mort. Cependant lorsqu'on s'en servit , dans les temps de persécution, pour tourmenter les Chrétiens , un grand nombre Succombèrent sous cet instrument meurtrier , ce qui est souvent indiqué dans les aetes des Martyrs par ces mots : Plumbatis cœsus esty que Montfàucon a interprétés d une autre manière.

La figurine «le bronze que nous publions sous c* numéro, dans sa grandeur naturelle , a été trouvée a Nismes il y a quelques années. Nous pensons qu elle peut représenter un esclave, ou peut-être un prisonnier de guêtre, condamné à être flagellé, lapidé, ou percé de flèches. It eat attaché à un poteau , les main» liées derrière le dos , et n oyant pour tout vêtement qu'une draperie en forme de cent-* tare. • » '■• '••

IH rr IV. : '

Cet anneau d'argent a été trouvé il y a environ dix ans à Vienne en Dàuphmé y où nous lavons recueilli avec celui de cette même planche Vil. La chaton desûnëtà Se* ▼ir de cachet est orné du buste d une iemme A&rcame. y gravé en creux asses profond; les cheveu» sont relevés* et noués au sommet de s* tête y de» perles pendent à se» oreilles , et parent son cou ; son vêtement est indiqué par une petite partie de tunique nouée sur la poitrine et roter ^Btte par uneagraffe. Ou voit sous le N.» III 1 anneau dans sa grandeur naturelle, et sous le N.« IV la gravure du chaton , dans une proportion propre à présenter le caractère et le style du sujet. Cet anneau nous appartient.

On a trouvé, il y a nombre d'années, cette colonne miUiaire à la Kéole, département de la Gironde; elle étoit de marbre , et d'une seule pièce ; son chapiteau d'ordre Corinthien étoit bien conservé ; elle avoit en totalité six pieds deux pouces de hauteur. On y lisoit VIA. AG. XXIII, que l'on pourroit expliquer par VIA AGïnnensià VIGIRTI très MILLIA PASSUVM. On compte de la Réole à Agen

environ dix. lieues Françaises ; le mille . Romain ayant été évalué à 756 toises, vingt-trois milles ne donneraient, d'après ,ce ealmil, que huit lieues freis quarts ^peu-près de no# lUeués 4e aoop toises. flïous ne nous attacherons pas à e^plwpiiBr cette différence ; npus nous bornerons à observer qu'il seroit possible que cette colonne milliaiie ait été placée anciennement h une première station entre Agen et la Réole, transportée et enfouie dans cette dernière ville, puis retrouvée dans des temps modernes.

Noos avons publié une médaille d or inédite , provenant de la riche découverte faite dans le voisinage de Breteuil, département de l'Oise (1). Celle que nous donnons sous ce neonéfo', faisoit partie du même trésor. Elle représente d'un coté la téte d'un jeune Empereur couronné de lauriers avec la -légende, Antoninus Pius uéug. Au revers, une femme assise tient de la main droite une brandie d olivier, de la gauche kine haste^ et foule aux pieds des armes de toute espèce ; on lit autour , Paci Miernoè. *

>*Ou sait que Caracalla et filagabale , à l'un desquels cette médaille appartient , ont pris l'un et l'autre sur leurs monnoyés le surnom de Pius. On peut consulter à ce sujet Vaillant, qui a rapporté entr'autres une médaille d'argent dElagabale , sur laquelle on voit la pierre conique déifiée par ce Prince , et à laquelle il rendoitun culte (a). On voit aussi sur ses monnoyes la Paix debout ou passant, avec la légende, PujcAug. On nenconnoit, au contraire, aucune •* 1 - - ■ - ■ ■' ■ 1 ' ■ 1 ■ . .1 „

(1) Voyez ci-dotânt pag. 145.

(a) Xumùmata impp. Roman. Edit. Rom, in-^* Tom.II, pag. aîg,

de Caracalla sur laquelle onxait mis cette divinité allégorique ; mais Vaillant en cite une sur laquelle ce Prince a le titre de Pacator orbis.

Le règne du farouche Elagabale ne dura que quatre ans, pendant lesquels il ne se passa aucun événement mUitaire mémorable. Ce règne ne fut marqué que par des cruautés et des actions infâmes , qui firent regarder la mort prématurée de ce tyran comme un bienfait de la Providence. S'il fut parvenu à l'âge mur , avec les penchans affreux qui s etoient déjà développés en lui , Rome auroit vu son trône occupé par un monstre dont les annales d'aucun peuple n'auroient offert le pareil. Quoique la flatterie ait encensé les mauvais Princes plus encore peut-être que les bons, nous ne trouvons rien dans l'histoire qui puisse consacrer le souvenir d une pair sans fin , FAX ^TERNA , sous le règne d'Elagabale.

Caracalla ne fut guère meilleur qu Elagabale, que son aïeule voulut faire passer pour son fils adultérin ; mais du moins il fit la guerre aux Cattes, aux Allemands et aux Gètes; il parcourut plusieurs provinces de l'Empire, et nous présumons que ce fut vers l'an ai5 que fut frappée notre médaille que nous croyons pouvoir lui attribuer. On trouve d'ailleurs des monnoyes de ce Prince avec une légende semblable à celle de la nôtre, du côté de la téte, Antoninus Pins Aug. Le type et la légende du revers sont inédits avec la téte de Caracalla,- ce qui rend cette pièce d'autant plus intéressante que les médailles de ce règne sont communes , et qu'il n'arrive pas souvent d'en découvrir qui n'aient pas été publiées.

Celle-ci faisoit partie de la collection de feu M. de Cam* Tom, IL a5

bry, dont nous ayons déjà cité honorablement le nom et les ouvrages.

Nous n'ayons fait graver que le chaton de cet anneau d'argent, dont la forme est la même que celle du N.° III avec lequel il a été trouvé ; on voit , par la mesure qui en indique le diamètre , qu'il étoit d'une petite dimension , et n'a pu être placé qu'au doigt d'une femme très-jeune ou d'une taille très-petite. On y a gravé , dans l'espace le moins étendu , un trait de l'histoire ancienne , dont les artistes, et principalement les Lythoglyptistes , ou plutôt les Lythographes , se sont souvent occupés.

Les amours de Léandre et de Héro ont été célébrés par les poètes anciens et modernes ; un grand nombre d'auteurs ont parlé de leur histoire , et les monumens en ont aussi conservé le souvenir. Léandre étoit àAbydus , ville d'Asie dans la Troàde , située sur les bords <le THeUespont à-peu-près en face de Sestos , ville d'Europe dans laquelle Héro avoit reçu le jour. On sait que ce couple amoureux , séparé par un détroit , avoit trouvé le moyen de se réunir, et de se livrer aux douceurs dé son penchant. Dès que la nuit avoit étendu ses voiles sur la terre , Léandre sélaneoit dans les flots, traversoit i'Hellespont , et escalaitoit, à l'aide d'une échelle , la haute tour qui renfermok fobjet de ses vœux : mais le jour ne devoit jamais le retrouver dans cet asyle du mystère; avant l'aurore il s'arrachoit des bras de son amante, et recommençait un trajet que 1 épuisement de ses forces , et le chagrin dé s'éloigner du bonheur et du plaisir , lui faisoient trouver au retour aussi long que pénible. Un soir , un violent orage n'ayant pu l'empêcher

d'entreprendre sa course nocturne , il succomba et périt dans les flots. Héro, chagrine et inquiète die son absence, jeta r dès que le jour parut , de tristes regards sur le détroit :, quel fut son désespoir en lecennoissant le corps inanimé de son amant que les flots avoient vomi sur le rivage! Ne voulant pas survivre à cet objet chéri , elle se précipita du haut de sa tour, et trouva la mort près de celui pour lequel elle ne pouvoit plus vivre.

L'amour fait, faire souvent > sans doute, des choses extraordinaires et presque miraculeuses; mais il est des circonstances où Pesai tation, produite par la passion, quelque grande quelle soit, est insuffisante; il faut quelle soit encore soutenue par les forces physiques; or , on coonoit les bornes de celles de l'homme , et il est difficile de se persuader qu'un jeune homme quelque passionné et quelque vigoureux qu'il fut , ait pu traverser pendant un, espace de temps assez long , et chaque nuit deux fois en moins de douée heures, le détroit de l'Hellespont* Ce trajet n'étoit à la vérité , que de sept stades (environ 750 toises ) de largeur , entre Abydus ef Sestos ; mais la force du courant ne permettait pas de le faire en droite ligne f U falloitcouper par une ligne oblique assez longue, et remonter très-haut pour arriver d'une rive au point de ramure directement opposé (1). Cependant , comme beaucoup de mon u mens ont retracé Vhistoire de Léandre et de Héro , on peut conjecturer que ces amans se réunirent une seule fois, et que Léandre trouva la fin de sa vie dans une seconde tentative qui étoit peut-être au-dessus des forces d'un homme.

(1) Sirab. Lib. XIII, pag. 591.

On ponrroît penser aussi que Léandre faisoit ce trajet dans une nacelle , et il y auroit encore trouvé assez de dangers pour faire regarder cette entreprise comme un trait d'audace et de courage extraordinaire. Les poètes ont embelli du merveilleux de la fiction, la hardiesse de cet amant passionné. Les habitans dtAbydus avoient une réputation de charlatanisme et de mensonge qui étoit passée en proverbe selon Hesychius j ils avoient aussi celle d'être lâches et efféminés; c'est une raison de plus pour croire que les poètes et les historiens Grecs , ont exagéré la vigueur et le courage de Léandre , si différent à cet égard du reste de ses compatriotes.

On voit sur les médailles iïAbjrdus, Léandre nageant vers une tour sur laquelle est Héro qui tient un flambeau (i). Le même sujet étoit gravé sur une pâte antique du cabinet de Stosch, mais deux dauphins y précédoient sur les eaux l'amoureux nageur (2).

On trouve, dans le second tome de l'Histoire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (in 12, pag. 600. ), l'explication par M. Baudelot, d'une prime d'émeraude gravée et faisant partie [en 1713 du cabinet de S. A. R. Madame. On y voyoit un buste de femme, dont la chevelure étoit ornée de perles et de fleurs. Elle sembloit sortir d'un nuage ; devant elle voloit un oiseau, et audessous étoit un dauphin. M. Baudelot fit beaucoup de frais d'érudition pour prouver que ce toit l'image d'une

(1) Descript. des méà. Grecq. , par M. Mioonet. Tom. II, pag. 637 , N."»« 54 et 55 , et pag. 638 , N.« 60.

(a) Descript. des pierre» gravées de Siosch, par Winckclmann , pag. 336 , N.« il3.

danseuse célèbre ; il crut y reconnoitre une Eucharis , ou toute belle, fille d'un certain Hennagore qui avoit fait ériger à ses enfans un monument tumulaire, dont l'inscription est rapportée par Gruter. Nous- pensons que toute la dissertation d'ailleurs très-savante de M. Baudelot, ne porte que sur des conséquences beaucoup trop hasardées. Nous n'osons pas nous flatter d'avoir mieux rencontré que lui. Cependant nos idées sur cette pierre gravée nous paroissent plus naturelles et plus vraisemblables. Ne pourroit-on pas y reconnoitre plutôt qu'une danseuse , la tendre amante de Léandre ; elle étoit prétresse de Vénus , ce qui seroit indiqué par la colombe consacrée à cette déesse. Uéro guettoit le moment de l'arrivée de son amant au sommet d'une tour élevée, et qui la plaçoit pour ainsi dire dans les airs , ce que l'artiste auroit encore indiqué par les nuages d'où il a fait sortir le buste de la jeune prétresse. Le dauphin , en rappelant qu'elle habitoit le bord de la mer , étoit encore l'emblème des flots que Léandre devoit traverser pour venir goûter les douceurs d'un tendre sentiment dans les bras de Héro , et de l'ardeur avec laquelle il bravoit tous les obstacles pour lui prouver l'excès de son amour.

On a gravé sur le chaton de notre anneau , le moment le plus heureux de cette histoire ; c'est celui où Léandre ayant atteint le pied de la tour qui renferme son amante, va monter sur une échelle pour arriver auprès d'elle j un dauphin placé derrière lui annonce qu'il vient de traverser les flots , et caractérise le sujet de la gravure. Il étoit difficile de l'indiquer plus ingénieusement dans un espace aussi petit La tète de Léandre se trouve sur un grand nombre de pierres gravées j on en comptoit jusqu'à

soixante empreintes dans la collection du Baron de Stosch; il y avoit deux belles têtes de Léandre sur deux pierres du cabinet d'Orléans (i). On voit aussi Léandre à la nage sur plusieurs deniers d'argent de la famille Crepereïa (a). Il est assez naturel que les artistes aieut multiplié, principalement sur les pierres gravées qui servoicnt de cachets , un sujet qui devoit plaire beaucoup aux amans séparés par des obstacles, ou réonis dans Le mystère, loin des Argus chargés de les surveiller; le jeune homme passionné qui adressoit à l'objet de ses vœux l'expression de ses tendres sentimens, la scelloil d'nne tète de Léandre , pour indiquer qu'il étoit prêt à tout entreprendre , même au risque de sa vie , pour prouver la sincérité de son amour.

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