‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 39 sur 65 · PLANCHE XXI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXI

Nous offrons ici, sous une autre face , le groupe de bronze dont nous avons fait la description dans la planche précédente.

Nous avons déjà parlé des figures Panthées , Signa Panthea , qui réunissent les symboles non pas de tous les dieux comme leur nom l'indique , mais de plusieurs; cependant on reconnoit au milieu de cette variété d'attributs , une divinité spéciale ; et c'est presque toujours

(i) Descript. de» pierres gravées do cabinet d'Orléans. Tota. I , pag. , Planch. 91 et 9a.

(a) Fomiliœ Roman* F/. Urtini. Pag. 81.

Harpocrale, la Forlane et quelquefois Minerve. Cest la première fois que nous trouvons ce Panthéisme , si l'on peut s'exprimer ainsi, appliqué au dieu des fruits et des moissons. Vertumne étoit, selon les mythologues, l'amant de Pomone; son culte prit naissance dans l Etrurie ; il étoit au nombre des divinités rustiques ; on le confond facilement avec Priape et Silvain. On le représente ordinairement barbu , portant sur la tète une couronne d'épis ou de graminées : il est vêtu d'une tunique onde la nébride , et porte des fruits dans le pan de son vêtement qu'il retrousse assez souvent d'une manière obscène; il tient aussi le pedum et la faucille.

Dafalcem et tortojronicm mihi comprime Joeno.

Propest.

Quid ego adjiciam , de qito mihi maximajàma est ,

Caeruleus cucumû , tumidoque cucurbîta venir* Me notai et Jtmco brassica vincta laevi.

Callimaq. Rom.

Nous croyons reconnnoître dans notre figurine ce dieu des campagnes et des moissons , couvert des attributs de plusieurs autres Dieux, et réalisant ici ce que lui fait dire Properce (i).

■Opporiuaa mea est cunctis naturafigurù , la quameunque voles verte , decorus ero.

Vertumne porte le bonnet Phrygien , ou la tiare Persane donnée à Mithras , sous le nom duquel on adoroit le Soleil; il a sur les épaules le carquois d'Apollon, et les «îles de la Victoire ou de Némésis; la tète de la Gorgone

O) Eleg.Lib. IV, c. a.

est placée sur sa poitrine comme symbole de Minerve ; la dépouille du lion deNémée , qui paroitsur son épaule gauche, rappelle la force de l'invincible Hercule- la corne d abondance qu'il porte sur le bras droit indique la fertilité et les faveurs de la Fortune. On ne distingue plus ce qu'il tenoit de la main ganche , et qui étoit peut-être une faucille. Il porte une couronne de plantes dont l'espèce n'est pas facile à déterminer ; il est vétu , comme les moissonneurs , d'une courte tunique ceinte au milieu du corps j sa chaussure est une espèce de brodequins ou des bottines.

Pignorius , Baudelot et Cuper ont publié une figurine qui présente quelques rapports avec la nôtre. Les deux premiers auteurs l'ont prise pour Saturne , et Cuper pour Osiris. Nous nous rangeons volontiers au sentiment de ce dernier , qu'il appuie de remarques solides pour prouver que ce monument n'est autre qu'un emblème du Soleil (i). Cette figurine est, comme la nôtre , barbue; elle porte des ailes et un carquois ; elle est chargée de plusieurs autres symboles qui tous indiquent les faveurs productives que la terre doit principalement à la chaleur de l'astre du jour.

On ne pouvoit choisir une allégorie plus ingénieuse pour exprimer la fertilité de la terre ; cette jobe figurine a été trouvée , il y a quelques années , à Nismes , d'où le dessin nous en a été envoyé ; elle est gravée dans sa grandeur naturelle.

Chapiteau carré en marbre blanc, employé dans les

(i) Gisb. Cuperi , Ha/pocrates. Pâg. 3g.

colonnades gothiques du cloître de l'abbaye de Moissac. Il a voit environ trente pouces de largeur sur sept de hauteur ; la face que nous avons fait graver étoit la seule qui fût ornée de sculptures. Chacune des trois autres ne portait que l'une des lettres T. D. M. Nous croyons ce monument du quatrième ou du cinquième siècle de l'Eglise.

Petite bulle d'or dans sa grandeur naturelle , trouvée près de Sédan ; elle est formée de deux feuilles très-minces de métal j l'appendice qui la termine servoit à la suspendre au cou.

On croit que, parmi plusieurs usages que les Romains reçurent des Etrusques , celui des bulles fut un des plus anciens ; c'étoit d'abord une récompense du courage , qui iaisoit partie des marques du triomphe ; on la donna ensuite aux jeunes patriciens lorsqu'ils prenoient la prétexte , et enfin elle devint l'ornement de tous les jeunes garçons même dans le plus bas âge.

Ces bulles étoient creuses , afin d'y renfermer certains préservatifs que la superstition douoit d'une grande efficacité; la forme des bulles étoit variée , mais le plus souvent elles étoient rondes, ou elles représentoient un cœur, sur lequel il y avoit quelquefois un simulacre Phallique. On trouve assez fréquemment des médailles impériales d'or , montées avec soin , et soutenues par une bélière , et l'on peut conjecturer que ces bijoux tenoient lieu de bulles , et étoient, comme elles, portées au cou par les en fans des deux sexes. (Voyez ci-après PlancheXXV , N.os IV et VII.)

Cette petite plaque d'argent provient des mêmes fouilles Tom. il. 26

( loi )

<|ue la bulle qui précède; on voit quelle a fait partie d'une agrafe , car d'un côté elle étoit cousue à l'étoffe , et de l'autre elle recevoit un crochet. On y voit en relief, et d'un joli travail, les bustes de deux jeunes époux qui portent la main sur une corbeille remplie de fruits. Cétoit peut-être le symbole de la fécondité qui devoit combler les vœux d'un Jeune couple nouvellement uni. On voit des figures semblables sur plusieurs monumens tumulaires.

Feu M. Beaucousin l'aîné, que nous avons déjà cité souvent dans ce Recueil, fit l'acquisition de cette boucle d'oreille trouvée dans une tourbière près d'Amiens, et nous la céda. Sa forme étoit d'un fréquent mage, car nous en avons possédé trois presque semblables, et dont deux nous avoient été envoyées d'Italie; celle-ci est d'un or très-pur , et travaillée très-délicatement.

On trouve communément dans les catacombes de Rome de petits poissons, de différentes matières et de différentes formes ; celui-ci est en calcédoine saphirine ; nous en avons trois autres en jade , en agate variée et en cristal de roche ; tous paroissent avoir eu la même destination, étant percés pour être portés ou attachés ; ils ont été trouvés dans des tombeaux. On voit aussi des fibules en forme de poisson , ou qui en portent la figure; elle se trouve encore sur les pierres gvtfvées et dans les sculptures sépulcrales.

Il paroît que dans les premiers siècles de l'Église , principalement aux époques des persécutions, ceux qui pro-

{assoient la religion chrétienne ne pouvoient se livrer qu'en secret aux cérémonies de leur culte. Ils avoient adopté, pour se reconnoitre entr'eux, ou pour distinguer leurs sépultures de celles des Payens, différens signes 5 tels que le poisson, l'ancre, 1» colombe, la palme, etc. lue poisson surtout étqit un de ces signes de convention le plus fréquemment employé , parce qu'il étoit le symbole du baptême , «t que son nom Grec donnoit les iui-»

tiales des mots bffvç Xjw**V e<« T«V Swny, Jesu*~ Chris tus, D$i fiïiw SalvGtor (1) } explication très-ingénieuse. Cet usage des premiers C Chrétiens , d'adopter des symboles cachés du baptême et de la communion , nous persuade de plus en plus , comme nous lavons déjà déclaré , que M. l'abbé de Tersan a découvert le véritable sens de la fameuse formule sub asci* d*dicavit> qui se trouve sur un grand nombre d'inscriptions tumulaires , presque toutes découvertes dans ce qu'on appeloit Gaule à Brayes, G allia Braccata. Ce «ayant a regardé YA&cia, hache ou aissette , dont la figure accompagne souvent cette formule dédicatoire, comme l'emblème de la croix ; il doit donner à cette explication les dévetappemens nécessaires pour l'appuyer , et nous ne dou^ tons pas qu'il ne fasse généralement adopter cette décou-r verte , sur un point de critique qui a long-temps exercé l'érudition des antiquaires.

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