PLANCHE XXIII
I ET II
Le§ I)yonisiaques étoient des fêtes instituées en l'honneur de Bacchus, et exécutées au son des instrumens les plus bruyans ; les danses et les jeux qui en faisoient partie furent les premiers essais de fart dramatique; les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe se travestissoient dans ces bacchanales pour représenter les Faunes , les Satyres et les autres nombreux siùvans du dieu du vin. On retrouve sur un grand nombre de monumens , les détails de ces fêtes et de ces marches joyeuses ; on en connoit beaucoup aussi qui représentent des Faunes , dieux rustiques habitans des campagnes et des forêts.
Celui que nous publions est de bronze; il est nu, et sa tête est ceinte du credemnon ou bandelette bachique j il est caractérisé par ses oreilles allongées , par le prolongement de son épine dorsale , et par l'expression de sa figure; toute la myologie bien sentie , indique cependant la souplesse et la légèreté. On a restitué la corde que ce Faune tenoit pour en former à la course un cercle elliptique, dans
lequel il passoit sans s'arrêter. Nous voyons de nds jours la jeunesse se livrer au même exercice avec, autant d'ardeur que de plaisir.
Ce job' monument a bu.it pouces trois lignes de hauteur y il est d'une conservation parfaite, et couvert de, cette belle rouille antique, AUrugo Sacra , quoi) nomme Patine., 11 orne le magnifique Cabinet jde M., le ,Çaron Denon, et a été découvert , il y a quelques années , par des bergers dans les environs. d'A utun , l une des plus anciennes et des, plus célèbres cités de la Gaule. :
III ET IV
Nous avons fait graver , , dans sa grandeur naturelle , et sous deux faces différentes, cette figurine de bronze -qui fait 'partie de notre Cabinet , et qui î uttrouvée , il y a vingtcinq ans, dans les démolitions- de la citadelle deChalon* sur~Saône.
Nous croyons qu'elle représente, un comédien dans l'attitude de l'attention ou de la réflexion ; il est enveloppe dans le manteau scénique ; le bras droit seul est libre et découvert ; les pieds sont nus ; les cheveux coupés sur le devant de la téte , retombent par derrière en une seule tresse qui se perd sous le manteau. Nous connoissons plusieurs petites figures du même genre -y Caylus en a (publié une presque semblable ; car nous regardons comme une faute du graveur qu'il a employé, et qui ne s'est pas servi du miroir , la différence de position des bras , dont le droit est caché et le gauche découvert , ce qui n'est ni ordinaire ni naturel (i). Nous avons d'ailleurs remarqué la même faute
(i) Recueil d'antiq. T. 111, p. aa8 , Pl. 83.
Tom. n. 27
dans plusiem* autres planches dot mémé ouvrage, ôtyma a pensé que cette figurine teprésentoit une jeune filk* esclave, contrefaisant , pendant les saturnales , la grâftitë magistrale de quelque1 personnage rniportant Nous n'y voyons , comihe dané îè nôtre , qu iih dë ces esclaves que les anciens poètes ont mtrbduits sur la scène pour fournir un aliment à l'action de leurs pièces. Térén'eë ^ par*èxëhlplèy à fait intervenir' flàhs son Ari'drieriné plusieurs' éSëîàlvedy tels que Uaviis 9 Bit¥hM y fitâmo ; tes valets* aftèfténs rte" le* cèdent en familiarité , en insolence1 et èri'fouTbèr'iey tti atnt Frontin , ni aux la Fleur et autres vauriens de cette espèce, que nos auteurs dramatiques ont chargés dans leurs Ouvrages dé pervertir la jeunesse , étide tromper ou de voler les parens de leiirs maîtres.
Il nous semble vdir dans notre petit histrion le Davus de l'Andrienne, au monologue de la quatrième scène du premier acte, lorsqu'il réfléchit au châtiment dont Simon vient de te menacer, et qu'il se dit:
Enim vero , JDtwa, nihil loci est segnitice rwque socordtat Çuantitm intelle si mode senis sentcntiam de nupiiis : Qièœ »i non attu prorideritur , me aut kerumpesstmdabwd / • ■ Ne e , tjuid agam , certum est» ( .
M. fabté de Tersan a réuni plusieurs petites figures de comédiens , parmi lesquelles il s'en trouve une semblable à la nôtre; mais les cheveux sont partagés en deux tresses retroussées et attachées derrière la téte.
11 y a quelques années qu'un bûcWon , en déracinant
(i) Recueil d'antuj. Tom. III, pag.W , pL 83.
un gros arbre, dans un Lois voisin de Saint -Germaiodu - Plain , à trois lieues de Cbajon - sur- Saône , découvrit sous la souche de ce* arj>re ,1a figure l^ronze que nous donnons ,iei; elle *s*dan>> AJ^/Je^. Penon, po^r qui , elle a le double mérite Japtjqu^éet de la locaJUé, ayant été trouvée dans les environs de sa patrie. On nous a assuré dans \e pays qu'on »voit recueilli avec cette figure une plaque de, b^ona^e .sur laquelle il y a voit ;( une inscription; mais noiis n'a vous, pu, flous {procurer aucune autre lumière à cet.égard. \\ e# vra^çroblable atu^quelcuie légionnaire aura enlevé ce bronze. qui ^aisoit partie d'un monument composé de plusieurs figures, et que. dans sa marche, il aura été forcé de l'enfouir et de Tabanr donner. . »
L'osagcd'ériger des trophées après avoir obtenu quelque victoire signalée, remonte à la, plus liaute antiquité; les Grecs les élevaient sur le champ de bataille même , et dabowl ils ne , furent composés, que 4es dépouilles , ,gUs vaincus attachées à un poteau ou à un arbre, principales ment au chêne et à l'olivier. Dans la suite on y employa le marbre et l'airain. Floros {lit même qu^milius , après avoir vaincu les Gaulois qui habitoient les Alpes, offrit un trophée d'or à Jupiter. On construisit enfin des masses de pierre et de marbre ; on éleva des colonnes et des tours auxquelles qn- donna le hoin de treiphées; les colonnes Trajanes et Automnes en sont des exemples. On voit sur les médailles impériales Romaines , dès trophées de toutes les espèces. Quelquefois un ou deux captifs y sont enchaînes dans l'attitude dé la tristesse , de l'indignation et àii désespoir. Une médaille de Trajan , frappée \ l'occasion du triomphe de ce Prince sûr les" Dacës7 présenté uiTcaptif
assis sur un amas dé boucliers ; il a les mains liées derrière le dos , et son attitude est la même que celle de notre bronze. On en voit soi- les médailles d'Hadrien, des Antonins , de Septime^Sévèrc et de plusieurs autres Empereurs. Celui que nous décrivons est nu , ses mains liées derrière le dos indiquent assez qu'il étoit enchaîné à quelque trophée; sa barbe épaisse, ses cheveux hérissés à la manière des Gaulois , nôùs portent à croire que c'est un guerrier de cette nation , ou peut-être un de ces farouches Germains qui résistèrent si long - temps aux armes des généraux de Rome. Toute la figure exprime l'indignation et la haine ; la jambe gauche relevée annonce les efTorts que fafit'le captif pour rompre les fers qui le retiennent , et retourner encore au combat.
Cette (igure est d'une très-belle conservation ; elle a huit pouces six lignes de hauteur, depuis le sommet de la tête jusqu'au bout du pied gauche, et dix pouces de longueur depuis la courbure des doigts de la main jusqu'à l'extrémité du pied droit.