PLANCHE XXIV
I, II ET III
Le culte de Minerve, que les Grecs appeloient Attira , remonte à la plus haute antiquité. Les Egyptiens ladoroient sous le nom de Neith, comme le prouvent les médailles du Nome de ^aïs ; les Phéniciens, qui l'appeloient 0,lga> portèrent son culte dans la Grèce, d'où il passa cbezlesHomains (i). \
(i) M. Millin, Galerîe mylbolog. Tom. I,pag. 143.
Minerve étoit la déesse des arts et de la guerre. Son histoire mythologique est très-étendue ; on doit son idéal au célèbre Phidias , auteur de la magnifique statue d'or et d'ivoire, placée dans le Parthenon à Athènes; cette ville avoit pris son nom de cette déesse , et étoit sous sa protection spéciale.
On la représente le plus souvent avec le casque en téte et la lance à la main ; elle est vêtue d'une longue tunique qui tombe en plis droits et serrés; elle porte un Peplus quelquefois carré et agrafé sur chaque épaule , et d'autres fois long , et lui servant de manteau dans lequel elle s'enveloppe ; sa poitrine est couverte delà dépouille écai lieuse et impénétrable de la Gorgone , dont la tète hérissée de serpens occupe le milieu.
D'après cette courte description , il semble que nous ne devrions pas hésiter à reconnoitre , dans la belle figure de bronze que nous publions, l'industrieuse fille de Jupiter, cette déesse qui ne présidoit à la guerre que pour obtenir l'olivier de la paix, et faire fleurir les arts. Cependant le globe sur lequel cette figure pose le pied droit, nous feroit conjecturer que c'est plutôt l'image de la déesse Home que celle de Minerve.
Non-seulement les Romains accordèrent les honneurs de l'apothéose au fondateur de leur ville , ils déifièrent encore cette ville elle-même : lorsque par la suite des temps, leur gloire se fut étendue avec leur puissance , les Grecs poussèrent l'adulation jusqu'à rendre eux-mêmes un culte à la ville de Rome , à lui édifier des temples , et à la placer au premier rang de leurs Divinités.
Cependant , ce ne fut que sous le règne d'Hadrien , qui lui dédia le premier un temple dans l'enceinte de la ville,
que ce culte fut adopté dans Rome même. On représentait » cette déesse avec le casque et le vêtement de Minerve ; ausi>i leurs images ont -elles été souveut confondues ; on oe les distingue , en général , qu'à la victoire ou auglobe qui sont les attributs particuliers dé Rome. Sa tète netoit qu'allégorique sur les deniers des familles consulaires , oii elle est casquée , et quelquefois avec une couronne de tours. Les premières médailles impériales sur lesquelles elle est perr sonniliée , sont celles de Galba; elle y est accompagnée des légendes Roma Henascens , Homa Viçtrix (i). On la retrouve ensuite sur les médailles de presque tous les autres Empereurs, jusqu'aux plus bas temps, «t même après la décadence de l'JSmpire.
Nous croyons donc reconnoitreune image de .celte ville, qui fut pendant quelque temps la Reine du monde , dans notre belle figure de bronze; elle a une longue tunique à plis droits ; le Peplus carré , l'égide de Minerve et tous les vétemens sont traités dans le style Grec ; jes pieds sont nus ainsi que les bras ; mais le casque a la. forme de ceux des Romains , et ressemble à ceux que portent les guerriers de cette nation , sur la colonne Trajane , et sur les arcs de Sévère , de Constantin et de Théodose ; le globe sur lequel la déesse pose le pied nous paroit indiquer spécialement l'image de cette ville , à jamais célèbre dans les fastes de toutes les nations. Cette figure , qui est d'une belle conservation , a huit pouces et demi de hauteur ; elle a été trouvée à Marseille, où elle fut recueillie par M- Lebret: elle est aujourd'hui l'un des monumens les plus précieux et l'ornement de notre Cabinet.
(i) De U rareté et du prix des médaille* Rom- par M. Miounet, pag.
( ai5 )
Nous avons déjà parlé de la fondation de Marseille , environ six cents ans avant Jésus-Christ , par des Phocéens Venus des cotes de l'Asie Mineure et Grecs d'origine. Ces nouveaux Colons ne tardèrent pas à- s'attirer l'envie de leurs voisins , jaloux de leur prospérité et des succès de leur industrie. Ils appelèrent les Romains à leur secours , et furent ainsi la première cause de leur arrivée dans les Gaules ; ils firent avec eux une alliance qui subsista sans interruption , et lès Marseillois se montrèrent dans toutes les occasions les amis Constaiis et les fidèles alliés des Romains.
Les Phocéens de Marseille s'étoient mis sons la protection particulière de Minerve1, à laquelle Hs'avoTent élevé dans leur ville un temple où sa statue étoit placée , et1 on voyoit la tète de celte déesse sur leurs anciennes irtonnoyes; il n'est pas étonnant que leurs artistes aient confondu dans les monermens le culte de Minerve , déesse tutélaire de Marseille, arec celui de Rome qui étoit pour eux une autre divinité protectrice ; et sous ce double rap* port notre figure nous paroit mériter un intérêt particulier.
La Chausse a publié un buste de Rome , dont le casque et la figure ont quelques rapports avec notre bronze ; Montfaucon a aussi fait graver plusieurs images de cette déesse , entr'autres une petite statue de bronze du Cabinet de Saint-Germain-des-Prés, qui pose le pied gauche sur un globe (i). On la reconnoît souvent sur les médailles et sur les pierres gravées ; mais ses statues sont rares en, marbre et en bronze. Nous avons reproduit dans la planche XJCX de ce Recueil un beau médaillon de plomb , sur lequel
(i) Aniiq. expliq. Torii.I, part. II, pag. 09*.
on voit aussi le déesse Rome , et qui avoit été déjà gravé dans l'histoire de Metz et dans Caylus , mais d'une manière trop peu satisfaisante ; ce qui nous a déterminés à le faire copier plus exactement sur l'original.