‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 44 sur 65 · PLANCHE XXV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXV

I ET II

Ce guerrier* combattant n'a rien de remarquable, et le travail en est peu soigné ; nous le donnons dans sa grandeur naturelle , il a été trouvé près de Sedan. Nous croyons ce petit monument Gaulois ; la lé te est nue , la chevelure et la barbe sont touffues; sur la cuirasse est un manteau court, et les cuisses sont couvertes des anaxirides , espèce de pantalon qui caractérise les nations barbares. Caylus a publié un vase Grec sur lequel on voit un homme qui ressemble beaucoup au notre , et qui lance un javelot contre un énorme sanglier.

III ET IV

Petite figure de femme couchée , et tenant une bourse ; ce bronze a été trouvé aux environs d'Amiens.

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Ce fragment a fait partie d'une frise très-riche; il représente un enfant sortant dune touffe de feuilles de -vignes , et qui tenoit une grappè dç raisin , dont il reste quelques traces. 11 a les cheveux retroussés au spmmet de la tète, à la manière dont les portoient les jeunes Romains avant de prendre la robe virile ; sou seul vêtement est une chla-

myde retenue sur 1 épaule droite par une agrafe ronde ; les yeux sont incrustés en argent. Ce bronze, du meilleur style Romain , a six pouces de hauteur dans son plus grand diamètre ; il a été trouvé dans les environs de Tours , et acheté par un chaudronnier ambulant., chez lequel nous lavons recueilli avec un assez grand nombre de médailles antiques.

Nous avons la certitude que ce char a été découvert en France, sans connoitre cependant l'endroit où il a été trouvé ; il fut vendu publiquement , il y a environ vingtcinq ans , et acheté par un libraire qui nous Ta cédé sans pouvoir nous fournir d'autres renseignemens.

Ce char est tiré par quatre colombes ; une déesse y est assise , et accompagnée de trois femmes qui se groupent debout derrière elles ; elles sont couronnées de fleurs et de fruits , et entourent un cippe surmonté d'une pomme de pin qui sort de quatre feuilles de chêne. Les roues du char sont modernes;. il a six pouces de longueur sur environ quatre pouces de hauteur.

NouS croyons retrouver dans ce monument , qui uous paroi t avoir été fondu dans les Gaules à l'époque où l'art avoit dégénéré , un mélange des attributs de Vénus et de Cybèle.

La Vénus des Romains , que les Grecs nommoient A$p- JVm , parce qu'on la disoit sortie de l'écume de la mer, étoit 1 a déesse du plaisir et de la beauté. On lui donnoit pour fils E'poç, Cupidon ou l'Amour; et son culte étoit dès-répandu dans la Grèce. Elle fut d'abord adorée sous la forme d'un fétiche pyramidal , dont on voit la figure sur les médailles de Cypre; mais bientôt on lui créa un idéal, dans Tom. II. a8

lequel on chercha à réunir et à perfectionner tous les charmes de la beauté. Les plus célèbres sculpteurs de Fan* cienne Grèce consacrèrent leur talent à multiplier les images de cette déesse , et lui firent des statues ; les plus anciennes étoient vêtues. Le ciseau de Praxitèles et le pinceau d'Apelles produisirent des images de Vénus, dans lesquelles aucun de ses charmes n'étoit voilé. On voit sur les médailles des Cnidiens la belle statue que Praxitèles fit pour eux , et dans laquelle il avoit réuni l'ensemble des beautés de deux célèbres courtisanes, Cratineet Pkryné. Apelles fut de même inspiré par Campaspe et par Phryné sortant du bain , lorsqu'il peignit la fameuse Vénus Anadyomène , à laquelle les habitans de Cos attachaient un si grand prix.

Les statues de Vénus ont été très-multipliées ; elles sont presque toujours nues , ou couvertes d'un vêtement léger à la partie inférieure du corps ; la langoureuse et amoureuse colombe lui étoit particulièrement consacrée : les Romains ont rendu à cette déesse un culte spécial , et qui devint plus général encore depuis César , qui prétendoit tirer d'elle son origine ; on la voit dans ce sens sur les médailles consulaires de la famille Julia. On trouve aussi ses images sur un grand nombre de médailles des Empereurs et surtout des Impératrices, avec différentes épithètes, comme, Jugusta, Félix, Genitrir, Fictrùc, etc.

Les Grâces, appelées par les Grecs X«f*w, étoient les compagues ordinaires de la déesse de la beauté : les mythologues les disoient filles de Jupiter et d'Eurynome, et les faisoient présider à la bienfaisance et à la reconnoissance. On leur consacra des temples dans beau* coup de villes de la Grèce , et leur culte a été souvent

confondu avec celui des Muses , pour indiquer, sans doute, que les grâces ajoutent au mérite des talens et de la beauté- Leur nombre a varié , et a enfin été fixé à trois : JEglè , Thalie et Euphrosyne ; elles sont le plus souvent représentées nues , se tenant par la main , et dansant en rond.

Le culte de Cybèle fut aussi très-répandu chez les Romains. D'abord , elle fut adorée sous le nom de Rhea , femme de Saturne et mère de Jupiter , et ensuite sous ceux d'Idœa, du mont Ida sur lequel elle étoit honorée ; Mater Magna, Mère des Dieux, Ops, Tellus, la terre , Berecjrnthia et Dindytnena, des monts Bérecynthe et Dindymène, sur lesquels elle avoit des temples. On la représente ordinairement avec un voile surmonté dune couronne de tours , assise sur un trône ou dans un char traîné par des lions; elle tient le tympanwn, espèce de tambourin , et le pin lui étoit particulièrement consacré.

Il n'est pas étonnant, d après ce que nous venons de dire de Vénus , des Grâces et de Cybèle , que les Gaidois aient confondu dans un seul culte ces déesses qui dans la mythologie Romaine avoient entr elles de si grands rapports. Vénus étoit la mère des Amours , des Jeux , des Ris et des Plaisirs; Cybèle étoit celle des Dieux et des hommes, et nous avons déjà vu que nos ancêtres se plaisoient à réunir dans une seule divinité une grande puissance , avec les symboles et les attributions de plusieurs autres.

Beger a publié dans le Musée de Brandebourg ( tome a , page 272 ) un monument sur lequel on voit les trois Grâces, entrelacées , et dont lune pose la main sur une femme voilée r assise , et tenant les mains comme celle qui est dans notre char ; deux colombes ornent le fronton de ce marbre, sur lequel on lit, ad sorores JIJl, aux «quatre sœurs.

Beger observe qu'on a d abord compté quatre Grâces qui représentaient les Heures et les Saisons ; elles étoient couronnées de fleurs , de fruits , de pampres et d ob' ves , et elles étoient, comme Vénus, filles de Jupiter. Cette sculpture nous paroit avoir beaucoup de rapport avec notre bronee : les Grâces y sont couronnées de fleurs et de fruits , et vêtues comme dans les monumens de l'ancien style. Elles pourroient être ici l'emblème des trois belles saisons de Tannée , le printemps , Tété et l'automne , pendant lesquelles la terre , représentée par la femme assise , se couvre des dons de Flore et de Pomone , et se pare de toutes les grâces de la nature ; l'hiver seroit justement exclu dune réunion qui ne doit inspirer que des idées douces et riantes , en offrant les symboles de la fertilité et du plaisir.

Nous regarderons donc notre char comme un monument votif, consacré dans les Gaules , vers les quatrième ou çinqiûème siècles , à Vénus et à Cybèle réunies dans une même divinité , en reconnoissance de la fertilité , de l'abondance et de la joie que les Gaulois croyoient devoir à la protection de ces déesses.

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