‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 45 sur 65 · PLANCHE XXVI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVI

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs de la plastique ; nous rappellerons seulement que l'argile étant la substance la plus répandue sur la surface du globe, et qui se trouve partout sous la main de l'homme , elle a dû être aussi la première dont il a tiré parti pour ses besoins. Les plus anciens ustensiles ne furent sans doute " qu'une masse d'argile grossièrement arrondie, et creusée pour contenir les liquides. Lorsque l'art d'imitation prit

naissance , l'argile servit encore aux premières ébauches des statuaires. Du temps de Pausanias , on voyoit dans plusieurs temples de la Grèce des statues en terre cuite (i) ; cette substance fut même employée à modeler les ébauches des artistes, après queTart eut atteint son plus haut degré de perfection. On continua dans tous les temps à s'en servir pour orner les temples de frises et d autres ouvrages en relief, et pour fabriquer des vases des formes les plus élégantes et les plus variées; M. d'Agincourt , qui est mort à Rome il y a peu de temps, emportant les regrets de tous les amis des sciences et des arts, fit publier à Paris en 1814 un Recueil précieux de fragmens des plus beaux ouvrages en terre cuite : on peut juger , d'après ces restes intéressais , de la perfection à laquelle les anciens avoient porté la plastique.

De tous les monumens en terre cuite qui nous sont restés, les lampes sont les plus nombreuses et les plus communes ; cependant on en découvre encore chaque jour avec des formes nouvelles , des sujets inconnus , ou des inscriptions inédites. Telles sont celles que nous publions ici ; celle du N.° IV seule a été gravée dans le Recueil de M. d'Agincourt, dont nous venons de parlée; mais comme elle fait aujourd'hui partie de nos collections, nous nous sommes décidés à la reproduire.

I, II ET III

On peut supposer que l'usage des lampes remonte aux âges les plus reculés; on les a divisées en trois classes principales , Lucernœ Sacrœ, Domesticœ, Votivœx les

(i) Winckelmann, hi»U de l'art. Tom.1, p«g. a*.

. ( aaa )

premières serraient aux actes de la religion, les secondes dans les habitudes ordinaires de la vie , et les dernières étoient consacrées dans les temples. On pourrait comprendre dans cette troisième classe , les lampes placées dans les tombeaux, et qui sont celles que Ton retrouve en plus grand nombre : au surplus, il n'est pas toujours facile de déterminer à quelle classe appartiennent les lampes *, on cherche dans ce cas à substituer la vraisem* bl anoe à la certitude. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet j nous avons d'ailleurs déjà cité les auteurs, qui ont publié des Recueils considérables de ces sortes de monumens.

On n'en oonnoissoit point encore de semblables à celles que nous rapportons sous les N.° I et II de cette planche, et qui ont la forme d'un casque athlétique à visière $ elles appartiennent à M. le Baron Denon , et ont été découvertes dans les environs de la ville d'Arles.

On voit souvent sur les lampes , les différens exercices de l'amphithéâtre et du cirque , tels que les combats des hommes contre les animaux , ou des bétes féroces les unes contre les autres , les courses de chars , les combats des gladiateurs et ceux des lutteurs ; ces derniers étoient les plus sanglans et ceux qui excitoient davantage l'avide et barbare curiosité de la multitude. On croit que les gladiateurs commencèrent à paraître chez les Etrusques, d'où ils passèrent chez les Romains ; dans la suite des temps, leurs combats firent partie des spectacles publics ; ils devinrent même un amusement pour le peuple, dans les rues , dans les marchés , et lès gens opulens les introduisirent jusqu« dan* les salles de festins. .

Il y avoit trois sortes de gladiateurs; les Secufores,

armés de javelots, de masses de plomb, d'un bouclier et couverts d'un oasque et d'une cuirasse; les MyrmUlones ordinairement Gaulois d'origine , et portant sur leurs casques un poisson en forme de cimier ; et les Retiarii, qui ne porto i en t ni casque ni bouclier, et qui n'étoient armés que d'un trident et d'un filet dans lequel ils cherchoient à envelopper leur adversaire, pour le frapper plus sûrement; ils se battoient contre les Secutores et les Mymxillones»

Les gladiateurs portoient dans leurs exercices meurtriers, des casques à visière qui leur couvroient entièrement la tète; il y avoit des trous qui leur laissoient voir leur ennemi et suivre ses mouvemens ; on en voit la forme sur nos deux lampes. Le N.° I a pour crête, un petit temple avec un fronton ; il est percé de cinq trous à la visière ; et sa hauteur est de trois pouces dix lignes. Le N.° II est présenté sous deux faces, il est surmonté d'une tète de cheval ; la visière est percée de huit trous , et sa hauteur est de trois pouces.

Montfaucon a rapporté un cippe tumulaire, trouvé à Rome dans la vigne Pamphyle , sur lequel on voit la figure de ce gladiateur vigoureux , nommée Bato , que Caracalla obligea de se battre le môme jour contre trois adversaires, et qui succomba sous les coups du dernier. On voit près de lui un casque ayant deux trous à la visière , et tout-àfait semblable à ceux de nos anciens chevaliers (i). On voit dans le même ouvrage (page 294) , la figure de M. Antonius Exochus, Cestiphore célèbre , qui sous le règne de Trajan combattit dans les jeux publics avec des

(1) Antiq. expl. T. III, part. 11^ pag. 266.

cotirroyes du poïds de neuf livres , et terrassa le neuvième jour son adversaire Araxes. On voit près de lui un griffon qui soutient un. casque à visière, semblable* ceux de nos lampes , ce qui nous fait conjecturer que cette arme défensive servoit non seulement aux gladiateurs, mais aux Pugilaires et aux Gestiphores \ M. le Maréchal d'Estrées , possédoit un très-petit casque à visière en bronze (i). Passeri, dans son Recueil de lampes, en a fait graver une sur laquelle on voit deux gladiateurs avec ce même casque; il dit que ce sont des Myrmillons qui d'abord les adoptèrent pour combattre les Rétiaires, ou pour se battre entr'eux; il ajoute que ce casque passa ensuite aux soldats et vraisemblablement aux Crupellaires <rui étoient couverts dune armure de fer à l'épreuve de l'épée et du javelot (a).

Nous pensons que nos lampes dont le sujet et la forme sont inédits, dans ces sortes de monumens étoient votives, et qu'elles ont été consacrées à des divinités auxquelles des gladiateurs heureux , avoient fait honneur de leurs succès. La téte de cheval qui sert d'aigrette à l'une de ces lampes , pourroit faire conjecturer quelle avoit été offerte aux Dioscures, qui présidoient principalement aux jeux du cirque.

Nous sommes persuadés que cette lampe est la même que M. d'Agincourt a fait graver dans son recueil d'ouvrages rc cuite; il dit quelle a été trouvéedans une église

en ter

(i)ÀDtiq. eupliq. Suppl.Tom. Ht , pag. 176.

(a) Luctrnoe Jkttl. Tom. III. Tab. VIII. — Tacit. Annal. Lib. III.

Gophte , et quelle a été consacrée à 1 imitation du culte des anciens à un personnage sanctiûé.Nous y lisons nOATOKTOC TOTATIOT, que nous expliquons , du Saint, du Vénérable à cheveux blancs ; cette lampe en terre rouge a trois pouces de longueur.

Les noms Grecs sont assez rares sur les lampes ; on lit sur. celle-ci , qui est dans la moitié de sa dimension , KPHCKENTOC. Elle est d'une jolie forme, et d'une terre jaunâtre , fine et légère.

Nous n'avons qu'une moitié de ce moule d'argile, qui a deux pouces et demi en carré , et dont nous n'avons fait graver que le milieu , auquel un petit canal conduisoit le métal fondu ; ce médaillon a un pouce sept lignes de diamètre et trois lignes de profondeur ; on y voit une figure chimérique assez semblable à celles qui se trouvent sur les plus anciens médaillons Gaulois , qui paraissent tous avoir été coulés et non pas frappés ; ce moule a été trouvé près de Sedan.

L'auteur du. Muséum Danicum a rapporté (Planche i4) trois pièces d'or trouvées dans la Zélande et dans la IN orwège, ne portant d'empreinte que d'un côté, et offrant des figures barbares assez semblables à celle de notre moule. Ces pièces ont un anneau pour les suspendre , ce qui a fait présumer que c'étaient des amulettes, ou des talismans destinés à être portés au cou ; la superstition avoit rendu ces pratiques très-communes, principalement dans les régions du nord; peut r être notre moule a-t-il servi à fondre des amulettes du même genre , son diamètre étant plus TOM. IL 39

considérable que celui des médaillons Gaulois les plus volumineux.

VII et VIII.

Pour ne pas multiplier des formes de lampes déjà connues , nous ne donnons ici que les sujets empreints sur deux des nôtres , et dont la forme est la même que celles gravées au Tome VI , Planche V des Antiquités d'Herculanum (édition m-^.°). Elles ont quatre pouces environ de diamètre, et ont été trouvées , il y a quelques années , près de Boulogne-sur-Mer.

On voit sur le N.° VII deux femmes , dont Tune est étendue sur un lit, enveloppée d'une draperie légère, et portant sur sa tète le bras droit , pour annoncer peutêtre la fatigue du plaisir plutôt que le besoin de sommeil. L'autre femme est nue et debout; elle offre à sa compagne un objet figuré par l'ouverture de la lampe qui servoit à verser l'huile ; les ouvriers en ont souvent tiré partie , comme ici , afin de dérober le moins possible les formes du sujet imprimé sur la lampe. On voit devant le lit la chaussure de la femme couchée , et on lit dans la partie supérieure du disque , LAS. AM.

Nous avons dit ailleurs que nous pensions que les inscriptions, placées en relief ou en creux sur le corps des vases, ou. dans le médaillon des lampes, avoient rapport aux sujets ou à la destination de ces ustensiles , et que les noms de potiers se trou voient ordinairement appliques sur le fond. Nous n'osons pas hasarder une interprétation des demi-mots gravés sur celui - ci, qui pourroil représenter deux femmes liées dune étroite amitié ; ou sait que, dès les temps anciens , certaines femmes ont, surtout dans

les pays chauds, étrangement abusé de leur défaut de conformation; Saint-Paul reprochoit ce vice aux dames Romaines (i). Athénée, Aristophane, Plaute, Phèdre, Ovide , Martial et d'autres anciens auteurs ont désigné ces femmes lascives d'une manière plus ou moins directe. Sénèque parle d'elles en ces termes : Du Mas Deœque malè perdant ! adeb perversum commentas genus impudicitiœ , viros ineunt. L'abréviation de l'inscription de notre lampe prêteroit même à la vraisemblance de notre conjecture ; car il semble qu'on auroit voulu, par'pudeur, laisser deviner ces mots, Lascivœ Amicœ. On trouve souvent sur les monumens des sujets bien moins équivoques, et qui prouvent que les anciens n'étoient pas toujours disposés à ne blesser ni la morale ni les yeux.

Le Pî.° VIII représente un de ces combats cruels dont les anciens aimoient à voir et à suivre les détails sanglans dans les amphithéâtres et dans les cirques; chez les Romains, on obligeoit souvent des criminels "à descendre dans l'arène pour lutter avec les animaux les plus féroces j quelquefois des hommes courageux affrontaient ces dangereux combats pour faire parade de leur force et de leur adresse ; d'autres enfin ne craignoient pas d'exposer ainsi leur vie pour gagner un modique salaire ; mais on les regardoit comme infâmes. Les criminels qui sortoient vainqueurs de cette lutte étoient renvoyés absous. Dans les temps de persécutions on exposoit aux bétes féroces les Chrétiens, qui se jetoient sous leur dent meurtrière, et se laissoient dévorer plutôt que de renoncer au vrai Dieu. Notre lampe a peut-être été placée dans le tombeau de l'un de ces mar-

(i) Ai Roman, cap. I.

tyrs , en mémoire de son héroïque dévouement. On y voit un tigre ou un ours rassasié de sa proie, et qui en abandonne les restes à un lion furieux qui s'en repaît.

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