‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 46 sur 65 · I, II, III ET IV · texte numérisé non relu

I, II, III ET IV

L'USAGE des chars, que les Grecs nommoient A^/mi, "Ow^wt, et les Romains , Currus , remonte aux temps les plus anciens. Sans chercher à en connoitre l'origine , nous uous bornerons à parler brièvement de leurs formes et de leur utilité ; il y en avoit à deux et à quatre roues , Birota et Quadrirota : on leur donnoit aussi des noms relatifs au nombre de chevaux qu'on y atteloit, Bigœ , Trigœ, Quadriges; ils servoient aux transports ordinaires, aux voyages , et aux courses dans les jeux publics. Selon Pline , les chars à quatre roues furent inventés par les Phrygiens ; ceux auxquels on mettoit six et sept chevaux de front se nommoient Sejuges , Septijuges : ce nombre étoit quelquefois porté jusqu'à dix ; mais alors les chars ne dévoient servir que dans les pompes triomphales ou dans les grands jeux du Cirque. Il y avoit encore des noms tirés de la forme et des usages des chars. Les Thensœ portaient les images des Dieux dans les fêtes , les Empereurs y montoient dans leurs triomphes ; le Carpentum, ordinairement tiré par des mules , servoit aux Matrones, et aux Impératrices ; on en voit sur les médailles de consécration des princesses du haut Empire. Les Romains avoient pris des Gaulois plusieurs espèces de chars , tels que la Carruca , le Pilentwn , la Rheda , espèce de coche tiré par huit ou dix chevaux

ou mulets, attelés deux à deux ; le Cisium et 1* Benna, qui étoient garnis, d'osier. Les Gaulois attachoient des faulx aux essieux des roues du Covinus et de XEssedum , pour s en servir dans les combats.

Les voitures de luxe et de parade étoient plus ou moins ornées; on y employoit le bronze , l'or, l'argent et l'ivoire. Spartien dit qu'Elagabale se servoit de chars dorés auxquels il atteloit des femmes nues. Les Empereurs en ont eu quelquefois d'or; et selon Florus, liituitus, roi des Gaulois , parut dans une pompe triomphale , sur le Carpentum d'argent dont il se servoit lorsqu'il avoit été fait prisonnier.

Les roues des chars étoient ou pleines et solides , ou avec des rais implantés dans des jantes et dans un moyeu , au nombre de cinq au moins et de six au plus ; tout ce qui est en fer dans les roues de nos chars étoit en cuivre dans celles des anciens. On en conserve une au Cabinet royal de France ; l'Académie de Toulouse en possède deux autres trouvées près d'Aleth ; elles sont creuses], afin que l'air, circulant dans le vide , pût rafraîchir le métal , et diminuer la chaleur produite par la rotation (i). Ces sortes de monumens sont très-rares ; nous en compléterons l'intérêt en faisant connoitre la manière simple, ingénieuse et sûre dont les anciens se servoient pour retenir les roues dans l'essieu. Nous avons fait graver dans cette planche l'un des quatre chapeaux de roues absolument semblables , découverts avec d'autres monumens dans les environs de la ville de Luxembourg, et qui faisoient partie du cabinet de M. Husson. Le chapeau est complet dans le N.°I; il a en tout sept

(i) Vojage dan» le* départemens do midi. ( M. Millio. ) Tom. IY, p. 444*

pouces neuf lignes de hauteur ; le N.° II offre la cheville ou clavette qui traversoit le chapeau et l'essieu , et dont l'extrémité inférieure clécrivoit une ligne courbe suffisante pour captiver la roue dans l'essieu , en permettant néanmoins de la retirer sans effort lorsqu'on vouloit enlever la roue. On voit sous les N.#< III et IV le chapeau seul qui a trois pouces neuf lignes de diamètre. Les ornemens de ce bronze , et le fini de toutes ses parties , nous font conjecturer qu'il a appartenu à un char de luxe, et peut-être à celui de l'un des Empereurs qui ont séjourné dans les Gaules.

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