PLANCHE XXVIII
I ET IL
Les Dyptiques, Ai^ruxo», sont, comme leur nom l'indique , des tablettes à deux feuilles ordinairement couvertes de sculptures , et faites avec l'ivoire , le cèdre , le plomb , l'ardoise et autres substances. Ils furent imaginés dans le bas Empire pour conserver la mémoire des personnages et des faits historiques que l'on vouloit transmettre à la postérité; d'abord on y traça les portraits et les noms des
(i) Antiq. expliq. Tom. II, part. II. — Doxn Calmet, Disserl. sur les divinités adorées dans la Lorraine.
Empereurs et des principaux magistrats, qui distribuoient ces tablettes à 1 époque de leur avènement ou de leur prise de possession d'une dignité , aux personnes les plus distinguées , et à celles dont ils vouloient capter la bienveillance et les suffrages. Les Chrétiens adoptèrent l'usage des Dyptiques pour y retracer des sujets pieux , ou des traits de la vie des premiers martyrs. Nous croyons devoir ranger dans cette dernière classe celui que nous publions, découvert dans les environs de Mayence , et dont chaque tablette a onze pouces de haut et quatre pouces huit lignes de large. •
On voit sur le N° I le premier homme assis dans le jardin d'Eden , environné des différentes espèces d animaux -, et portant la main à l'arbre de vie pour y cueillir le fruit défendu. Eve ne paroit point ici aidée du reptile tentateur, pour offrir à Adam cette pomme attrayante qui causa tous les malheurs du genre humain. Au bas de la tablette, les quatre fleuves qui prenoient leur source dans le Paradis terrestre , coulent les uns à côté des autres.
Nous n'essayerons qu'avec timidité d'expliquer le sujet de la seconde tablette , divisé en trois actions qui paroissent avoir rapport au même personnage ; les costumes appartiennent au cinquième siècle j nous avons pensé qu'on pourroit y voir quelques traits de la vie de saint Jérôme, prêtre et docteur de l'église, qui vivoit à cette époque et sous les règnes de Valens , de Gralien , de Théodose I , et d'Honorius. Après avoir passé plusieurs années dans la solitude, il vint recevoir la prêtrise à Jérusalem, et de là se rendit à Rome; saint Damase, qui occupoit alors la chaire de saint Pierre , le chargea d'aller répondre en son nom, aux conclusions des évéques qui
dévoient le juger sur des accusations portées contre lui par des schismatiques, et par un parti qui s'étoit déclaré son . ennemi £ mais il fut reconnu innocent et absous de ces imputations calomnieuses. On pourroit voir, dansla partie supérieure de notre Dyptique , le saint Pontife assis et donnant au Père de l'Eglise l'honorable mission d'aller le défendre. Dans celle du milieu , saint Jérôme, accusé luimême , après la mort de saint Damase , d'un crime d'impureté , répondroit avec noblesse au vieillard devant lequel ses accusateurs placés à sa gauche viennent faire effrontément cette fausse dénonciation ; la flamme qui sort de la terre pourroit indiquer la nature du crime et la punition réservée au coupable. Enfin , dans la partie inférieure de la tablette, on pourroit reconnoitre les accusateurs du saint Docteur qui , après avoir subi la question , avouent leur calomnie et sont saisis pour recevoir leur châtiment. Adam seul dans le Paradis terrestre, au milieu de toutes les espèces de créatures qui couvrent la première partie du Dyptique , indiquerait la solitude absolue dans laquelle saint Jérôme passa les premières et les dernières années de sa vie. U mourut le 3o septembre /|ao , âgé de 78 ans.
Nous ne pouvons nous dissimuler que cette explication est bien hasardée ; aussi ne la donnons-nous que comme une conjecture vraisemblable, en attendant qu'on puisse en trouver une meilleure et plus certaine.