‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 59 sur 65 · X ET XI · texte numérisé non relu

X ET XI

Le mot Tej sera, a\ oïl plusieurs significations chez les Romains , mais le plus souvent pu l'employolt pour dési*-, gner certaines marques, de bronze , de plomb , .dos ou d'ivoire sur lesquelles il y avoit des figures ou des lettres e^ des nombres analogues à leurs usages. On appeloit ces marques Testerez Frumeniariœ , ou IVumerariœ, lorsqu'elles étoient distribuées an peuple pour aller recevoir ce qui y étoit inscrit , soit de l'or, soit de l'argent ou d'autres objets 4<?nt les Empereurs faisoient des largesses dans certaines circonstances. Ces dons sont désignés sur les médailles par la légende : Liberalàas Juçusti; quelquefois des nouvr. Jures indiquent combien de fois ils avoient été renouvelés par le même Prince. Les marques appelées Tesserœ mifc tares y étoienj celles de convention, envoyées par les génét raux eu chef aux officiers et soldats de leurs armées, pour leur servir 4e mot d'ordre £t de signe de ralliement. César , qui se. prétefldoit i^U de VéDUs, avoit mis son image s tuses tess/ères; pompée y avpit fait graver celle de l'invincible Hercule. Ou se servoit <\atkS les assemblées publir ques de bulletins, Tesserœ cojmtiales , pour y donner son suffrage. On distribuent aussi des tessères dans les festins , Tesserœ corwivales ; c'étoit une sorte de billets de loterie dont chacun ,valoit au convive qui \ avoit reçu une

marque de libéralité proportionnée à l'opulence de celui qui tlonnmt le repas \ quelquefois aussi ceruins lots n'avoient qu'une valeur dérisoire qui excitoit la gaieté de ceux qui a voient été mieux partagés par le sort. Les£essères d'hospitalité, Testera* hospitales , étoient un passeport, une recommandation que les villes , les familles ou les particuliers , délivroient aux voyageurs et aux étrangers pour leur donner le droit de réclamer l'hospitalité dans les endroits où ils passoient. Les tessères consacroient aussi l'alliance de deux familles ou de deux amis ; leurs nonisy étoient inscrits^ on les partageoit en deux , et chacun en conser- Voit ime moitié pôiir la transmettre même à ses descenj dans. On avoit un grand respect pour ces sortes de pactes , et on citoit comme des gens dignes de mépris ceux dont on disoit , ils ont brûlé la tèssère <f Hospitalité. Enfin il y avoit des tessères pour les théâtres et pour les jeux , Tessera Tlieatrales , et Lusoriœ , qui donnoient entrée dans les spectacles et dans les jeux publics , et qui indiquoient même la place que Ton devoit y occuper. Parmi ces dernières on en distinguoit d une espèce particulière , et dont plusieurs ont été rapportées par des antiquaires (1). Cetoient des petits cubes parallélogrammes , ordinairement d'os ou d'ivoire, sur les faces desquels étoient gravées des inscriptions. On s'est accordé à penser que ees tessères étoient destinées aux gladiateurs qui se donnoient en spectacle dans l'Amphithéâtre et dans le Cirque; mais on a différemment expliqué leurs inscriptions. Montfaucon , Beger , La Chausse et Thomassin ont conclu du mot spec-

(t) La Chausse ; Monlfaucon ; Spon j — Thomassin de Tcuerit hotpit. M.Millio, Vojage dans le midi de la France. Tom.ll.

talus, qu'on y lit le plus souvent en abrégé, qu'on les délivroit à quelques gladiateurs , comme la marque légale de l'exemption qui leur étoit accordée de prendre part aux luttes et aux combats dans les jeux publics , auxquels ils pouvoient alors assister comme simples spectateurs. M. Millin a dit que ce mot spectatus indiquoit seulement que le gladiateur avoit combattu tel jour. Nous ne pouvons adopter ni l'un ni l'autre de ces sentimens , et nous allons hasarder ici le nôtre , en le soumettant au jugement des savans.

Les Grecs , dans les temps anciens , immoloient des prisonniers sur les tombeaux des chefs qui avoient péri dans les combats; les progrès de la civilisation amenèrent l'abolition df cette coutume barbare. Cependant la superstition entretenant l'idée d une sorte d'obligation d'apaiser les mânes des défunts par l'effusion du sang humain , on imagina de forcer les prisonniers de se battre près des tombeaux ; et ces combats devinrent des spectacles qUi se multiplièrent , et finirent par faire une partie essentielle des amuse m en s du peuple: telle fut l'origine des gladiateurs. Les Romains ne manquèrent pas d'adopter ce genre de spectacle; ils en devinrent bientôt si avides, que la loi Tullienne défendit , à ceux qui briguoient des emplois , de donner cette récréation au peuple , dans la crainte que cela ne fit pencher la balance en leur faveur. Les Empereurs, et les hommes ambitieux qui aspiroient aux dignités , surent employer avec succès , dans beaucoup d'occasions , ce moyen puissant de gagner la faveur et l'amitié de la multitude.

Suétone nous apprend qu'il y avoit à Rome des hommes appelés Lanistae, chargés d'instruire et d'exercer lespri-

sonniers destinés à combattre en public, ce qui devint pour eux un moyen de spéculation. Ils acbetoient des esclaves adroits et vigoureux qu'ils dressoient à tous les exercices du corps , et les louoient par paire à ceux qui vouloient se donner l'amusement de ces combats ; car non-seulement ils a voient heu en public , mais la passion eu étoit devenue telle, que Ion faisoit combattre des gladiateurs jusque dans* les salles de festins , pour amuser les convives. Mais alors l'adresse et l'agilité étoient les seules armes employées par les combat tans .

Le premier spectacle public de gladiateurs fut donné à Home, l'an de sa fondation 4(.)°- Cette profession étoit regardée comme déshonorante pour un homme libre, et net oit exercée que par dos esclaves, des prisonniers de guerre ou des hommes de la lie du peuple. Néron força 600 chevaliers et \ 00 sénateurs à combattre les uns contre les autres dans l'Amphithéâtre , ou de se mesurer contre des bètes. sauvages. Des Patriciens furent assez lâches pour descendre dans cette arène, afin de se reudre agréable au JPrince; on y vit même des Dames Romaines faire parade en t r 'elles ou contre des bètes sauvages , de leur adresse et do leur intrépidité ; enfin , Commode lui-même fut assez dépravé pour se livrer publiquement à cet exercice et s y donner en spectacle (1),

Le goût excessif des Romains pour ces sortes de combats fit attacher de l'importance au choix de ceux qui dévoient y paroitre; ils furent assujettis à des lois et des règlemens que des magistrats furent chargés de faire exécuter : du temps de Marc-Aurèle , des gladiateurs étoient entretenus aux dépens du fisc.

(1) Suaton 1* Néron. — JuvenaL Soi. VIII. — • Jui. Cap il. in &ordta*.

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Notas < pensons que les tessère» «ht genre de celle que nous publions , étoient délivrées aut gladiateurs qui , après avoir subi l'examen nécessaire , étoient admis à combattre dans les grands jeux publics : c'est ceqne nous allons faire en sorte d'établir d'après les inscriptions gravées sur notre tessere : on y lit , Philo g en Alfi Sp. ld. Sex. M. Anto. P. Do. j dont nous proposons l'explication suivante. - Philogenus Atfii Spectatus Idus oo Idibus SextiHs ' , Marcus Antonius, Publius Domithis. ( Consules. )

Pliiloeenus , gladiateur du Lanista Alfius , a été examiné pour combattre aux ides du mois d'Août, sous le consulat de M. Antoniuj et de P. Domîthis.

Pline, Lucrèce, Térence, Cicéron et Virgile, ontem* ployé le mot spectare ,^ comme signifiant examiner, considérer , éprouver , et nous l'expliquons ici dans le même sens. On sait d'ailleurs que l'exemption de corn^ battre accordée aux gladiateurs , s'appeloit missio , congé. Cette permission ne fut même qu'à la suite des temps régu-» Kèrement accompagnée de l 'affranchissement.

Tbomassin a publié, à la vérité, page 1 13, une tessere sur laquelle on lit : Philomasus Pereli Spectavit. On y voit aussi le trident des rétraires , et une palme , signe de la victoire. Mais ce monument, le seul connu que Ton pourroit nous opposer, n'a point la forme ordinaire des tessères; l'époque des jeux et les noms des consuls ne s'y trouvent pas \ cela nous autorise suffisamment à considérer ce monument comme étant d'une autre classe que 1» notre, et même à en révoquer en doute l'authenticité , lorsque nous trouvons dans le même auteur cinq autres tessères qui sont parfaitement en rapport avec la notre , et que nous pouvons en citer encore à l'appui de notre sen-

timent plusieurs autres qui ont été publiées ou qui existent dans différons cabinets. ,

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