‹ Recueil de Monuments antiques la plupart inédits et découverts dans l'ancienne GauleChapitre 62 sur 65 · V ET VI · texte numérisé non relu

V ET VI

Nous avons ajouté ici ces deux petits vases a" pnt Je sujet nous a paru avoir rapport à celui qui précède : sur l'un , N.° V , on peut reconnoitre la Nuit qui fuit devant l'Aurore représentée sur l'autre vase N ? FI ; ils ont l'un et l'autre quatre pouces de hauteur.

(3n) . VU.

Le sujet gravé sur cette cornaline altérée par le feu, et qui nous appartient, se trouve souvent sur les vases Grecs \ c'est ce qui nous a engagés à la publier ; il y en a plusieurs de ce genre dans la collection d'Hamilton. Ici c'est une femme nue qui verse de l'eau sur les mains d'un jeune nomme.

L'ablution des mains est une coutume religieuse qui remonte à la plus haute antiquité , ainsi que la purification par l'eau et quelquefois par le feu j cet usage existoit chez les Grecs, chez les Romains , et a passé jusqu'à nous ; l'ablution des mains étoit la première cérémonie des initiations , c'étoil aussi celle qui précédoit le mariage ; la nudité est encore un symbole de la pureté qu'on exigeoit des Néophites , ou des nouveaux époux. Sous ce rapport , notre pierre est curieuse, et offre un sujet qui se trouve rarement sur cette espèce de monumens.

Nous reproduisons ici une cornaline jaune-orangé , de la collection de M. le marquis de Drée , qui l'a publiée dans le catalogue de son musée minéralogique ; nous avions l'intention de joindre à la description de cette pierre celle d'un vase peint, qui a passé de la collection de M. Durand dans celle de M. Tochon d'Annecy , qui s'en est réservé la publication ; nous nous bornerons donc à donner plus de développement à la courte notice que nous avions fournie à M. de Drée sur sa pierre gravée; pour sentir tout le parti que le litoglyphe a tiré de son sujet , il convient de rapporter ici brièvement l'histoire dans laquelle il l'a puisé.

Les Grecs alloient faire le siège de Troyes ; retenus en Aulide par les vents contraires , Calchas déclara que Diane , irritée contre Agamçmnon qui avoit blessé à la chasse sa ,biche favorite, demandoit en expiation la vie de sa fille, et met toit à ce prix le départ et le salut des Grecs. Iphigénie fut donc amenée sous prétexte d'épouser Achille', et dans le vrai pour être immolée à la déesse ' le sacrifice fut prépare ; mais, au moment où, Calchas aUoit frapper la victime, Diane lui substitua une biche , et, transporta la, jeune Princesse dans la Tauride , où elle devint sa grande prêtresse. Le temple de Diane Taurique étoit célèbre par la coutume barbare des habitans de cette contrée qui immoloient sans pitié, sur l'autel de cette déesse , les étrangers que le hasard ou toute autre circonstance y faisoit aborder.

Après la prise de Troyes , Clytemnestre fit assassiner Agamemnon pour épouser Egiste ; mais sept ans plus tard , Oreste, devenu grand, se rendit secrètement à Mycènes pour venger la mort de son père;, il se cacha chez sa sœur Electre, et fit répandre le bruit de sa mort. Rassurés par cet événement , Egiste et Clytemnestre voulurent en remercier les dieux, et furent l'un et l'autre tués dans le temple par Oreste. Après ce meurtre,, ce Prince malheureux perdit le repos.; il se crut obsédé par les furies , et voulut d'abord aller à Athènes pour se faire juger par l'Aréopage ; Minerve lui donna son suffrage qui rendit les voix égales , et le fit absoudre ; mais ce jugement ne satisfit point Oreste ; il passa ches les Trézéniens , qui lui permirent de se soumettre à la cérémonie de l'expiation. Toujours poursuivi par ses remords ,. il voulut consulter encore l'oracle d'Apollon qui lui ordonna d aller en Tau- Tom . n. 4°

ride , d'y enlever la statue de Diane , et de délivrer sa sœur Iphigénie de la tyrannie du roi Thoas. Ores te entreprit ce voyage, accompagné de son ami Pylade; découvert» i leur arrivée et saisis par des bergers , ils furent conduits devant le Roi et condamnés , suivant l'usage du paya, à périr sur les autels de Diane. Amenés dans le temple , Us furent présentés à la grande prêtresse qui devoit les immoler^ son frère étoit trop jeune lorsqu'elle fut conduite en Âulide pour qu'elle pût le reconnottre j mais , ayant appris que ses captifs étoieat d'Argos , elle promit la liberté et la vie à celui des deux qui pourroit se charger de porter une lettre dans cette ville. Ce fut alors qu'un généreux combat s'éleva entre les deux amis, qui voulaient se dé» vouer Tun pour l'autre ; le choix d'ipbigénie tomba sur Pylade qu'elle instruisit du contenu de l'écrit , afin que dans tous les cas il pût lui donner les informations qu'elle demandoit sur sa famille ; se tournant aussitôt vers Oreste , Pylade lui dit : Je m'acquitte en ce marnent de la promesse que je viens défaire à ta sœur. ( Euripid. ) Iphigénie ne songea plus qu'à sauver les victimes , et fit dire au Roi que, l'un des captifs s'étant souillé du meurtre de sa mère, ils dévoient être purifiés avant le sacrifice par les eaux de la mer, ainsi que la statue de la déesse ; conduits pouf eette expiation sur leurs propres vaisseaux , et délivrés dû leurs liens par la prétresse , Oreste et Pylade mirent a la voile , emportant avec eux la statue , premier objet de leur voyage. Quelques auteurs eut prétendu que Thoas les poursuivit et fut tué dans le combat ; d'antres ont dit que Minerve s'opposa à eette poursuite , parce que telle étoit la volonté des Dieux.

Tous les anciens tragiques ont puisé, dans 1 histoire de

la famille des Ajstrides , le sujet de plusieurs de leurs ouvrages. Eschyle y a trouvé celui de ses Euménides et de ses Coé*pt*eres; Sophocle y a pris son Electre , et Euripide son Ores te , son Electre et ses deux îphigéniefc. On connoît assez les ouvrages dramatiques dont les modernes ont cherché ie sujet dans la même histoire , et parmi les* quels la belle tragédie de notre immortel Racine brille au premier rang. î \'t

D'après Je récit que nous venoas de taire^ on voit que l'artiste «qui a gravé naître pierre a choisi ie moment ou Ores te et Pylade , découverts à leur arrivée dans la Tau* ride, ont été amenés dans le temple pour y é*re sacrifiés, On ne peut qu'admirer la précision avec laquelle il a tout exprimé dans un espace aussi étroit, Les deux captifs sont a genoux , les mains liées derrière le dos , devant une colonne qui indique la présence de la déesse , <et près de laquelle est un bouclier Argien , qui caractérise l'origine des deux étrangers. La prétresse , armée d'une hache et prête à frapper les victimes , tourne la tête , et pose une main sur l'épaule de l'une d'elles. Cette position indique assez que c'est l'instant où elle veut briser les liens de celui qui s'exposera à porter sa lettre à Argos ; elle semble S'assurer -qu'aucun témoin indiscret ne peut venir la trouf bler. iAm des captifs est impassible et résigné à son sort» c'est Oreste; le fidèle Pyiade, au contraire, se tourne vers ïp Ingénie dont il implore la -pitié pour son ami. )

Wincfceimann a cité , dans le catalogue des pierres gravées de Stosch ( Pag. 3$7 ) une pâte antique sur laquelle on vcyoit Iphigéniepréteà immoler Qresteet Pylade liés près d'un autel. Il a fait graver aussi dans ses moaomens inédite ( Pl. ï fo. ) un bas-relief tiré dune urne du palais

Aocaramboni , et sur lequel on voit en deux parties le mêtne trait d'histoire ; dans la première les captifs sont amenés dans le temple par un soldat Iphigénie est près de la statue de Diane , placée sous un arbre garni de buçrânes et .de tètes humaines qui indiquent le genre de sacrîûce en usage dans le pays. A côté de l'autel est la tablette, Codicilius , sur laquelle la prétresse avoit tracé l'écrit qui lui fit. reçoitnoître son frère. Dans la seconde partie on voit la fuite d'Iphigénie, d'Orèste et de Pylade , emportant lé Palladium , après avoir tué Thoas qui les avoit poursuivis. Le même sujet est encore représenté dans les peintures d'Herculanum. (In-4.0 Tom. I , Tab. ia. )

Nous n'avons sans doute pas besoin de rien ajouter à ce que nous venons de dire , pour assurer à la pierre que nous publions un rang distingué parmi les monumens du même genre, les plus recommandables par leur antiquité, par l'exécution du travail , le choix et l'expression poétique du sujet.

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