PLANCHE XXXIX
Nous avons voulu terminer ce Recueil par quelques monumens français , et nous ne pouvions en choisir de plus intéressant que le bassin de cuivre émaillé , gravé sous leN.» I de cette planche; il a huit pouces dix lignes de diamètre , et un pouce dé profondeur mesuré dans son milieu; on y voit l'écu de France semé de fleurs de lys sans nombre, et entouré de six écussons avec différentes armoiries ; le tout est lié par des ornemens arabesques de couleur noire sur un fond bleu ; nous tenons iee bassin de M. llusson de Sedan. Montfaucon • dans ses monumens
de la monarchie française (Tom. I , pag. 348) , a rapporté, un. bassin semblable au notre, et dont les ornemens sont du même style ; on voit dans le milieu une princesse assise sur un trône, et à laquelle, une de .ses dames présente une coupe ; ce médaillon est entouré de six autres en forme, d écusson , et dans chacun desquels est assise une figure couronnée que le savant Bénédictin croit être la même Reine; nous pensons que ces figures représentent plutôt les' six princesses; qui ont assisté à son mariage ou à son couronnement. Ce bassin appartient aujourd'hui à M. Re- Voil , qui en possède un second sur lequel nous aurions bien désiré quelques détails que nous n avons pas eu assez de temps pour nous procurer (1). Nous nous bornerons donc à faire quelques recherches sur celui que nous, publions. >.",■. f
On pourroit faire remonter 1 origine des armoiries à des temps très-reculés , en y rangeant les images symboliques dont les anciens ornoient leurs enseignes militaires, et leurs armures ; mais, en se bornant à désigner par ce nom les marques héréditaires de la noblesse et des dignités , on en doit fixer l'usage au temps où les tournois furent établis, et où les Croisades commencèrent. On attribue l'invention des tournois à Geoflroi de PreuUli mort en xo66 , et il est certain qu'il fut l'auteur duréglement de cette espèce de combat, qui passa de la France en Allemagne et dans les autres Etats. La première Croisade fut publiée au concile de Cler-
(1) M. Reroil, l'an de no* peintres les plus distingués , habite en ce moment Aix en Prorence ; il rient d'exposer an salon de peinture un tableau char* mant, don te sujet est la convalescence de Barard à Brescia. Cet ouvrage fixe
et Charîcs-Quint lui atoil déjà assuré une place.
mont en 109S. M est probable que l'usage des armoiries commença dans les tournois , puisque le Père Ménestrier, dans son oirvrtlgfe ster l'origine des armoiries, rapporte an sceau attaché A un acte de l'air 1079, et sur lequel an voit Robert, Comte de Flandre, tenant son écu chargé d'un lion. Mais alors ces armoiries varioient selon la fantaisie des Seigneurs , et le privilège d'en avoir étoit restreint à ceux qui a voient paru dans les tournais; il est vraisemblable qu'elles ne devinrent fixes et héréditaires qu'à 1«4 poque des Croisades , ou elles servirent à distinguer) les barihîères des Chevaliers; d'ailleurs les enfaos de ceux «qui se distinguèrent dans ces pieuses expéditions durent conserver et transmettre àleurs descendant lecu de leurs pères, comme 4un monument de valeur ot de piété. On a évident ment tiré des Croisades les émaux ou couleurs du blason, azur, gueule, smople et sable , de même que ses principales pièces, telles que lés croix, les mexiettes, l'hermine et le vàir. • ■ •■. i .•: ... , -,
On a beaucoup discuté sur les premières armoiries de nos Rois } les unsônt prétendu que c etoieut trots crapauds , d'autres les ont composées de trois croissans , de couronnes, de fleurs de glaïeuls, d'abeilles, de fers de lances ou de piques, ot enfin de fleurs de lys. Quelques 'écrivains paraissent avoir concilié ces différentes opinions, en supposant que nos Rois ont adopté successivement oe$ divers Symboles , qu'ils dirersifioient à leur gré ou dans le commencement de chaque règne. On croit assez généralement que ce fut. Clovis qui , en fixant les armoî ries Royales, adopta les fleurs de lys ; on a pris pour cette, fleur les trèfles dori\ la couronne de quelques Impératrices du Bas-Empire, et ensuite celles de plusieurs Empereurs bu 'Rots étoient
ornées y on voit le fr^tfiimcUnskinain de l'Espérance personnifiée sur les médailles impériales Romaines depuis le temps dis Haut-Empire; le* trèfles dont nous parlons pour voient en être une imitation \ peut-être aussi dans le moyen âge les adopta-t-on d'après les fers de pîques ou de lançes, symbole de la force et de la puissance qui donnoient la couronne on qui en étoient le plus ferme appui. Des couronnes et des sceptres , cette figure passa dans Técu et dans le sceau de nos Rois. 11 est reconnu que ce fut sous Louis VI, dit jLe Gros, que ce changement eut lieu ; nonseulement il fit mettre des fleurs de lys dans son écu , dans son sceau et sur ses monnoyes, mais, par son ordonnance de Tan 1 179, relative au sacre de son fils , il voulut qu'elles fussent employées dans les ornemens Royaux destinés à cette cérémonie. Louis VII fut couronné du vivant de son père en lan 1 i3i , monta sur le trône en 1 %$>j , et mourut en 1 189. Philippe- Auguste conserva les fleurs de lys , et en sema son étendard. Louis VIII se conforma aux mêmes usages , et sous les règnes snivans , jusque sous Charles V , le nombre des lys fut illimité; mais comme il étoit subordonné au champ de l'écu ou du sceau, on trouve quelques monumens de ce genre avec trois fleurs de lys seulement , sous les règnes de Philippo-le-Bel , de Philippe de Valois et du roi Jean. Il paroît que ce fut sous Charles V que l'on commença déconsidérer , comme un acte de respectenvers la Sainte-Trinité , la réduction des fleurs de lys à trois. On les grava sur les vases sacrés et les reliquaires dont ce Prince fit présent aux églises , et sur sa vaisselle ; cependant on employa encore quelquefois les fleurs de lys sans nombre dans Fécu de France, sous le règne de Charles VI, qui mourut en i4*a.
Le bassin que nous publions est un monument de l'un des règnes qui se sont écoulés depuis celui de Louis-leliros jusqu'à celui de Charles VI. Nous avions d'abord pensé que 'les armoiries qui entourent Técu Royal, pou- Voient ét're»celfe« de* six Pairs Laïcs donton attribue l'établissement' à Robert , ;fils de Hugues Càpet; Louis VI , ajouta six Pairs ecclésiastiques aux six Pairs Laïcs, et fut le premier qui leur assigna des fonctions honorifiques dans les cérémonies du sacre :des Rois de France j ils assis* lerent j en cette qualité, en l'an i i3i, à celui du fils de ce Prince, qui régna ensuite sous le nom de Louis-le-Jeune. Ce fut à la même époque que l'église de Reims obtint le privilège de sacrer les Rois. Les six Pairs Laïcs étoient, dans *Ces premiers temps, les- Duos de Bourgogne ^ de Normandie, de Guienne, les Comtes de Flandre, de Toulouse et de Champagne. ; ■
Les armoiries gravées sur notre bassin sont celles du Comte de Dreux , échiqueté d'or et d'azur avec une bordure de gueule; du Comte de Clermont, deux Bards adossés et trèfles d'or en champ d'azur ; du Comte de Toulouse , parti au premier de France, parti au second d'Aragon ou de Castille ; de Dreux , avec un franc quartier au canton dextre du chef à trois tourteaux d'azur en chamj) d'argent ; nous n'avons pu découvrir à quelle famille ap|>arUent cette al.-' ' liance , c'est peut-être à celle des Courtènay ; du Comte de Vienne et d'Albbn , parti au premier étôilé d'or en champ de gueule, au second baudé d'or en champ d'azur j et enfin du Comte de Bourgogne, Lion et billëttes d'or en champ d'azur.
Les Duchés de Guienne et de Normandie furent confisqués en 120X sur Jean-sans-terre, Roi d'Angleterre, et réunis à la couronne; celui de Bourgogne, les Comtés de
Toulouse et de Champagne y furent également réunis sous le régne de Jean premier, en l'an 1 56 1. Ce fut donc après cette dislocation des Duchés et des Comtés-Pairies , que des Seigneurs du royaume furent nommés pour remplacer les Pairs Laïcs dans les cérémonies du sacre; les fleurs de lys sans nombre furent réduites à trois dans l'écu Royal , au plus tard sous Charles VI ; nous pensons donc que notre bassin est un monument du règne de Charles V , fils du roi Jean , et que les Seigneurs, dont les écussons y sont placés autour de celui de France, furent désignés pour remplir,, dans les cérémonies de son sacre , les fonctions attribuées depuis Louis VI aux Pairs Laïcs. Il ne seroit pas étonnant que le souvenir de cet événement eût été consacré par des monumens du genre de celui que nous publions , et qui présente, sous ce rapport, un intérêt historique dont nous abandonnons l'examen plus approfondi aux savans accoutumés à éclaircirles points douteux ou nouveaux , que notre histoire ancienne offre fréquemment à leur sagacité et à leurs recherches. ! ' - ' *
L'usage des sceaux remonte à une haute antiquité; les anciens y faisoient graver les images des dieux , des noms ou des figures symboliques et allégoriques de tous les genres. Lorsque les Francs se furent établis dans les Gaules, leurs chefs adoptèrent également une marque particulière pour sceller les actes de leur autorité. On a trouvé à Tournay , dans le tombeau de Childéric 1er , fils de Mérouée , qui fut découvert en i655 , la bague annt+lus sigillarius qui lui servoit de sceau. Dom Mabillon , dans sa Diplomatique , a rapporté ceux de presque tous les Rois de France , depnis Childéric dont nous venons de parler , jusqu'à Saint-Louis*. On y voit que ce fut Louis VII Tom. il. r 41
qui fit usage le (premier d'oïi owti^sceli but lequel il est représenté à cheval , et avec le titre de duc d'Aquitaine. Lorsque les armoiries furent devenues fixes et héréditaires, les tamillea nobles firent graver sur leurs sceaux celles qu^aVoient adoptées^ et jfr les appliquèrent à tous Jes écrits qui devaient conservée un caractère d,autbentictf|B publique et légale. Tous les titres émanés de la ^puissance souveraine étotent revêtus du .sceau royal; mais Je* feu*- ■ sairès : s étant presque toujours exercés à coutrcfiiipe ces «pièces , surtout lorsqu'elles a voient pour •€>)»jets)des grâces , des concessions , des échanges, des<6x>nationSy0n se décida & exiger "des parties kine copie dus lettres patentes qui -tettr étoient délivrées., faite par elles , et re\ ètue -de leurs -sceausç tçs «opies étoient déposées dans les archives de. la couronne, *fni »c furent établies avec.swin que sous le règne de W*i lippe- Auguste , après la perte qu'il Jit9 eu i io)4 , des titres « registresde la couronne ; ils fusent pillés 4»èsde Bettef oge-ea Blésoie, parKiccard I, roi d'Angleterre, qui surprit les François et s'empara de tous leurs bagage*.
H nous at este tuugrand isombre de sceaux du moyen âge , etilseroit à désirer que Ion a occupât de rassenihler eu «fa «eui recueil tous ceux qui sont «connus. Ces mosumeos «Ont dune grande importance pour l'histoire ; on y renouvelés blase** les plus anciens , et les titjies J^s.plus authentiques «t les plus incontestables de L'dlustsaxieti dus familles, ^bésén avons fait graver dans cette .planche six qui Sont 'inédits et tous variés pour le. style et Jes/eujets.
; Le<N:* II vepresonte Hugues , abbé de Saint- Jr\iew»e eu ■Saint-Père d' A uxurre-, dont les chanoines suivoien t. la rè^k? lie &rint^iigu5t«n : la légende de < ce ^ sceau est, J>.
a appartenu à Hugues de Bo^ngww^abbédkSwut^Pèiîe d'Auxerre, en i /;85 , qui résigna en i Si3 à Jouirent Petit* Fou. Son buste est au bas du seeau surmontant, Ldcii (de ses'armes à> trois créneaux et *mei ftoile eu chef; n; > 'ni?»
Le N * III porte, SigUlwà convcrtiû* fratrum predia* torum Nwernen ; sceau du couvent des Frère8«-P»éch«uw de Nevers. Ce monastère* tfut fondé pantin idê' noafijéia de la troisième race 7 comme* on le voit par' Pedu, 'royal à trois fleurs de lys , èt L'image dû &oigravée sut* o*> sceaub i v!3 m > on:voit sur oeluHcfi ^iqui apJiartenoitàiiWibrriT </i Raveiorij àb&esse de Notre-Dame de>Lisieûjpy In Vierge assise; au bas est le portrait de Tabbessb entre deûxnécus»sons chargés de «es aTff^oirie», -Ce' sceau est du 'i&j* sfëeie, ? i On^t suKlé W^Vj&gMèrh Ratfotphi Ciefiiêïtk Càrl ion y uutoulPd'ftne -fleur de lys sur Jes buanehqs htqutfle sont deux oiseaux. < ? . , . ■
Le château a trois tours i' gravé sut le ?L« VI i, apparr tient aux amies de Castille ; on y lit : Sigillum QracktàL pîsJe&ktêaî ce net» idoit appartenir^ «ne fenuille; Espagnole noWe.> •' - Hr» i •■ i '.>'.■■•' t
Enfin sur le N.° Vïl un mort dans, le cercueil , ayant lé visage couvert d'un suaire , est entouré de cette légende t Quisquis éxto cogita quod morferis ityï. Notts^croyon* ee cachet1 du treizième 'ou du quatorsième siècle ^ ainsi Vjuë les deux précédéns. 1 mu '*-i\t ; •» ■■• '< ^ "•
Le hasasrd aous fit dé«>uVrit1 i Paris ,< il y à environ dîx ans ,p4ush?nr»monumensmyt|îorogiqùes deMnde ^nt les