‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 196 sur 466 · La famUle · texte numérisé non relu

La famUle

Dans une famille tous ont en vue Tavantage de tous, parce que tous s'aiment et que tous ont part au bien commun. Il n'est pas un de ses membres qui n'y contribue d'une manière diverse selon sa force, son intelligence et ses aptitudes particulières; l'un fait ceci, l'autre cela; mais l'action de chacun profite à tous, et l'action de tous profite à chacun. Qu'on ait peu ou beaucoup, on partage en frères ; nulles distinctions autour du foyer domestique. On n'y voit point ici la faim, à côté l'abondance. La coupe que Dieu remplit de ses dons passe de main en main, et le vieillard et le petit enfant, celui qui ne peut plus ou ne peut pas encore supporter la fatigue, et celui qui revient des champs le front baigné de sueur, y trempent également leurs lèvres. Leurs joies, leurs souffrances sont communes. Si l'un est infirme, si l'un est malade, s'il devient avec l'âge incapable de travail, les autres le nour-

rissent et le soignent; de sorte qu'en aucun temps il n'est abandoiKié.

Père, mère, enfants, frères, «Burs, quoi^ plos saint, de frtna doux que ces noms I

M. — Le retoar do petit Savoyard *.

Avec leurs grands sommets, leurs glaces étemelles, Par un soleil d'été, que les Alpes sont belles I Tout dans leurs frais vallons sert à nous enclianter, La verdure, les eaux, les bois, les fleurs nouvelles. Heureux qui sur ces bords peut longtemps s'arrêter 1 fleureux qui les revoit, s'il a pu les quitter 1

Quel est ce voyageur que l'été ' leur renvoie? Seul, loin dans la vallée, un bâton à la main. C'est un enfant; il marche, il suit le long chemin

Qui va de France à la Savoie.

Bientôt de la colline il prend l'étroit sentier: Il a mis, ce matin, la bure ' du dimanche,

Et dans son sac de toile blanche Est un pain de froment qu'il garde tout entier. Pourquoi tant se hâter à sa course dernière ? C'est que le pauvre enfant veut gravir le coteau, Et ne point s'arrêter qu'il n'ait vu son hameau ,

Et n'ait reconnu sa chaumière.

Les voilà 1... tels encor qu'il les a vus toujours, Ces grands bois, ce ruisseau qui fuit sous le feuillage. Il ne se souvient plus qu'il a marché dix jours :

Il est si près de son village !

Tout joyeux, il arrive et regarde... Mais quoi ! Personne ne l'attend ! sa chaumière est fermée ! Pourtant du toit aigu sort un peu de fumée. Et l'enfant plein de trouble : a Ouvrez, dit-il, c'est moi. « La porte cède ; il entre : et sa mère attendrie,

4. Voir Ht. I, n* 19, Le Départ du petit Savoyard, et \\y. II, n» 30, Le petit Sa90ffard à Paris.

s. LUi leur renvoie. Les petits Savoyards qal ▼ienaent gagner leur rie en France quittent leur pays pendant l'hiver, et y rerienneot Vété pour aider leor ûunille dans les travaux des champs.

8. La bure du dimanche. Pour ** les vêtements de bure réserves pour le dimanche.» Le Hre est une étoffe grossière dont s'habillent les gens de la campagne.

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Sa mère, qu'un long mal près du foyer retient, Se relève à moitié^ tend les bras et s'écrie :

« N'est-ce pas mon fils qui revient? » Son fils est dans ses bras, qui pleure et qui rappelle : « Je suis infirme, bêlas 1 Dieu m'afflige, dit-elle ; Et depuis quelques jours je te Tai feit savoir, Car je ne voulais pas mourir sans te revoir. » — Mais lut : a De votre enfant vous étiez éloignée. Le voilà qui revient; ayez des jours contents; Vivez; je suis grandi, vous serez bien soignée;

Nous sommes riches pour longtemps. »

Et les mains de Tenfant, des siennes détachées, Jetaient sur ses genoux tout ce qu'il possédait : Les trois pièces d'argent dans sa veste cacliées. Et le pain de froment que pour elle il gacdiiit. Sa mère l'embrassait et respirait à peine ; Et son œil se fixait, de larmes obscurci,

Sur un grand et ucifix de cbène, Suspendu devant elle et par le temps noinci. « C'est lui, je le savais, le Dieu des pauvres mères Et des petits enfants, qui du mien a pria soin ; Lui, qui me consolait quand mes plaintes amàres

Appelaient mon fils de si loin.

Cestle Christ du £oyec' que les mères implorent, Qui sauve nos ealants du> froid et de la feim : Nous gardons nos agneaux et les- loups les dévorent; Nos fils s'en vont Hmt seuls»., et reviennent enfin. Toi, mon fila^ maintenant me seras-tu fidèle t Ta pauvre mère infirme « besoin de seeours; Elle mourrait sans toL » -^ L'enlaiit, à ce Âeecrarej Grave et joignant sas mains, toiràe à- genoux poès ë^elFe, Dbant : « Que le bon Dieu vous fasse de longs jours ! *

GUISAUD.

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