‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 215 sur 466 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ii^ JACQUES. Monsieur Tin tendant fait bien le nécessaire!

HARPAGON. Paixl

»• JACQUES. Monsieur, je ne saurais souffrir les flatteurs; et je vois que ce qu'il en fait, que ses contrôles perpétuels sur le pain et le vin, le bois, le sel et la chandelle, ne sont rien que pour vous gratter* et vous faire sa cour. J'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours d'entendre ce qu'on dit de vous; car enfin je me sens pour vous de la tendresse, en dépit que j'en aie * ; et, après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.

HARPAGON. Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques , ce que Ton dit de moi ?

H* JACQUES. Oui, monsieur, si j'étais assuré que cela ne vous fâchât point.

HARPAGON. Non, OU aucuno façon,

M« JACQUES. Pardonnez-moi ; je sais fort bien que je vous mettrais en colère.

HARPAGON. Point du tout. Au contraire, c'est me faire plaisir, et je suis bien aise d'apprendre comme on parle de moi.

M« JACQUES. Monsieur, puisque vous le voulez , je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards * à votre sujet, et que l'on n'est point plus ravi que de faire sans cesse des contes de votre lésine \ L'un dit que vous faites imprimer des almanachs particuliers, où vous faites doubler les quatre-lemps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes où vous obligez votre monde; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des étrennes, ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien ; celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins pour vous avoir raangé un reste d'un gigot de mouton; celui-ci, que l'on vous surprit, une nuit, en venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux ; et que votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna dans l'obscurité je ne sais combien de coups [de bâton dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise? on ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder * de toutes pièces : vous êtes la fable et la risée do tout

i. Vous gratter. Expression métaphorique, « TOtui flatter, tous faire plaisir, n

2. Eu dépit que j'en aie. Tour énergique qui a un peu vieiUi, ■ malgré moi, quoique J'aie des motifs qui m*en détournent. ■

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