Milanais. La Lombardie aetneUe
S. Madame. On nommait ainsi la mère da TOl;o*tftait LooiM de Savoie.
sa mère» méritait-il que j'eusse de si grands égards pour lui?
Bayard. — Si le roi ne le méritait pas, la France entière le méritait. La dignité même de la couronne, dont vous êtes un des héritiers, le méritait. Vous vous deviez à vous-même d'épargner la France, dont vous pouvez être un jour roi.
Bourbon. — Eh bien I j*ai tort, je Tavoue; mais ne sais-tu pas combien les meilleurs cœurs ont de peine à résister à leur ressentiment î
Bâtard. — Je le sais bien ; mais le vrai courage consiste à y résister. Si vous connaissez votre faute, hâtez-vous de la réparer. Pour moi, je meurs ; et je vous trouve plus à plaindre dans vos prospérités, que moi dans mes souffrances. Quand Tempereur ne vous tromperait pas \ quand même il vous donnerait sa sœur en mariage, et qu'il partagerait la France avec vous, il n'effacerait point la tacld qui déshonore votre vie. Le connétable de Bourbon rebelle 1 ah ! quelle honte I Écoutez Bayard inourant comme il a vécu, et ne cessant de dire la vérité.
Fbneloh.
M. — Naissance et première édoeallon d'Henri l¥.
Sitôt que Tenfant fut né, son grand-père, Henri d'Albret, roi de Navarre^, Tenveloppa dans le pan de sa robe pçur le porter dans sa chambre, et donna son testament, qui était dans une boite d'or, à sa ûlle, en lui disant : « Ma fille, voilà qui est à vous, et ceci est à moi. » Quand il tint Tenfant^ il frotta ses petites lèvres d'une gousse d'ail , et lui fit sucer une goutte de vin dans sa coupe d'or, afin de lui rendre le tempérament plus mÀle et plus vigoureux.
Il fut d'abord très-difficile à élever, ayant eu sept ou huit nour^ rices, Tune après l'autre. Au sortir de la mamelle, Henri d'Al* bret lui donna pour gouvernante Suzanne de Bourbon, laquelle réleva dans le chÀteau de Coarasse en Béarn, situé dans les montagnes.
Le grand-père ne voulut pas qu'on le nourrit avec la délicatesse qu'on a d'ordinaire pour les enfants de cette qualité, sachant bien que dans un corps mou et tendre, il ne loge ordinairement qu'une âme molle et faible. Il défendit aussi qu'on l'habillât richement, ni quon lui donnât des babioles; qu'on le flattât et
i. Le connétable de Bourbon, fut en effet, trompé par Charles-Quint qui ne loi donna pcti sa sœnr en mariage.
3. La Navarre n'était pas encore réunie k U Franco. Ce fat Henri lY qui, ea arrivant au trône, opéra cette réunion (1689).
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qu'on le traitât de prince , parce que toutes ces choses ne font que donner de la vanité, en élevant le cœur des enfants plutôt dans l'orgueil que dans les sentiments de la générosité. Mais il ordonna qu'on l'habillât dt qu'on le nourrit comme les autres en* fantft du pays \ et même qu'on Faccoutumât à courir et à grimper sur le.'^ rochers , attendu que par ce moyen on l'habituait à la fatigue, et que, pour ainsi dire, on donnait une trempe à ce jeune corps pour le rendre plus dur et plus robuste : ce qui sans doute était nécessaire à un prince qui aurait à souffrir beaucoup pour reconquérir son état.
Pûéscou
s. - Rfortd'OenrtlV.
Le lendemain du sacre de la reine *, le roi sortit du Louvre sur les quatre heures du soir, pour aller à l'Arsenal visiter Sully *, qui était indisposé, et pour voir en passant les apprêts qui se faisaient sur le pont Notre-Dame et à rHôtel-de-VUle pour la réception de la reine.. Il était au fond de son carrosse, ayant le duc d'Épernon à son côté ; le duc de Montbazon, le maréchal de Lavardin, Boquelaure, La Force, Mirabeau, et Liaocourt, premier écuyer, étaient au-devant et aux portières. Son carrosse, entrant de la rue Saint-Honoré dans celle de la Ferrounerie, trouva à la droite une charrette chargée de vin, et à la gauche une autre chargée de foin, lesquelles faisant «(nbarras, il fut contraint de s'arrêter : car la rue 'est fort étroite, à cause des boutiques qui sont bâties contre la muraille du cimetière des Saints- Innocents ^ Le roi Henri II avait autrefois ordonné qu*elles fussent abattues pour rendre le passage plus libre, mais cela ne s'était point exécuté. Les valets de pied ayant passé sous les charniers des Sainls-Innocents •, pour éviter l'embarras, et n'y ayant personne^ autour du carrosse, le scélérat, qui depuis longtemps suivait opiniâtrement le roi pour faire son coup, remarqua le côté où il était, se coula entre les boutiques et le carrosse, et
1. On le nourrissait de pain bis, de bœnf; de fromage et d'ail, et louyent on le disait marclier nn-pleda et no-tête.