La régeoea d'Anne d'Antrlche, mère do Louis XIV
LIVRB III. 823
commencé par un si heureux présage. L'armée commença Faction de grâces; toute la France suivit; on y élevait jusqu'au ciel le coup d'essai du duc d'Eughien : c*en serait assez pour illustrer une autre vie que la sienne ; mais pour lui c'est le premier pas de sa course.
Bossusi 67. — Conquête de ta Frencbe-Gomté par Loiilt XIV.
On était plongé dans les divertissements à Saint-Germain , lorsqu'au cœur de Thiver, au mois de janvier 4668, on fut étonné de voir des troupes marcher de tous côtés, aller et revenir sur les chemins do la Champagne, dans les Trols-Evéchés * : des trains d'artillerie, des chariots de munitions s'arrêtaient, sous divers prétextes, dans la route qui mène de Champagne en Bourgogne. Cette partie de la France était remplie de mouvements dont on ignorait la cause. Les étrangers par intérêt, et les courtisans par curiosité, s'épuisaient en conjectures: l'Allemagne était alarmée; l'objet de ces préparatifs et de ces marches irréguiières était inconnu à tout le monde. Le secret dans les conspirations n'a jamais été mieux gardé qu'il le fut dans cette entreprise de Louis XIV. Enfin le 2 février, il part de Saint-Germain avec le jeune duc d'Snghien, fils du grand Condé , et quelques courtisans : les autres officiers étaient au rendez-vous des troupes. Il va à cheval à grande journée et arrive à Dijon ; vingt mille hommes, assemblés de vingt routes différentes, se trouvent le même jour en Franche-Comté, à quelques lieues de Besançon, et le grand Condé paraît à leur tête.
Des intrigues eurent part à celte entreprise imprévue : le prince de Condé était jaloux de la gloire de Turenne, et Louvois* de sa faveur auprès du roi ; Con^dé était jaloux en héros, et Louvois en ministre. Le prince, gouverneur de la Bourgogne, qui touche à la Franche-Comté, avait formé le dessein de s'en rendre maître en hiver, en moins de temps que Turenne n'en avait mis Vêlé précédent à conquérir la Flandre française*. Il communiqua d'abord son projet à Louvois, qui l'embrassa avidement pour éloigner et rendre inutile Turenne, et pour servir en même temps Bon maître.
1* Mets, Tonl et Verdun qnl appartenaient K la France depuis 1559; le reste de ^ proTince de Lorraine no loi revint qa'aa xviiio siècle, on 1766.
S. Lonvols, ministre de la c^erre, qni a prépare les grands succès militaires da Louis XIV.
8. Turenne avait conquis la Flandre française en six semaines ; la oonqnfite de la Franche-Ccmtd ne demanda que quinze jours.
Cette province, assez pauvre alors en argent, mais très-fertile, bien peuplée, étendue en long de quarante lieues et large de vingt, avait le nom de Franche^ et l'était en effet. Les rois d'Espagne en étaient plutôt les protecteurs que les maîtres. Le peuple jouissait de grands privilèges, toujours respectés par la cour de Madrid, qui ménageait une province jalouse de ses droits et voisine de la France. Enfin la Franche-Comté était heureuse, mais pauvre : et puisqu'elle était une espèce de république, il y avait des factions. Quoi qu'en dise Pélisson^ on ne se borna pas à employer la force.
On gagna d'abord quelques citoyens par des présents et des espérances. On acheta peu cher quelques magistrats, quelques officiers; et à la fin même, le gouverneur général devint si traitable, qu'il accepta publiquement après la guerre une grosse pension et le grade de lieutenant général en France. Les intrigues secrètes, à peine commencées, furent soutenues par vingt mille hommes. Besançon, la capitale de la province, est investie par le prince de Condé; Luxembourg court à Salins; le lendemain, Besançon et Salins se rendirent. Le roi arrivait à Dijon. Louvois, qui avait volé sur la fron^ûère pour diriger toutes ces marches, vient lui apprendre que ces deux villes sont assiégées et prises. Le roi courut aussitôt se montrer à la fortune qui faisait tout pour lui.
Il alla assiéger Dôle en personne. Cette place était réputée forte; elle avait pour commandant le comte de Montrevel, homme d'un grand courage, fidèle par grandeur d'âme aux Espagnols qu'il haïssait. Il n'avait pour garnison que auatre cents soldats et les citoyens, et il osa se défendre. La tranchée ne fut point poussée dans les formes. A peine Teut-on ouverte, qu'une foule de jeunes volontaires, qui suivaient le roi, courut attaquer la contrescarpe ', et s'y logea. Le prince de Condé, à qui l'âge et Texpérience avaient donné un courage tranquille, les fît soutenir à propos, et partagea leur péril pour les en tirer. Le prince était partout avec son fils, et venait ensuite rendre compte de tout au roi, comme un officier qui aurait eu sa fortune à faire. Le roi, dans son quartier, montrait plutôt ia dignité d'un monarque dans sa cour, qu'une ardeur impétueuse qui n'était pas nécessaire. Tout le cérémonial de Saint- Germain était observé. Il avait son petit coucher', ses grandes,
1. PAlseon, écrlTain du temps, It qnl Ton doit rhlstolre d*an6 partie du r^gne de Loois XTV.