Mort de Tarennc
C'est à vous ' que je m'adresse, mon cher comte, pour vous écrire une des plus fâcheuses pertes qui pût arriver en France : c'est la mort de M. de Turenne, dont je suis assurée que vous serez aussi touché et aussi désolé que nous le sommes ici. Cette nouvelle arriva lundi à Versailles : le roi en a été afQigé, comme on doit l'être du plus grand capitaine et du plus honnête homme du monde ; toute la cour fut en larmes, et M. de Condom * pensa s'évanouir. On était près d'aller se divertir à Fontainebleau, tout a été rompu ; jamais un homme n'a été regretté si sincèrement : tout ce quartier où il a logé % et tout Paris, et tout le peuple, était dans le trouble et dans l'émotion; chacun parlait et s'attroupait pour regretter ce héros. Je vous envoie une très-bonne relation de ce qu'il a fait quelques jours avant sa mort. C'est après trois mois d'une conduite toute miraculeuse, et que les gens du métier ne se lassent peint d'admirer, qu'arrive le dernier jour de sa gloire et de sa vie.
Il monta à cheval le samedi à deux heures, après avoir mangé;
admettait "k Int faire leur cour, jusqu'à ce qu'il se retirât pour se coucher; et par petit eùuehert le temps qui s'écoulait depuis que le rri avait donne le lK>nsoir ïuaqn'à ce qu'il se mit an lit.
1. Droit attaché h certaines charges on accordé à certaines personnes d'entrer dans la chambre du roi 2t des heures ob les autres courtisans n'entr%icnt pas^ Le droit aux petites entrée» était le priyilége de la plus grande faveur.
2. Turenne fut tué le 37 Juillet 1675, pr^ (le Saltshach, village du grand-dnchd de Bade.
Z. Hme de Sévlgné écrit à H. de Qrignsn, son génère.