‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 249 sur 466 · L'hôtel de Turenne était sitaë rue Salnt-Lonis an Marais · texte numérisé non relu

L'hôtel de Turenne était sitaë rue Salnt-Lonis an Marais

226 RECUEIL DE MOaCEAUX CHOISIS.

et comme il avait bien des gens avec lui, il les laissa tous à trente pas de la hauteur où il voulait aller, et dit au petit d'Elbeuf : « Mon neveu demeurez là^ vous ne faites que tourner autour de moi, vous me feriez reconnaître. » M. d*Hamilton, qui se trouva près de l'endroit où il allait, lui dit : « Monsieur, venez par ici, on tire du côté où vous allez. » — « Monsieur, lui dit-il, vous ave? raison, je ne veux point du tout être tué aujourd'hui, cela sera le mieux du monde. » Il eut à peine tournéson cheval qu'il aperçut Saint-Hilaire le chapeau à la roain, qui lui dit : « Monsieur, je^ tez les yeux sur cette batterie que je viens de faire placer là. » M. de Turenne revint, et dans l'instant , sans être arrêté, il eut le bras et le corps fracassés du môme coup qui emporta le bras et la main qui tenait le chapeau de Saint-Hilaire. Ce gentilhomme, qui le regardait toujours, ne le voit point tomber ; le cheval l'emporta où il avait laissé le petit d'Elbeuf; il n était point encore tombé, mais il était penché le nez sur l'arçon. Dans ce moment, le cheval s'arrête; le héros tombe entre les bras de ses gens; il ouvre deux fois deux grands yeux et la bouche, et demeure tranquille pour jamais. Songez qu'il était mort, et qu'il avait uoe partie du cœur emportéa. On crie, on pleure; M. d'Hamilton fait cesser ce bruit et êter le petit d'Elbeuf, qui s'était jeté sur le corps, ne voulait pas le quitter et se pâmait de crier. On couvre le corps d'un manteau, on le porte dans une haie ; on le garde à petit bruit; un carrosse vient, on l'emporte dans sa tente : ce fut là où ' M. de Lorges, M. de Hoye, et beaucoup d'autres, pensèrent mourir de douleur; mais il fallut se faire violence, et songer aux grandes affaires qu'on avait sur les bras. On lui a fait un service militaire dans le camp où les larmes et les cris faisaient le véritable deuil : tous les officiers avaient pourtant des écharpes de crêpe; tous les tambours en étaient couverts; ils ne battaient qu'un coup ; les piques traînantes et les mousquets renversés ; mais ces cris de toute une armée ne se peuvent pas représenter sans que l'on en soit ému. Ses deux neveux étaient à cette pompe dans l'état que vous pouvez penser. M. de Roye, tout blessé, s'y fît poner, car cettp messe ne fut dite* que quand ils eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauvre chevalier' était bien abiroé de douleur. Quand ce corps a quitté son armée, c'a été encore une autre désolation; et partout où il a passé on n'entendait que des clameurs. Mais à Langres, ils se sont surpassés; ils allèrent au<

1. H faudrait a^Joard'lnii • ce fut ft ipo; » co ddtalt do te langna n*tftalt pai encore fixé, 3. lue ctaevaUor de Origium, frbre da comte de Grlffnan.

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devant de lui en habits dé deuîl, au nombre de plus de deux cents, suivis du peuple; tout le clerçé en cérémonie ; il y eut un service solennel dans la ville, et en un moment ils se cotisèrent tous pour cette dépense, qui monta à cinq mille francs, parce qu'ils reconduisirent le corps jusqu'à la première ville et voulurent défrayer tout le train. Que dites-vous de ces marques naturelles d'une affection fondée sur un mérite extraordinaire? Il arrive à Saint-Denis ce soir ou demain ; tous ses gens l'aïlaient reprendre à deux lieues d'ici ; il sera dans une chapelle en dépôt, on lui fera un service à Saint-Denis, en attendant celui de Notre- Dame, qui sera solennel *.

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