‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 287 sur 466 · La renaltOD · texte numérisé non relu

La renaltOD

Le jour baisse; les pins, qu'un vent tiède balance, Du couchant sur nos fronts versent les reflets d'or; Le vallon se recueille * et le champ fait silence : Dans le pré cependant les faneurs sont encor.

Les laboureurs lassés, remontant à la ferme, Ramènent les grands bœufs au pesant attirail; Chacun songe au repos, chacun rentre et s'enfermo : Les foneurs dans le pré sont encore au travail.

Les voyez-vous là-bas, au bord de la rivière, Marcher à pas égaux, d'un rhythme cadencé? Ils mettent à profit ce reste de lumière Pour finir le travail dès l'aube commencé.

Sous le soleil de feu, sans trêve ni relâche,

Ils ont coupé les foins au village attendus ;

Ils ne partiront pas sans achever leur tâche,

Ils veulent qu'à la nuit tous leurs prés soient tondus \

De la rapide faux l'éclair par instants brille : A travers la distance il éblouit nos yeux ; Par instants, une voix d'homme ou de jeune fille Arrive à notre oreille en sons clairs et joyeux.

Dans le calme du soir, il fait bon de l'entendre; 11 fait bon d'aspirer, dans un air frais et doux, Ces odeurs de gazon, ces parfums d'herbe tendre Qui du talus des prés s'élèvent jusqu'à nous.

1. Bemarqner combien la rëpëtition du mot seul donne an monyement heureux 2i cette longue phrase dont elle forme en qnelqne sorte le lien.

2. Se recueille. Le soir, le brait et le monToment cessent dans le TaUon, qnl parait ressembler alors à Thomme qui rentre en loi-même (se recueUle) pour méditer, et reste immobile et silencieux.

8. Tondus* Métaphore risquée. Far suite de la liaison d'idées qae Tusagc atta. che )i cette expression, appliquée d'ordinaire aux animaux et aux hommes, son emploi éreillerait ici une image peu gracieuse, si la circonstance oU eUe est employée n'en expliquait la fiuaodliarité dans la bouche des fanears.

tlVBB I. 29

Le jour 8*efface au loin, ses lueurs étouffées Meurent sur les hauteurs, s'éteignent sur les eaux> Et chaque vent qui passe apporte par bouffées L'enivrante senteur des herbes en monceaux.

Autbah 21. — La veikkiiite.

Hier * on cueillait à l'arbre une dernière pêche ; Et ce matin voici, dans l'aube épaisse et fraîche, L'automne qui blanchit sur les coteaux voisins. Un fin givre a ridé la pourpre des raisins. Là-bas, voyez-vous poindre, au bas de la montée, Les ceps aux feuilles d'or dans la brume argentée? L'horizon s'éclaircit en de vagues rougeurs, Et le soleil levant conduit les venHangeurs. Avec des cris joyeux ils entrent dans la vigne; Chacun, dans le sillon que le maître désigne, Serpe en main, sous le cep a posé son panier. Honte à qui reste en route et finit le dernier I Les rires, les clameurs stimulent sa paresse. Aussi, comme chacun dans sa gaité se presse l Presque au milieu du champ, déjà brille là-bas Plus d'un rouge corset entre les échalas. Voici qu'un lièvre part : on a vu ses oreilles. La grive au cri perçant fuit et rase le» treilles. Malgré les rires fous, les chants à pleine voix, Tout panier s'est déjà vidé plus d'une fois, Et bien des chars ployant sous F heureuse vendange. Escortés des enfants, sont partis pour la grange. Au pas lent des taureaux les voilà revenus. Rapportant tout l'essaim des marmots aux pieds nus. On descend, et la troupe à grand bruit s'éparpille, Va des chars aux paniers, revient, saute et grappille ^, Près des ceps oubliés se livre des combats* Qu'il est doux de les voir, si vifs dans leurs ébats, Préludant par des pleurs à de folles risées. Tout empourprés du jus des grappes écrasées! Fêtez les raisins mûrs 1 venez de toutes parts. Enfants! sur les tonneaux qui sonnent dans les chars

1. u Hier» est ici d'une lenle syllabe, par licence poétique.

3. Grappiller. O'est passer dans une yigne pour recueillir les grappes qui ont Sehuppé aux vendangears. Les grappilleurs suiyent la yendange comme les glaneurs la knoisson.

30 BBGUBIL DB ItORCKAUX CHOISIS.

Grimpez, 6 blonde fourmiliôre ^ !

C'est voire fête à tous, quand on cueille ce fruit ; C'est le jour du fou rire, et des chants et du bruit;

Venez ceints de pampre et de lierre.

Dansez, garçons joufflus, une grappe à la main, A la cave, au pressoir ne manquez pas demain ;

Suivez la vendange à la trace.

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