Le eotn da fea
Sais-je seul? je me plais encore au coin du feu : De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ; J'agace * mes tisons : mon adroit arti6ce Reconstruit de mon feu )% savant édifice; J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant Je corrige le feu trop rapide ou trop lent. Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles, Passent, en pétillant, des milliers d'étincelles; J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons. Que m'importe du Nord les fougueux tourbillons? La neige, les frimas , qu'un froid piquant resserre, En vain sifflent dans Tair, en vain battent la terre : Quel plaisir, entouré d'un double paravent, D'écouter la tempête et d'insulter au vent* ! Qu'il est doux, à l'abri du toit qui me protège, De voir à gros flocons s'amonceler la neige I Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas : L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pa3.
Mon cœur devient-il triste et ma tète pesante i Eh bien! pour ranimer ma gaîté languissante, La fève de Moka ', la feuille de Canton, Vont verser leur nectar dans l'émail du Japon. Dans l'airain échaufie déjà l'onde frissonne; Bientôt le thé doré jaunit l'eau qui bouillonne, Ou des grains du Levant ^ je goûte le parfum. Point d'ennuyeux causeur, de témoin importun : Lui seul de ma maison exacte sentinelle, Mon chien, ami constant et compagnon fidèle. Prend, à mes pieds, sa part de la douce chaleur.
Et toi, charme divin de l'esprit et du cœur,
1. J'agace. Métaphore pleine de rérité et de grâce, et qui exprime d*ane miknière charmante Teap^ce de aentiment qui folt manier et remanier lea tisoni comme on agace nn chien en le caressant.
3. Remarquer, dans ce beau vers, le sens détourné du verbe insulter au vetU. Expression qni rend d'une manière heureuse le sentiment de celui qui , parfaitement garanti du vent, se moque de ses sifBements, et les entend sans les redouter. Voir sur le verbe inmlterla, note page 22.
3. Le meilleur café se recueille aux environs de Hoka en Arabie ; le thé noni Tient de Canton en Chine, et la porcelaine la plus recherchée, du Japon.
4. Cette seconde métonymie pour désigner le café, déjii appelé fève de mokOp ii*eft pas d'un bon effet.
»• PARXn. *
88 afiCUEIL DB KOHe&AUX CHOISIS.
Imagination 1 de tes douces chimères Fais passer devant moi les figures légères : A tes songes brillants que j'aime à me livrer 1 Dans ce brasier ardent qui va le dévorer, Par toi ce chêne en feu nourrit ma rêverie : Quelles mains l'ont planté? quel sol fut sa pairie? Sur les monts escarpés bravait-il l'aquilon? Bordait^il le ruisseau? parait-il le vallon? Peut-être il embellit la colline que j'aime; Peut-être sous son ombre ai-je rêvé moi-même... Tout à coup je l'anime : à son front verdoyant Je rends de ses rameaux le panache ondoyant, Ses guirlandes de fleurs, ses touffes de feuillage, Bt les doux entretiens que voila son ombrage.
DsLiu.t.
S9. — La ctiate tfe elièiié.
Le voilà donc déraciné Ce chêne au front immense, au tronc vaste et robuste, Ce chêne dont le temps, à détruire obstiné.
Respectait la vieillesse auguste !
Le sol a gémi sous son poids :
Il a de sa ruine étonné les campagnes; Et le bruit de sa chute, en traversant les bois,
 frappé l'écho des montagnes.
Dans ses rameaux l'aigle arrêté N'asseoira plus son nid sur sa cime hautaine ; De loin, au voyageur, le vieux pâtre attristé
Ne montrera plus le grand chêne.
Souvent de sa fraîche épaisseur Il couvrit le troupeau rassemblé sous ses ombres ; Souvent il protégea la halte du chasseur,
Abrité par ses rameaux sombres.
Majestueux sur le vallon , I! déployait au loin son opulent ombrage; Des autans, de la foudre et du noir aquilon, . Trois cents ans il brava l'outrage
La cognée eût craint de toucher A ses pompeux rameaux, à ses fortes racines;