‹ Recueil de morceaux choisis de prose et de vers, avec des notes pour l'intelligence du texte et l'étude de la langueChapitre 333 sur 466 · La Jastlce et la ebarlté · texte numérisé non relu

La Jastlce et la ebarlté

Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'autruî* nous fît : voilà la justice.

Faire pour autrui, en toute rencontre,. ce que nous voudrions qu'il fît pour nous : voilà la charité.

Un homme vivait de son labeur, lui, sa femme et ses petits enfants; et comme il avait une bonne santé, des bras robustes, et qu'il trouvait aisément à s'employer, il pouvait sans trop de peine pourvoir à sa subsistance et à celle des siens.

Mais il arriva qu'une grande gène étant survenue dans le pays, le travail y fut moios demandé, parce qu'il n'offrait plus de bénéGces à ceux qui le payaient ; et en même temps le prix des choses nécessaires à la vie augmenta.

L'homme de labeur et sa famille commencèrent donc à souffrir beaucoup. Après avoir bientôt épuisé ses modiques épargnes^ il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles d'abord, puis quelques-uns même de ses vêtements ; et quand il se fut ainsi dépouillé, il demeura privé de toutes ressources, face à face avec la faim. Et la faim n'était pas entrée seule en son logis : la maladie y était aussi entrée avec elle.

Or, cet homme avait deux voisins : l'un plus riche, l'autre moins.

Il s'en alla trouver le premier, et lui dit : « Nous manquons de tout, moi, ma femme et mes enfants; ayez pitié de nous. »

Le riche lui répondit : a Que puis-je à cela? Quand vous avez travaillé pour moi, vous ai-je retenu votre salaire, ou en ai-je différé le paiement ? Jamais je ne fis aucun tort ni à vous ni à nul autre; mes mains sont pures de toute iniquité. Votre misère m'afflige ; mais chacun doit songer à soi dans ces temps {sauvais : qui sait combien ils dureront ? »

1. Cette fable ne s'applique pas seolement aux rois, mais k tons les hommes. Combien n'y en a*t<tt pas qui font pwrade de rertos politiques, qnl s*ooenp«iit avec passion des afllatres pabUqnes, dn progrès des sciencea, etc., et qoi négligent dans rintérienr de leur famille et dans leurs relaUona domestiques les deroirs quotidiens da la justice et de la charité? Commençons par bien remplir ehacnn les oblii^ations et les deroirs rigoureux de notre condition, stant de nous Urrer aux goûts et aux illusions d*un esprit inquiet, et souvent orgv^lenx.

a. La grammaire , qui prétend qn'aufnu ne s*empiloie paa eomme ai^elt M trouTo en déûm* dana oette phrase ansalclal^ q«a eoMiae.

MTAB I. 74

Le pauvre père se tut, et, le cœur plein d'angoisee^, Il s'en retournait lentement chez lui, lorsqu'il rencontra Tautre voisin | moins riche. I

Celui-ci, le voyant pensif et triste, lui dit : « Qu'avet-vous? i

Il y a des soucis sur votre front et des larmes dans vos yeux. • i

Et le père, d'une voix altérée, lui exposa son infortune.

Quand il eut achevé : a Pourquoi, lui dit l'autre, vous désoler de la sorte? Ne sommes^nous pas frères? Et comment pourrais-je délaisser mon frère en sa détresse? Venez, et nous partagerons ce que je tiens de la bonté de Dieu. »

La famille qui souffrait fut ainsi soulagée Jusqa'i ce qu'elle pftt elle-même pourvoir à ses besoins.

Plusieurs années se passèrent, après lesquelles les deux riches comparurent devant le juge souverain des actions humaines.

Et le juge dit au premier : a Mon œil t'a suivi sur la terre : lu t'es abstenu de nuire à autrui, de violer son droit ; tu as accompli rigoureusement la loi stricte de la justice, mais, en l'accofflplissant, tu n'as vécu que pour toi; ton âme sèche et dure n'a point compris la loi de l'amour. Et, maintenant, dans ce monde nouveau, où tu entres pauvre et nu, il te sera fait comme tu as fait aux autres. Tu as réservé pour toi seul les biens qui t'avaient été départis ; tu n'en as rien donné à tes frères ; il ne te sera rien donné non plus. Tu n'as songé qu'à toi, tu n'as aimé que toi ; va, et vis de toi-même. »

Et, se tournant vers le second, le juge lui dit : c Parce que tti n'as point été seulement juste, et que la charité pénétra ton cœur; parce que ta main s'ouvrit pour répandre sur tes frères moins heureux les biens dont tu étais dépositaire, et qu'elle essuya les larmes de ceux qui pleuraient, de plus grands biens te seront donnés. Va, et reçois la récompense de celui qui a pleinement accompli le devoir, la loi de justice et la loi d'amour*.

LAicsiivAn.

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