LIVRE II
DES CONSTRUCTIONS ANORMALES OU DES FIGUAÊkS DE CONSTRUCTION.
La syntaxe établit les lois relatives à Taccord des mots entre eux, à leur place dans la phrase, ou à leur construction. Nous ne nous proposons pas de revenir ici sur les règles de la syntaxe, mais seulement de faire remarquer dans quelles circonstances elles peuvent être légitimement enfreintes , sur quoi ces infractions sont fondées et quels noms particuliers elles prennent.
Ainsi que nous avons réduit à deux principales toutes les figures de mots , nous réduirons à cinq les figures de construction, c'est-à-dire les diverses formes d'infraction que l'usagé permet d'introduire dans l'application des règles relatives à la construction des mots. Ces figures sont V ellipse, le pléonasme, la répétition, la syllepse, ïinversion.
V ellipse consiste dans la suppression d'un ou de plusieurs mots réclamés par la construction régulière de la phrase, mais dont le retranchement ne nuit point à la clarté, et souvent la sert en donnant au mouvement de la pensée plus de rapidité et de précision.
L'ellipse est très-fréquente dans notre langue et y donne lieu à une foule d'idiotismes ou de gallicismes, dont les formes variées et les allures dégagées lui impriment ce caractère de netteté et de hardiesse qui brille dans nos meilleurs écrivains, et spécialement dans La Fontaine et Corneille, dans Bossuet et M'"'' de Sévigné.
L'ellipse, pour être admise, ne doit donc pas nuire à la clarté de la pensée ni donner à la phrase une forme qui heurte trop l'usage.
C'est ce qui fait le mérite des ellipses suivantes, empruntées aux morceaux qui précèdent ou qui suivent :
L'enfant frappe des mains; les petits d*a^c<nirh' Et de s*élaucer vers leur mbre...
La natnre poar Ini fit tout et pour moi rien...
En ce lien point d'auberge.
FL.OKIAM.
LIVBB II. 77
On rit heurenz ftillenrsi iei dam la Sùuff^anee,,,
Voia-tu ce gnnû. chêne IkAMa :
Qmtre ans déjà pastés, yj couAnlsis ton pbre.
GOIBAUD.
U père mort, les fllsTona retonineni le champ
Le lait tombe, aàieu, veaxk^ vache, cocfion, couvée.
La Foktainb.
Cftr enfin, foi wm tendresse pour mes clwvavx, qu'il xa» semble qne c'eat moim£me, quand Je les vois pfttir.
MOLIÈBS.
Le pléonasme est , pour ainsi dire , Topposé de l'ellipse. Il consiste dans l'emploi d'un mot que la construction régulière de la phrase n'exige point, et que parfois même elle repousse.
Cette figure, qui se rapproche de la répétition, en diffère en ce sens que la répétition consiste à répéter un mot déjà mis, ainsi que son nom l'indique, tandis que le pléonasme consiste à employer un mot qui n'est pas réclamé par la construction régulière.
L'emploi de ces figures, quand elles sont naturelles et bien placées, a pour effet de donner plus de force à la pensée en insistant sur le mot essentiel qui la caractérise.
Exemples de répétitions :
Je aérai plus heureux que le roi sur aon trône, Je ««rai ricbe, Héhe, et Je ferai l'aumOne.
COLLUt D^HABLSVatB
Toi, qu*annonee Vaurore, admirable flambeau, Astre toujours le même, astre toujours nouyeau. Tout les jours ie t'attenda, tu reviena tous les jours,,,
La terre le publie. « Est^-ee moi, me dit-elle. Est-ce moi qui produia mes riches ornementa ? » * L. Raoihb.
Quft diable, tonjoura de Targent? lia aemblent qu'ils n'aient d'autre chose ^ dire, de Vargeni, de targent; toujoura parler d'argent, etc.
MOLliKB.
Exemples de pléonasmes :
Toi, mon fila, me aeras-lu fldMe?...
Et moi, je vaia chercher, pour y paaaer la nuit, Cette guérite abandonnée.
Ouuuvn.
, Je k tiens, ee fiM de fautettea.
BSBqVDf.
78 RECUEIL DK MOACBAUX CHOISIS.
Elle m'Instrnls^t, mt dm faisant voir d9 mât yems, 4mib les merveilles de leur instinct, ces traits d'intelligence et de sagesse.
Maruoktel.
Voilât ponr traiter toute une yiUc entière.
HOLIÂRB.
Umversion consiste à donner à certains mots , dans la construction de la proposition, k certains membres de phrases, dans la construction des périodes, une place différente de celle qu'exigent les lois générales de ia construction grammaticale.
L'ordre assigné aux mots par la grammaire est rarement conforme à celui que demandent le mouvement de la pensée et la succes^iidn dps iIP3g^8 ou des sentin^ents dans l'esprjt.. Concilier ce( ordre naturel avec les exigences, et souvent les entraves 4^ la syntaxe, est un (Jes plus grands spçrele de l'art d'écrire et un mérite que possjèdent nos grands auteurs. Sous leur plume, notre langue parait aussi libre dans ses allures et aussi riche dans ses .elfej^ que les langues où les changements de terminaisons rendent çeUe liberté presque iljimiiée.
L'inversion n'est donc légitime qu'autant qu'elle donne plus de vérité, plus de force, plus dp mouvement à l'pxpression d^ la pensée, qu'elle ne nuit pa$ à la clarté et qu'çlle n'est pas en opposition tranchée avec le génie et le caraçtçfjç (Je aplre Ipngyôf
Exemples d'inversions :
Quel bras peut vous suspendre, innombrables étoiles?...
Les présente «li'U me fait, e'est à t»i (}«'il les 49»b«*..
Toute plante, en naissant, déj)i renferme en elle D'enfawte qui ta «Qirfmit un« n^ immorteUi» !...
On le vit, pljein de gloire, 2i son brillant réveil, Laissant dans le tombeau sa dépouille grossière. Par nn foMime Mior rolervers la ImalM***