Un premier trlomplae littéraire
J'avais mis cette année-là cinq pièces au concours des jeux flo-» raux : une ode, deux poëmes et deux idylles. L'ode manqua le prix; il ne fat point donné. Les deux poèmes se balancèrent, Yun des deux eut le prix de poésie épique ; et Tautre, un prix de prose qui se trouvait vacant. L'une des deux idylles obtint le prix de poésie pastorale, et l'autre l'accessit. Ainsi les trois prix, et les seuls que TÂcadémie allait distribuer, j'allais les recevoir. Je me rendis à l'assemblée avec des tressaillements de vanité, que je n'ai pu me rappeler depuis sans confusion et sans pitié de ma jeunesse. Ce fut bien pis, lorsque je fus chargé de mes fleurs et de mes couronnes. Mais, quel est le poëte de vingt ans à qui pareille chose n'eût pas tourné la tète?
On fait silence dans la salle; et, après l'éloge de Clémence Isaure^, fondatrice des Jeux floraux, éloge inépuisable, prononcé tous les ans au pied de sa statue , vient la distribution des prix. On annonce d'abord que celui de l'ode est réservé'. Or on savail que j'avais une ode au concours, on savait aussi que j'étais l'au^ teur d'une idylle non couronnée : on me plaignait, je me laissais plaindre. Alors on nomma à haute voix le poëme auquel le prix est accordé ; et à ces mots : « Que l'auteur s'avance », jeme lève, j'approche et je reçois le prix. On applaudit comme de coutume, et j'entends dire autour de moi : a II en a manqué deux; il ne manque pas le troisième : il a plus d'une corde et plus d'une flèche à son arc. » Je vais modestement me rasseoir au bruit des fanfares; mais bientôt (m entend l'annonce du second poëme au-* quel l'Académie a cru devoir, dit-elle, adjuger le prix d'élo^ quence plutôt que de le réserver. L'auteur est appelé, et c'est encore moi qui me lève. Les applaudissements redoublent, et la lecture de ce poëme est écoulée avec la même complaisance é'tla
1. Clémence iMiiie vivût à Toaloase à la fin da xve tilbekû. Son «doqt pour les lettres la porta k consaorer sa fortune k des récompenses qnl devaient être dtstrU t>aée8t chaqne année, sons forme de flenrs d'or on d*argent, anx auteurs des meiW leures pièces envoyées an eoncoors. C'est oe^u'on appelle lesjtux /loraiiaB« Ils se célèbrent le 3 mai.
2. Réservé» « Mis en réserve, » C'est-à-dire qn*U n'en est pas accordé.
même faveur que celle du premier. Je m'étais remis à ma place, lorsque Tidylle fut proclamée et l'auteur invité à venir recevoir le prix; on me voit lever pour la troisième fois : alors, si j'avais fait Cinna, Athalie, et Zaïre, je n'aurais pas été plus applaudi. L'effervescence^ fui extrême : les hommes, à travers la fouie, mo portaient sur les mains; les femmes m'embrassaient. Légère fumée de vaine gloire I Qui le sait mieux que moi, puisque de mes essais qu'on trouvait si brillants, il n'y en pas un seul qui, quarante ans après, relu même avec indulgence, m'ait paru d^e d'avoir place dans la collection de mes œuvres. Mais ce qui me toucha sensiblement encore dans ce jour si flatteur pour moi, c'est ce que je vais raconter.
Au milieu du tumulte et du bruit d'un peuple enivré, deux grands bras noirs s'élèvent et s^étendent vers moi. Je regarde, je reconnais mon régent de troisième, ce bon père Malosse qui, séparé de moi depuis plus de huit ans, se retrouvait à cette fête. A l'instant je me précipite, je fends la foule, et, me jetant dans ses bras avec mes trois prix : c Tenez, mon père, ils sont à vous, lui dis-je, et c'est à vous que je les dois. ■
Mabihmrsl.
S7. — Un «e»«t «UM la Tie
Par une splendide matinée de printemps, cheminaient, sur une des grandes routes qui sillonnent nos riches campagnes, trois vigoureux enfonts de la Giampagne : le cœur gros, la bourse légère, ils quittaient le toit paternel et s'éloignaient du petit village de la LDuptière, près Nogent-sur-Seine. Ils se dirigeaient vers Paris, non qu'ils voulussent y chercher fortune, mais aa contiiigent scientifique qu'ils avaient recueilli des leçons de M. le curé, ils sentaient le besoin d'ajouter, car ils étaient ambitieux. L'un d'eux visait à être le médecin du canton, et, se partageant le pays, les deux autres voulaient y être apothicaires; le plus témé* ndre allait même jusqu'à rêver d'associer à son laboratoire* an petit commerce d'épicerie.
1. L'egkrcefeenee. « VématUm, renthMutume. » BMMrquer 4mm ee mot, ^parl»- But à la ftunUle de ferveur, ferrent, ferment, fennenter, U désinence eseetnee, d<pi Indiquée, et la préfixe e ponr est, qpl iadlqne resior.* fennentatloa qni Mt explosion et qnl tend k devenir brûlante.
f . I«*omlo^. « Lien «Il ron timTaOl^ » ob le phatnMleB, iecUmlolo ffMt leara opéntUoBB. RMlical lakem-, Iakowr, d*oii lalMwlenx, edUaborer, élaborer, laboveor. la dérinenoe cir, oire, lavoir, dortoir.
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