Criton. Disciple et ami de Socrate
S. A Athënea, on faisait moarir certains coudamuis en leor donnant k boire un poison extrait d'une plante vénéneuse, la ûigtû.
8. Remontrer. « Faire observer, représenter. »» BtmorUrer s'écarte ai^ourd'Uui de cette acc^Uon, et se prend dans un sens défavorable : faire des reniontrances, i des observations critiques ; en remontrer à quelqu'un, loi apprendre oe qu'U ignora et qu'U devrait savoir. I
LIYRB II. 435
adressé âne eottrt« pHèm aux dietix, il Tapproèin de ses lèrres.
Dan& ce moment terrible, le saisissement et l'effroi s'emparèrent de toutes les âmes, et des pleurs involontaires coulèrent de tous les yeux. Les uns, pour les cacher, jetèrent leur manteau sur leur tête, les autres se levèrent soudain pour se dérober à sa vue ; mais lorsqu'on ramenant leurs regards sur lui, ils s'aperçurent qu'il venait de renfermer la mort dans son sein, leur douleur j trop longtemps contenue, fut forcée d'éclater, et leurs sanglots redoublèrent aux cris du jeune ÂpoUodore, qui, après avoir pleuré toute la journée en silence, faisait alors retentir la prison de hurlements affreux.
« Que faites- vous, mes amis, leur dit Socrate, sans s'émouvoir^; j'avais écarté ces femmes pour n'être pas témoin de pareilles faiblesses : rappelez votre courage, j'ai toujours ouï dire ^ que la mort devait être accompagnée de bons augures '. n
Cependant, il continuait à se promener. Dès qu'il sentit de la pesanteur dans ses jambes, il se jeta sur un lit, et s'enveloppa de son manteau. L'esclave montrait aux assistants les progrès successifs du poison. Déjà un froid mortel avait glacé les pieds et les jambes; il était près de s'insinuer dans le cœur, lorsque Socrale, soulevant sou manteau, dit à Criton : « Nous devons un coq à Esculape ' . » — « Cela sera fait, répondit Criton, mais n'avezvous pas encore quelques ordres à nous donner? » Il ne répondit point. Un instant après il fit un petit mouvement; l'esclave, l'ayant découvert, reçut son dernier regai-d, et Criton lui ferma les yeux.
Ainsi mourut le plus religieux, le plus vertueux et le plus heureux des hommes, le seul peut-être qui, sans craindre d'être ' démenti, pût dire hautement : « Je n'ai jamais, ni par mes paroles, ni par mes actions, commis la moindre injustice^, »
* BABTHBLBMr.
'' 1. S'émouvoir. « Se mouToir hors de soi, » sortir de son état natorel, et, comme
on dit familièrement, sortir de son assiette. Voyez Tétude sur ce mot, page 86.
I 9. Augures. « Présages, n Prévisions de ce qnl doit arriter, tirées du chant dea
oiseaux. Pris ici d'une manière générale pour tout ce qui annonce l'ayenir.
' 8. Esculape, Dieu de la médecine. Les païens, avant de mourir, devaient lui
> fidre immoler un coq. Bien que la raison de Socrate s'élevât au-dessus des super-
stitions païennes, il se soumet ^ cet usage pour ne point porter atteinte li la croyance religieuse, comprenant que cette croyance, toute chargée qu'elle tdt alors
* de superstitions grossières, était préférable pour un peuple 1» Tabsenoe de toute croyance religieuse, de toute religion.
* ^ i. Socrate, par la force de sa raison et la droiture de son cœur, s'afiTranchissait de«
* erreurs du paganisme, et s'était élevé k Tobservation la plus pure de la loi natuf relie ; il ne pouvait aller ni plus haut, ni plus loin sans la lumière de la révélation
qui ne devait brUier que plus tard sur le monde.
40. — Aiilanee de ta »aaf rel« et «e la «rendeer chei lei IobmUm.
Tite-Live * a raison de dire qu'il n'y eut jamais de peuple où la frugalité, où Tépargne, où la pauvreté aient été plus longtemps en honneur. Les sénateurs les plus illustres, à n'en regarder que Textérieur, différaient peu des paysans, et n'avaient d'éclat ni de majesté qu'en public et dans le sénat. Du reste, on les trouvait occupés du labourage et des autres soins de la vie rustique, quand on les allait quérir ' pour commander les armées. Ces exemples sont fréquents dans l'histoire romaine. Curius et Fabrice, ces grands capitaines qui vainquirent Pyrrhus ^ un roi si riche, n'avaient que de la vaisselle ' de terre; et le premier, à qui les Samnites en offraient d'or et d'argent, répondit que son plaisir n'était pas d'en avoir, mais de commander à ceux qui en avaient.
Après avoir triomphé, et avoir enrichi la république des dépouilles de ses ennemis, ils n'avaient pas de quoi se faire enterrer. Cette modération durait encore pendant les guerres puniques. Dans la première, on voit Régulus, général des armées romaines, demander son congé au sénat pour aller cultiver sa métairie abandonnée pendant son absence. Après la ruine de Carthage, on voit encore de plus grands exemples de la première simplicité. iEmilius Paulus, qui augmenta le trésor public parle riche trésor des rois de Macédoine, vivait selon les règles de l'ancienne frugalité, et mourut pauvre. Mummius, en ruinant Corinthe, ne profita que pour le public des richesses de cette ville opulente et voluptueuse. Ainsi les richesses étaient méprisées : la modération et l'innocence^ des généraux romains faisaient l'admiration des peuples vaincus.
Cependant dans ce grand amour de la pauvreté, les Romains n'épargnaient rien pour la grandeur et pour la beauté de leur ville. Dès leurs commencements, les ouvrages publics furent tels que Rome n'en rougit pas depuis même qu'elle se vit maîtresse du monde. Le Capitole bâti par Tarquin le Superbe et le temple qu'il éleva à Jupitor dans cette forteresse, étaient dignes dès lors