Le vice et ses eonséqaeneef fanestes
Tel est le caractère du vice, de laisser dans le cœur un fonds de tristesse qui le mine, qui le suit partout, qui répand une amertume secrète sur tous ses plaisirs : le charme fuit et s'en- ' vole; la conscience impure ne peut plus se fuir elle-même; on se lasse de ses troubles, et on n'a pas la force de les finir; on se dégoûte de soi-même, et on n'ose changer; on voudrait pouvoir fuir son propre cœur, et on se retrouve partout; on envie la destinée de ces pécheurs endurcis qu'on voit tranquilles dans le crime, et on ne peut parvenir à cette affreuse tranquillité ; on essaye de secouer le joug de la foi , et on a d'abord plus d'hor* reur de cet essai que du crime même ; enfin les plaisirs que l'on goûte ne sont que des instants rapides et fugitifs : les remords cruels forment comme l'état durable et le fonds de toute la vie criminelle.
Vous étiez né doux, ^al, accessible ; vous aviez eu pour partage un cœur simple et sincère , une candeur d'âme, une sérénité d'humeur *■ qui offraient mille dispositions favorables à la sincérité chrétienne*, et à la paix d'une conscience pure : et depuis que cette passion funeste a corrompu votre cœur, depuis que ce feu impur est entré dans votre âme, on ne vous reconnaît plus : vous êtes semblable, dit saint Jude ', à une mer toujours agitée des flots les plus violents; on vous trouve sombre, bizarre, inquiet, dissimulé; cette sérénité qui venait de rinnocence, est éteinte ; cette égalité qui prenait sa source dans le calme des passions, n'est plus qu'un fonds inépuisable d'humeurs et de caprices; cette candeur qui montrait votre âme tout entière, ne laisse plus voir que des pensées noires^ et cachées; vous avez perdu tout ce qui vous rendait aimable devant les hommes, et qui pouvait vous rendre agréable aux yeux de Dieu, et l'on cherche tous les jours vous-même dans vous-même.
Mabsilloit.
1. Séréntié d^kumevr, ot plu bu «n fonds d^humewt. Remurqner racception donnée dans ces denx cas an mot humeur^ détonné par métonymie de son acception primitlre. Sérénité d'humeur ^ c'est-k-dire de caractère. Fonds d'humeurs. de dispositions fftcbeuses , Inégales. L'état de Tesprit , dn caractère, amené par raction maladire des humewst est Ici désigné par ce mot lni-m6me.
2. Cest-k-dlre « à la sincérité que la religion chrétienne exige. » 8. Un des douze apOtres.
4. Petuées noires, « Sombres, n Métonymie : le çbagrln et le crime reeberche&t rombre, la nuit.
178 RECUEIL DE ||0iÇI$4VX CHOISIS.
l6.->L'lioiiii|ifi, m yfltnt et le inaral*» on le profres dans le mal.
Il faisait une chaleur pesante. Un homme aperçut, au bas d*un coteau, une vigne chargée de grappes, et cet homme avait soif, et le désir lui vint de se désaltérer avec le fruit de la vigne.
Mais entre elle et lui s'étendait un marais fengeux quHl fellait traverser pour atteindre le coteau, et il ne pouvait s'y réseudre.
Cependant la soif le pressant, il se dit : « Peut-être que la marais n'est pas profond : qui empêche que je n'essaye, comme ta^nt d'autres? Je ne salirai que ma chaussure, et le mal, aprôa tout, ne sera pas grand. »
Là-dessus, il entre dans le marais, son pied enfonce dgns la bourbe infecte, bienlèt il en a jusqu'au genou.
Il s'arrête, il hésite, il se demande s'il ne serait pas mieux de retourner en arrière. Mais la vigne et ses grappes sont là devant lui, et il sent sa soif qui augmente.
« Puisque j'ai tant fait, pourquoi, dit-il, reviendrais-je sur mes pasf Pourquoi perdrais-je ma peine? Un peu plus de fonge, ou un peu moins, cela ne vaut guère désormais que j'y reg&rdo. l'en serai quitte, d'ailleurs, pour me laver »u premier ruiS'* seau. »
Cette pensée le décide; il avanee, il avanee eqcoFs, enfonçant toujours phis dans la boue ; 11 en a jusqu'à la poitrine, puis jua* qu'au coù, puis jusqu'aux lèvres ; elle passe enfin par^dessus la tète. Êtouflànt et pantelant ^ un dernier eflèrt le soulève et le perte au pied du coteau.
Tout couvert d'une vase noire qui découle de ses membres, il eueille le fruit tant convoité, il s*en gorge. Après quoi, mal à l'aise, honteux de lui-même, il se dépouille de ses vêtements, et cherche de tous côtés une eau limpide pour s'y nettoyer. Mais il a beau faire, Todeur reste { la vapeur ,du marais a pépétré sa chair et ses os, elle s'en exhale incessamment et forme autoar de lui une atmosphère fétide. S'approche-t-il, on s^éleigne. Les hommes le fuient. Il s'est fait reptile, qu'il aille vivre parmi les reptiles.
LàHBnrAifl.