La manie des eonectionB
La curiosité n*est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique, pour ce qu'on a et pour ce que les autres n'ont point.
Ce n'est pas un attachement à ce qui est parfait, mais à ce qui est couru, à ce qui est à la mode ; ce n'est pas un amusement , mais une passion, et souvent si violente qu'elle ne cède à l'ambition que par la petitesse de son objet. Ce n'est pas une passion qu'on a généralement* pour les choses rares et qui ont cours, mais qu'on a seulement pour une certaine chose qui est rare et pourtant à la mode.
Le fleuriste' a un jardin dans un faubourg; il y court au lever du soleil, et il en revient à son coucher. Vous le voyez planté, et qui a pris racine^ au milieu de ses tulipes et devant la soitlaire. Il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voit de plus près, il ne l'a jamais vue si belle, il a le cœur épanoui de joie; il la quitte pour V Orientale; de là il va à la Veuve; il passe au Drap d'or, de celle-ci à V Agate , d'où il revient enfin à la Solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de dîner; aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées ; elle a un beau vase ou un beau calice : il la con-
1. Allusion % la querelle survenue li propos du mot lier employé par Chlcaneau : les lier comme on lie les fous.