‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 10 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

V^HinuRGiEN à bord du vaisseau qui a conduit Napoléon Bonaparte à Sainte ^Hélène, j'ai résidé plusieurs mois dans File. A mon retour en Angleterre , les qitestioiifl quoa m adressait de toutes parts sur cet homme extraordinaire me firent éprouver une sorte de persécution suscitée par la curiosité. On savait que des circonstances particulières, jointes à ma profession, m'avaient fourni de fréquentes occasions d'entrer en conversation avec lui et avec les principaux personnages de sa suite : je puis même avancer que , surtout pendant le voy^ige , j'ai vécu dans une espèce d'intimité avec eux.

J'ai eu soin de consigner dans mon journal ce qui a fait l'objet de nos entretiens; et c'est de ce recueil que j'ai extrait les lettres que je donne au public : j'y ai ajouté plusieurs particularités que me fournissait ma mémoire , à mesure que je les écrivais. J'étais bien loin cependant de penser que ces lettres franchiraient

le cercle étroit des amis auxquels elles étaient destinées; mais partout où je me trouvais, on

ii(Taoi>crGTiom 77

me criait : c Faites imprimer tm lettre», » tant est puissant l'intérêt qn'eiccile la carrière fomnie par Napoléon ! JTaî cédé , quoiqu'à regret, et me suit fait autettr malgré moi, prévoyant bien qu'à la iMigue il me serait impossible de ni*en

défeocbre. B ne m'appartient pas de juger si ceux qui ont tu ces lettres , et le grand noml^re

de cens: qui en ont entendu citer des morceaux , en ont été satisfaits; tout ce que )e puis dire en ma fareur se réduit à ceci : c*est que les faits qu'elles renferment sont dé la pTus exacte vérité, et que le récit des conversations est exact Je pourrais, sons doute, en dire davantage ; maii la justice que fd me dois à moi'^iRéme né m« permet pas d'en dire mpin^b .

Si f ai domiè un portrait de I^apoTéon ^ copié d'après^ une grainir& française, c'est qive k par^ faite connaissance que ]a\ de ses traits m'a, d&r montré qulls n'ont iiimars été mieux saisis.

J'«(i,çj:u sati6fi*iro la cufiûsiié que le pubKo témoigne pour les, /^c^^tW/^ des personnages extraordinaires , en en offrant un de Napoléon :

il fait partie d'une note écrite par le général

Bertrand ."^sur la bataille d'Arcoie*

La mStteaUe frappée au sujet du mariage dé

rjS INTRODUCTION.

Napoléon, et dont rorigLual est en or, ma été donnée par le général Bertrand. II y attachait un grand prix , à cause de sa rareté ; mais j'ai appris depuis qu elle était assez commune , au moûis celle d'un métal inférieur. Quoi qu'il en soit , je pense qu'on me saura gré de l'avoir fait graver. Je crois devoir observer que le plus petit cercle est' l'exacte grandeur de la médaille , et que si l'on a donné une plus grande dimension au revers emblématique ,.ce n'a été que pour en faire mieux ressortir le dessein (i).

(t) Une curiosité ardente, noe crédulité puérile, paraissent faire le fonds du caractère de ThaAnéte doctem; Wardea c la présomption dans les jugemens et la niaiserie dans leur énoncé forment celoi de «es lettres. Jeté , par un coocodrs de circonstances inouïes < parmi les hommes supérieurs que cette supériorité même attacha aux dernières destinées de IIËmpeeeur, M. Warden, ébloui des refie.ts de tant de splendçur, étourdi d^un mouvement auquel rien, dans sa vie obscure, nWait pu le préparer , M. Warden se persuada que lui-même était nn^personnage, et qn^à titre de Lauater, comme il riivoue naïvement lui- même , la Providence Pavait placé pour coit^mpler, observer, décrire et raconter Napoléon. Ce travers ^ qui s'associe n^eux avec un bon co^ur qu'avec une judiciaire exer-* cée, fut saisi avec la sagacité qui distingue M. de Las Cases : on Texcita, on le noiirritpar des demi-^nfidence», par des révélations auxquelles le mystère dont on les entoura semblait mettre une liante importance. Celle que le bon ^hlébotomiste attache à des minuties n'échappera point au lecteur : H. Warden lui paraîtra ce qu'il nous a paru à nous-même , un Lilliputien qui ne pouvant calculer la hauteur du* colosse de Rhodes par les pfoc<Fdés d'une géométrie transcendante, réunit tous ses efforts, contracte tous se» petits muscles pour éti'eiildfe 'dans ses petits bras et mesurer sur sçf petites proportions l'orteil da gé^ i'ff^ «h!^< A* !^? )

\f9jiMhaX o' 2tiU,ftWi«. de lut. Cja^e JwipwwxXe

/'i^Jit^^r^/J.

ÉCiUTËS A BORIxm NOlttHmiËRLAND,

ET DE SAlNTE-HÉLENE.

•;; ;;' ^ ■;;.... ^ . ..-: -Rimer. Mon CHER ABIIV •' ^' •

1 ai.€9i<^G^^o4 de. m'écrier : Qiië.les :éyénemen» ^ la^^e ^out éCraoges et i^atteAduâLCoiiilHeii 4ç foijs.uajoiir de;caUiie:eslrjAiÎN^l£sHlpiulemaw

p{iC Ufi or^e I; Aiiii^:le,fl(^ur3 dé b na£i;ife est in^

t^Qmpu. pfqr des phéliom^Qe» que les philoscNi I^I^ï jo^t ,]bieâ dip la pj$|ne.à«x|ili^i:!i]Mi^ jnonde politique développe la djB^tlw^rà^&pviH' diges , . mieux que ç^e des opéKMiQUS:: 4é» élé*^

^ Je «ms çer|;ain que rien au .tkupiide Be.]^oùysafe

fsSxi^ conjecturer au capitaine Maitland, lorsqu il* reçut Tordre de venir croiser devant Rochefort > que l'Empereur des Français et sa suite viendraient volontairement se rendre à bord du Bfk

8o PIÈCIS SUR LE fRISONMER

térophon. La capture de leur vaisseau, s'ils eus^ sont essayé àe s'échapper, ét&il une cfacx^e pto« bable et sur laquelle le capitaine pouvait calculer. Mais la manière dont un ^értonnage aussi extraordinaire s*est livré entre ses mains , a dû lui causer une surprise plus vive que tous les"^ événemens qui avaient traversé sa vie.

A la vérité , en comparant les petites choses aux grandes, je ne puis concilier les notions qjoe î'ai^de la p»ohàbWié des éTâaefnetn» avëcla tettre qae je TOt» dcr»^ eÇ avec^eéHe» que fétîfrâï^jiâiir ksidte, putsqiiclesunesetl^atift'e^ tie deVâfeht

Cûntenhrquela.vdatkm d'ànv^agesur tiféi^; et

qua.mon gkrand éloiitietacfiit eHesr senmt j^lëiile»

dei détail ïMrk^afracièvedèl^potéoàBcynàpâ^ ;

tiktt faii: surlcnd que ma pfr^feésiôù ni'a ïùïé à

Hiéae d?ét«ùiteK ' . * •

Teib af été W curiosité ^ c^ ém!tfent per-'

sonnagç a excitée (témoins Fimmense quantité

db ciiâloaqpétf^rd'aiifres embâfcia^^ns, remplies

de' pefWDMt veteaes de fûffi é^oighès , et àe Lon-

dretr ttiêWe , pour I apercevoir , ' au moins de

loin età tim grkÉide dhtaûce âîu Betlérophon) ,

que je mè crot^ aûtoriâé à èroîrè que les plus

BE SÀIEfTE-HÉLENE. Si

petites particularités , à son sujet , ne pourront que vous être agréables , ainsi qu a ceux auxqusels il vous plaira de les communiquer. Vous pouvez compter sur l'exactitude .de ce qui s'est passé après que Napoléon eut mi^ le pied à.bord, puisque je lai vu ou entendu nmi-méme* Si ma narration morcelée n'a dauttis mérite que -d'être authentique , elle aura dtt^^tnofns celui-là; J'ai mis par écrit font ce qui condertte l'illustre passager , à mesure que ce qu'il disait ou faisait sem^^ blait mériter attentiôn;et je continuera»! de mém^» mais à la manière simple des gens de mer , c'est-à-dire, en forme dé journal. Vous ne devez donc vous attendre^'à des pièces détachées» au récit de quelques événemens domestiques ^raebntés.â mesure qu'ils se passaient, et lorsque l'Emper reur les offrmt, pour ainsi dire^ à ihes'ohâer* valions.

Le 3 août 1 8 1 5 , le vaisseau de Sa Majesté , Iç Narihùmberland , commanidé par ■■ le capitaine fioss, portant le pavillon .de. rainiiral ; sir George^ Hockburn , 'chosi par le géiivei^ment 'pjûir ck service important ; leva dVocii^ de Spitheadylti; après avoir lutté contre les vents contraires , pàriit

8â PIECES sua LE PRISONNIER

de bonne heure en vue de Berry-head , pointe de terre qui forme Textrémité de Torbây, La , il fut joint par le Tonnant y capitaine Brenton , portant le pavillon de lord K.eith , amiral de la flotte de laJManche, accompagné du BellérophoUy capitaine Maitland, abord duquel se trouvait Napoléon Bo^iPARTE. Après que les / signaux eurent été édiaûgës , le N4?rthumberUtnd tira un coup de canon auquelJe Tonnant répondit. Lord Keith ajanteu une entrevue avec sirCfeoi^esCockburn, jeta l?ancre«oufe» Berryrhead , pour éviter, comnie -on la supposé , i^impbrtunité dW nombre considérable de carîeilx dont étaient surchargées les l9mbarcations qtxi envhronnaieBt le BeUérophan, l.e^te8te de la aeirés, il ne se passa rien de remarquable. . i. ,V :* : Lé lendemain matin le isomte de>Las Castes, chambellan de Tex-Empereur , se rendit- à bord pourpréparér lelog^neiit de son inattre détr^é. JLes bagages arrivèréàt ensuite. Je ût essaierai pas de pdndiï} la ctiriositô atdentè et générale qi|i saisit l^'équipagei à Tasprob^es «ffets appéstenant' à cet itt^itre:pèr801l|lageJa Voilà, ae disait^qn via -seule iQhose^quI reste à \mt homme, qui commandait

DE SAIMT£-HÉLÈNE. 83

naguèrea aui: arU , à Tiadustrie de tai|it de royau< UMBik! IHW ceR^ curiosité était médiocre, comparée à cella que 90q arrivée allait exciter. Uue seule caisse de boi» d!ai:a)OU^ di$tii;^liée par les armes impériales, attira bioatôt l'atteitfion; le reste u avait pa$. d'autre appar^^c« que u ea a Téquipage d'uil simjple voyageur*

Le comte dé (ms Cas^ n'aguèrp q|i|ie dnq pieds UQ pQuce , et parait âgé d^ ^ciitif{uapte ans; il eiit maigrp et 90i| front est ridé : il pprtail luDiforiue frauçaifi d'uu oflScier (^e noarJUve. U ne f e;Ua p^^ plus d'une de|lû-he^re â JUord du JHorthumbpr^ land. Mais . tandis qu*jil s'occupait à remplûr sa commission , il devint l'objet des observations de Téquipage et niéine de ses critiques quapt à l'e^guité de sa taille* ^e cru^ u}'i^pçj.cev9Jg? que beaucoup d'entre nous s'attendaient à trouver des

figures athlétiques dans les personnes attachées

à rhomme qui avait subjugué la plus grande

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