partie de l'Europe. S'il y en avait parmi nous à
qui vinaseut di^ telles idées. ( car peut-on ré-
. pondre des impressions subites?) , ijls avaiepi:
sans domte oublié qu'AlexaiMkevle^kaiid, le puûi*
sant souyerain de tattt de ' nations vaincues , est
présenté par l'histoire <5oinme un homme d'une petite stature. Et en effet , ils furent convaincus bientôt après que Napoléon lui-même n'avait rien moins que des formes colossales.
Dès onze heures du matin , nous étions pré--
*parés à recevoir Napoléon. LordKeith, inspiré par une noble délicatesse , refusa dé recevoir les
^honneurs affectés à son grades il les céda à Fcx-
^Empereur, dont les titrés pompeux venaient de s'éteindre atec le pouvoir qui lés -donne. Le rang ^de Ginétal fut considéré comme le seul qu'il pût 'étigerdW gouvernement qui n^ lui en avait jamais inconnu d'àùlre ("i). Une garde de soldats de' marine, commandée par un capitaine, bordait la haie sur le gaillard pour le recevoir , avec ordre de hii présenter les armes et de* faire trois
(i) On pourrait demander à M. Warden si son gouvernement a jamais envoyé des ambassadeurs à des généraux. 1*^ Lettres du Cap ont répondu à cette question. ^11 y est démontré que, soit comime Premier Consul "^ de la République , soit comme Empfireurdes Français, ' Napoléon accrédita près de sa. personne ^ à titre .d'En« ^ voyés, les négoi^ialeiir^ brita|||i.iqujBS.
DE SÀINT£-HÉL£N£. 85
roulemens. Ce sont les honneurs qu'on rçnd aux officiers généraux au service d'Angleterre. La berge du Tçnnant^ peu de minutes appëa
qu elle eut qukté le Belléraphon (i), aborda notre vaisseau. Le gaillard d'a^v^e était couvert d of-* ficiérs et de quelques personnes de haute dis^tinction , que la curiosité de voir une pareiUe scèn0 avait attirés. Outre l'objet principal ée l'attention publique, il y avait dans la berge; lord Ketth, et sir Georges Cockburn, le maréchal Bertrand , qui avait eu part à la bonne et à la mauvaise fortune de l'Empereur, et les généraux Montkolon et Gourgaud , qui avaient été et étaient encore ses aides-de*camp. A l'approche de la berge on reconnut aisément Napoléon, par sa ressemblance avec les nombreuses . gravures de son image, lesquelles décorent presque — — -^ ■-- .^. .. . — -
(i) J*ai appris que la conduite de Napoléon à hovà du BetUrophon lui avait concilié raffection de lodt réquipage. Aussi à son départ il ne reçut pas la.moiodce marque de manque d'égards ou de respect. Il fit sur let. spectateur» Teffet qu'où resibnt d* ordinaire lorsqu'on a assisté à Texécutien d'un illustre innocent sacrifié. ^
toutes noÉ bouti^es. Les soldats de marine occupaient le devant âk la poupe, et les officiera étaient sur le gaillard dWrière, comme îe lai dé)à remarqué. Le silence le plus profond régnait à bord , lorsque la berge accosta lé vaisseau. On voyait peint sur toutes fes figu-
tes un mélange de gravité et d anxiété , qui . au jugement des observateurs , ajoutait à la solennité du cérémonial. Le comte Bertrand monta le premier ; et, après avoir salué» il se retira un f^eu en arrière pour faire ^Me à celui qu'il considérait toujours comme son mattre , et à la pré* ienee duquel il croyait devoir témoigner l'hommage du profond respect qu'elle lui inspirait» Dans, c^e moment l'équipage respirait â peine. Lord Keith quitta la berge le dernier ; et je ne Saurais vous donner une plus haute idée de l'attention soutenue qu'inspirait Napoléon , qu'en remarquant que sa seigneurie , quels que soient son rang et la réputation dont elle jouit dans la marine, ne fit aucune sensation et fut à peine aperçue au milieu de personnes qui toutes lui étaient subordonnées , et qu'elle devait primer phis encore par son titre d'amiral de la flotte de
BE SÀINTE-HSLENE. 87
ia Manche , que par son grand uniforme et fiw les décorations dont il ét^it revêtu.
Napoléon monta lestement réchéUe , et lôlhsqu'il fut arrivé fiiir le ^ont , il ôla non chapeau; tandis que les soldats présentaient ies armes^ que le tambour faisait ses'roulemens. Les oSt*^ ciers du Nartkumberland étaient placés beaucOU|ir en avant de la troupe, et étaient découverts.- B s approcha d'eux, et les salua de iaif te plus af« fable et le plus poli. S'adi>essant ensuite à siv Georges Cockburn , il demanda avec empress9^ ment le capitaine du vaisseau , qui lui fut pr^ sente sur le champ. Mais cet officier né parlant pas français, il s adressa à plusieurs aùtrei; ^el toujours sans succès , jusqu'à ce qu'un (iflldér d'artillerie Itli répondit enfin dàbs ce^e ian^fe; Lord Lowther et l'honotable M: Lyttclton (t); lui furent présentés quelques minâtes après t'A eiprima le désir plutôt par gestes que par ^«^
(1) On donne le nom d*hanora6ie aux fils des Pairs» aux membres du Parlement , et aux ministres non Pairs: voilà pourquoi M. Canning esl honoraétt.
(JfoUduTrcKlucteur.}
88 PIEGES SUft £E PUlSOIfNIER
rôle», cfétre coixiùit â kos appartemenf oà H demeura en^iroB une beure^ - - Il portait runifoitee d'uD officier génénal dlnfiinterie , lorsqu'elle faisait partie de son armée : habit Tert , les rie vers blancs (i) , veste et cu^ lotte et ba» de soie blancs , avec des^ souHers à boudes d'or de*forme ovale*. II était décoré d'un cbrdon rouge, avec un cracbat» et de deux ordre» siSwpendua "à sa bouftdnmère : celui de la couyonâe de Fer, et l'étoile de la Légion d'honneur ^ Sa figure était pâle, sa barbe négligée. I/on voyait, ail premier aspeqt , qu.'tl n'alFait pas joui dans la nuit précédente d'un somnieil tranquille. Son front est légèrement ombragé de cheveux noirs, çidsi^que le sommet de sa tête , qui est grosse et ^pplatie. Les cheveui^ qu'il a par derrière sont fournis, et \t n'en ai pas yu un seul de blanc. Ses yeux de couleur grise sont toujours en raou< T/ement : il les porte rapidement sur tous les objets qui l'environnent. U a les dents belles et
,1 «llliMI ..^ ■ ■ ■ ■ I , I I . ■ ■ III ■
(i) U paraît que les yeux de M. Warden éUieat aussi aftcctés que son esprit : il a pris du bleu pour du vert..
{Note du Traducteur^)
régulières , le cou court et les gaules parfaite-: ment proportionnées. Au total sa personne, quoique chargée d'embonpoint , présente des formes agréables»
Peut-être trouverez-vous que j'entre dans des détails trop minutieux sur le personnel de cet illustre personnage ; mais j'ai ptBnsé que tous leé espériez , et que par là votre curiosité serait pleinement satisfaite. D'ailleurs , les études aux-;^ quelles je me suts'livré, ma profession, mes habitudes d'anatomiser la figure humaine dans les occasions importantes, et quelques motifs* par 'ticuliers me portent naturellement à essayer de découvrir , par l'inspection de la structure et des formes corporelles , les dispositions et la capacité intellectuelles. Je confesse ingénument que dans ce moment j'ai joué le Lavaler avec l'EmpereuF des Français; mais, quant à présent, je ne vous enn.uierai pas de ces rêveries.
En revenant sur le pont , il entra en conversation avec lord Lowther , M. Lyttelton et sir Georges Byngham : ils causèrent pendant une heure avant le diner. On dit qu'il se plaignit amèrement de la manière dont on le traitait» en
go PIÈGES sua le piisokkier
renvoyant terminer ses jours sur le rocher de Sainte-Hélène, ballotté par les tempêtes, et comme perdu au sein de l'immensité des mers. Il ne comprenait ni la politique ni les terreurs de rAngleterre à son égard : puisque sa carrière politique était terminée, pourquoi lui refuser un asyle? Il continua à répéter les mêmes objections, avec une sorte d'emportement; mais je ne prendrai pas^ la liberté de rapporter, sur des ôuï-dire, les réponses de M. Lyttelton, qui avait la plus grande part â la conversation. Je me contenterai d'observer qu'il y mit toute la politesse, toute la respectueuse aménité qu'on pou^ vait attendre de lui relativement au personnage et à la circonstance.
Dans un entretien que j*eus le jour suivant avec le comte Bertrand , il se plaignit avec énergie du sort qui leur était destiné. Il dit que l'Empereur (car tousjes gens de sa. suite continuent à lui donner ce titre) s'était remis à la diserétion de l'Angleterre dans 1 espoir d'y trouver un refuge assuré. Il demanda €[uel plus mauvais traitement on eAt pu- lui faire éprouver ^'ii eût été fait prisonnier à bord d'un vaisseau améri-
Dft SÀllfTE-llélÈKlB:. 01
cain. Alors il examina les probabilités de succè» 4{ui auraient pu les favoriser, s'ils eussent pris le parti de s'enibarcjuer sur un des natires de cette nation qui se trouvaient à Rochefort , et il con-dut en disant qu'ils devaient se repentir de ne lavoir pas fait. Il ajouta :. c Sa Majesté ne pouvait-elle pas encore se placer à la tête de son armée de la Loire? Et- croyez que cette armée se serait fait Ifn homieur'et un devoir de se ranger sous 9ÔB commandement. Que serait -il arrivé alors? Qu'il aurait été renforcé par se^ partisans du Nord , du Midi et de TEst; et, dans ce cas , il lui eût été facile d'obtenir des conditions beaucoup plus avantageuses oue celles qu'on le force d'accepter aujourd'hui. C'est poiii* arrêter leffusibn du sang qu'il s*est jeté dans vos bras ; et combien il s'est trompé quand il a compté sur l'honneur d'une nation célèbre pourtant par sa générosité et son amour pour la justice ! Ce n'eût point été cependant un déshonneur pour l'Angleterre que d'admettre Napoléon Bonaparte au nombre de ses citoyens : i^ne demandait qu'à vivre oublié parmi vous ; et un toit de chaume lui suffisait pour vivre en sûreté
9^ VlkcZê S6R LK PRISONNIER
SOUS Tégide de vo^ lois. Un pareil homme pou* Tait-il Faire une demande plus modeste ? Non , certainement. Il était impossible que, même dans un moment d'abattement, si toutefois une âme comme la sienne pouvait en éprouver , il eût cru à la probabilité d un refus. Combien il eût été glorieux pour l'Angleterre que le vainqueur de l'Europe continentale cherchât â passer, dan& un coin retiré de son termoîre , les restes d'une yie qui fera la plus glorieuse époque de notre siècle !
c Napoléon , continua le comte Bertrand , m'a demandé ce que je pensais de la magnanimité du gouvernement anglais , et des iDesures qu'on pouvait adopter ; mais , dans cette occasion , je refusai de faire connaître mon opinion. Ce n'est pas que j'eusse des préjugés défavorables à la nation anglaise ; loin de- là : si j'hésitai cette fois à lui répondre , c'est que , dans un moment aussi critique, je ne crus pas devoir lui donner des conseils qui eussent pu troubler sa tranquillité future , ou ternir sa gloire. Je ne craignais pas ^^on maltraitât sa personne , une pareille idée ne s'est jamais offerte à ma pensée; mais je
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craigtiais que sa liberté courût des risques , et malheureusement }e n'avais pas tort. Jetais tel* lement agité par la crainte et lespérance , que je ne pus lui dire autre chose sinoa que , quel q«ie fut son sort , je me ferais un devoir et un plaisir de le partager. Il m est impossibles ajôuta-t-il , id exprimer combien )e suis satisfait d avoir per- ^isté dans la résolution de ne pas dire mon avis; àir si ç*eût été par mes conseils qn il se fût livré "à ses plus cruels ennemis , et que j'eusse à ine tueprocher YétÊt où il est réduit, ) aurais pour toujours: perdu le repos. »
' La manière de s'exprimer du comte Bertrand , son ton animé mettaient à découvert le fond de sa pensée. Malgré la forte d'âme qu^'il srffectait , il était aisé de voir qiieJe chagrin dévorait son cœur; et de quelque loyauté dont je puisse me piquer , en ma qualité d'Anglais , quelque fier que je sois d'être né dans notre glorieuse patrie , je rougis un moment et je confesse que je ne pus m'imipécher d'admirer la sensibilité de ce fidèle Fnm* çats , et de céder quelquefois à la force de ses ralsonnemjekig.
. Les plaintes de madame Bertrand diffjéraient
lotdlementde celles de son époux ^ par le langage demi: elle se serrait , et le ciractère. qu elle leur donnait : son air et ses manières étaient quel^ quefois accompagnés dé gestes et d'expressions qui auraient pu faire croire que sa tête n'était pas toujours saine, t Que pensez* vous, itie dit-^Ie un }our , de na situation? Ne vous pariait-etle pas déplorable? Et peui^-im trouveir d exprès* aions capables de rendre ; même faiblement, les douioiureitsesvseiisatiottjs qbi m'accablent ? Quel- cfaangeitient pour tiné f emtiAé qui tenait un rang distingué dans la; çovtg la plus gIo<^ rieuse et la plus tn^gmfiqiie de. rSurope ; cour où^elle jouissait d'un tel crédit , que; des een* taidesde pevsosxnés étaient à ses pieds* heu-* reuaes quand elle daignait leur sourire? La femme du eomte Bertrand, grand-maréchal du palais dêi^Empereur des fîpacnçais , est destinée maintenant , avec ses trois enfant, à suivre un époux exilé i sur mi rochtsr solitaire , «- et ou Torgueil de la plaœ qu'elle occupait, la vie splendtde qu'elle menait Vl«^ ^^^ ^ ^ jeux qiii l'accompagnaient partout , vout être a remplacés par une dure captivité : car telle
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^ doit nous paraître, malgré, les pompeuses c prcihesses quoimous fait^le sort qu'on nous «.réserve à Sainte -Hélèoe. »
Elle était curieuse de savoir ce que les Anglais pensaient de son époux. Je lui dis^ qu'autant que j'en pouvais juger par mai*méme, le sincère attachement de son époux à Napoléon avait quelque chose de chevaleresque qui ne manquait pas d'admirateurs en Angleterre, et qu'en général
t>ii avait de lui âne plus haute opinion que 4'aucun des maréchaux de France. ) *
Ce fut en conséquebce de la résolution irrévocable du comte Bertrand de suivre Napoléon, malgré l'opposition et les prières de sa &miUe, que son épouse fut sur le point de se détruire. La tentative qu'elle fit de se jeter à la mer ^ a bord àvL Bellérophen^ arriva, à ce qu'il paraît, le -soir du jour où Napoléon apprit le sort jqu'on lui destinait , et probablement à l'instant où on lui en donna connaissance.
Les enfans du comte Bertrand sont trèsninfié* ressans : le plus jeune n'a que trois "OA quatre tos; lah^é est né à Trieste, lorsque son père était gouverneur des provinces Illyriennes. Le fécond
enfant est une fille dont les dispositions annonixnt du penchant à la i^iolence.
Le génie militaire semble s*étre emparé de Tesprlt de ces bambins; depuis le matin jusqu'au soir ils font lexercice sur le pont , tantôt â pied , tantôt à cheval sur des bâtons; la petile fille f en véritable amazone , se joint à ses frères , sous la direction d'un autre petit Français, né, comme je le présume , dans les camps •
Lorsque je dis a madame Bertilind que presque tout le monde supposait qu'elle serait restée eu Angleterre , pour l'éducation de ses enfans y elle répartit «ur-lerchamp » d'un' air égaré et avec feu : c Quoi , moDsieur , abandonner mon époux « dans un pareil moment! c'eftt un degré d'hé- .« roisme que mon cœur désavoue., quoiqu'il se « puisse faire que dans un an j'y revienne. » Et sur mon observation que le retour du Nartkumberland pourrait lui eu fournir les moyens , elle parut croire à la probabilité d'un pareil événement.
. Le comte MoQtholon ni, sou épouse ne savent l'anglais ; le comte est un joli petit homme , et la comtesse une femme trè^-élégante. Ils regar-
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dent comme une grande consolation d'avoir un très-aimable enfant.
Il paratt qu'avant de quitter le Bellérophon ^ IVapoléon fut prévenu qu'il pouvait choisir par^ nii les personnes de sa suite ceux qui seraient autorisés à l'accompagner à Sainte-Hélène. Ber^ trand d'abord fut excepté. Mais on assure que lord Keith prit sur sa responsabilité de mettre au nombre des serviteurs de l'exilé , un ami qui lui était si sincèrement attaché ; les autres furent le comte de Las Cases , qui a été capitaine de vaisseau , et qui est homme de lettres ( i ) ; le général comte Montholon et le lieutenant-général Gourgaud , ses deux aides-de-camp. Ces derniers ont servi dans la campagne de Russie ; ils font la description de l'hiver qu'ils y ont passé * de manière à faire dresser les cheveux. Ils parlent avec éloge de la cavalerie russe; mais représentent les cosaques comme des troupes qu'on peut aisément disperser. Ils ne paraissent pas faire grand cas des soldats prussiens , qu'ils estiment
(i) Auteur de VAt(a$ hktariguê connu sous le nom de Le Sage.