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9$ PIÈGES SUE LE PRiSOIfNIEK
cependant être supérieursaux Autrichiens. L'în-
fanterie anglaise obtient leurs éloges; mais ils reprochent trop d'impétuosité à notre cavalerie : elle en eut trop, pour cause, sans doute, dans la journée de Waterloo (i). . Dans une conversation que j'eus avec le comte Bertrand, pendant laquelle on parla un moment de cette bataille, il ne put cacher son émotion. Le peu qu'il dît fut proféré tfuh ton triste, mais cependant avec candeur. Je lui dettlàhdai s'ifavait lu la lettre du maréchal Ney au duc d'Otrante, dans laquelle il excusait sa conduite dans ce sanglant combat: il paraît que Bertrand ne l'avait pas vue. Je lui fis part des reproches qu'il adressait à Napoléon ; ajoutant qu'aux yeux de presque tout le monde, ce maréchal était disculpé t SI j'eusse eu lé commandement de la division du
(i) Ce n*est pas à VimpétuosiU anglaise que le iPfiVDENT vainqueur de Sarragosse a dû^ non la victoire, mais le gain inespéré de Waterloo; c*est aux incertitudes de Ney, aux méprises de Grouchy , aux trahisons de ... . de .... , que rhistoire Uvrer à la postérité, marqués «u sceau de Tinfamie.
maréchal Nèy, dît -il, j'arafàrt pfeut-êtt^è plus mal fait que lui: placé comme je Tétais, ]'ai vu commettre bien dei fbutes; maAs compairèr Napoléon à Ney, conlinua -t -il ; en levant lès yeux au ciel et les baissant sur le pont avec tin geste significatif: en vérité la comparaison me paraît bien choquante! k^
D'àjjrès les informations que j'ai recuelHîei , il paraît que labdication de l'Empereur en faveur de son fife est une transaction qui nV pas été bien comprise en Ailgièterre , quant atot causes qui Tout précédée et produite. Si ce qu'on m'a communiqué est exact, et je ne saluerais croire qu'ott ait cherché à mè tromper, un grand plan politique pour trotnper Napoléon a été inventé par Foucké j et mè plan é i^éussi. te nom de ce rusé diploÉbfàte , de ce prince des criâmes révolutionnaires n'est jamais priofnoncé par nos hôtes , sans être accompagné d'épithètes peu honorables et bien méritées. Talleyram) hiiméme n'est pas aussi détesté que ce Judas politique (i). Nos exilés pensent que Fbuèhé aurait
(i) Il y a traître en anglais; mais quand il s'agit de
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fait pendre '|*aUeyrand , s'il eût pu , et que ce- Jui-ci préparait le même sort, au premier : ils disent que s'ils étaient tous les deux accrochés à la même potence , il faudrait la conserver avec grand soin , pour le service signalé qu'elle aurait rendu au genre humain , en le délivrant de deux fourbes, qui font la honte de l'humanité. La transaction dont j'ai parlé tout à l'heure est ainsi racontée par nos Français.
Au retour de Napoléon à Paris , après la fatale bataille de Waterloo , lorsqu'on le supposait plongé dans la perplexité, et incertain sur ce qui restait à faire dans une crise aussi extraordinaire ; le duc d'Otrante lui présenta une lettre qu'il dit lui avoir été adressée par le prince Metternich, ministre d'Autriche. Cette lettre était datée du mois d'avril précédent : le diplomate y disait que l'Empereur son maître était décidé à expulser Napoléon P' du trône de France « mais que la nation française aurait le
Fouchéy le mot traitre se traduit par Judas ^ puisque, comme le perfide apôtre , Fouché a livré son maître et son bienfaiteur.
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choix d'adopter un gouvernement monarchique sous Napoléon II , ou de se constituer en république. L'Autriche reconnaissait ne pas avoir le droit , et en conséquence ne montrait aucune intention de rien prescrire aux Français. L'ex^
pulsion définitive du trattre ( telle était Texpres* sion ) était tout ce que FAutriche exigeait de la France (i).
Napoléon donna dans le piège, et abdiqua sur-le-champ en faveur de son fils : mais il n*eut pas plutôt pris ce parti, qu'il découvrit la duplicité deiFouché. La lettre était supposée , et il parut bientôt après que quand même l'empereur d'Autriche eût eu l'intention de mettre une couronne sur la tête de son petit-fils , il n'en aurait pas eu le pouvoir.
Après son départ de Paris , l'ex-Empereur et sa suite se rendirent sans être inquiétés sur les côtes de l'Océan , et les exilés pensent qu'ils au-
(i) Comme il famt être juste, surtout envers ceux qui ont trahi la justice , nous nous hâtons de démentir toutes ces assertions , dont la ridicule fausseté est démontrée dans la réfutation de cette lettre. (Voy. ci-après. )
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raient pu rester , saas courir aucun risque , dans les environs de Rochefort, si Tiiupatience de
Napoléon le leur eût permis.
A son arrivée parmi nous , il ne tarda pas à montrer le désir de savoir ce que contenaient les journaux anglais; mais ces journeiux parlant sans ménagem^ent de sa personne , de son caractère , de sa conduite politique et delà situation dans laquelle ses fautes lavaient placé, on eut la délicatesse de ne lui en lire aucun. Toute vérité n est pas bonne à dire : cette maxime utile en tout temps et en tout lieu fut constamment observée à bord du Northumberland. Le comte de Las Cases avait , à la vérité , offert d son maître de lui enseigner assez d'anglais dans l'espace d'un mois , pour lire et comprendre un journal ; entreprise dans laquelle nous doutons qu'il eût pu réussir ; mais Napoléon n'a pu se détcrnMner à devenir son écolier. L'ex-Empereur brisa là-dessus en disant : < Je sais que vous me croyez un habile
< homme ; pourtant je ne suis pas propre à tout;
< et parmi les choses impossibles pour moi , je Il % compte celle d'apprendre la langue anglaise
c en quelques semaines. »
HE SAINTE^HélÈNE. ' ' lûS
. Je termiqe ici ma première lettre, ou si vous l'aimez mie^x, la première divisioa de ma nar-^ ration épistplaîre : puisqu'elle est prête , je pto* fiterai de la première occasion pouif you9 la transmettre/Si cille peut Siatisfaire votre curiosité^ j'en serai contept moi*méme ; s'il en était autre*' ment , je me serais du moins procuré la satis^ faction de vous demande^ des nouvelles de votre
santé. Que Dieu vous conserve ! Rappelez -moi,
je vous prie , au souvenir de pos aniis com**
muns.
En mer.
Mon GH£R MoifSIEUB ,
Je reprends mon occupation journalière, comme vous le souhaitez. Le premier jour de son arrivée, notre illustre passager m(yitra un très-grand appétit: il fit un dîner copieux, largement arrosé de vin de Bordeaux. U passa la soirée sur 1^ gaillard d'arrière, où le^ musiciens du ciaquante-troi£iièine régimeot lui donnèrent une Qubade. Lui-même il demanda le God save
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the King ! ( Dieu cônsenre le Roi ! ) et le Rule Britannia! (Que rAngleterre triomphe!)
Par intervalle il causa avec les officiers du vaisseau qui parlaient français. Je remarquai qu'en pareille occasion il gardait invariablement une attitude itnposante, telle que celle qu'il avait sans doute aux Tuileries , lorsqu'il donnait audience à ses maréchaux etàsesministres^Il ne dérange ses mains dé leur place habituelle, les poches de son ^bit , que pour prendre sa tabatière. Je remarquai avec une attention toute particulière qu'il n'offrait jamais de tabac à personne , ce que j attribuai à l'étiquette attachée au rang éminent qu'il avait occupé.
Le jour suivant , il déjeuna à onze heures . Ce repas consistait en viandes , vin de Bordeaux et café. A diner , je remarquai qu'il 8*empara d'une côtelette de mouton qu'il mangea sans se servir de couteau ni de fourchette (i).
(i) Le traducteur demande pardon au lecteur d'être obligé de lui transmettre ces minutieuses fadaises , que ne justifient pas la curiosité niaise d'un ^bmeur anglais
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Le troisième jour nous le \ime8 presque tout le jour sur le pont , et il parut avoir soigné sa toilette plus que de coutume. Les o£Bciers ne lui témoignent pas plus de respect qu'ils ne font à des personnes de leur rang, et il parait n'en pas exiger davantage. Il se contente apparemment , des hommages que les gens de sa suite lui rendent. Ils ne paraissent jamais devant lui que découverts ; et en promenant ses regards sur le cercle qu'ils décrivent autour de lui , il peut se croire encore à Saint-Cloud.
Le soir il joua au whisk , et perdit. Il ne le joue pas à la manière anglaise; mais je ne suis pas en état de dire en quoi ces deux manières diffèrent.
Napoléon passa le jour suivant dans son appar- , tement. Les personnes de sa suite avouèrent que le mal de mer l'affectait ; mais ou il connaissait si peu cet élément, si l'on ose le supposer, qu'il ignorait l'effet que produisait le mouvement d'un
qui se croit observateur, ni même la célébrité du personnage^ objet de ses observations.
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yaisseau sur ceux . qui ne sont pas accoutumés à la navigation ; ou il croyait que sa migraine provenait d une autre cause. Toutefois il parait qu'il ne voulait pas lattribuer à la mer. Aucua de ses gens n'osa, dans cette occasion, lui répéter la leçon que son frère Canut donna à ses courtisans sur la puissance de l'Océan.
Parmi ses bagages , je vis deux lits de camp qui l'ont suivi dans plusieurs de ses campagnes. L'un deux, qui n'^ probablement pas été construit pour un voyage de mer, est devenu l'article le plus essentiel de sa chambrç ; l'autre ne devait plus servir à recevoir les membres fatigués d'un héros , mais ceux d'une héroïne maritime. Ces deux lits sont aussi commodes que l'habileté combinée d'un machiniste et d'un tapissier a pu les iùventer. Ils ont environ six pieds ^e longueur, sur trois de largeur, et sont cou-
verts d'une étoffe de soie très-forte: le châssis
est en acier, înais travaillé et tourné de manière à surprendre par sa légèreté et la facilité avec laquelle on peut les changer de place. Lorsqu'il m'arrivait de m'asseôir dessus l'un d'eux , je ne pouvais m'em'pécher de songer aux ba«
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tailles d'Austerlitz , de Wagram , de Friedfend, etc., etc. (i).
C'est dans une pareille position qu'un politique, un sage pourraient être inspirés et méditer sur les vicissitudes des choses humaines; mais comme je ne me flatte pas de posséder leur intelligence , je né me permettrai pas de me jeter dans une stiite dé réflexion^ au-delà de ma portée ; ainsi je vous les réserve : vous pouvez à cet égard suivre votre imagination.
Quoiqu'il ventât bon frais , et que nous fussions ballottés , Napoléon vint sur le pont entre trois et quatre heures de l'après-midi , et s'amusa à questionner le lieutenant de quart : il lui demanda combien de nœuds le vaisseau filait à l'heure; si la mer deviendrait plus calme ; quel était le vaisseau étranger qui se trouvait à lavant du Northumberland. Voulait-il prouver par là que rien n'échappait à ses observations ? Mais je ne
(4) Et probablement à rexiguité du personnage qui les foulait alors ^ comparée à la puissance morale de celui auquel ils avaient été destiné^.
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pus m'empéchcr de sourire , en voyant celui qui avait marché d'un pas si ferme sur tant de pays soumis , chanceler sur le pont d un vaisseau et prendre le bras du premier venu pour éviter une chute ; car il n avait pas encore le pied marin.
Parmi les objets qui fixèrent son attention» il remarqua un aspirant déjà d'un certain âge , nommé Smith , qui se promenait avec ses camarades ; il lui demanda combien il y avait de temps qu'il était au service. M. Smith ayant répondu qu'il servait depuis neuf ans : c C'est bien longtemps. — Cela est vrai, répartit l'aspirant; mais j'en ai passé une partie dans une prison en France, et j'étais à Verdun (i), Monsieur^ lorsque vous partîtes pour faire la campagne de Russie. » Napoléon haussa les épaules en souriant d'un air significatif 9 et ne dit plus rien.
(i) Les Anglais réunis à Verdun en qualité d'otages , y étaient retentis et non détenus. Ils avaient la citadelle pour prison , et le plus obscur d'entre eux était traité avec plus d'égards , ou moins d'inhumanité » que ne le fut l'auguste infortuné , objet de ces Mémoires.