‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · BB SAINTE-HEI.ENE. IO · texte numérisé non relu

BB SAINTE-HEI.ENE. IO

U faut que je vous dise ici, une fois pour toutes, qu'il ne laissait jamais échapper l'occasion de faire des questions ; et ce fut à peu près dans ce temps-là qu'il en adressa une qui eut lieu de surprendre notre chapelain , homme très-orthodoxe. Il lui demanda s'il n'était pas puritain. Je n'ai pas besoin de tous dire quelle fut la réponse; et TOUS pouvez vous imaginer combien fut choqué d'une pareille question un ministre de l'église anglicane.

n désira aussi qu'on satisfit sa curiosité sur une secte existant en Ecosse , connue sous le nom de Johnêoniènej laquelle, d'après ce qu'il avaitappris , était très-répandue dans cette partie de la Grande-Bretagne. Sa conversation en tout

temps consiste presque toujours en questions, qu'il a soin de poser de manière à ce qu'on ne lui en adresse point à lui-même. Il ne permettrait pas qu'on usât de celte liberté , chose pourtant assez commune en conversation. Je conçois aisément que lorsqu'il était sur un trône devant lequel personne n'osait parler , à moins qu'il ne l'ordonnât , il ait pu prendre cette habitude de questionner sans cesse ; mais qu'il l'ait conservée

dans sa chambre , sur le gaillard ou pendant ses promenades sur le pont dun vaisseau , où il est lui-même subordonné au capitaine qui le commande ,^ c'est ce qui m*étonne(i). II. était difficile de deviner à quel propos il fit sa question sur les Johnsoniens d'hcosse; mais comme ^ dîans les plans qu'il avait conçus pour envahir notre petite Ile, il n'est pas improbable qu'afin de préparer ses succès il ait jeté les yeux ëmr les Hébrideîi, il est naturel de supposer qu'il aura consulté le Voyage du docteur Johnson daps ces îles , et que la secte des Johnsoniens , dont il «'était occupé autrefois, se. soit .présentée i soneisprit.

' Napoléon pa fut frappé de voir dë^â chaloupes placées sur des arc-boiftans ; leur longueur le surprit; il fit une série de questions pour savoir à quoi elles étaient destinées ; il s'en fallut de peii qu'il ne donnât à entendre qu'il soupçonnait

(i) Le bonhomme Warden, dont la naïveté s'étale avec complaîsailce le long de seà prolixes' narrations , pâtrâlt mieux connaître les divers degrés de là subordination fnMèrittU ^tie rhiéràrcbie moltiïe ^u sonimet de laquelle planent le génie et la magnanimité.

l^E &A1NTE-HÉ£ÈNE. 111 ^

qu'elles faisaient jpartie des embarcations qu'on emplotrait autour de Tile pour prévenir son évasion. On lui expliqua lusagé qu'on faisait de ces chaloupes dank^^ la marine anglaise, et il lie dit plus rien (i).

Le nom de Tallèyrand ayant été prononcé dans le cours d'une conversation que j'eus avec nos hôtes, ils reconnurent tous que les Bona* partistes eurent jadis la plus haute opinion des talens de celui qui le porte. Leur ayant demandé à quelle époque il avait perdu la confiance de Pfapoléon , on me répondit que ce fut au temps de l'invasion de l'Espagne. J'observai alors que lei rapports que nous àvion$ en Angleterre coïncîdatent parfaitement quant à l'époque , ' et que je nei»faisais aucun doute qu'il eli étafit de mêtù^ quant à la cause; je veuîc dfre que cethomtoe

f i) Pour la dernière fois, nous supplions nos lecteurs de pardonner aux scrupules de notre conscience de traducteur, laquelle, peut-être, aurait dû nous prescrire de supprimer tant d'insipides inutilités, q\ii foilt quelquefois ressembler le récit de l'honnête Brettyla aux caquets d'une vieille ^ans Jugement et, «ans esprit.

112 PIÈCES SOR X.E P&ISONME&

d'état avait hautement désapprouvé Tentreprise^ On me dit que le fait était faux , et on affirma , au contraire, que le prince de Bénévent avait expressément approuvé cette expédition , et qu'il en avait basé la nécessité sur l'intime persuasion où il était, et qu'il communiqua à Napoléon , que sa vie serait toujours en danger tant quim Bourbon régnerait en Europe.

J'entrai plus avant sur le même sujet, avec madame Bertrand : elle m'assura de la manière la plus formelle que Talleyrand entretenait une correspondance secrète avec Napoléon lors du premier retour des Bourbons à Paris , et que luimême devait s'y rendre dans un mois. Son départ de Vienne pour aller prendre les eaux â Aix-la-Chapelle n'était , me dit-elle , qu'un ]^éte:|te pour cacher sa nouvelle manœuvre. Pouvez-vous croire , Madame , lui dis-je , que Talleyraïid, supposé que telle eût été son intention , aurait eu assez d'influence à la cour de Vienne pour l'engager à favoriser le gendre de l'Empereur d'Autriche ?

« La cour de Vienne , s'écria-t-elle ! oui , oui , <c il est capable d'influencer toutes les cours de

J)E SAINTE-HÉLÈNE. m3

« l'Europe ; si seulement il eût pu rejoinclre « TEmpeteur , nous serions dans ce momeût-ci « à Paris, et là France n'aurait jamais changé da « maître.» Je conviens de n avoir jamais entendu personne faire Téloge des vertus de cet homnoielà; mais vous pourrez juger jusqu'à quel point i^s talens en politique sont apréciés à bord du Northumberland (i).

Je demandai un jour au général Bertrand .quel était celui des généraux français qui avait amiàssé le plus de richesses ; sans la. moindre hésitation, il nomma Masséna: ajoutant cependant que tous avaient fait des fortunes considérables. Macdonald , duc de^Tarente , à ce quil semblait croire ,

(i) Quel nom donner ici à la niaise crédulité du nàr-' râleur anglais^ qui 9 d'un coup de plume, métamorphose en véritable Sinon diplomatique Thomme d'état dont la. loyauté, la franchise, le désintéressement sont passés en proverbe, comme la loyauté de Sully, la fraifllbhise de Gatinat, le désintéressement des Montmorency? L*£urope sait , et la France avoue avec reconnaissance, que c'est à la réunion de ces hautes qualités, plus encore qu'aux talens du prince Talleyrand , que nous devons la restauration^

1 l4 PIÈCKS SUR LS PUI&ONNIER

aYj^it moiDS amassé que les autres. A qotre grande (iui|>riae, U parh de Bavou^, prince d'Eckmûhl, sdec les plus grands éloges; tout le monde ce-* pendant se récria sur la conduite qu'il 'avait tenue â. Bbmbourg ; conduite qu'on a?ait représentée oouuope atroce* Le comtç Bertrand ne se rendk pas, et soutint au contraire qu'il s'était conduit en commandant zélé , exact à ses devoirs autant que fidèle : qiie loin ^ 'être inhumain , quoique tl'atllaurs il fût sévère pour le service , il n'avait jamais suiiî ses inslaructions à k rigueur. Quant à se laisser, corioippie pav argent-» Bertrand décbraqU'il était incapable d'une p»eille bassesse ; il ajouta qu'il savait de science certaine qu'on lui avait offert ime sonmie très-considérable, pour £erm^ les yei^x sur 1^ sortie de qjukdqmes bâtimens du port de Hambourg , péiidant la nuit , et t^e, soldat fidèle et homme d'honneur , il avait refusé avec mépris.

]Lc comte Las Cases nous parla des maréchaux , et ne mit pas beaucoup de réserve dans le portrait qu'il €{n fit. U dit que M^sséna avait été 9iaibre*4'jai:mes;,m^i$ qu'av?ai>t.^.cîina|»agnede la Péninsule , il était considéré par la nation fraa^

9M SAIlïTE-HiLÈNE. Il5

çaise comtitie Tégaf, ti niéme il B'était pas supé«> rieur à Bonaparte demi l'art inilîtaire/ Le comte le repilrésenta, depuis cette époque, comme uA être nul. tt est d^uae avarice extrême , dit*il, qpaoiqu'il Wait qu'une fille / uniq^f«^ héritière des richesses énjonlies ipi'il a accumulées* >I'l nous raconta ^suile sur te màfréchal Tanecdot^ suivante. ' ^

La conservation de Farniéë , au JMisÉ^ge du 'Danube, as été «ttribfiéê, par leé soldais, ef jnéhie par toute la nation-, aux talens supérieurs; aimi qu'à rindomptabte courage dé Ma^^éna. II pà^ T^ qu'une immdation soudaine et' impétueuse du fleuve avait coupé fo^tecommucSliàtion d'une rive à l'autre , lorsque lai moitié de l'atrmée Veut passé. La partie qui restait en arrière n^avait pas dé àiUûîtions. Màsséna se jeta daps le vilhge d'Esling où il soutint quinze attaques de

la part des Autrichiens , et sauva la moitié de

l'armée française d'une destruction qui semblait

inévitable. V

Les éloges que l'armée et' la nation prodigué*

rent à Màsséna , pour sa ' conduite *et ' le succfèè

dont elle fut couronnée , ne laissèrent pas de

il6 PIECES sua LE PRISOMNtEà

faire présumer que celle deJBooaparte méritait d'être censu^ée^ Il parait que 'L'eï«£nip)sreur le /ientit;.Afîn.de dissiper les bruits qui couraient 4 jce ftujjet , ii conféra à Masséha lo titre de prince d!E$Hng, eom'me une i^écompense bien méritée, M comme un témoignage de la reconnaissance publique; pqur un service auquel. le isuccès de la campagne était dû (i).

. ; ^Bertrandr^parlai^t: dQ5^/> dit que c'était un excellent ofi^^jeryet que iV^polt^^mt la bravoure îusqu a la tép^rlte; quant à Suchetj ïji dit qu'il avait: {^lif a d'esprit , plus de çopnais^tojces , plus de sa< gacité en politique; et des formas plus concilia- Kl^ices qu'aucun 4efr autres maréchaux de France. ^ Il pâirlaenstiftede l'amiral Ganthaume, et de-

(i) pouner lé pri^ à son éiuuje., couronner de ses

propres mains le rjval qui. vous a. surpassé, c'est un pro-

cédé auquel la haine' elle-même ne saurait refuser beau-»

coup d*à!dressé : ceux qui liront pas atteudu que Napo-

léob tût "jËmpbrear pour hii donner le titre de Grand,

ont reconnu y dans celle conduite , tous les caractères dé; i'biéroîsme ^1. de la magnanimité. ( Cinq mois de V UùUriredù Ftance, par M. Ajbcnàvit-Warin ; Uv; d'^ ch. 4VP^S* ^$3>*^diUoa de iSiS. )

Dfi 9AINTE-HEI.ËNE. 1 I7

maudaquel oaractère on dônnail dans les papiers anglais à cet officiel de marine. Je répondis qa^c»:^ . le louait beaucoup du.courage^ec lequel il spr<^ tait d'un' portv ^et du bonheur qu'il aTait> d'y ren^: trer. t Oui, reprit-il ♦ avec un air et d'ian ton ti^SH' «^significatif, il est propre à ^uer â cligne-muê^ % sette.W a été ^^/^/e à Louis/ ensuite /2i/e/!^'à No pb-i « léon , et puis encore fidkle â Louis -: il est de fait « ce que vous^pp^ez lé ficaire de.^v Jelui*aidai> à terminer la pht'ase, en pronopçant le motf JBray^ il s'en saisit ^O'ècria: «Oui; ouille vicaire A de Bray. Il est vieux , dit le comte; mais *se» indiscrétiotis ;■ qu'il ne particularisa «e- «c pendant pas, le feraient passer pour un Jeune « homme. ».

Dans l'aprèsrihidi, Napoléon denfeui^ sur le* pont plus long-temps que de coutume ; il avait l'air extrêmement inquiet. Toutes ses questions avaient rapport aux progrès que nous faisions dans notre voyage, et montraient qu'il lui tardait d'arriver à Sainte-Hélène. Accoutumé à de vio-^ lens exercices , il se trouvait sans doute incom-r kaodé de se voir resserré dans l'espace étroit d'un vaisseau.

Il8 I^IECSS SUR LE FAISOHl^IEll

J'ai appris qu'il était maigre avant de parvenir

an consulat. S'il en eût été autrement , ses cam-* pagnes en Egypte auraient suffi pour lui faire pOTdre son embonpoint. Les travanï auxquels il s'est livré depuis auraient été capables de détruire toute autre constitution que la sienne, qui parait excellente /puisque sa santé, au lieu de se détériorer, s'est ankéliorée, et que c'est dans ces dernières dix années qu'il a graduellement ga*gné de la corpulence (i).

• C'est une circonstance singulière que le comte Montholon , dont j'ai dé^ fait mention , comme l'un de ses aides -i- de -^ camp ^ iioit le fils d'un offîcier-géaéral sous lequel Napoléon a servi en la même qualité pendant la guerre de la révolution (a). Toute la famille , excepté son père et

(i) Comme tous les hommes de 4o à 5o ans. jME. Warden s'émerveille de rencontrer dans un grand homme tout ce qu'on trouve dans tous les hom<mes sans le remarquer. En revanche , il passe à côté de ce qui le tire de la foule, et en fait un être unique : il ne le voit pas et marche dessus:

(a) Le père du comte Montholon , si nous sommée bien informés, n'a jamais servi; il était conseiller au

B£ 5Al9iT£-U£tËN£. 1 I9

lui , MBt des royalistes décidés , et très-riches ; mais le père est mort , et le fils a sacr^ sa fortune r abandoimé sa famille., pour partager, avec sa femme et son fils , l'exil de son ancien souverain , qu il se fait gloire d'aimer et de servir comme s'^ Tétait encore , s'acquittant de ses devoirs avec une loyauté et une fidélité dignes de vénération.

Jevous donne ici le beàik porttait que fait madame Bertrand du jeune Napoléon , pour vous faire connaître le laconisme anglais que le père emploie pour peindre son fils i ut lia une grande grosse têiè. • La même dame , en parlant de la famille de Bonaparte , représelite les princesses de cette famille comme extrêmement aimables ; toutes , à lexception de la princesse de Piombino , sont d'une beauté remarquable. C'est en compagnie de ces charmantes dames, et pour me servir de l'expression de la plus grande grosse

•^Uk.

parlement de Rouen ; et Napoléon n*a été raide*de-camp de personne. On ignore où M. Warden a pris cette anecdoie. {^ote du Traducteur.)

tête de toute la famille, que }e termine ma grande grasse leitrç (i) .

Recevez 9 etc., etc.

En mer.

Mon CHER,

Je vous ai déjà dit , |e crois , qu pu avait jugé convenable , pour ménager la sensibilité des exilés , de leur cacher les journaux anglais , que nous avions reçus au moment de notre départ.

Le comte Bertrand me demanda si je les avais lus ; lui ayant répondu affirmativement , il me pria de lui faire part de leur contenu. Je lui dis qu'entre autres choses , ces journaux parlaient du voyage que lui , comte Bertrand , avait fait à

(i) Si ces plaisanteries , que le bon M. Warden donne pour de Yhumour, ne sont pas d'un sel aussi piquant que celui dont Sterne 9. Swift ^ Adisson se servaient pour assaisonner leurs écrits > c'est qu*au règne de ces maîtres en Tart de plaire a succédé l'usurpation de ces freluquets^ mauvais plaisans , qui , sous le nom de Dandys , exa* gèrent, en tes copiant, les ridicules français.

Paris , avant le refour de Napoléon en France. A cette communication , sa figure inidiqûa qu'il était violemment affecté , et sa réponse me le prouva mieux encore, t Je sais très-bien, dit-il, que les papiers anglais m'ont accusé de m'étre déguisé pour me rendre à Paris , quelqueè moig avant le départ de l'Empereur de l'île d'Elbe. Mais je déclare solennellement que je n'ai jamais mis le pied en France^ cette époque* J'^urali pu aller en Italie, si je l'eusse voulu; mais je n'ai pas quitté l'île d'Elbe un seul instant, jus-* qu'au départ de mon Empereur! On à également avancé que j'avais prêté serment de ifidélité au Roi : cette assertion est aussi absurde que l'autre ; car je n'ai jamais vu en France un seul in^ dividu de la famille des Bourbons. »

Je vais essayer de vous donner l'historique du retour de Napoléon en France, tel qu'il m'a été raconté brièvement et en différentes occasionri « Le duc de Bassano en a été le principal acteur. « Des individus de plusieurs dépattemëns s'é- « talent rendus à l'île d'Elbe , et l'Empereur a « été porté à soupçonner que l'intention des « alliés était de l'envoyer à l'île où il va mainte^

« nant. On ignàte absolument qui a pu lui coin- « muniquer cette idée. Il est clependant certain % qu'il y croyait tellement , qu'il prit la ferme « résolution de tenter l'exécution du projet qu'il % méditait, avant que ce projet fût mûr en ^ France , et qu'on y fût en mesure d'agir ou^ « vertement. Après que sa petite armée fut cm- « barquée , ses amis lui expédièrent un courrier % avec les prières les plus pressantes de différer i soni entreprise , ne fût-^ce que p»endant un c moiÈi S'il eût reçu les dépêches avant d'avoir k quitté l'ile , il n'ast pas aisé 4e conjecturer « Tèffet qu'elles auraient fait sur lui; mais quoi « qu'il en soit, elles arrivèrent trop tard, le dé « était jelé-(i). »

Il est arrivé ce matin un événement qui, comme vous vous l'imaginerez facilement , frappa sihgulièremcait nos passagers : un brick fran« çais portant pavillon blanc, marchait de conserve avec nous«

Le général Gourgaud nous intéressa, en nous

(l)'Quaftft aux mbtîfs qui ont déterminé Napoléon> Toyex les Mémoires de M. FUury de €àa6(mU>n.

^tionnapt pluëieura détail» mr les campagnes é^ Russie ^0l de la Péninsule , desquels il altaifcrflé témoin* Je n'en choisinii qnè deux ou trait, eor des narriitians qui imnpepjtia «ohotonie d'un vaisseau , fte^pettv^Ht^ «mimer ceux qui jouissent 4ésft4ii99NÎOos produites par une société choisie. Il nous fit la deaértption* du froid en * Russie v avec une énorgie qui lious attacha ^Tem^sntJ GonceTézi le oontrairté qu'^rouv^ un Français r né S0US up 'beau cthnât, et qui venait de iernr en Espagne, lorsqu'il Se trouva transplanté sur une partie du ^obé où les larmes que i'âpretéde la température arrachait de sea yeux , élâi^t ' aur-'le*-champ> transforméiss en globules de gla-*' ces ! et où les soldats engourdia par le ^froid , en essaya de se seeoîi^ pour 'retrou ter léura ftNrces i tombaient mortii^tout«4»cioup, ou expi*^ fuient debout ^ roides de froid !

Unous raconta aussi révénement' suivante, qui^ arriva au siège de Saragosse. Les Français avaient miné un couvent, dans lequdi des Espagnols s'étËâent réfugiés* Les assiégeans n'avaient pas l'intention de détruire le bâtiment , mais seulememt cte faire sauter un mur , pour effrayer le» assied

'124 PIÈCES SUR lE PRISONiriER

gës, afîa qu'ils se rendissent. L explosion ce« pAidaDt alla plus loin qu'on ne s'y attendait, et une grande partie des Espagnols périt, maison en \it seize s^échapper d'une manière très -extraordinaire. Ils montèrent au clocher, empor^tant avec eux des munitions et s'y diéféndirént

jnalgré tous les efforts des Français , pendant trois jours entiers. Bientôt on découvrit qu'ils s'étaient échappésau grand étonnement de leurs ennemis, qui» comme de pieux catholiques, n'ont pas hésité -de croire qu'ils avaient dû leur salut à. l'inteircession du Saint , patron du couvent (i\ Cependant les moyens qu'ils employèrent étaient toùl-à-fait humains. A l'aide de cordes qu'on leur avait jetées d'une maison voisine , ils se laissèrent descendre de la forteresse à laquelle ils devaient la conservatiiipi de leur existence. On peut, )e pensé, ajouter cette historiette â celles qii'on appelle, si. je puis risquer un calembourg avec vous ^ des châteaux en Espagne*

'(i) Sdcore un grain de malice et un édair d*espritl H. Desmamires Qe peut se corriger :

; PcAte ! 6& prend #oit ftpiit tootes cciji jevlîliesses ? ( SipL)

1>S SÀIirTE-H£L£IlE. lâS

l)iaj||6 laf^çiréé Napoléob adre8dâ;i9es quèflftioiw ^ M.B^atty^ capitaine dqssicfldato de «aripe^ Je* quel parle français. £Ik8;a¥aiei»lidpport aux réglemens du;Corpada<is leq]âd.'iliser7ait>ietCMieto. Il ne pouvait Badreaser à un offictcar <(mfiûit plut capable de. le. satisfaire. Li^;€:apîftaîne JEfeatty « servi avec';sirjSidney Smith, ^^niOrieùlf* et4<élnit trouvé :au siège de S^-JewQ'di'AcreY événpméntiqtii parait ne pas prôcufer >à^ Napoléon dagféid^tefl souvenirs. Cependant lorsqu'il - fut iuforûié dfe cette ciroonstance t il' en plaisanta, et prenant le capitaine par l'oreille, il lui dit ^n riant: A Ah fripponi vous y^tiez.dono>(i^ ?»'itlui de>* manda ensuite- où étjGiil^ flIlr'Sidnéyv le'caTprtàine lui répondit que ceiU^alFe ^chevalier était "^tors ail congrès; dé Vienney pour^tS soûmfëtfré la propoaitioi^ dé détruire les' troirsaîrès bdrhâresques. Napoléon répondit : c Qu'il était depuis

-M' loi^'-tempb honteux aùi^ jpitiisdancies de 4'Eu-

<t rope , éé ipemiettre l'etlsténcè de parèilà Scé-

(i) €e geste était assez familier à TEmpereur, mais avec ceux qu^il honorait de quelque bienveillance : avaitil déjà ^ul^l/^fçpA 4*^11 'éprouver pour cet olBcier?

ia6 piicis SUE LE raiflONNiER

t: léf ait. * Celte , opinion semble, en cpielque #iirte.^ confirmer la proposition qu'Andréoai «Vaik :ordre, dib-oi»^ de ifflfe an nom dti gouver* neknent consolâifc* Pqndsmt nue courte suspeiv* iÎ0Bi tfàoelilité, on assure ente le Premier Gon- SMljorofiosa uns^expéditioa eomrmime aux dénie Ml»0ns t elle araift paw ob)^ Tentière destructÎMides pirates barbarescines. Poor cet effet, ^{âMiwe'îfUf'ilèpttrwy tobtee les troupes de terre ^i'Sfffiîwjt Kâcâtaatpes^ si; TÂnfl^rre* voulait fîf^^^tg^i?^ fournir les 'vaiàseavx dont on aurait }>^soJHri sppur )réussir dans nsie entreprise si ho^ noapabfenux déum;iîattod8^ U)^ cette proposi^^ tîon.# ét|i..fâitO|;;ilp']^ e* -pas de doute que de fortes raiapas ç'^epo^t . ^aQ^pfêché notre §;o4iverne« W^ntde.laçc^efpf.jetla.glAerrfS se ralumantde nouveau, tpi^ dé^ibérs^on. 4 ce sujist. esl^ de* Tenue inutiles ,

' . Napoléon s'info:^:^ ensuite 4^ ce . qiui regar* 4^it lartiUerie anglais^;, fl, s'adressa pour cela au capitaine d'artillerie du bor<l » <)u il trouva en

(t) 11. Warden sccoiiiredii^*

{KêUdu.TraéueUur.}

état de répondre à ses nombreuses questions. Quand il est entré. au service »^ larlilkrie était; son arme ; le sujet sur l^u^ il pf enaît. df s in-formations, devenait donc par -14 plus intéi^e»-^ sant, car si peu de temps .s'était écoulé ;depuiA se» premières armes , qu'il pût apprécicir à ses. dé-, peas notre tactique dans c^tte partie de l'art dt la guerre (i).

]>escendant Jus<|ii'a]£L plus, minutieux détails du service » il s'informa de la^discqUine des soust officiers , des l^mbai^diers , des mineurs «t des simples soldats. U n'oublia pas . l'éducation de» cadets^et il di^nanda particulièrement s'ils avaient ds$ professeursde mathémàlb|ttes , de physique, de chimii$9 etc. Et afin qu'on s'entendit bien sur les termes propres à cbaque art , il appela

tm^m*

(i) iVc sutor uUrà crepidam est un proverbe applicable à M. mrarden, qui devrait ne se servir que de sa lancette et de paï parier d'artillerie. Napoléon a donné an Anglais^ étant encore bien jevine, de *l fortes leçons de tactique, aux forts Lamalgue ett Malbosquet ^ qu'ils ne Toublieront de long-temps.. . ;,

( Note du Traducteur. )

Xa8 PIECES SUR lE PRISONNIER

le comte de Las Cases pour qu'il prit part à cette éèUTersation scientifique. La seule observation qu'il fit , fut la surprise que nous nous servissions de pièces de douie comme pièces de campagnis \ . aiiisi que sur la force et la perfection de cette partie de notre état militaire , sut' laquelle il parut n'avoir pas de connaissances positives.

• Je TOUS ai prévenu en commençant cette correspondance, qu'il fallait vous attendre à de sou* daines transitions de faits qui n'auraient aucune 69pècecle'rajpport entre eux; et je tous en donne ici un exemple risible , en passant de rârtilleriè alfi^ais^atix joyaux de la'couronne de France v dont Napoléon n'a sauvé qu'un seul article , une croix de diamant estimée douze mille livres sterling (288,000 fr.). J'apprends aussi que lorsque Grpuéhi annonça la capture du duc d'Angoûléme, dans son expédition du Midi , on en- ¥oya à pe général Tordre de faire restituer au prince tous les diamans ; joyaux et bijoux qui serèrieiit en ïia possession. :

Vous- aurez pu reniarqûer que notre illustre passager tîe fait po»^ de questions au hasard, il les

DE SÂHHTS-HSLÈirfi. lag

adresse aux. pMSOBQe»4|ue^ {lar leurs em^dois, il fluppote les fim^^ eàpsd^les de 'lui répondre 4'.iuie manière ^]|aUsfaisftDte;rOii » ce xjui est plus probable , 1^ .fitiynîoaQailfi di^s personne» qu'il rencontre ^ Hli^.suggère le sujet de ses kaerroga*

Comme sa curiosité^ s'attaehe particiidièrement à . péjEiétrer les secrets de Temptoi qu'occupe la personne à laquejyb il fa^fJl^powniM bien lui prendre C^l^taMÎ^ ^ ^'aidresaer à moi ; cs^r il pa* rait qu'il ne dédaigne pa^ la mé^eciaCéll pense queJilea^cJLçe du cheval^est.plus propreque tout autres, â l^^jcopiservation delà santé; et loa m'a assuré qu'A son pas^i^ à bord ilu,^^//^iyxA(m, espé« rant aloct qu'il serait accueilli par notre gonvernemeiit, il }oiu#sait par avance du^rfaisir 4e monter achevai dansleabelles^plaines de notre Angleterre»

Tout le m#nde se souvient de l'invasion dont TAngleterie était menacée en iiB^5,, et.de toutes les cojQ)ectiires qu'on formait é ce sujet On ne la croyait guère praticable ; wissi ce projet excita peu d'alarmes. Je vais , néanmoins , vou^ produire l'autorité sur laquolie je me fonde , pour

vous asaurer qu'on avait l'intçtntion.de le mettrf^ //. 9

l3o F1È£SS SUE LS PRISONNIER

à e&écutioD; c'est JNapoléon ki»HoaKkne« Il dit qu'il avait deux cefit iMUe hiMitnes sQji^ les càtes 4e France yis^-vis dettes d' AnglelerM, et qu'il étail résolu de se metSre à Umt tète. '

Il avêve que rentreprise étai^ 4sasardewse et le succès incertain ; malgré cela il avait réseiu dé la tenter^ et avait pris totHes les mesuf^ possibles po«ir réussir; On hA âvak objecté que sa flotitie était 4tttciflfaMiHle,^tqu^an vaisseau tel que ieifarthuW9hertand a«irait^ ee^c^ tliiqwinte tie ses îehalbupeè t ixnÈik il asfmrà qa'ft ^uvait le iDOji^en «le Aéimmiatet là Mattdie *de t<nis les v^seautiL de guette anglaisvet quepbur y fiarvenir , ihivait écmné tftét^ 'à fatiûtÀ FtMmèuvedeÉtiimget ^n appar^tcé^ée les flottes eombiiiécs de France et «d'Bspagne , rmn là Afortiniqucr , iàkHM l'inftention de divisernos foreefc aiavales, et de le faire sttivt^ par iiM meiUeuM vàfDsekiini^e^erre. D^utrei tîscadres dPVibsefrva^cm tl^vateiifr ie pt*é- •etitèr stnr diRitens poiiltk, de mattière à laisser FAngletetre lléga^ie 'de ses pifncipales foihees;

Vniélieuve avait Ik^téte de cbaitger de route A une btitudè donuée , ë'éckapper à la vigilauc«

:»£ SAHiTl^-Mài'iiHË» i3i

de Nel^oQ ^ de rejotrer ida&s.Ia Maoi^. La flot* liUe.sei^t alors sortie des 'pofts d'Ûstendet de jDhuikerquft^ de Poulogae ei des autres |Mirts yo\^ sins. L'intaptiiMi de Napoléon était de se porter rapideideol^uv la capitale , par Chathaoi; Il niguorait pas , disaliril , qu'il trouverait bien des difficultés; mais Tobjet était asseSr impôt taiift ppur ju^Uâsr SOI» «mireprise.

. Villeneuve ayaojt rencontré air Aobect Gaïdar qui k . ]mtit , fut forcé de se réfugier au Fer*^ roi. Dans ce 4>ort , un ordre pàremptchre le força de mettre à la voile et de suivre ses insbnloiieos antérieures; niais, oonjtradiotaireBienCé ce qui lui était strietem^t enjoint, 0 «e dirigea sur 4]ladi}t. « 14 eût aussi bien fei^, s'écria 9fa|H)léen, ^ eu élevant la voi^ , il^àt ausfi. iijtn «firit^ d'aller t dans riade. »

9eu^ jours après q:pa Vittenauve eut < levé! Taocre de la rade de Cadix , un ^officier de macine , chargé de le fetpplaçer, y. atri^ra^ La célèbre ^notoire de Trafalgar coujBonna bientàt nos armes , et r^niifial fituiçc^i, i sa fmitMi» en Fm^ce^ cessa d'exister : on assure qu'il sç donna la

l$2 1»IECES SUR LE PRUONNIER

Après vous avoir donné une preuve de la vivacité de son esprit, je vais sans doute vous surprendre en vous informant que cet homme, qui , pendant toute sa carrière .s'est à peine donné le temps de dormir , tandis qu'il tenait tout le monde éveillé , est devenu un grand dormeur depuis qu'il est sur le Northupiberland. Pendant presque tout le jour il reste coubhé sur un sofa, quitte la tablé de jeu de très-bonne heure , n'est visible que vers onze heures du matia , et déjeune trèsHSOuvent au lit. Mais il n'a rien à faire, et parfois un romaii» l'amuse.

On s'est souvent plu à répéter dans tes journaux an^ais, que Napoléon, qui a bravé la mort sous tant de formes , et dont le courage n'est pas problémiatique , ;est devenu poltron ; on ajoute qu'il veut %e suicider plutôt jque de subir l'exil de Saînte^élène. Après qu'il eut appris ce qu'on disait de lui à ce sujet , il répondit avec calme : c Non , non , je ne suit pas assez Romain « pour ine. donner une mort facile : il y a € plus deciourage à supporter une vie malheu- « reuse (i)^»

(i) Il est digne de remarque > a dit U. RegDault Warin

I>B «AINTE-HÉtilTE. l35

En continuant à discourir sur le même sujet, on cita par hasard le nom de M. Whitbread, et la manière déplorable dont U avait terminé ses jourSé Napoléon n'ignorait .pas le caractère politique de M. Whitbread. Après Va« ifoir peint comipe Tami fidèle de son paj^a^ il sembla disposé à croire que ce fetal^ éf énenwdt ne devait ^trç attribué qu'à. l'humidité de notre climat. Il savait eptopdiiL parler ^e» ejBTels qju'oi:i reproche à notr^ sombre moia de •novembre ^>et il multiplia lea questions^ siur l'influ€;^u:e 4es brouillaiids sur notre tle » sur. le système pbj^ftH: qujç de ses, habitans ;. infl^enee qui. qcea^iaiH^r ces désordijrs hypocondnuquies » . au-' le. tœéiUm vitœ y auxquels on . attribue le suicide. U parl^ long -temps et très -bien, si^r.lç lxt^^JB^Î^t » et

{iMrùduaiah è ilHiMiiHritV&fa^^ jqfdéiVéët de la fifptioÀ qol^ eotrfpte -te plus de lAehes ciélèbrés et d'illaslres dftvéls, q«el!j[i|ioléoii détrôné a reçolel'es^kortations les plus preskapCiâ d'échapper à l'igDomlniB'dB, sa chiitepar/0^&H[re. du suicide; et que, poarfavôû> eu tafaiMesie de ne pas suivre cet hdàoraM^^'coa^Hy. c'est aussi de ce ^tidé catholiquei et de chevaliers qu'il a reçu les épithètes'de 4âehô et de fokrm^

196 piicis sfjn lE raifloicNiEa

• lâtali. 9 Celte opinion sembte, en cj^Ique #ilrte.^ confirmer b firopoiilion qu'Andréoai «Vait iordre, dib-dit, de ^|îre an nom du gouver-neknent conralâiffCr Piqndant une courte suspen* mm d'àôetilitév on assure ^pie le Premier Con* aiil|Brotio9a iswexpéditîoa eomiminie aux deux lOtiOat s elle araiifc pour db)^ rentière destnictHw dos pintes ~barliare«|ues. Pour cet effet, ^iê/M^ivre ifWU^pffirmV tolul^ les troupes de terre qHi'SfVf^ÎMjt i9âcdlastre8v si: Tiisii^ctérrie vouimt hmtpig^i'i jTourmr les fvaiéseavx^ demi on aurait })^s^ (ppuri )réiiS8ir dans une e»|reprise si lioiMWaiUe( tiU]( déum;siatioiifl^ (i) Si cette propositîoa.^ été .faîtoi.iil :n')^ a^pàs de doute que de fortes idiflpns u'fdeojt . ^oiféehé «totre §;oiiverue*

m^nt • de. laccepltef .f 01 la . gperrie se ralumant de

nouveau, XQ}^ délibération» :j^ ce sujat. esk^ de<» Tenue inv^tUé^

'Napoléon s'informa epsuit^ 4t ce , cpn regar« d^t lartiUei^ie anglais^; îl.s*adi?es8a pour cela au capitaine d'artillerie du bojpd , qu'il trouva ea

■■■ ■ Il «ntl .im^ii iw <pytin ■ Il p >■

(t> Mi Wardta se coulredit fd;

{HêUduTiPûducUur.)

P£ saintje;-helene* ly)

état de répondre à ses nombreuses qui^tioas.

Quand U est entré, a» service ^ FaiTliUeri^ était) soa arme ; le su}et sur 1^^^ il prenait. 4f s \^^. formations, deyeoait donc, par -14 plus intéceiS? sant,car si peu de temps .s'était découlé .depui» set premières armes, , qu'il pût apprécier à ses. dé*, pensnobre tactique dans cette partie de Tast un la guerre (i).

Descendant ja&(|u^aiiK. plus, mimitieux dél:ails du service » il s'iafenaaa de la^diacipUne des soutf officiers , des l>omba|rdiers , des aûneurs et dM «impies soldat». Il n'oublia pas J'éducation de* cadets^et il demanda panticulièrement s'Us avaient dds profesiseucsik mathéméiiçues > de physique, de chimie 9 etc. Et afift quon a entendit bien sur les termes propres à chaque art » il appela

{i) Ne sutor uùrà crepidam est un proverbe applicable à M. 'Wardeh , qui devrait ne se servir ique de sa lancette et ne pa^ partet d'arfïUerié. Napoléoii a donné an Anglais 9 étant encore bien |ei»ne, de si fovtes le^çons de tactique , aux forts JLamalgue et Malbosquet » qu'ils ne Toublteront 4e long-temp^, , : .:.

( Note du Traducteur. )

l36 PIÈCES SUR LX PRISONNIER

daDS cette convarsationr , .pour ne pas dimii^uer

Fintérét du récit qu'il me fit.

« Aucune page de l'histoire ne peut tous offrir un événement aussi extraordinaire que celui que ^e vais vous racofEiter , et nuUe part vous ne trouverez des détails plus exacts sur^ notre départ de France et sur les circonstances qui raccompagnèrent Des histcHriens :essaîeront certainement de décrire cette époque:; alors vous jugerez de la véracité de kur oarra-^ tion. .: :.î :

t Du moment ou TEmp^eAir quitta la- capitale, son intention fut de passer eu Amérique^ et de s'établir sur les bordi» d'un des grands fleuves qui arrosent la partjLe septentrfOQale de ce continent. Il ne doutait pas qu'uuKra.u4 nombre de 9es partisans ne vinssent se rangeir autour de lui;et comme. son ambition avait

été trompée, il voulait se retirer au fond, d'une solitude f d'où il pût contempler philosophiquement le$ agitations, de l'Europe,:

c Arrivé à Rçchefort , la 4iflBu:uUé de gM^faer l'Amérique: pMTUt à Napoléon bèMic(Hi|i' plnsf grande qu'il ne s'y était attendu. On prit toutes

r>B SÀINTE-HiliiNE. ' iS'J

« les informations possibles , on Arma plusieurs « plana; mais aucun ne parut praticable. Enfin, « on se procura deux chasse-marées « (petits bâtimens à un. seul mât) , et Foà discuta sur la possibilité de traverser T Atlantique avec ces frêles embarcations. Seiie aspirang s'engagea rent de la meilleure grâce à les diriger, etJ'oB pensa un moment que pendant la nuit oq pouirait s'échappor. Nous nous réunîmes pour prendre une détermination , mai^ ce fut iongr temps en vain, et il me serait impossible de vous doimer, une idée de lanx^été qui régnait . parmi . nous, JU'Empereur , seul conserva . , son sang-frpÀd; ;La jçqajforit^iét^it ^psU. de Tetour- Ber à l'armée» paiiçe que , .ds^V-le midi .de; la France, la cause .iropécjale pouvait b;iompher. encore; L'E|npereur rejeta sm:-:letçhaEAp cette proposition , et déclara: qu'il pe serait jamais la cause d*m^ gaerre civile .exi .Fkoiicq. U xér péta en teriQiÉ formeU^ : que sa carrière .pf)(litique ; était terminée ; qu'il a'ay$â( d^autre ambition, fifffe ceye. d^ se procur/ey le paisible asil« qpi'il ge .flf^ttait de trouifer «n Amérique U me demanda alors, si» en ma qualité d'offi-

j38 pièces SUft LE PRISONNIER

cier de marine , je croyais qu'il fût possible de traverser TAtlantique dans les petits bâti- Riens qui paraissaient être les seuls avec lesquels on pût tenter l'entreprise. J'étais ballotté entre mes dontes et mes désirs : les premiers me faisaient hésiter à me prononcer pour Faffirmative; les derniers au contraire me portaient à l'adopter. Ma réponse fut donc dictée par ces déiix seUtimehs. Je dis qu'ayant quitté la mariné depuis long-tiifmps , et n'ayant aucune coimaissance des bâtimens qxfoh se proposïût d'employer^ y ignorais leur force et s'ils étaient propres Où ii6n à une pàrefQlé ha* tfgation ; mais que les )e«nès Mpiraiàs qui s'é« tÊisBt Tolonlairement offerts poiir les diriger , au péril de leur vie, devaient' inspirer une grande eonfiance. €ë ptojnlt firt néanmemi d^Mindomié , et ron ptasa que nous il'avidns d'autre alterMtive qu«r odile de tious ^n rap* pqrter â la générosité de F Ac^kAerre.

«A'u milieit de ce conseil qui se tenait à tiÀmit , Napdléon tans éb^ abMCu par la divergence d'opinion dé «eë-aéiis» ordonna à l'un d'euY de se préparer à écrire , et il ki

JDE SAINTE-HEEiNE. 10$

« dicta pour le prinoe^rêgelit d'Afijg^ctefre cette t lettre devenue la preuTis éè h Ooïififttité mà^ « gnanimité d'un héros, et de FiftsigM ^'frfejljr^ « d'ua roi. »

Lé aerriee'dmn, céléblré à hnufidj oottime fleët d*uflage de le faire iur toua les Vaisteausi 4â te Majesté Britatimqué iîmrmt matiM ft tille ilif^ cÉsiièn slir ia hdigi^ j tatt« leiB pef^oUtiéft d« kl anite de l^idiédii« Nom ap^tHés âitsni 'éftib çePritioe ai^it^ apiiës iN>ti dteKsr , {>al4é éè ttiM!è^ res religieuses : il est inutile dé toWi faire yait de ses ^«fèBè A ce M)et, il suffira de' dire ^li^ellëi «tliil»6t^'«Ae ][)%Mbfeôi^hié tôt^raûte. tThè ck*ëMi§t^6è ÀèliirMoiiifc nléritè ièlisèrvatloïi:tVst qW^il dit , ii|uè lé «ej^ed (pi'îl àVitt HMiOtè fièot le eulle tAutiulttiâii Jbr« «le sW sé|oW^ EgJlAe, fiViVràft ké (^u'un tete dé pelÛ^fieiè; une affaire èti tnôttléJMi On ii^p)^;fà' JFertèteènt sttf cette À'^ iëMèih , parte ifé^on ÙVàit iMtiibi'eti IW àVait été endigué tsn iyti|;letet«è ky9^\>tt^^ àtift 4i^it que Nd{>dléOki «Vt%lt.d«M[bl*é «H^ l'ot>lK>ï¥eMii ici ^ quMld 9\>èclàMatt aê présen-

0) iBëigaa el aUmeda-faimeté.

l4o PIÈCES SUR LE PRISOIfIflER

tait, les partisans de Napoléon ne manquaieiH jamais de le représenter de manière à diminuer les mauvaises impressions qu'ils supposaient que les Anglais avaient conçues de son caractère personnel ou politique. Quelqu'un ayant parlé de l'impétuosité de son caractère, on s'empressa de citer les deux anecdotes suiyantes , pour prouver qu'il cherchait ^ le réprimer. Ce fut le comte de Las Cases qui nous lés raconta. Il nous ^sura mémie ^u'il avait été témoin des faits sur lesquels elles roulaient.

c J'étais, dit-il, à Saint-Cloud , lorsque le cat pitaine Milieuse se présenta i l'Empereur â sou t retour d'Angleterre. Il avait été pris avec la • Didon^ par une frégate anglaise, le Phénix, « commandée par le capitaibe Baker. Après que € )e l'eus introduit , Sa Majesté lui dit d'un ton « extrêmement dur : C'est vous , Monsieur , qui c avez amené votre pavillon devant un ennemi « qui vou^ était inférieur en forces; qu'avez- vous, t à dire pour excuser une jmreille conduite? — t Sire , répondit Milieuse , j'ai &it tous les efforts « possibles , mais mon équipage a refusé de se « battre plus long*-temps. ««— S'il en est ainsi, re-

DE 8AINT£-U£L£N£. l4l

« pi*lt l'Empereur» quand un officier ne peut se « £ûre obéir , il doit cesser de commander ; rec tirest-vous. Six mois après cette réception mor- «« tifiante, il y eut Une enq(Uête 5ur la conduite « de cet officier; il fut nommé commandant

< d'une escadre â Venise! >

< L'Empereur avait un secrétaire intime (i) ,

< doué de talents transcendans ^ et d'un carac- «t tère si doux qu'il était presque impossible de c troubler la sérénité de son âme. L'impétuosité c de son maître, jointe aux heures inusitées aux- « quelles on le faisait souvent appeler pour se « mettre au travail , ne purent jamais amener le c moindre changement à sa manière de se conc duire; et le long espace de temps durant lec quel il fut au service de Napoléon , prouve « évidemment que celui-ci savait l'apprécier. « Napoléon prenait rarement la plume : il avait « coutume de dicter ; et il le faisait avec la rapic dite de la pensée. Quand au milieu de là nuit c une idée le frappait, il faisait sur-le-champ ap- « peler son secrétaire pour en prendre note.

■ Il .MB ■■ '

(i) M. le baron MeoDevaii qu*il plaça depuis auprès de Marie-Louise. '

l4^' PIECRS SUE LE P&ISONMEK

« Il «rrWa une ibis c)ue calui-^ se trompa dans « larédaction d'une plurase (pA luiavait élé dictée* cNapoUoo, dans son j^remielr mouvement, le € diaesa de la manière la plus- dure. Le lende- • main le secrétaÎM se présebta avee son câline «ordinaire, comme s'il ne s'était rien passé; « l'Empereur lui demanda avec une espèce dliuc meur , s'il àTait bien dormi la nuit précédente , tt et apprenant qu'il avait reposé tranquillement c comme à son ordinaire, il hii dit : Vous avez c été plus heureux que moi; prenez votre plume : c et il lui dicta un décret par lequel il lui accor^

« dait une pension assez considérable. •

/^ Les exilés s'efforcèrent aussi de détruire l'opinion qu'ils nous supposaient relativement à Napoléon, qui, dit-on, n'a pas pour les dames, cette galanterie sans laquelle les Français comptent pour peu toute générosité , toute vertu héroïque (i). Une telle opinion, disaient ses zélés

(i) Il n'y a qu'un Anglais, dont la tète est rékrécie par des préjugés anii-philantropiques, qui puisse amalgamer des idées et même 4es .e^pressiops aussi disparates. Avec la plus légère dose de philosophie expéri-

DE SAINTE- HÉLONS. l43

comp^Doi^, ri «die pistait {^airmi k» .^joiglats, tarait déauée de ii^iiea^ent.

Sntrç autres preuves qu'ils doçaèrent , pour nous persuader qu'il avait ua cc^ur leadre , îh assurèrent qu'il .était tendreçieot attacbyé â Marie - Louise , et qu'un doux regard de cette princesse suffisait pour tout obtenir de lui. Souvenez- vous que ce sont des Français qui parlent. Ss avouèrent en même temps que quoi qu'elle possédât toutes ses affectioms , Sa Ma«- )esté croyait à la possibilité d'une infidélité passagère.

mentale , le bon M. Warden aurait compris qu'avec la révolutloo qui a changé la fenncâe nos nvosars^ a M s'effiakcer c^ vernis de gBJasuteiie, tantôt chevaler8Sipie« tantôt quintessencié, touiours romanesque et aiaîs., <p3A faisait la honte de la nation et laglelre.de nos marquis. Justifîer Napoléon de ne pas avoir été galant/ quelle dérision I Le Souverain élu par la grande nation aimait sa femme, et la respé^it comme la mère de son successeur; et, à son exemple, les Français estimaknt^ chérissaient leurs femmes , et multipliaient avec elles cetle race 4e braves qui croit et grandît font réfiéner la contre-iéycilutioo et.la{;alaDterie.

{IfoUdcM.m. W.)^

l44 PI£G£S SC& LE PRISONNIER

Toutefois, les dames anglaises qu'il aperçut

de dessus le gaillard du Bellér&j^hon.àttitèreut sa plus vive admiration. Mademoiselle Bro^n , fille

du général de ce nom , fut celle qui fixa singulièrement son attention , et il fixa ses regards sur èfle aussi long-lemps qu'il lui fut possible de

distinjg[uer ses traits.

VousVbus souviendrez peut-être qu'il y a quelques années, lorsque le marquis dé Wellesley était secrétaire-d'état dés affaires étrangères , sir (Seorges, alors le capitaine CSockburn /commandant le vaisseau V Implacable ^{\kt choisi pour s'entendre avec le baron de Koly ou Colay^ polonais, afin de favoriser la fuite de Ferdinand VII, retenu alors à Valançay. J!ai maintenant les moyens de jeter quelque jour sur cette intéressante aventure ; et ces renseignemens m'ont été fournis par des personnes qui savent parfaitement pourquoi cette entreprise n'eut aucun juccès.

Tout ce que l'activité y la patience et la vigilance peuvent tenter^ la capitaine Cockburn, auquel on avdit fait part du secret de cette entreprise , le tenta ; et 11 est inutile de dire que ses officiers le secondèrent de tout leur pouvoir. Us

attifèrent à point nommé au Heu où le barchot devait exécuter son plan hardi et ddngeriBiit* Comme précaution essentielle ; il avait ca<chiè' dans ses habits de l'or et des diamans. Il espérait être de retour dans un mois, et tous les si-< gnaux pour favoriser là rétraité aVec sa capturé royale, étaient préparés^ Bientôt, cependant, on n'enteildit plus parler du bai^on, et Y Implacable, après une croisière longue et fatigante , feliti^ dans le pOrt.

On Haiiarda forcée conjecturés , àû sujet dil Polonais. On soupçonna qu^il avait trahi sa mission , qu'il avait été arrêté coihmé espion et ihis' à mort, ou bien que le prince faible et pûsillâ''' niihé, polir lec{uel lé baron s'était dévoué, après avoir révélé le éomplot^ en avait sacrifié YsLVt^ teur. Mais le mystère qui enveloppait lé sott du pauvre baron allait être révélé. Lèâ témoins ve* naient d'être cités devant la cour. Savary était ministre de la police au temps de l'expédition, faisait partie de la suite de Napoléon , et ti avait aucune raison de ne pas dire ce qu'il savait , puisque son maître était présent et qu'il pouvait

confirmer ou désavouer son témoignage. 9it IL lo

}L{I^ PIECES StJH i£ ^KlSOJSffflER

Georges pouvait donc coonaiire Tissue de len-, treprise du courageux baron i pour lequel il éprouvait un vif intérêt. ,

Le baron 9 â ce .qu'il parait , serait arrivé a^ terme de son aventure, .Sjana l'influence du tout puissant amour qui en ordonna autrement. Une (^me de Paris., dont il était éperdtimont amour tçux» eut pour lui tant d'attraction qu'il se ren-> dit d'abord dans cett.Q vUle : il n'y av^it pas deux heures qu'il y était, que les limiers de Savary se saisirent de l'infortuné Polonais» le dépouillèrent de se^ vétemens et de leur contenu et le conduisirent en prison. Ainsi le projet échoua* Me^is Napoléon désira savoir si Ferdinand en a^ait eu connaissance. On choisit en conséquence.une personne propre a représenter le; baron , et avec ses faux passeports , ses riches habits, elle. fut introduite auprès de Ferdinand; mais quoiqu'on eût fait éloigner les gardes, pour donner, à ce. pdnce toute la facilité possible de s'échapper, ciet auguste prisonniQr n'osa pas Iq t^ter.

^ . 4 notre, approche de Madère » les. brouillards iMKas eu^p^çhôçaiM; de voir l'Uei jus.qu a ce que

DE SAftCTÉ-^HÉtil^Ê. ï^j

lé Vdis»ëdH ftkt entre le Puerto -Santto ( le pôtt ftJiit) et lé désert. Cette dernière tle, roôaitleta^ et f^resque perpemlicillalre , jt^essemble un pett à Sâipte^Hélëae. M. de Lad-Càses, à ^ui d ancientf iQarins en avaient communiqué la remarqué , Ib dit à l'Empereur ; il9 vinrent nous joindre stnf lé pont : mais le companaisén que fit le premlesé avec ridée qu'il ^'étalt foitoâe dû lieu de sbd exil, ne lui fié pas prononcer tm seul mot. tlié eoiitenta de lever les épaûlei^ et de sourire "àc^t dédain. L'aspect delà fertile ^t agréable ilé dé BUa^ dère pouvait-il lui donner des sensations agréa-^ blés , d'après l'idée qu'il s'était formée des noirs rochers de Saint-Hélène? Je lui avais envoyé l'ouvrage de Johnson sur l'influence du climat des tropiques sur les constitutions européenneSé Cet écrivain a fait l'éloge de Sainte • Hélène ; mais il avoue qu'il n'a été que trois jours à l'ancre devant l'Ile; et Tillustré lecteur se moqua « atec i^ison , de descriptions bdsiées sUr dés notions si VagUé^ et acquises en si peu dé'tâbp^^

AvbM Hbtre arrivée à Itladère le Sèkiràôcô avait sbufilé pehdsmt quarante -^ huit heures, et avâft cdâaidérablemettt endommagé lies Tignes. tiéi

l48 PIÈCES SUR LE P&ISONIVIER

superstitieux de TUe n'auront pas manqué d'at« tribuer cette particularité à la présence de Napoléon sur leurs côtes, et Ton aura, en conséquence, invoqué tous les saints pour hâter notre^ départ. « •

C'est à laspect d*un superbe paysage, d'une tene fertile et riche que je finis ma lettre. Il est possible que ma première vous annonce notre i^rrivée aux rochers stériles de Sainte-Hélène. Mais quelque part que je sois > vous saurez que je suis et que je serai toujours ,

Votre très-humble , etc*

G. Wardeît.

En mer.

Mon CHER AMI ,

Notre grand homme passe rarement un jour i^ns s'informer de la santé de l'équipage , et de Tespèce de maladie qui règne alors parmi les matelots , ainsi que des remèdes, qu'on leur administre. CeUes qui dominât à bord du Nortkumberland ont quelquefois nécessité l'usage de

la lancette. Nous avions en quittant l'Angleterre un équipage composé de jeunes gens sains et vigoureux, mais dont la constitution pouvait être affectée par l'influence du climat. Napoléon semblait avoir un préjugé décidé contre la saignée, qu'il appelle la pratique de Sangrado ; ei dans nos premières conversations sur ce sujet , il traitait cette méthode avec une ironie, qui prouvait que, malgré les grands événemens de sa vie , il n'avait pas oublié les plaisanteries satiriques de Le Sage. Il recommandait d'épar*

gner ce précieux fluide , dans la crainte qu4f

ne vint à manquer ; car il est persuadé que la

nourriture qu'on donne à bord, n'est pas assez

substantielle pour remplacer celui qu'enlève la

saignée. Un Français, dit-il, se soumettrait diflS-

cilemênt à la doctrine du docteur Espagnol. Et

lorsque je lui fis observer que les Français ne

mangeaient pas autant de bœuf que les Anglais,

il nia le fait: < Tout- â- fait autant, dit-il, mais

cuit d'une autre manière. » Il ne se refhse ce-*

pendant pas à l'éridence; et lors'qùll vit )a bonne

santé diont notre flotte jouissait , et qu'il fut coii->

vaincu de l'utile résultat jproduit par la pratique

i5q PIECES SUR lE P&IS01iNI£K

qu'il avait ridiculisée , il cessa de la combattre, quoiqu'il continuât d'en parler en plaisantant, liorsqu'iL me rencontrait , il mettais le doigt sur l'articulation du bras, et disait en spûriani : < Combien de saignées au)oui*d*hui ?» Il ne IQanquait jamais non plus, lorsque quelques-uns ife ses gens étaient incommodés , de s'écrier : m Saignez ! saignez \ à la lancette ! c'estle remède f iofoiUiblc» » U ayait cependant été témoin que fDadan^e Bertrand s'en était bien trouvée. Cette dame, niltaqûée d'une fièvre inflammatoire, consentit â se laisser tirer deux livres de sang et à Uive diète ; ainsi le lystème de Sangrado la guérit. Sou Empereur commença 4 devenir aïor» un. des prosélytes de l'Qippocrate EspagnoL Au reste il a quelque raison d'être fier de sa santé ; %t quand l'on considère sous combien de climats il a été exposé ; quels sont les travaux auxquels il s'est liyré xlepuis vingt-cinq ans , cette santé, dont il a toujours joui , et dont il jouit encore, e;LC}te la surprise «et l'admiration. Il déclare que dans tout le coui^s.do sa vie, il n'a eu besoin qv|€s dçxpi fois d'avoir recours à la médecine. Dan9-6a pfemiâre il se purgea ; a la seconde, at-

' BK SAINTE-H£LEKE. iSk

taifué d'une affection pulmonaire , on hii ap^ plicfua un Tésicatoire. M.' 0*Hleaifâ| son bhifiiif^ gien, parle de don tempérament avec admiratitthi

il dit que son pouls n excédait jadiais soltâtità deux pulsations par minute. Il convient lui-mâihè qu'il est très-emporté, msiis que Id Violeïice de sa colère passe rapidement, et qa*ilrecouvf*e préscjné aussitôt son sang-froid habituel, te fi*di jamais en* tendu dire qu'en parlant dé sa constitution et de l'état vigoureux de sa sânèé', il eût calculé les probabilités d'une longue vie.

Il a dit , A la vérité, qu'il aurait* dû mourir le jour de son enttéc dans Moskow, puis qu alors il était arrrvé au zénith de sa gloire. Qfuélqués-' uns de ses amis ont môme avancé qu'il h'aui'aît pas dû survivre â cette journée-^tà (i).

Je dois vous demander la permission de revenir sur la saignée, ayant oublié une conversntion dans laquelle Napoléon me donna une

(i) Ce 9011 1 ces bons amis dont nous avons, plus haul^ fîgnàlé le zèle touchant et les sages avis : chevaliers qui

conseillent une lâcheté; chi^dëns qui prescrivent un suicide.

t52 PIECES SUR LE PRISONBflEK

nouvelle preuve de sa curiosité. )1 m appela un

jour sur le pont, pour me faire la question sui<<t

vante : « Une personne attaquée d'unç maladie

• causée par le climat des tropiques ^ peut - elle

« espérer, après de copieuses saignées, que vous

« dites être a|>solument nécessaires , de jouir

f dix-huit mois aprè^ de ]|a ménie santé dont

< elle jouissait avant da maladie P-r- Combien de

% temps les vaisseaui^ sanguins vides mettent-ils.

« â se remplir , et <|uelle quantité de sang peut-

c on tirer du corps, sans causer la mor(?»

Après avoir raisonné pendant quelque teinps

sur ces questions, jç le surpris en It^i racontant

le fait suivant. Un piatelot porté sur la liste des

pi'alades , se trouva attaqué d'une inflammation

de poitrine ; le second jour son poui& battait i5o

fois par minute, et son estomac ne pouvait gar-

der ni nourriture , ni médecine. E.u trois joursi

je lui tirai quinze livres de sang , e\ alors son

pouls , quoique plein , ne iDattit plus que 87 fois

à la minute. Pendant trois mois consécutifs , il

ne put retenir rien de solide , néanmoins il a

recouvré la santé* C'était un argument ad komi-

nem et bien capable de convertir qui que ce fût

BB SAINTErHÉLiNE. 153

a lusage de la lancette. Il me fit la description de laffection pulmoDaire qu'il avait eue à dou retour d'Egypte, et me demanda quel traitement l'aurais adopté en pareil cas ? t Auriez-vous Fait comme Corvisart? il m'appliqua deux vésicatoires. » Je répondis, que très-probablement j'aurais commencé par une saignée , avant d'appliquer les vésicatoires , parce que toute aflFection pectorale était eu général accompagnée dinflammation. Cette conversation me fournit, à ce que je crus , une occasion favorable de lui, deipapder s'il jouissait d'un bon sommeil : )e sentais bien qu'une pareille question était dé^ placée, et je n'aurais pas été surpris qu'au lieu de me répondre il m'eût tourné le doà; ipaii avec un air qui exprimait plutôt la peine que- le déplaisir, il répondit: t Non, de» le berceau je dormais peu, et j'ai continué (i). >

Adieu-

(i) M. Warden a dit plas haut que Napoléon était vn dormeur prodigieux; mais qu^est-ce qu'une ooqtradfé-. tion de plus ou de moins pour Phonnéte cbiruTgiiB f L'essentiel est qu'il conte et fasse effet

§54 PIÈGES Sim IB PRISONNIER

En mer..

Mon gher^

Je côiDmehceraî ma lettre par vous faire connaître'un personnage dont nos conversations sur te gaillard (i) m'avaient à peine donné l'idée. C'est l'Impératrice Joséphine. Son nom ayant été prononcé par hasard, elle devint, sur-le-champ j Fohjet des éloges tes plus unanimes. Si Ton en croit les exilés ; elle était douée dune doiiceur de caractère , d'une élé^nce de manières , d'uae mé*

■■■■'* I. ii-.i— .^ ■ ' -■ ■' ■■ ' . I » m

(i) Jamais M. Warden n'a, eu de conversation directe et expresse avec l'Ëmperear, hormis celle du dtner doni BOUS lirons bientôt la narré : ceux de la suite de e# Pifiace, et plu« particulièrement M. de Laf Gased, amorçaient souvent la curiosité du bon homme, et s*amu$aien^ de sa crédulité. Ils savaient que ses écrits iraient charmer Toisiveté des habitués de Lioydf et ils ne lui épargnaient pas les confidences. Si celles-ci nous ont valu lesr niaises Lettres du Dlonhumùerland 9 elles ont, en revanche 9 enrichi Thistoire- anecdote des Lettres dik Gofi.'C^ dernières suivent immédiatement dans ce Re<« cueil. '

içdie d'orgaiie , qui ç|iaraiaient iqn^ ceux iqui av(ii<»t le bopheur 4^ 1 approcher*

i(a mort prématurée de cette e]|(ceUeate prîA^ ces^ a été uaiver^Uement pléuréje ; oi^ la atbri-r buée a une cîrcoQ9tani:e ep^raordiooire et i uo très-grand personnage. Je Ws voys i^couter oet ^véiiemeiit , en m^ servant , si ^i^ n^j^inpife f st fidèle , de$ expressions mêmes dont f e servit Ip^ comte Las Ç^ses pou? me le tr Masmettre.

Joséphine , à ee qu'U para^ , ava^l^ miC'rîté 1 a^^**

^liratioBL et lestlme dç l'empereur ;^exandre à

un tel point, que ce prince passait la plupart de

ses heures de loisir à jouir de aa conversatioa

enchanteresse. Sea visites étaient non-^eulem^nt

fréquentes , mais contiqu^lles plendant tout le séjour qu'il a fait à Paris. .. ; .

La santé de récupératrice prêtait pas fbrisr santé, eti dans une certaine circonstance; son médecin lui avait oi^donné un remède qui exigeait les pluç grandes précautions , celle surtout de ne jpras sortir d.e ses appartemens. Dans cette

circonstancç in^me, le m.ouîu^queijitt^eluiayai^jt rendu ujoe visit;^» le respect qu'eUe ayaît pour- Alexandre \vi S^l comnnettre Fimprudeiice 4e se

l56 PIEGES SUR LE PRISONNIER

promener ayec lui dans les jardins de Malmai* son. On connaît les suites de cet promenade fa-« taie. Joséphine fut attaquée d*ùne inflammation aux poumons , laquelle résista à tous les efforts de l'art; peu de jours après, cette excellente princesse avait cessé d'exister.

D'après la même autorité , je vais tracer This-* torique de son mariage avec Napoléon; ce récit différera beaucoup de tout ce qu'on a publié à ce sujet. Je ne chercherai point à concilier les versions contradictoires, et me contenterai de raconter ce que j'ai appris.

L'ordre donné par le directoire de désarmer certaine classe de citoyens , offrit à Bonaparte , alors général, et ayant un commandement important , l'occasion d'être présenté à madame de Beauharnais. Dix-huit mois avant cette époque , son épou^, le vicomte de Beauharnais , était tombé sous la hache révolutionnaire (i).

(i) Éliminé comme CK- noble de rarmée du Rhin <|li'il commandait, le vicomte de Beauharnais, Tun des membres les pliis distingués de Fillustre Assemblée constkuaiite, fat condamné à la peine càpUoIe par Texécra-

BE d^AlNTE'&HiLilSEU i5'J

11 aYdit laissé uu fils , Eugène^ )6itn6^hoinèie d'une grande espé^aFnçe^ lequd saisit le mome&t d'une parade, pour solliciter dU;géDéral Booar parte l'épéede Son fi^e i eçleirée de; l'iiabitatimi de sa mère. Bonaparte , aussi touché de la npio^ destie que de la ifoblesse de; la demande <^u pé^ titionnaire , Facc9rda sui:-le*<:lian}p. ^ .

Dès le lendemain» madame de Bèiubamuns adressa ses remerclinjens au généraL Visite aloti dç b part de Boiiàfharte^ mais la dame étant àb^ sente lorsqu'il se présenta chez elle»«un'biUA qui contenait ses exciia^ » reofermeît aussi ït^ae irn^itation spéciale. Us se yirentt oUe le captiva , ef^ sii; semaines api^s,i|s^ulrçnt UOifi* On^acru gé^é-

ble Tribunal de Damas et de Fouquier. C'était Jte 8 tlier« midor > au moment même ;0Ù chanoelait la tejrrible puîssance de Robjespierre. Au milieu du trouble qui agitait les tyrans attaqués , le peuple avait fait rétrograder le tombereau dans lequel /parmi d*honbrables holocaustes^ H. dé BéaubarnaisWa^clisât à la mort, «tin scélérat ivre {HenHot ) fit eénffouër la marche futièbi^V ^t Téoha* £iud^évora sesllendlèré* f icAîmesii LeJenAsmain , e&Cat H tour des bourreaux. ' -

(iVo^tfrfe M. R. W.)

l58 1^IÈCB9- S€a LS MftBOUVriGll

ralemefat qù^ Je^ second mariage de Napol^^on fi'atfiit poB diminué r^Uachenl^M qu'il aVâit poiiv Jevéphim; y et dèis» ^HonnéÉ'fcién' instruites às-» surent ({U'ii hii è^iaMttit ckicfn<é*de» preutes plirs évideMM, èffa ^oiisié de la sëcotidé impératrici^ neJen avait pas détourné.

Je croîs TOUS atV^if assuré qtié'TCapoIéàn était eafpal^ daimér; i»a!dame. 'Bertrand sera mon garàxit;'ellc ma raconté aveo beaucoup de sensi-^ biliCé là dernière entrevutf «qii'îi eut wic Bwrac ^ ûuc'do FriouL

Cet oflicieriav^it une p^t distinguée datons 1 af^ fectioft de son mattre cpii l'hoâoraît dé toute^ confiatie^. Frappé d'un bdUlet de cancMa au uKH ment où il allait reconnaltre-tm lieu propre à cam^^rvil ^it sesr qnti^Ics>9'éGliappelr, et çût lé cbtirâge de lés réjpfehHèr et de 'lès contenir. Dans cette situation désespérée « on le porta au yilia^ voisin oji il vécut enc.oi*e vingt-quatre heures. La gaugirè|ie;gui l'avait attisii^Lt ne fit quVugmen-' teTi Qt:VO^:^^ur «léphitique s-e^haiait de son ismrpèt L'BinprâeUr linl le vôinr et- essaya de le consoler. Le maréchal mourant '^hii recommân-» da sa femme et sa fille , et le supplia de s'éloi-

gùetj de crainte qià^ les miasmes putrides eiha^ lés de s€|n corps ne lui deviwseBt^auisdbles. Mih dame Bertrand ikow représenta: la- ddiileiH* d^ Napoléon comme exaltée jusqu'au romanesque , et nous assura qu'il passa la nuit sur le eercutail qui renfermait son amit ^:

Elle nous dit aussi qu'il «ivait un égal ànachement pour Lanneêjf duo d^ Mqntebeélû ^ tué Àk bataille d'Ëssling, et auquel H fM^dîgua leb marqves 4^ la; plus tendre ajBSection^ Ç0 hrAye officier s'était souHHS à deux amputi^tîoAS : Tune à^ne jambe au dessous du ^ijiou» et l'autre au dessiis de la cheville 4u pi^^d de Vaiitr^Q ^ibbb. Napo-^ léon et Bertrand se rendirent au|^rès'de lui^sui larive^ ffiucbe du Danujb^; ])ei1Ei!wd iessuj^â de le eoiiseldr en q^mpanull m aituatîkin à 1ceUe du faram .GaffaielfiL; alot&le mafécha) rinterrompit bcttaqueni€»fi«.« I/uttachemcntidè CasKu^Uipout < rE0iperetit:étaifc froid» ettcofliparaison de )ji& t fectîMi q[te je sens pour iui;» . J : : ^

Gfi flit Utt: dtoandut jà hk t^\à^\Êb i'âmitdl qisè Napoléon cathéchis» )e €b«i{talaiii>diLiViirlAimiè ktriand, d'une Minière aussi eiurfeuee qu'elle

it inattendue. Ce savant théologisBiiétait himx

l6o PIÈGES sua LE ^HISONNIER

en état de répondre à des questions t>Ius difB-i> ciles sur la foi qu'il enseigne et sur toiit ce qui dépend du culte et de la lithurgte.

c Combien de sacreraeus Téglis^ anglicane veconnait-elle ?

— Deux , le baptême et la saiùte-cène.

— L'église angtieane.ne recomiail^le pas le mariage comme un sacrement?

- '. — Non , Générai

--^ Quels sont les dogmes^e r^Hsei àiaglicane?

^^ Les dogmes de l'église anglicane sont ceux du luthéranisme et des épiscopaux.

— Administre*t-on souvent le sacrement dé la sainte-cène ?

'^ Dans lês' églises de la métropole , des grandes cités et filles / l'eucllstistie est administrée tous les mois ; mais , dans les églises de la campagne , quatre fois par an seulement. Les solennités de la naissance de notre Sauveur » de sa résurrection » la descente du Saint-Esprit et la ttte de saint Midiel^ sont les quatre quartiers où l'eucharistie est àdimnisttée.

— Tous les communia» boivent- ils dans la oièmeooupe^

DE SÀINTE-HÉJLÈNE. l6l

— Oui', Générai

— Le pain dont on se sert pour administrer le sacrement est-il du pain ordinaire? -,

-^ Le pain est de farine de froment, la meilleure qu'on puisse trouTer.

— Supposé qu'on ne pût trouver de vin pomr administrer le sacrement , pourrait-on lui substituer un autre liquide ?

Il n'est pas probabk ^e cela soit jannûs arrivé » puisque partout le royaume il y a du vin.

— Les évéques prêchent-ils souvent ?

— Rarement, excepté dans les grandes oc-

casions.

— Portent-ils la mitre?.

— Je crois pouvoir dire qu'ils ne la portent jamais ; quoique j^ ne puisse affirmer si les archevêques la portent ou non , lorsqu'ils couronnent le Roi.

— Les évéques ne siégent-ils pas dans la chambre des Pairs ?

— Oui^ Général, ils y siègent*

— Combien de temps les candidats aux ordres sacrés doivent-ils rester à Funiversité ?

IL u

l6o PIECES Stà LE J^HISONNIEH

en état de répondre à des questions t)lus difB^ ciles Èut la foi qu'il enseigne et sur toiit ce qui dépend du cuite et de la lithurgîe.

r Comliien de sacreraeiïs l^églis^ anglicane Mconnait-elle ?

— Deux , le baptême Kt la saitité-^ène. v -^ If'eglîae anglicane ne reconnail-elie pas le

mariiage comme un sacrement?

'^'^fion, Général'

—* Quels aont les dogmé^e relise anglicane?

^^ Les dogmes de Féglise anglicane sont ceux du luthéranisme et des épiscopaux.

— Administtré-^t-on souvent le sacrement dé la sainte^cène ?

-^ Dans les*églised de la métropole , des grandes cités et ¥illeft / reucHitistie est administrée tous les mois; mais» dans les églises de la campagne , quatre fois par an seulement. Les solennités de la naissance de notre Sauveur , de sa résurrection, la descente du Saint-Esprit et la ftte de saint Midbièl^ sont les quatre quartiers où Teuoharistie est àdministéée.

— Tous les communian boivent^ ils dans la jDéme coupe?

DE SÀINT£-HÉJLiNE. l6l

— Oui; Général.

— Le pain dont on se sert pour administrer le sacrement est-il du pain ordinaire?

— Le pain est de farine de froment , la meilleure qu'on puisse trouyer.

— Supposé qu'on ne pût trouver de vin pour

administrer le sacrement , pourrait-on lui substituer un autce liquide ?

Il n est pas probahk ^e cela soit jannus arrivé » puisque pat*tout le royaume il y a du vin.

— Les évéques prêchent-ils souvent ?

— Rarement, excepté dans les grandes oc-

casions.

— Portent-ils la mitre?*

— Je crois pouvoir dire qu'ils ne la portent jamais ; quoique j^ ne puisse affirmer si les archevêques la portent ou non , lorsqu'ils couronnent le Roi.

— Les évéques ne siégent-ils pas dans la chambre des Pairs ?

— Oui^ Général, ils y siègent*

— Combien de temps les candidats aux ordres sacrés doivent-ils rester à Funiversité ?

l6â PIÈCES StfR LE PRISONNIER

— Quatre ans, mais ayant qu'ils soient membres de l'université , ils passent sept â huit ans dans un collège.

— Combien de temps faut -il rester à i'uni- Tersité pour obtenir le degré de docteur en théologie?

— Dix -neuf ans ^ à compter du jour où Ton est immatriculé.

— t^uets sont les endroits lés plus renommés pour réducation dëS'|éuneS gens qui se destinent à l'état ecclésiastique ?

— Lés universités d'Osford et de Cambridge.

— Y a-t-il beaucoup de Puritains [ U voulait dire de Presbitériens (i)] en Angleterre?

— Un très-grand nombre.

— Quels sont les dogmes de l'église d'Ecosse? — Ces dogme? sont ceux du calvinisme: ils ne

reconnaissent point le gouvernement épiscopal; ils sont presbytériens^ parce qu'ils n'admettent

. (i) Qu!eii savez-vous? Croyez-vous que Napoléon ail

pu coofondre le j^reshytériar^isme , qui est le protestantisme national de FAngleterre , avec le puritanisme^ qui n*est que celui d'une secte rigide jusqu'au ridicule?

D£ SAlNT£-fiÈLiNÊi l63

ffoe le goUTetaeiaent dos prêtres > des pre^y^ tère8 , ou des aUcieng^

-^^ A qui coàfie4-on la gardé dcfr^iatrefi 4e» baptêmes , des mariages et des décès ?

— ^ Cest en général aux ministres; mais il est {dus régulier de les temr dans un coffre-fort » placé dans k sacristie de l'église parotsjN^Ie. C$ coffre est fermé par tn»l$ seârruves ^f^emîeB , de manière ^'il ne pôut, ou du mtkins ne d^ être ouvert qu'en présence de trois personne , le miobtre et deux margitiUlerSt qui sont poihsesseurft chacun d'tme clef. » •

Il paraît que l'idée 4e aerrures et de ^lefs e&« cita chez notre captif dès sensations ^u agréai blés ; car il cessa de faire des questions (l).

On peut dire que tout est possible, quand il plaît à Dieu , comme on la remarqué au sujet de l'histoire d^un bourgnemestre , devant lequel on amenait un homme accusé de s'être coupé le nçz avec les dents. Ou peut » certes , compter au

(i) On iii3ixUfirait à la.pe]r9picaf?ité ^u lecteur, en lui faisant remarqiier la (ineiise qui jQ^rs^çt^rise les aperçus du bon M. Warden t

lK4 PIECES fttJK lE PRISONNIER

nombre des choses les plus improbables , que Napoléon catéchiserait un jour le chapelain du vaisseau chargé de le déporter à Sainte -Hdè ne, et qu'il \q questionnerait sur. les dogmes, les cérémonies de l-ëglise Anglicane (i) !

La cérémonie du passage de la Ligne, jubilé des marins de toutes les nations, est si connue, qull serait superflu d'en décrire les particularités, quoique dans cette occasion on ajoutât beaucoup de dhoses au cérémonial accoutumé ; et il faut ayouer que les Français se prêtèrent de bonne grâce à la licence que prennent les matelots dans ces saturnales nautiques. Le Neptune et l'AmphitrUe du jour n'eurent pas non plus 'lieu de #e plaindre. Ils étaient assis dans un canot plein d eau; leur trône était un baquet et leur sceptre upe gaffe. Ils étaient environnés de Tritons, c'est-à-dire, de cinquante à soixante

[}) Pour trouver la vérité de celte remarque > il ne 8*agit que de la retourner. Cathéchiserj c'est instruire sur les dogmes de la foi » sur les cérémonies du culte ; et, dans cette circonfftance^on voit Napoléon , non pas instruire le chapelain, mais recevoir du théologien des instructions.

DE SAINTE-HÉIÈI^E. 1^65

matelots choisis parmi les plus beaux hommes de l'équipage , nus jusqu'à la ceinture , et bar^ bouilles de différentes couleurs : chacun d'eux portait un seau plein d'eau de mer , pour en arroser plus ou moins les sujets du dieu des^ ondes salées. On peut s'imaginer jusqu'où l'on pousse la licence , lorsqu'on apprendra que le capitaine Bossi , commandant du vaisseau , reçut lui-même un de ces seaux d eau» et qu'il ne s'en fâcha pas.

Bertrand , Montholon, Gourgaud et Las Gasesï avec tous leurs domestiques , se présentèrent devant le puissant, mais temporaire Neptune, et reçurent leur part de se& ablutions. Les deux premiers présentèrent leurs enfans ^ qui étendi-* rent leurs petites mains, pour offrir chacun un double napoléon aux divinités de la mer. Un mousse chanta alors la chanson qui commence par : « La petite île bien sure. » dans les couplets^ de laquelle il se trouve des choses peu flatteuses, pour les ennemis de l'Angleterre ; mais les Français ne parurent point s'en scandaliser. Les dames placées sur un endroit élevé, jouirent d'uxè spectacle qui sembla les amuser beaucoup. Nep-

l68 PlicES SIÎR lE PRISONNIER

bon naturel , qui joue souvent , quoique rudement avec eux : dans une situation où I^on n'a aucune distraction , les jeux de ces petits élre» font rire tous les spectateurs , excepté Tex-Empereur qui garde son sérieux (i).

Une seule fois t cependant , tandis que Bertrand

(i) Si) au nea de jeter sur rbomme qu*il veut peindre un coup-d'œil superficiel 5 le narrateur breton savait percer les surfaces et pénétrer Tintérieur , il aurait saisi dans celui de Napoléon des sentimens bien différens de ceux qu'il lut suppose. Ces feux enfantins, qui n'offraient aux passagers indifférens qu'une distraction agréable, retraçaient dans le cœur de Napoléon les plus pénibles souvenirs. Ce n'était plus alors sa double chute du trône de l'Europe qui. contristait cette àme ambitieuse :elle se voyait arracher ^ avec toutes les pompes de la grandeur, ce qui en tempère l'éclat , ce qui console de son superbe ennui : une épouse , un fils lui étaient ravis , ra^is pour

jamais ! et l'ingratitude, la trahison i*en voyaient

mourir à deux mQle lieues d'eux , sur un rocher !

Toilà dans quelle situation ce Warden reproche à Napoléon sa laciturniléy et lui demande des«ourircs et de I4 foie I . . • . Ah ! que l'agonie de cet auguste infortuné a bien répondu à ces objections stupides ! Le nom de ia^ France sur les lèvres 9 les yeux attachés sur l'image d»

DE SAlNTÉ-fiÉLiNE. I 6f f

s'entretenait avec lui , la petite fille du comte vint se mtéler à la conversation , et son père ne put parvenir à lui imposer silence ; alor& Napoléon la prit par la main, écouta sa petite narration,

à la fin de laquelle il lui donna un baiser : mais cette marque inusitée de condescendance n'avait d'autre objet que de se débarrasser de la petite fille , en ménageant la sensibilité du père.

Vous direz , sans doute , que les amusemens soiltbien rares à bord d'un vaisseau, puisqu'on se contente de ceux-là ; cependant comme vous, avez des enfans, je vais vous raconter quelque chose qui pourra les égayer, les intéresser même. On a souvent essayé de surprendres les petits Bertrand, en les engageant, par différentes sollicitations , à crier vive te Roi! vive Louis XVIII! mais les aines , déjà en âge d'apprécier , ont toujours répondu ]par le cris de vive l'Empereur /. Le plus jeune à la fin se décida , à forcé de bon-bons, à crier vive Louis XFIII ! mais, semblable à certains diplomates rusés , il ne voulut ja-

son fils; il est mort, également pénétré dA pensées d'un héros et des sentimens d'un père. ( Note de M. R. W. )

1^0 PliCKS SUR LE PRISONNIER

mais consentir à crier vive le Roi I Cette défection lui attira de sanglaas reproches de son frère et de sa sœur.

On assure que ce charmapt enfant resseinble beaucoup au jeune Napoléon , et, parmi npus, U a acquit le surnom de John Bull (i)- Lorsqu'on lui demande qui il est , il répond avec un air de satisfaction , John BulL

Vous qui , depuis long-temps, connaissez mes habitudes et mes facultés, aurifçz:-vou6 pu supposer que jamais je fusse devenu professeur de langue anglaise , et maitre de T^iiL-grand-maréchal 4u palais des Tuileries? J ai lieu d'être fier de mon écolier , de ses excellentes dispositions , de sa fjranchise militaire et de son érudition.

n parle l'anglais assez intelligiblement, mais avec l'accent français. U déskeirait corriger ce défaut, et pour y parvenir nous Usons eiisemble. Depuis quinze jours nous employons tou? les matins deux heures i là lecture.

(i) John Bull ( Jean Taureau ) , sobriquet qu'on

donne au peuple anglais.

{Note du Traducteur.')

BE satutk-hélèiis. 171

NoQ» venons d'achever le Vicaire de Wmke^ fieU /et maintenant, le roman favori des marins^ Roderic'Random ^ occupe nos loisirs^

Le langage des m^eiots et les termes de marine sont embarrassans , car mon écolier n'en veut passer aucun sans en obtenir la meilfeure explication. Il nous reste le Voyage du docteur Syntaxe ^ qui nous mèiiera probablement jtisqu'i Sainte*fiélène.

Dans l'histoire que le côttile Bertrand a (fett^ née de la campagikt d'Allemagne de 18071 il a remarqué que Napoléon , dans le cours de ses guerres , s'est rarement servi d'espions. Il ne connaît qu'une circonstance dans laquelle un seul fut employé; c'était en Italie, et, il avoue q^e cette personne rendit les services les j^kis importaAs.

En parlant des talens de l'Empereut, pour Ic»^ quels il professe la plus haute admiration y il me raconta l'anecdote suivante.

< Lai première fois que Sa Majesté m accorda « sa confiance , il me chaiigea d'un service parti-- « culier. Je ne manquais certainement pas de « zèle pour réussir , mais je trouvai l'afiaire im«

l'J2 PIECES SUR LE PRISONNIER

« praticable , et je ne balançai pas à le déclarer « à l'Empereur. Il est possible , me dit ce Priï^ce , « que vous ayez une pareille opinion; mais com- « ment vous y étes-vous pris pour réussir? Je lui « dis les moyens que | avais employés. Vous avez échoué en suivant votre plan , reprit-il ; essayez maintenant si le mien n'offrirait pas de meilleurs moyens : il me l'expliqua , je le suivis , et je réussis complètement. Je résolus alors de ne jamais supposer qu'aucun de ses ordres ne fût pas exécutable ; et dans les opérations qu'il me confia par la suite , l'idée même d'une impossibilité ne se présenta jamais à mon esprit. »

J'ai remarqué que notre illustre hôte» lorsqu'il joue aux cartes , ne fait pas beaucoup d'attention a son jeu , et qu'il perd son argent avec indiffé* rence. D lui arrive souvent do ne pas bien compter ses points , mais presque toujours à son désavantage.

Aux échecs, à la vérité, jeu scientifique, et qui est considéré comme faisant une^image de la tactique militaire » il apporte beaucoup plus d'attention

DE SAIIf TE -HELENE. l'J^i

Je croîs m'être aperçu que Montholon , lorsqu'il joue avec lui, a soin de se laisser battre. J ai lu qu'un grand général ayant été battu aux échecs , éprouva un tel accès de fureur, qu'il.prit un pistolet et tua son vainqueur. Je voudrais bien savoir si l'aîde-de-cam'p de Napdiéon a lu cette anecdote!

Après avoir passé la Ligné , les vents dû Sud- Ouest nous obligèrent à ti'aversdr le' golphe de Guinée I avant tjue nous pussions porter le cé^ sur Sainte-Hélène. Au coucher du soleil , le lA oc^ tobre i8i5, ses derniers rayons nous laissèrent entrevoir le pic élevé de Diane i). Le jour fnémorable qui devait étife lé premier de Féiil dé Napoléon commença à paraître/ Les nouveaux

traits de soin histoire ferôttt lé sujet de itta jptemlère lettre.

Recevez, etc. , etc., etc.*

(i) Le point te plus élevé de Hle. On y a placé une vigie qui signale les vaisseaux à soixante lieues.

174 FtÈC£8 SUR LE PHISOIflflEa

Sainte-Hélène.

Mon cft£iL ÀMt;

Ii:. est plus aisé de se faire une idée des sen-* sations de cette petite colonie , à larrivée d'un bôteaufisi extraordinaire;, que de décrire les sentknieDS ^ue sa présence excita. La curiosité , 1 elonneniieoit^ Tintérét, s'uuireot pour réyeiUer les h^itans de leur létlurgie habitueUCf et exciter en eux Taçtivité.

. JNapoléon ne quitta sa duambre quune heure après que le vaisseau eut jeké/aiMWe*^ c^pe^dant» lorsque le {)i(mt.fut libre, il rparut ^t 9e vendit sur le gaillard d arrière, d'iv^il JH^ifyi^t découvrir les batteries de canons qui hérissent Feutrée de la vallée de James, au centre de laquelle est située la vill^ de ce nom , et Tunique de Tiie. Tandis qu'il examinait, j'épiai sa contenance avec la plus grande attéutipn: il ne xw parut nullement affecté. Dnipirdait Tj^eAve» eette curiosité tempérée, qu'éprouve tout homme qui se trouve, pour la première fois, devant un endroit inconnu.

DE SAINTE-HÉLÈNE. l*]5

Je saisis cette occasion pour affirmer que depuis son départ, sa sérénité , au nmins apparente , n*a jamais été altérée; il a constamment conservé la simplicité de Uek lnanières ; je ne sache pas que personne lui ait entendu proférer une parole brusque, ou lui ait surpris un regard mécontent. Lés' dames, à la vérité, paruireat consternées au premier aspect de leur cage rocailleuse ; tout&* fois leur conduite , en cette occasion , fut plus courageuse qu'on n avait sujet de s y attendre. Le premier soin de l'amiral fut de prendra les arrangemens nécessaires pour loger Napeléoii et sa suite. La maison du sous -gouverneur dfe l'ile y fut destinée, en attendant qu'on pût s'ea procurer une plus coidvehable pour sa réMdènoe permanente. C« fut le 17 seulement qu'ettti&eu le débarquement , après le coucher dû soleil , lorsque les habitans, ennuyés d'attendre ce spec-* tacle inouï, s'étaient retirés dans leurs maisons.

Selon ses désirs, l'ex-Empereur arriva donc, safas être vu , dans l'habitation où il devait passer sa première nuit,.6n qualité de colon de Sainte- Hélène.

De très-grand matin le jour suivant, le Gé»

néral (i)> accompagné de sir George Cockburn, était à chevaL Us gravirent la montagne de Long^ wood y résidence prochaine d'un homme qui avait possédé des palais dans les plus célèbres villes de l'Europe.

A environ un mille de la ville, et à moitié chemin du sonittiet de la munteigne, on trouve la maison de campagne d'un homme respectable, l'un des négocians de Tile, M. Balcombe; cet endroit se nomme te$ Briars (les Ronces ) y et est situé sur uà terre-plein qu'on croirait avoir été formé par Fart » au jnilieu de la montagne. Il contient environ deux acre», est bien arrosé, planté d'arbres fruitiers, que leau et le soleil enrichissent d'une végétation 'qui contraste singulièrement avec la stérilité des terres environnantes. Cette retraite est comme suspendue entre •

(1) Titre officiel substitué par Tiosultaiit caprice du cabinet de Carlton-House , au titre que la volonté du peuple français, le consentement de l'Europe et le sceau de la reli|;ion avaient consacré sur la tété de Napoléon; titré qui 5 suivant la religion dès rois 9 Imprime, comme le sacerdoce , un caractère ineffaçable.

( Notcde M. R. W. )

iôb hauteurs qui la dominent ^ et leè abimeà eut lesquels elle plane. Napolëôn tevènant de Long* woodi fut invité à s'arrêter aui BriaM; et Thospitalilé du propriétaire lui parut bi aimable^' qu il abandonna le dessein de redescendre dans' la vallée , et évita par là leÈ regards importuns des habitais.

Sur une monticule à cinquante toises de lét maison, on a élevé un bâtiment gothique com->*' posé d'une chambré au rez-de-chàusSé et dé' deux petites au-deàsùs. Napoléon adopta cette maisonnette poUr le lieu de sa tésidenCe , jusqu'à ce que Longwood fût préparé pour le recevoir» Le choix n'était pas possible danST un logement aussi exigu : le Générât occupa donc lé rea^-dechaussée ; Las Cases , son fils et un domestiqué se logèrent au-dessus.

Peu de jours après qu'il eut pris possession de son logement aux Briars , je lui fis une visite de politesse. Il était étendu sur un sofa , et mei parut souffrir beaucoup de la chaleur. Il s'était,' me dit-il, proiùené dans le jardin; mai£( vers, midi Télétation de la température l'avait contraint de se réfugier sous son toit. Il me parut

1^8 PIECES SUR LE PRISONNiEa

fort gai , me remercia de ma visite et s'informa de la santé des officiers du Narthumberlând. Après quelques questions générales sur les restrictions qu'on mettrait à l'égard des visites qu'il recevrait, il dit : € Je vois qu'il y a des forces considérac blés dans l'tle , et plus peut-être que ses proc duits ne peuvent en nourrir. Qui donc a pu c porter votre gouvernement à envoyer ici le 53* < régiment ? U y avait certainement assez de € troupes pour me garder : mais c'est votre hac bitude f à vous autres Anglab , de. prodiguer c l'argent. » A ses observa tions, je répondis que lorsqu'on avait adopté une mesure , il convenait d'employer tous les moyens nécessaires à son exécution. Peut-être pensez-vous , mon ami , que )e hasardais de m'attir^r la disgrâce de iVapoléon par une telle réponse ; mais la manière dont il la reçut me convainquit, qu'il préférait cette franchise à un compliment que j'aurais balbutié; et vous savez combien je suis maladroit à en faire. Je pris congé de lui » et j'allai faire une promenade avec l'ex^and-maréchal.

Ce fut en novembre que je visitai les Briars pour la seconde fois , et cela sur une invitation

DE SAINTE-HÉliNE. Ijg

de M. Balcombe, qui m'y conduisit. Arrivé avant l'heure du dtner, je touIus examiner les terres qui y étaient en culture. Je pris par hasard le sentier qui conduit au jardin et à la porte du** quel est un étroit passage nommé le Pas^du- Bouc y et ^rni de chaque côté de buissons épineux. A 1 angle des deux sentiers , je vis Napoléon qui trottait en descendant au milieu des rochers, avec ses bottes militaires. Il m'aborda avec un mélange apparent de plaisir et de sur* prise, et nie reprocha agréablement ma longue absence. Sur deux quartiers de roc , était une planche grossîèreÎBent travaillée, et qui servait de siège : après en avoir ôté la poussière avec les mains ^ le Général s'assit et m'invita à prendre place à côté de lui. Las Cases nous rejoignit bientôt après, car en parcourant les rochers , son maître, quoi qu'il ne soit pas très-ingambe» lavait devancé. Autour de l'endroit où nous étions assis , l'on ne voyait que des rochers en^ t .ssés les uns sur les autres , et qui s'élevaient à plusieurs centaines de pieds au-dessus de nos teles; tandis qu'un abîme d^égale profondeur était à nos pieds. Il senuble qu'en cet endroit la

id.

l80 PIEGBS SIÎR LE PRISONNIER

nature se soit jouée â aplanir un espace, pour en faire comme un nid aérien. Tandis que j exa-' minais ces belles horreurs , Napoléon me dit en souriant : « Eh bien ! qu'en pensez-vous? croyez- ^ vous que vos compatriotes m'aient traité gé- « néreusement ?» A cette question , )e n'avais à faire d'autre réponse, que de n'en faire aucune ( i). Il parla ensuite de la situation de l'ile , des avantages qu'elle présentait; sur quoi il observa que tous les livres qu'il avait lus , pendant la traversée « la décrivaient d'une manière inexacte, à moins pourtant qu'elle ne contint des portions de terre supérieures à ce qu'il avait vu

(i) Gela est courageut ! Pour être Anglais, cesse-t-on^ d*étre homme? et» avant la déférenee que Ton doit à son gouvernement, ne doit-on rien à Thumanité? Au surplus 9 soyons persuadés^ pour Thonneur de M. Warden ( lequel est^ en vérité » un iort bon hoiàme)» que son (Silence fut celui de la honte. Il eut tort d'en éprouver ; , car tout ce que la nation britannique a de glorieux ne saafait être effacé par tout ce que son gouvernement commet de vil ; et Tadmiration de Punivers venge Napo« léon* de Timpiété de quelques ministres.

{Note de M. R. W. )

DE SAINTE- HÉLÈNE. ' l8l

dans sa promenade à cheval, de la ville a Longwood. En cette occasion, comme dans celles où )'ai été témoin de ses conversations , il s'est con* duit avec une aisance, une gaité admir^^bles; ) ajouterai même avec une familiarité qui ferait croire qu'il avait oublié son ancienne élévation. Quand l'occasion s'en présentait, il accompagnait ses remarques d'une fine plaisanterie. Lorsque je lui dis que i'aclivjté de l'amiral hâterait tellement les travaux de Longwood ^ qu'il pourrait habiter cette résidence dans un mois, il répondit.: «.Je ne doute pas que votre amiral né sache, « à une heure près, le temps où un vaisseau < pourra mettre à la voile; mais comme archi- « tecte, je crois que ses calculs ne seront pas « si exacts. » Je me permis alors de soutenir que sir George , quelque chose qu'il entreprit, par mer ou par terre, était certain de réussir (i). J'ajoutai que ses officiers étaient employés à conduire les matelots qui portaient les maté-* riaux nécessaires à la réparation de LangwoodK

(i) C'est ce qu'il a joliment démontré dans la ooas^iru<>-< Uon de la maison de Lonçwood.

iSd PIÈCES SUR LE PRISONI^IER

Napoléon demanda alors des nouvelles ,de plusieurs d entre eux , dont il essaya de se rappeler les noms y et exprima le désir de les voir àjçur passage : « Si toutefois ils se contentent d'une « réception comme celle que je vous fais en t plein air; car mon habitation présente nest € pas tout à fait calculée pour y recevoir comc pagnie. »

Les Briars jouissent et jouiront long -temps d'une certaine célébrité , pour être devenus la résidence de Napoléon; et cette circonstance TOUS fera souvenir que certains points tellement obscurs et ignorés, qu'ils n'étaient portés sur aucune carte « mais illustrés tout-à-coup par des événen^ens imprévus, ont trouvé une place distinguée daps la géographie des historiens. Napoléon voif souvent la famille de M« Balcombe, ov^ il est toujours accueilli avec respect , et où il •e conduit avec ces manières aimables qui répandent la confiance et la gaité (i). Depuis que

(i) J*ai appris depuis qu'on avait inséré dans les {oarnaux anglais qu*il joaait aot cartes pour des dragées^

DE SÀINTE-HELEKE. l85

le sort la jeté au milieu de ce cercle domestique, une seule chose lui à singulièrement déplu ; c'est la présence d'un capitaine chargé de le surveiller continuellement et qui répond de sa personne. Cela a x)ccasionné des remontrances de sa part^ mais lamiral â'a pas cru devoir y obtempérer. Napoléon s'étant plaint des fréquentes visites qui le fatiguaient pendant son séjour aux Briars, l'amiral profita de cette circonstance pour met* tre à exécution les ordres qii'il avait reçus; et qui connait sir Georges Gockburn , sait qu'il met dans l'exercice de ses fonctions autant de délicatesse que de ponctualité. Il fut donc or-donné qu'en conséquence dès plaintes portées par le g'^n^a/ Bonaparte , personne ne serait admis à Longwood sans Fautorisation de l'amiral ou celle du gouverneur .Lorsque Napoléon lui-même s'y établit y on lui assigna certaines limites pour y prendre de l'exercice , et des sentinelles furent placées de distance en distance. Tant qall

qu*îl avait l*impétuosité d'un enfant , qu*ii faisait des singeries, etc. Tous ce& rapports sont mensongers.

( Jfote de l' Auteur, )

|84 PIÈGES SUR IsZ PRISONNIER

qe sort pas de l'enceinte tracée , on ji exerce pa9 d'autre surveillance sur lui; mais lorsqu'il la dépasse y un officier de service doit l'accompa- .gujer. Cette dernière circonstance lui est tellement à charge » qu'il s'est restreint à ne prendre quelque exercice qu aux environs de son habitatiouv

Une indisposition survenue au général Gour-* gaud m'a fait demeurer long-temps à Longwood. La maladie, dès le principe, prit un caractère alarmant , et man ami M. O'Meara , que je vous 9,1 présenté comme chirurgien de l'ex- Empereur, désira que nouii agissions de concert peur fiant le tr^itemefit^

Ma première visite, à cette occasion, produîr fit des particularités que vous serez charmé de connaître. Vers les six heures du soir, j'arrivai à ffuis'gaie (i), petite maison sur le chemin de Longvrood ; environ à un mille de la résidence

de Napojéoii: elle siert d'habitation au comt«

(i) Porte de la Cabane i c*est là que 9 sous deux sau*^ les y transformés pa^ la recoonaîssance en palmes et en Isiuriersy c^est là que repose eryin Napoléon.

( Note de M. R. W. )

DE SAINTE-HÉLÈNE. l85

Bertrand. Elle consiste en deux petites chambres au rez-de-chaussée, et autant au-dessus; Mais dans cette chaumière régnent la santé et la paix; les enfans sont charmans, et Ton peut dire de qe lieu agreste , avec vérité :

• Les soins 9 les passions n*y troublent pas les, cœars.»

Je pourrais composer un volume de tout ce que je sais d'honorable et d'a'imable sur cette famille (i).

Presque toutes nos heures de loisir , pendant la traversée, ont été employées à lire en anglais avec le Maréchal : en revanche il me faisait l'historique de ses campiagnes. 11 me disait quelquefois: «Vous êtes un mauvais maître, vous voulez « tout entendre , et ne rien dire. » Lorsque Napoléon demandait de mes nouvelles, il me désignait par le titre de l'ami de Bertrand.

A mon arrivée à Huts'gate, madame Bertrand nji'invita à descendre de cheval et à Taccompa-

(i) Vous voyez biçn, lecteur , qu'en dépit de ses petits préjugés aixglicans , de sçs détails minutieux et de ses opinions méticuleuses , AL Wardenest le meilleur homme du monde.

l86 PIÈGES SLR 1£ PRISOKIïIER

goer à Longwood dans la voiture; son mari rayant devancée. La nuit s'approchait, et lorsque nous fûmes près de la maison, nous vîmes Napoléon sut Je bord du chemin causant avec Bertrand. cUn moment,. dit madame Bertrand, il « faut les surprendre : mettez la tète à la portière c en passant devant eux, ils croiront voir un « galant, cela leur rappelera les jolis tours qu'on « joue à Paris. » Nous allions grand train , je lui obéis, et lui ayant donné la main pour descendre de voiture , elle me quitta pour aller dire quel était l'étranger qu'elle amenait avec elle. Peu après je reçus un message de Napoléon et une invitation à dîner. J'acceptai avec empressement et d'autant plus volontiers que l'ex -Empereur s'était restreint à n'admettre à sa table que les personnes de sa suite. Je n'avais pour me présenter que mes habits de voyage, et c'est avec eux que je fis mon entrée. Le général Montholon me reçut dans l'antichambre, et m'introduisit dans l'appartement où je trouvai Napoléon jouant aux échecs avec le comte Bertrand. Ce Prince m'accueillit avec une extrême bonté. Je me plaçai derrière son fauteuil, comme pour voir son

DE SAINTE-HÉLKINË. 187

jeu, après quoi il continua sa partie. U y avait peu de conversation dans lappartement , et encore se faisait-elle à demi-voix et à l'oreille, sans doute par respect; pen. accoutumé à de pareilles manières, Torsqu on me faisait des questions» )*y repondais , à mon, ordinaire , très^haut.

Peu de temps, après , on vint fiyertir qu'on était servi; le général Montholon me ditha^f* que ma place, était marquée entre /'J?m/>^re(ir et le grand-maréchaL Vo^Ià desiionneurs ! Contemplez, )e vous prie^ votre humble ami , Thomme qui lie chercha jamais à s'élever, contemplez4e » dis-je, au faite des grandeurs^ Je n'y jouai pas la rôle de Sancho Pança ^ car tou$ les plats étaient à ma disposition ; mais un morceau de bœuf rôti ^1), un gigot de mouton avec une sauce aux câpres, m'auraient beaucoup mieux convenu que des ragoûts et des fricassées, auxquels je ne suis pas accoutumé. Napoléon était à ma

(1) Patriote breton, véritable fils de la vieille Angle* terre 9 toi pour qui une tranche de roost^'-beef^ arrosée de porter est le nec plus ùltrà de la science gastronomique, comment pr^tdns-tu juger Napoléon?

{Note de M. Vi. YT.)

l88 PlicES SUH LE PRISOUNIER

droite et. le grand-maréchal à ma gauche (â). Je remarquai un fauteuil yide , qui , probablement , indiquait la place de Marie-Louise. Près de chaque couvert il y a^ait ime bouteille de vin de Bordeaux et une carafe d'eau : mais pendant le diner on ne porta aucune santé ; et si vous ne buviez pas , c'était tant pis pour vous , parce que le vin disparaissait avec les plats. Je n'ai jamais rien vu de comparable au service de porcelaine dout on fit usage« La vaisselle d'argent est massive et surchargée d'aigles. Le service d'or parut . au dcQsert. Le dîner dura une heure, et mon hôte me fit tant de questions , qu'occupé à chercher des réponses, ]e savais à peine ce que je mangeais ou oe que je buvais. Je vais néanmoins essayer de vous rendre compte, ou du moins de vous donner un aperçu de ses questions, c Avez-vous visité le général Gourgaud?

(d) Le sens commun eût exigé que M. 'Warden s'énonçât ainsi : t J'étais à Ist gauche de l'Empereur et à la € droite du Grand-Maréchal» ; mais un homme au faite des grandeurs est excusable d'avoir perdu le sentilne^t des convenances.

*-^ Oui, Général {i). Je suis venu à Longwood exprès pour le voir.

— Comment l'avez-vous trouvé ? —Très-mal- -^ QueUe est sa maladie? -^La disseàterie.

— Quel en est le siège ? — Les intestins. — Quelle en est la cause? --^ La chaleur du climat et une disposition naturelle. Mais en faisant diS" paraître la cause, leffet cessera. S'il eût été sai-* gné dans le principe, il est très-probable que la maladie n'eût pas été si violente.

-—Quel remède se propose-t-on d'employer? •— Les fonctions du foie et des autres viscères sont dérangées ; pour leur faire reprendre leur état naturel , il faudra avoir recours au mercure. —C'est une mauvaise médecineé — 'L'expérience m'a prouvé le contraire. — Hippocrate s'en servait-il ? — Je ne le crois pas.; il avait beaucoup: de confiance dans les. simples. -^ Cependant il

(1) Soyez ce|fain que Phonnète Vfarden, admis au^ Jaîle des grandeurs, et ayant le grand - maréchal à sa gauche et l'£mpçreur à sa droite 5 n'a pas qualifié ce dernier du titre de Général : c'est uûe impertinence dont il se vante , mais qu*il faut renvoyer à lord Bathurst et à sir Hudson Lowe. ( Note rfe ilf. K- W. ) '

igO PIÈGES SUR £E PRISONHIER

est compté parmi les grands^ médecins. -^ Il au« rait néanmoins pu beaucoup* gagner , s'il eût eu connaissance des découTertes modernes. — La nature ne fait -^ elle pas tous ses efforts pour chasser hors du corps toutes les matières morbifiques-? et la lutte actuelle ne pourrait-elle pas être un de ces efforts de la nature pour se débarrasser de ce qui. est nuisible ? — J'ai appris à aider la nature. — Et ne pouvez-vous le faire sans recourir à ce minéral dangereux ? — L'expérience ma <x>ii^aincu-que le mercure, pourvu que la saU«(ation en résdhe , est infaillible, -r- A la boiHM heure : continuez à donner du mercure* »

« AyèzrYOUS perdu beaucoup de personnes à bord du N orthumberland ? — Nous avons eu le malheur d'en perdre plusieurs. — De quelles maladies? — De la dissenterie et d'inflammations au foie. — Les avez - vous examinées après leur mort? — Je n'y ai jamais manqua. — Qu'avezvous découvert? — Chez les uns , une forte suppuration au foie ; dans d^autres, la gangrène dans l^s intestins.

— Qu'est- ce que la mort , comment la dé-

DE SAINTË-HEXEITE^ I91

finissez -TOUS? — La suspension (t). dés fonctions de la vie , des ot^anés de la respiration , et dé laction du cœur. — Quand est-ce que Fâme quitte le corps ? — C'est une question à laquelle je ne me flatte pas de donner une réponse satisfaisante ; car dans le cas où Tanimation est suspendue, riiomme parait mort; et cependant » par les secours de 1 art , on le ressuscité , et il est sauvé. — Quand supposez -vous que l'âme entre dans le corps ? — Je né suis pas asseî habile métaphysicien pour donner uiie réponse concluante. La faculté de penser semble être V aurore de l'âme {2) ; et plus la rai sota approche de la perfection, plus Tâme estparfaitèi Thômme, au m'oins, devient alors plus responsable dé ses actions. »

Ici , à ma grande satisfaction , les questions

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