‹ Recueil de pièces authentiques sur le captif de Ste.-Hélène; de mémoires et documens écrits ou dictés par l'empereur Napoléon. Suivis de lettres de MM. le grand-maréchal comte Bertrand, le comte Las Cases, le général baron Gourgaud, le général comte Montholon, les docteurs Warden, O'Meara et Autommarchi, et plusieurs personnages de haute distinction (volume 2)Chapitre 15 sur 24 · partie principale des nouvelles françaises que · texte numérisé non relu

partie principale des nouvelles françaises que

j'ai lues, a rapport aii procès et à la seiltencc du maréchal Ney. - i. . •

I9(H, f9«is swf «MigffF 4e Q^nteQWfffl : ^ Q»oi> 4itr

aux ministres des alliés » mais, en min : dans sa d4ffln«« il en appelait au douai^me article de la capitulation ^^Vàti» (i). Il a dit qu'il avait ét^ tfçfmpé fag wQus, ; qn^ h proolamation dont on lacûoiait » fit iitti^fai^ftitfiiPtie dts oharges contre faii^ . asrait. lété écrite 1 psH* k m{||ûK-f[énéral Ber-* tnmdi) et -qu'il avaifc jéfeé induit Mi erreur ait s«fet é'un linité de^i^ÀittrioiMu^, de; l'Angle^

terve.

Le pon)te BettoMid , qui était dans la rUlmbre, efase^ va. ; trauquillèment . lyne le maréelial Ney avait kdrait de. cbeveher à s|p^ sauver, sîil le pour vaitvetinéqfie que si des histoires /aîtes 4 plaiMi^ ppuvadMsnt.ycbnlribuerv personne lie pouvait, le le blàmefei >de: s^èn être- servi ^ c^ mais ^ iijottla^^ ^ r^^ant à la pix^clamâtion , c'est une • assertion «.ausai. fausse que: rkticujCe t le màré^^l Ney

»»»|^ aUtifcn -J»! »i ■ ■■■■ — ^i. mimm ,mi | > ■ .

If !(i^i)ili4é&Qd toutes feclisfches.stt» ce qui s'est pass^ pendant les Gent-jours.

611 dAiïm-Ht&ÈNe. «9^

« éiaAt e» éttf d'^rlite (i) et n'avait besoin ^e t^perioiiûe pour: ceb. » NarpoléOQ' ii«r âtinlociti' commetilaMfe avLt Févétienièot; it isë Patenta de dire éti 'soilpirâtiè t * Le miirédbf^l Ntijf élaît ^n

« brave %0klt»e. » * ' i, ■ Je ciUii le mypoPC qu 'ttli ^JMtnial Migkit^ ^'ràkl

relàfté. Gê papiw^iîéàit i|U'«4i «l«M €t«)tit «i«e fti-î

^UrTeétiori d Parid i^Éit ^ ^U'os iàUf éètêt^ioUL^

4pà iidïÉàk <|à Mépm : pour la pi^éveùir ou là VéM piriiiier , ni^tt^ l!ài^tdëe sous lès Mmewi^o v. . «

€ Le èixé de Wellington a^t-îl qtïïrté^PAist -^ Je n^en iâiô i^iï. -^ Ees Atiglafa et Eèir dltifés

sbû&^îls ericoi^è'dâaslé vofslnïigé cfe k'oàplktë?^ — Je crois cfrie lèë Aû'gïàrs y *àottt ehdore; itfàli?

il parait que les Russes et les Prussiens isfe sOtit retirés' stii* lé Rhliiv ^ Gettte disposition , réi^li- (TUà-f-ît; était 'la meinetinô qu'ife^ passent prfeh^

dre.» • ~

(i) L'origiaal de laproclamatioa était de la main dû

. .f- . . / K< ;» . î 'i- ■ ■ ■ ■ V,.'. . '.'..■• 'il}

maréchal; mais if a dit l'avoir transcrit sur celui qui lui

avait été envoyé.

4 Mais comment arrive-t-il que parmi les papiers qui sont envoyés ici pour mon usage , le Mwning-Chroniele se trouve si rarement ? >

C'était uiié question à laquelle il m'était imposable de répondre. Je crus cependant devpir lui apprendre quuù Parisien avait été mis à l!amende pour avoir publié une caricature contre l|li. U en demanda la description. Je répétai le paragraphe d^ journal qui la rapportait. « D'un G^té on voit le portrait de* Louis XVIII ,* envico#néde m famiUe, avec celte inscription, C'est bien ! et de l'autre celui de Napoléon , entouré delà sienne, avec ces mots , C'est mieux (1). — ç jQuelle. SQttise , dit-il ; mais de telles fadaises spiit propagées pour un motifqui vous échappe.» 4|près cette remarque vil rentra dans son appartement.

; La maladie du général Qpurgaud prit un caractère alarmant , et menaçait sa vie. U était tel-

(1) Pourique cette caricature fût piquante , il eût fallu ijpjie la première famille fût représentée rentrant à Paris ^

et la seconde en sorjant. H. V^^arden paraît avoir oublié

cette particularité.

DE S^AINTE-HÉLÈNÉ. ' 197

lemenf abattu , qu'il refusa de prendre -la seule médecine qui pût lui donner du soulagement v et quoiqu'on se sertît de subtarfu^s pour la lui administrer, il aurait succombé ; si une voix à laquelle il n'osait désobéir ne lui eût pas fait de^séyères et d'heureuses ren^ntranccâ. < Quelle « conduite est la vôtre , lui dit Napoléon", et « quelle est la crainte à laquelle vous paraissez i VOUS abandonner en refusant les moyens de là c vaincre ! Combien de fois n'avez -vous pas af^ « fronté la mort sur le champ de bataille , et « maintenant vous vous livrez à elle comme si « voHs aviez peur de lui résister ! Quelle obsti- < nation puérile ! Ne soyez plus déraisonnable, « )e vous en prie , et soumettez-vous à prendre « les remèdes qui peuvent vous sauver.* Ces reproches touchèrent le général : il suivit le régime qu'on lui prescrivit, et il s'en trouva bien. Quelque temps après Napoléon me dit : c Eh « bien , docteur, vous avez fait des miracles avec ^ « Gourgaud ! Si cependant il y avait eu un prêtre « dans l'ile , il vous aurait renvoyés tous les deux « pour céder à ses pressentimens. Heureusement « pour lui il n'a pu trouver de confesseur. )»»

198 I^IÈQVS 8U& LE PEISOlflflER

Maintenaut la scène Ta changer ; maiâ }e nt

quitte poiiM; 1^ piste de boftre illnstre ejQé » et je

TOUS somme de raccompagner parmi les Arca«-

diens de Saintè^Hélène. Lorsqu'il fait de fexer-

cice à cheyal, il se dirige vers tin vallon enfoncé,

où la végétation prodigieuse abonde en pâtu-

ragiBs» la route est étroite et solitaire ; H ^ par

une inspiration poétique et sentimentale , il lui

a donné le nom de ValUe du silence. Au I>aut de

ce sentier > Toeil est réjoui et même étonné d'y

trouva l'habitation d'un fermier .JLà, Napoléon

arrêté, eut la fantaisie de faire une visite ^ Thon-

« nête propriétaire. Heureusement poiu: . lui la

famille fut surprise , car la crainle d'une telle visite aurait pu lui faire prendre la fuite. Maître Legg 9 le fermier , un bon et simple paysan , trouva Ifapolépn à sa porte, et le pria de des^ cendre de cheval. Ce Prince accepta , et accompagné de Las Cases, il entra, s'assit, et, à son ordinaire , commença ses questions.

t Avez-voua une femme P.— Oui , M. Y Empereur (1). -^ Et des enians? -^ Six. — Combien ' ■ I ■ ■ ..11.-

(1) Voilà uu homme peu scrupuleux sur le pmictilio

de iettt poéiédeas^voil!/ ^ -^ Gétlt acres. -^ SôAtib tbû^ cfttlfi\«ible^ ? ^ À fiëtt fMâ)' là maillé. -^ Cùûiirféà delà V6ti8 ]i^àfp|iôif èMl^il?^ PAs^Bèàtf cbép^ cèpetidaiit, déj^uls tàtrè àiflVéief; M. tÈiàp^imt, cela ta uÉf peu mitiii. ^ OttI? et ûùnttbtittt tékt>

nous âe ctdtiVôûè' {>Âs de Zâë dattsr défté iléViet qu'il fdtû ((ûe JïOiïé VeUdiiSfaë plAtbptemeiitioHk nôs lierEmgêi^. I^â? étiio^tis jâdîi ôMigés^ d'attendre rârriréé dVttie Ëotté perttr ttotis e« déBài^ fausser, et quelqtred foU ils se gâtaiéét; ittëiiB è présefnt, M. le Généfëi^itnt ée ienè ÉMAéMshàîiip. ^Oû eit vôttë féthâtté^^-^ LaHlôlte l elle «'éfirtf effarouchée , éHf je v^ qm Mift itl^es eiâffan» se sont enfuis. — Envoyez-les éhietùhet^ et )^^Èéééû* tei-ttioiv iltesl^VèUâ db bôtfne eàQ ^ -^ Oiii , ftfOnsk^iir rËtiipérettr V tt dir vift OiUssif y tef q^e te Gap péM en fcrnrnn^. v

■ *<^ aâh fuinn I ri ri riiif*ir> iintii i

> t il I ■ i I I «If II

diplonatiqiie imagùié par ce lord Batburst , qui, en re-^ fusant à Napoléon le titre de sa dignité, a cru que c'était lui qui Pavait détrôné. Il est vrai que Maître Legg n'est qu*ûn pauvre insulaire à qui éôhappént foutëâ Ces stibtilités, et qui, en tràiraiit PÉnTperèut avec d'éférencef , devient, sans s'en dbutet, Técho de l'univers civilisé.

aOO FIEGK8 SUlk LE PRISOMNIER

Pendant ce temps-la , les craintes de la bonne fermi^e s'étaient dissipées , et son mari .l'engagea à se présenter. Elle entra , en donnant des marques d'un profond respect et d un grand étonnement. Napoléofi , Las Cases, le fermier et sa femme formèrent une partie carrée « se mirent à une table , et burent chacun un verre de vin du Gap , après quoi Napoléon prit congé.

Le bon fermier et sa famille avaient été tellement mis à leur aise par les maniées affables de leur hôte , que la visite suivante ne les intinâida nullement » et que , jusqu'aux petits enfans, tous exprimaient le désir de le revoir., et demandaient souvent à leur mère si Boney (i) ne les, visitwait pas bientôt. ...

Mais il y a dans ce quartier un autre fermier nommé Robinson^ qui, comme json voisin Legg, possède un jardin potager de plusieurs acres, divisés par des murs de terre , ornés d'aloës et de fusain. Là , comme dans la première habitation ,

(i) Boney est l'abréviatioD que le peuple 9 en Angleterre, a faite du nom de Bonaparte.

( Jiote du Traducteur, )

B£ SAINTE-HÉLÈNS. HOl

la simplicité de la vie champêtre se montre sous ses couleurs naturelles ; mais il y avait dans ce lieu une fleur d'une beauté peu commune , une très.- jolie personne , fiUe du propriétaire : même en Angleterre » on Y eût trouvée belle. Soit que les innocentes mœurs de ces honnêtes gens, ou les charmes de la nymphe rustique y ou le contentement qui régnait dans ce lieu , eussent des charmes pour Napoléon , le fait est qu il rendit de fréquentes vbites à la ferme , et que les parens de Robinson, qui demeuraient à k ville » le prévinrent de prendre garde à sa fille. Elle reçut, en conséquence, l'ordre de ne pas paraître lorsque le grand personnage viendrait à la ferme. Napoléon s'aperçut bientôt de ces précautions ,

et n y retourna plus.

Je ne recours pas à d'autres détails particularisés pour allonger ma lettre. S'il s'en présente , ils feront le sujet d'une nouvelle épttre. En conséquence je saisis l'occasion de vous as3urer que

Je suis, etc., etc.

a02 PIÈCES sut LE PiHISOKKIER

Saîme-Hélène.

ll|fo« CH» COMPAfRIOTB,

Je commençais à craindre que ma dernière lettre n'eût termina la petite histoire que j'ai compilée sur des doçumens \ivans , pour votre instruction et vptre amusemnnt. Si j ai réussi , ce sera un grand plaisir pour moi , et je continuerai ,maj|^ajratioa morcelée , par tput ce qui me par^tra dç quelque iptéi^t* .

n y a près de six semaines que je ne suis allé à LoQgwood « ou que je n'en ai reçu de nou- Telles. Le hasard m'a cependant fait rencontrer M. de Las Cases dans une maison. Après avoir parlé pendant quelque temps du nouveau gouverneur, fl* me dît que Sa Majesté (i) s'était

inquiétée de moi, et avait témoigné quelque surprise de ma longue absence, c Nous ne vous « avons pas vu , a jouta-t-il, depuis la résurrec-

(i) G*est I^ titr^, avec celui à^ Empereur , que la suite de Napoléon continue à lui donner. Je vous l'ai déjà dit. [Note de l'Auteur, )

« tioa du général Gourgaud. Votre absence au- < raît-e]le été causée par quelque éloignéineut « Tolontaire de votre part » ou bien par un or^ c dre de 1 amiral ? > Je répoodi» , ni par Tun ^ ni par l'autre ; mais j'ai cru de voiif obéir ' à la consigne générale, ne pouvant appuyer ma demande d'aller â Longwood , d'aucune raison légale. '< Se dés}re, reprit le comte, de vous « consulter sur la sanlé de mon 61s. » Cette pxh son est suffisai^te; l'amiral e$t dams cette maisc^

)e tais lut demander tm permis et je suis per** suadé qu'il me 1 accordera. Me voilà en consé^

quence invité au déjeûner de Napoléon , lé len^ demain à dix heures. La violence de la pluie m'empêcha de partir à temps , mais je me mit en iroute le plutôt qu'il me fut possible. Vh&mà du déjeuner était passée lorsque f arrivai à Longwood, et le maître, décidé par le retour du

beau temps, était sorti pour sa promenade ha-

bituelle dans le jardin. Je pi^ésume que, caché par une haie, il m'avait aperçu me dirigeant vers, la maisoui. Comme le temps du déjeûner était passé, temps^ auquel il se rètiie seul dans son appartement , je ne m attendais pas à le voir;

llo4 PIÈCES SUn LE PRISONNIER

et, pour dire la vérité, à moins que ce n*eût été dans Tespoir d apprendre quelque chose de nouveau (i), j'en aurais été charmé, parce que ) aurais échappé par- là à un nouvel interrogatoire. *

Je vis bientèt venir à moi le comte Las Gises, qui,' supposant que son maître s'iétait retiré pour le reste de la journée , me proposa de l'accom * pagner à son appartement, où, dit-il , après avoir vu son fils , nous pwcQurrpns notre histoire. Je suis sûr a jouta-t-il , qu elle vous intéressera , comme /die intéressera le monde .entier , si no^s avons la persévérance de l'achever.

' Je ne me souviens pas de vous avoir mandé , sur la parole du comte , qui est secrétaire de l'historien , que Napoléon s'occupait d'écrire les

jinnaleê de sa vie. J'avais déjà appris de lui que

(i) Placé entre la cuiriosité d'apprendre et la crainte d'être interrogé , M. Warden éprouve un risible embarras. Cette dernière néanmoins cède à l'autre , et il en résulte le bavardage épistolaire que nous publions. Re« connaissons cependant qu'au milieu de sa diffusion, on trouve des anecdotes piquante^ et quelques, traits caractéristiques qu'on chercherait vainement ailleurs.

DIB SAIlfTE-'HÉLèNE^ !lo5

les caixipagnes d'Italie et d'Egypte , et ce qu'il appelle, imm règne de Cent-Jours (i^, étaient teritiinés; et que les périodes intermédiaires étaient aussi fort avancées. Je nie flattais donc de passer

(i) Nulle époque, dans une vie si fertile en prodiges, n^a été pins prodigieuse que celle qui à reçu de ropinioD^te titre de Cent'^ours. Cette période , qui compreod letemj^ écoulé entre les deux abdications, oommeiice à s^éclaircir. Pour -fixer sur elle ses idées et asseoir son îugement, le lecteur doit consulter les Mémoires sur la campagne de i8i 5 (ouvrage attribué à Napoléon , extrait de ses Annales, et dont Véditeur de ces Pièces, Coi^àrd, publie dans ce moment une édition ). Il faut lire aussi sur le môme sujet, et méditer Pouvragè cdorageux écrit pendant la réaction de 181 5, sous le titre de Cinq mois'

de l'Histoire de France, f^r V* Regnauli-'Vy^ariii f les Esquisses sur les Cent- Jours , attribuées au général Lafayette; V Histoire des Cent ^ Jours ^ de sir Hobhouse , pour la publication de laquelle M. Regnault*Warîn , qui pourtant avait combattu cet Anglais, a subi une détention d'une année ; les Mémoires publiés par. M. Ileory de Ghaboulpn, secrétaire de PEmpereur, et qu^on peut regarder comme écrits sous la dictée de ce Prince. On annonce enfin, sur ciette époque unique, des Lettres sur les Cent" Jours, dans lesquelles M. Cauchois - Lemaire

ao6 PIÈCES SUR. &E PftlBONIflER

uns BgréaUe matinée , ei Feau m'en venait à la bouche, tant j'étais désii^ùx de jeter les yeuK sur de tds mannscrits; màiè^^mcin atfiente fiit trompée : un messâige de Napoléon me lùànda dans son appartement. Comme je prévoyais que cette visite ne se passefrait pas en vaine cérémonîe«. je priai le eomte de vouloir bien m accompagna , att^du qu «n quaUté" d'iutevprèle exact et cotrect « il était nécessaire qu^f 1 fût présent,

et sa présence me donnerait le temps d^aviser à

n^ès réponses. Il fallut user peu d'adresse pour a|^rai;ijj|[er cette affaire, pâgrce que l'étiquette dé la cour s'obae^e avec la plus respectueuse attentikmi Longwoodf pat tous oeux qui y spMt at«taehéf. •>

Eti entrant dans sa chambre, je vis devant moi un sofa , et éù avançant j'aperçus j^apoléon qui y était couché. Des jalousies interceptaient les

examine avec 'sa sagacité acçôutiifliééV ^ exjposë, avee là finesse et réiégaace qui le' ciàràcîlériâtstti! , lés ressorts que l'intrigue fit jouer poùi' diédtfoîrorer le dénouement iê çè grand drame politique. Ce dernier dùvtagcf sdra pubCé par tà'Lïi^àlrie dépa^cem&niate de la rue VH^ leJot.

^J?ljç çQHY/orte die livras. Je di^Mi^W ^aw; teur acjOibre qu^lx^ue^ voiluipes sur U véjiolik^n fraaçstisçi; ce^QUvr^efi étaient licb^oiiçQt iifAî^s, La chaleur ^^yf^t forcé d'ôter son )ial>M ^t.sa ye^tek A Via^ut même pi^ U ii^'apçrçut iji s« reprit eu pi^^ ^t Récria w^Wglwairççyîv^cfté, et ij^ç Î^.II^e^^^T hwft^yr du n«>p4ei: « Abl t lyarde», çowi»eç4i vpW ) pwtejt^^VW ? ft Jç m'inclinai pQi»: tpufe rf§^WQj^iI me tei^U la main , en disant ; t J ai la ûèxvc. » Je lui tâtai le pouls.^ et je ip'ap^(^i;|i9 fWjf F 41?*^*^'^ fï®? pulsations et par Vhilaritéde ^figure qu'il plai? sautait. Je lui di^^ quç ie fo.^haU:ai&4e .grapdl cœur que sa ^nté fût tou^p^rJ^ la ménie. U ipç donna un petit coup sijr la jQjUe^ayçç Iç dpj^rde la main , et me pria de ç()'aYa,pcer « ayapt quelque chose à meidire. Je le çpniplimçntai de nouveau sur l'état de sa sant^ , ainsi que sur ses prpgjrès dans la lajDijg;ue anglaise, « Je jouis qer- « tainement , dit-il , d'une bonne santé , et l'at-

« trîbue au r^me que j'ai adopté. J'ai tant

t d'appétit que je pourrais mangçjr à toute heipre

« de la journée, mais je m'en tiens à mes repa^,

2ùS

PIÈCES SUft LE PAISOlfHIE^

et les finis toujours ayant d'être rassasfé. Outre cela , comme vous le savez , )e ne bois jamais de vin pur. Quant à la langue anglaise , je m*y suis appliqué, je lis maintenant vos papiers avec facilité y et j'avoue qu'ils m'amusent. Us sont parfois inconséquens , et souvent injurieux. Dans un de ces journaux on m'appelle Liéar ( t ) ; dans un autre un tyran; dans un troisième un moMtre ; et dans l'un d'eux, chose à laquelle je ne me serais |)as attendu, un lâche. Après tout cependant, cet écrivain ne m'accuse pas dWbir fui sur le champ de bataille , d'àvoir tourné le dos à l'ennemi, ou d'avoir craint les reverd de la fortune : il ne me reproche pas non plus d^avoir perdu la tête au milieu des embarras que donne une bataille, ou pendant le chot des armées. 11 lui semble seulement que je n'ai pas eu assez de courage pour prendre une dose dé poison, ou pour me jeter dans la mer, ou pour mé brûler la cervelle. C'est précisément parce que j'ai quelque courage ,

( i) Léar, roi d'Ecosse, devenu fou. Voyez la tragédie de Shakespeare, imitée par Ducifi.

DE SAIIfTE-HÉLÈNE' 20g

que je ne me suis pas tué. Quoi de plus facile* mdis aussi quoi de plus plat (i) l Vos papiers sont tous sous Tinfluence des partis : ce qui est eiuilté par Tup ^t outragé par l'autre , et vice versa. Ceux qui virent dans la capitale où on les publie , peuvent juger par euxmêmes des événemens ; mais les personneâ^ qui en son éloignées , et particulièrement les étrangers , doivent être fort embailrassés pour

(i) C'est pour la troisième fois 9 depuis quelques pages, qu*il faut renvoyer ces stupides reproches et cette horrible doctrine à leurs sots et coupables auteurs* Jamais la bassesse de leur ùmo et la; lâcheté de leur caractère ne se sont plus clairement révélés. Ils ne sauraient cour cevoir qu'après avoir perdu le sceptre du monde^ et surtout la direction de la civilisation européenne. Napoléon ait consenti à vivre encore ;. ils ne le peuvent comprisixdre, eux^ qui 'meurent de marasme , si le prince leur a retiré les honneurs du bougeoir * , ou qui se brûlent la cervelljs, s'ils ont perdu aiill^écus à Técarté.

* Dans certaines cours, le prince désigne le courtisan qui , à son coucher , doit tenir le bongeoir : c^est une faveur insigne , qui gonfle comme un paon celui qui la reçoit , et fait se'cher de jalousie ceux auxquels on la refuse.

{JVoUdt^M. a. W.)

âlO FIÈGISS &UR IrE PftlSON^IER

f former leur jtigement sur Tétat des choses , « aiûfii que sut:, le daràctère des. hommes pa<-

Nâpdléoù paraidiâit disposé à mamfester ses opinions,' afi lieu de Tétre â me questionner. Je résolus de parler aussi-, et ne doutai nullement de pouvoir lentrainer dans ^ne conversation intéressante , à moind qu'il ne préférât ïne congédier.

Je répliquai donc : < il faut que vous ayez plus de patience que mes compatriotes ne vous en supposent, si vous vous donnez la peine de lire tout te qui a été lécrit Sur .vous. Vous ne pou-^ TÎèzpas, Général t croire que les événemens ex* traôrdinâires qui ont eu iietx, et duxqUels vous iavez eu tant de part, ne seraient pas remarqués avec une entière liberté, par un peuple aussi éclairé que le peuple anglais , et qui a le privilège de parler et d'écrire comme il pense. • J allais continuer et entamer . un long discours patriotique lorsqu'il m'interrompit : « Ces injures , c ces épithètes grossières , ne font que m'amu- « ser; mais vos papiers contiennent des obser- « valions quifontsurmoiunefiet contraire. Vous

« ave2, cotitinUâi-t4I , vin écrivain que j'admire

« liëàttcoup; ]e croîs qtfil est votre compatriote; « c'est uaécOidsais^ M&cpherson^ I^anteur des poc*

« siès écossaises et galliques^ pùbliél^frsbiisle nom

« d'Qssiaru U^y.à aussi parmi voUd iktt homtiîe

« du nom de Belsham ; sur quel sujet a-t-ilécHl^ »

Je répondis que je croyais qu'il avait écrtt sârlè

règne de notre eXGôHent souverain. « Oui; dit-il,

« vos lois vouB permettent d'écrire sur les lois ,

«..sur les ministres et sur leur administration. *

c Tel est,' répartis- je, tel est le privilège des Anglais; mais, sujets aux infirmités de la nature humaine, quelquefois ils en abusent. Des malcnteudùs, Tesprit de partr, peut-être même lesprit de faction, peuvent propager et soutenir parfois des opinions violentes, mais Tamour de la justice et de la vérité, forment le véritable caractère national. »,

« Et pourtant, observa4-il, vous avez traité mon c caractère avec un peu tropd)e rudesse , surtout « depuis que je suis en votre pouvoir. » — « Cette opinion , Général, répondîs-je avec vivacité , permettez-moi de vous le dire, n'est rien moins que fondée: vous n'avez pas toujours eu le loisir,

comme vous lavez à présent,; d*exait]iner les journausLanglais; mais je vous assure que dès le temps ou vous devîntes premier Consul de France , jusqu'au moment où vous mites le pied à bord du Bellérophon, la presse anglaise n*a cessé de fulminer contre vous, et cela sans exception : tpus les partis s'étaient réunis' pour écrire dans le. méipe sens (i); vous auriez pu en prendre conpaissanpe, mais les projets qui occupaient votre esprit ont du vous distraire de ces souvenirs. » — Cependant vos journaux officiels prou-

« valent , par leurs réponses , qu'ils avaient lu les

(i) Erreur^ distraction , oubli ou mauvaise foi. Quand Bonaparte détrôna l^anarchie que le cabinet de Windsor avait déchaînée sur la France , ce fut au bruit des encouragemenSj des applaudissemens de l'Europe; et ma\^ gré le désapointement de M. Pitt, TAngleterre fut condamnée à répéter les éloges du monde entier. A Tépoque de la paix d'Amiens , tous les journaux àngîais parlaient du premier Consul comme en parlera la postérité. Un seul Français, Pelletier ^ l'auteur des Actei des Apôtres j eût troublé ce concert, si les croassemens d^un libelliste

avaient pu se faire entendre parmi cette harmonie uni-

verselle.

. {Notede M.fi.yf.)

»Ë SAINTE-HÉIÈNE. ' ai3

« nôtres, et icVîst ainçi même qu'une guerre de < plume fut toujours alioientée entre eux. — Vous étiez irrité contre l'Angleterre, lorsque vous ordonniez â votre Moniteur de nous appeler une nation de^ boutiquiers (i).Nous sommes certainement unegrandenation,une nation commerçante,* et plaise à Dieu que cela dure ! car c'est le^commerce qui nous a donné ces ressources , sans lesquelles la bravoure anglaise n'aurait pu obtenir la gloire éclatante dont notre nation s'est couverte. Nous sommes un peuple généreux, magnanime , et que jamais on ne vit insulter un ennemi vaincu.

c Quand vous abandonnâtes le p\y0 ^brillant diadème de l'Europe pour le frêle sceptre de l'tle d'Elbe, l'opinion publique en Angleterre vous était favorable. Maintenant que vous êtes , ainsi

(i) Peuple de marcJuinds, disait le Moniteur; et il disait vrai. Depuis la couronne des Stuarts vendue à leurs successeurs 9 jusqu^à Tindication d'une adresse à Télranger, perdu dans le dédale des rues de Cbndrcs, fout s'y marchande , tout s'y vend , tout s'y achète.

214 PliCES SV^ LE PRISONNIER

qu'il vous platt de le dire (i) , en notre poufotr, la presque totalité de la nation est touchée dune situation aussi extraordinaire.

• Oui» Monêieur {2), nombre de personnes qui se seraient réjouies d apprendre que vous ayez perdu la vie sur un champ de bataiUe, souhai-

■»H II ^1— ^ I fcl I (1

(0 ^it^i qu'il vous plait de le dire/.... Cette locutiofi est admirable. Ainsi il n'était pas prouvé à M. Warden que Napoléon rivé. sur. le roc de Sainte-Hélène fût au pouvoir de l'Angleterre. Telle a été souvent aussi Tassertiou de lord Bathurst. A cette dérision du pouvoir qui raille sa victime 9 qu'y a-t-il à répondre? Rien.

(a) Prenez garde, honnête et véridique Warden !

Conmient ^ncilierez-voos ce scrupuleux re^ect pour

l'étiquette que , selon vous^ l'on conservait à la cour de

Longv^ood, avec cette énorme incartade contre l'étir

quette ? On vous a passé le Général , parce qu'enfin ce

titre est bien glorieux quand il est illustré par un homme

tel que Napoléon; mais le Monsieur / oh I pour celui-là,

que tant de faquins portent ou traînent, on ne peut, en

conscience, croire que vous vous en soyiez servi. Il est tolé-

rable dans la bouche ignorante de Maître Legg; qui, du

moins, avait la courtoisie de ne pas le proférer tout seul ,

et qui disait monsieur l'Empereur,

( Noie de M, R. W. )

DK SAINTE-nÉLENE. :2l5

tent ardemment; aujourd'hui que vx)us îouissiez de toute la félicité dont yotre position est eusceptiblc. Si le Narthumbertand vous eût joint sut •n vaisseau de guerre, faisant voilé pour l'Amérique , tous les officiers i tous les matelots et sol<dats auraient , de grand cœur , entrepris, de prendre , de brûler » de couler à fond le bAtiment à bord duqucAyous vous seriez trouvé; cependant vous aveznété tmité par eux , pendant* tout lé voyage , avec tous les égards pt toute la politesse possibles (i). S'il m'est permis de parler de moi , je vous demande la permission d'ajouter que j'ai été élevé dans une haine invé-

(i) Des égards/ et, contre tout droit. civil et militaire, Ton fait prisonnier celui qui venait librement demander riiospitalité ! — De la politesse ! et Ton exile , Ton déporte à deux mille lieues , sur une roche ardente, rhomme qui demandait cent acres de prairies et un chaume dans un de ces verdoyans comtés que fertilisent les fleuves de la riche et insolente Angleterre. — Des

égards ! de la politesse ! Corneille , dont la grande

âme eût sympathisé avec celle de Napoléon » racontait l avenir . en réfléchissant sur la chute d'un autre iUus-

StiÔ l'tEGES Sun LE PtltSONlïIË tl

térée contre votre personne; je dis plus, aucune des vérités de l'évangile ne me paraissait mieux démontrée que l'opinion générale qu'on avait de vous, néanmoins, vous me voyez prêt à faire tous lei^ efforts possibles pour* reconnaître les civilités dont vous qpre comblez, et à vous offrir tous les services que la bienveillance de mon gouvernement me permet de vous ifendre, pou vu qu'ils' ne contrarient pas les régleâkf&s que sa politique éclairée a jugé nécessaires d'établir pour la sûreté de votre personne, i

J'étais déterminé à déclarer mes sentimens aveô franchise, et vous voyez maintenant, mon cher ami , que je me suis tenu parole. Je n'ai pu résister au désir de venger le caractère britan-f nique des attaques de Napoléon (i}.

tre infortuné 9 et sur la politesse et les égards que prodiguait à ses restes le rival qui du moins n*était pas devenu son assassin.

Ah ! qu'il est doux de plaindre Le sort d'un ennemi , quand il n''e8t plus k craindre !

{IVoiedeM.fi. Vf.) (i) n est probable que M. Warden , en écrivant le beau discours qu'il dit avoir tenu à Napoléon ^ a eu pour

l)È sàiMtë-hëlenë. 217

Ce Prince cependant parut prendre en bonne part ma franchise et ma véracité ; et soudain « à nia grande surprise, il me demanda si je me ressouvenais de l'histoire du capitaine Wright. Je répondis que je m'en rappelais parfaitement , et que l'opinion générale, en Angleterre, était qu'il avait ordonné qu'on mit à mort cet officier.

« Pour quel motif? répliqua Napoléon avec « la plus grande vivacité. De tous les hommes , « c'était celui dont je désirais le plus de consert ver la vie.Où pouvais- je trouver un témoin plus c essentiel que lui au procès qu'on instruisait « contre les conspirateurs qui étaient à Paris^ < et dans les environs. C'était lui-même qui « avait débarqué leurs chefs sur les côtes de « France. »

objet de de donner quelque importance aux yeux de Johri'-Bull, et de se recommander à un gouvernement dont il porte la bienveillance aux nues. Aucun des Français qui ont connu Napoléon ^ ne croira que mon-

sieur Warden se soit permis de lui avoir parlé comme il dit l'avoir fait. {Tfote du Traducteur. )

ai8 Piiccs SUR le prisonnier

A cette première ouverture , ma curiosité éclatait dims me^ regards, t Ecoutez, continua Napoléon, et vous àlle^ me comprendre. Le brick de guerre 9&ghk » commandé par le capitaine Wright, était, par ordre de votre gouverne inçnt, eip ployé à débarquer, sur la côte occidentale de France^ des traîtres et des espions. Il y en avait déjà soixante et dix dans Paris ; et leur, conduite était si mystérieuse, les lieux ou ils se tenaient cachés, si impénétrables, que le préfist; de police Real ^lorsqu'il m'informa qu'il existait des cpnspirateun à Paris, me dit qu'il n'avait pu découvrir le lieu de

leur retraite.

c Je recevais tous les jours l'assurance qu'on attentait à ms{ vie ; et quoique je ne crusse pas entièrement au danger qui la menaçait , je prenais néanmoins toutes les précautions nécç^saires a ma conservation. Le brick fut pris à fuorient avec le capitaine Wright (i), que

(i) Le brick commandé par l0 capitaine Wright portait 16 caronades de 24 et quelques pièces de canon de 12. Ce bâtiment fut pris par deux chaloupes canon-

DE SAINTE 'HEXÈIIE. â 19

t Ton conduisit dciratrt le préfet du Morbihan , 9 à Vannes. Le général Julien, alors pnéfet, « m a^ait àccoMpaghé : dam tuoii expédition • d'Egfpte \ et 'raçonniit le capitaine Wright . aussitôt qtf a le Vi^

« On donna avis & f^ris de cette circonstance, « ^ on eitvbya des instructions pour faîte èxa- « miner Téquipàgé séparétriént , et' envoyer au « ministre de la police , le résultat àèi interro- « gatoires. Ce résultat , d'abord , ne fûtpâ^satis-

nières sous les ordres du capitaine de frégate Le Tourneur y mort depuis peii 9 et directeur alors des mbuvemens du port de ÀochdTort. An cobibat de Trafalgar, ce brave officîor 9 après la mort du contre-atuiraï Magon ^ se battit contre quatre vaisseaux anglais; démâté, sans gouvernail^ ayant une épaule fraçaf8ée> une blessure considérable au bds« ventre > et ceat cinquante Anglais â bord y ilfait orienter des mâts de fortune j reprend son vaisseau et le conduit à Cadix. S'il n'y eût eu que de pareils officiers à bord de la flotte française , les Anglais n'auraient pas chanté victoire à Trafalgar. Au reste , tout bon Français nous saura gré de jeter en passant quelques fleurs sur le tombeau d'un brave.

( Nq16 du Tradufitew)

StÈO PIECES SUR LE PRISONNIER

c faisant: enfin la déposition dun des malelols « donna quelque lumière.- ^ •

c Elle portait que le brick, avait débarqué phi- « sieurs Français, parmi lesquels il se âouveuait < particulièrement d'un, qui était très-facé« c tieux , et qu'on nommait Pichegru. C'est ainsi « qu'on trouva le fil d'un complot qui aurait f jeté la nation française dans une nouvelle réa volution.

c Le capitaine Wright-, «n conséquence de t celte découverte , fut conduit à Paris , et rent fermé au Temple , pour y rester jusqu'à ce c qu'on mit les conspirateurs en jugement. Les. t lois françaises portaient peine de mort contre. « Wright; mais les mettre à exécution, n'était. « que d'une nécessité secondaire.

f Mon grand ol^et était dé m'assurer îles « chefs, et je regardais le capitaine Wright' t comme un témoin dont la déposition pouvait c seule remplir cet objet. »

Napoléon affirma plusieurs fois de la manière la plus formelle, que Wright s'était donné la. mortauTemplc,ainsi que le Moniteur l'a rapporté.

Il déclara en même temps que cette assertion

D£ SAINTË'-UÉLEIfE. 221

était fondée sur des documens qu'il a examinés depuis.. Gel examen eut lieu à Toccasion d'une visite qui lui fut rendue, à Tilc d*Elbe, par lord ^brington, et il ajouta : « Ce noble pair parut « parfaitement satisfait du récit que ye lui fis de « cette mystérieuse affaire. »

La complaisance de Tex-Empereur m'encouragea ^ lui faire des observations sans aucune réserve ; je lui fis part, de mes doutes sur le temps que passa au Temple le capitaine Wrightj avant sa mort. Pour me satisfaire sur ce point , Napoléon feuilleta un gros volume publié dernièrement par Goldsmith , et que sir Hudson Lowe lui avait apporté. Je ne me souviens pas du titre de cet ouvrage ; mais vous qui voyez tout ce qui a rapport au gouvernement Français , vous le connaîtrez sans doute : il contient, à ce que j ai pu voir , des extraits du Moniteur sous le gouvernement impérial. En parcourant la table des matières il rencontra plusieurs fois le nom de Wright, que Goldsmith écrit Ri^ht^ et crut

trouver des documens conformes à ce qu'il ve-

nait de me dire (i).

(i) Le Cabinet de Sàint-Cloud est un libelle com-

â2a PIEGES St^R LE PRISOI^NIER

L'auteur cependant , ou n avait pu découvrir le véritable temps de la mort du capitaine Wright, ou il a voulu le cacher; et Napoléon affirma que c*ét£ât cette dernière circonstance qui était cause quon avait élevé des doutes suf sa véracité. •

Eu feuilletant ce volume, il reconnut qiïe quelques-uns des rapports qui i^'y trouvent sont

vérrdiqites , mais qu:^îl y eu à un grand nombre d'inetacts et de mal placés. Il cita entre autres là bataille de Marengo. II né s'arrêta pas là , et voulut savoir à plusieut^ reprïscs , si je le comprenais bien; chose à laquelle il semblait attacher beaucoup de prix ( i). Ensuite à mon grdnd étoninemeht, il parla de la mort du duc d'Enghien. C'était une matière sur Mquelle je n'avais pas lieu de m'attendre qu'il voulût jamais m'etitretenir, parce que ses serviteurs, eux qui sont tou-

pilé par le mauvais goût autant que par la calomnie. 21 me paraît bien extraordinaire que TEmpercur ait daigné le consulter.

(i) M. Vl^arden est modeste. Seiiî auditeur de Napoléon (si toutefois il Ta été), il se croit et se donne Timpprtance d'une assemblée entière. Risum Untatis /

DE SAINTE HÉLÈNE. 2»â3

)Ourd prêts à faire son apologiie, gardent un pro« fond silence ou falsifient les faits ^ chaque ifois qu'on parle de cet événement. Ici Napoléop prit un ton très-animé, se leva à plusieurs reprises du sofa où il était couché. L'intérêt que j'attachais à ce sujet, et Fénergie de son discours , me firent une telle impression, que vous nù devez avoir aucun doute sur l'exactitude du récit que je vais vous en faire.

« A cette période de ma vie si remplie d'évé- « nemens , j'avais réussi à ramener l'ordre et la « tranquillité dans un royaume déchiré p^r les i factions et où des ruisseaux de sang avaient si « long-temps coulé. La nation m'avait, placé à sa • tête. Je n'y parvins pas comme votre Crom'well « ou votre Richard III étaient parvenus ala vôtre, c Je trouvais une couronne dans un égoût, jTen « ôtai les ordures et ïne la mis sur la téte« La su* c reté de ma personne devint alors nécessaire à « la tranquillité que j'avais rétablie et que je voh- « lais conserver. Dans ce même temps, on me « faisait tous les soirs le rapport { Napoléon dit, ^ je crois, que c'était te général Ryal (i) ] qu'il

(i) M. Warden , partout où il parle du préfet de police

2â4 PIÈGES SUR LE PRISONNIER

t se fomentait des conspirations, qu'il se tenait

c des assemblées dans certaines maisons de Paris.

« Cependant il ny avait point de. preuves suffi-

« santés , et la vigilance dé la police était éludéç.

« Les soupçons planaient sur Molreau; et Ton

« me tourmentait pour obtenir de moi Tordre

« de le faire arrêter; mais ce général jouissait

a d'une telle réputation , son nom était si grand ,

« Testime générale lui était tellement acquise , il

« ,avait en CQu^pir^nt si peu à gagner et tant à

« perdre , que je répugnai lon^rtemps à partager

«. ces soupçons. Je refusai de donner . Tordre de

« l'arrêter, en joignant à ce refus la note^ui-

« vante , adressée au ministre de la police:

« Vou$ avez nommé PichegrUj Georges et Mo- « reau ; prouviez - moi que le prémifer est à

« Paris , et je ferai sur-le-champ arrêter le der-

«jiier. Une circonstance fcnrt singulière donna

« le fil du complot. Une nuit que j'étais fort agité,

« je me levai et j'examinaila liste des personnes

Real, le nommé h généMl Ryal: cela ferait supposer quUl ii'£^ pas toujours appris de la bouche de Napoléon ce qu'il raconte. (iVb/e du Traducteur, )

' DE SAI^NTE-HÉLtîlE. 225

m soupcbimées de trahison*: le hasard , qui gou- « verne ' le monde , me fit tomber snr le-ncnn t d^un chirurgien depuis peu de retour des-prî- « sons d'Angleterre; L'âge de cet- homme, > son « éducation et son expérience me portèrent* à « penser que sa conduite devait être attribuée â « tout autre motif qu'à un ridicule fanatisme en « faveur des Bourbons :^e jugeai qu'il n'avait «d'autre objet que de gagner de l'argent. Je • le fis sur -^ le -champ arrêter : un conseil de « guerre s'assenlbla pour lé juger ; trouvé couce pable, il fut condamné à mort ^ et on lui « signifia qu'il n'avait. plus que- quelques heures « à vivre. Ce stratagème réussit. La crainte de « mourir , l'espérance d'obtenir grâce , lui firent « faire des aveux. On sut par lui que Piche- « gru avait un frère , ancien moine , qui habitait « Paris. J'envoyai des gendarmes chez cç der- « nier :. on saisit le vieux moine; et bientôt ses « craintes révélèrent ce que je. brûlais de sa- « voir. Est-ce parce que j'ai donné l'hospitalité « a. mon frère que l'on piè traite: ainsi ,. s'écria-* « t-il? Le but que.Jes conspirateurs se propo-» « saient était de me détruire , de renverser mon

i)a6 piicK^ i^yR le prisonnier

« gouvernement, ^t. de déternaiper , parmi les

« trç^ble^ ci'uiie cpntre-^r^ypluUon , 1^ retour du

< rég^inpte arîatQcrc^tiquç çt féodal. C est dans votre « pays, que le plap avait été conçu , et les cons- « piriateujp?. prétçndî;pea< que le cooije d'ilrtoi^ % était à leur tête. Sçk>n eux, ils avaient envnyé « le duc de Berry h loife/^t et le duc d'£nghiea « à, lest» Vos vaisseaux trai^sportaient les souisr; « ordres^ en France» et Mofeau se joignit à eux. « La cirçpp^t^^çe était périlleuse : . ^e me. trou- « y^is sur y^à, volcan , et }e ipe déterminai à «•détoproev 1^ fpydre si^r les Bourt)ops ,, dans la f ipétrppole naémede lempire britwnique- Mpa « ministre représenta fortement qu'il fallait se « saisir du duc d'Enghien, quoiqu'il fut sur ua « territoire neutre ; n^ais j'hésitais encorde , et 1q « prince de Bénévent m'apporta deux fois» pouc

< que je le signasse, l'ordre de son arrestation* t Ce ne fut cependant qu'après que je me fus c convaincu de l'urgence d*un tel acte que je « me décidai à le signer. La négociation entre • moi et le duc de Bade , sur le territoire duquel « se trouvait le prince, n'était pas difficile a ar-*

c ranger. Pourquoi aurais -je souffert qu'un

DB SJllNTE-Hil.ilfE« M^

i» homme résidât sur ma frontière to\|t ei(pr^ pour y commettre un orkne que les leÎ9 de tout pays , que la justipe punissent de inort ? Ai-)c fait autre chose , d'ailleurs , qiie d adopter les principes de TOtre gouyernement, Itoftqu'il captura la flotte danpisequipeufaitniiâie à votre pays ? On m*atait représenté t:ient fois » que pour la sûreté de k nouwUe dynastie ^ il fallait faire diSpAatIré les BourbonSé TàUejH rand n'a jamais dévié, de de principe: c'était un article invariafale de sa oroyanoe politi'que (i). Mais )e n'y adhàr^i pa^ sana un mûr c examen, et ne me rendis qii'aprèi m'étre eona vaincu de la nécessité de Tadoptçr. Le duc

(i) Lisez : de son €utress^ éUplommùfma. Son tkflf^

d'oeuvre eût été d'amener la (nhti d^e la nouvelle <}ypa9-

lie à consomipei' J'exlinctiop dp V^W^^P^P % P^T^ q^^

rhorreur soulevée par de tels attentats eût réagi contre

son aateur nominal, et Teût renversé douze ans avant

que d'autres combinaisons eussent été nécessaires ^poùr

nous en délivrer. Dans cette marche , qui ne' paraîtra

singulière qu'à ceux qui n'ont pas vécu, il y a^aataat

de loyauté que de talent : elle mérite teos lesi élfiig^y

coiûme elle a obtenu foutes les^véoompeoass»

c d'Enghien faisait partie de la conspiration; et, « quoiqu'il résidât sur un territoire neutre , Tur- « gence d une affaire qui menaçait ma sûreté et ' « la tranquillité publique , pour ne rien dire de c plîia , me Justine assez. Je donnai donc Tordre M de se saisir de sa* personpe et de lui faire son « procès : il fut trouvé coupable, et condamné* t La sentence fut sur-le-champ mise a exécution, « et le même sort eût atteint le Prétendant , s'il

« eAt été arrêté: ear, je le déclare encore , je V crus nécessaire de renvoyer la foudre sur votre

«''métropole , puisque c'était de là que partaient

« les assassins dirigés contre moi.

« Votre, pays ose m accuser encore de la mort

« de Pichegru. » Je répondis que c'était lopinion de toute la Grande-Bretagne , où Ton croit que ce général à été étranglé en prison , par ses ordres. Il répliqua vivement : « C'est un conte « à dormir debout , une véritable balourdise ! « C'est une preuve seulement que le pré j ugé « peut éteindre chez les Anglais même cette fu- € cîulté de raisonner dont ils se glorifient. Pour- « quoi, je vous le demande, aurais-jc fait com- « mettre en secret un acte que la loi réservait

DE SAi:mTË-HEt£NE. 22^

t au bourreau? Quant à Moreau, ceiït:été dif- « férent. Sïl fût mort dans iuu cachot, on eût. t peut-être soupçonné qu'il ne se serait pas ree-^ ■ du coupable de suicide. Il était extrêmement « populaire, chéri de l'armée; et, quelque in-; k nocent t{\xe ]e fusse , j aurais toujours été cru « coupable, si sa mort (daiis la supposition qu*il. «eût été condamné) n eût pas élé le résultat < d'une exécution publique. «^

Ici Fex- Empereur fit ^ne pause. H peut y. av^ir, lui dis-je, des gensl disposés à avouer. que des mesures rigoureuses, étaient indispensables, à cette période de ¥otre établis!3ejnent ; mais ii Be se' trouvera^ personne pour justifier la précipitation avèd laquelle le jeune pjince fut arrêté, jugé , condamné et exécuté.

^ Mon âme et ma ^conscience » répliqua-^t-il «sur-le-champ, me justifient à mes propres « yeux, et je répète que, s'il l'eût fallu, j'aurais « ordonné l'exécution de Louis XVIII. D'ailleurs « j'affirme solennellement que je n'ai reçu ni « message, ni lettre du duc après sa condamtf nation, a On disait, cependant, que Talleytand avait

^30 PlicIS SUR LE PRISONNIER

ea sa possession une lettre du prisonnier adressée à Napoléon , et Ton ajoutait qu'il prit sur lui de ne la remettre à l'Empereur que lorsqu'elle ne pondait plus étte utile. J'ai vu une copie de crtte lettre entre leA mains du comte Las Cases, qui me dit qu'elle faisait partie des documens imiftssés pour justifier l'histoire écrite sous la dldéé de èon héros. Dans ipette lettre, le duc d'Enghien demandait la vie : d'après son opinion , avouait-il , la <fynàstie des Bourbons était finie, n considérait là France comme son pays; il t'aimait d'une ardeur patriotique v mais en simple citoyen. // fie iongeait pltis à une cou^ rôHhe (l) qu'il était impossible de recouvrer; en conséquence , il demaiidait qu'il lui fût permis de vivre, et de se dévouer au service delà IVânee i il était prêt , à)Outait-il , à accepter un

(t) l'ouïes ces partfôularités sont-^Ues bien authenr iîqaes» et esNl viaisembiaUe que Napoléon s'en soit entretenu avec cdui qui nous les transmet ? Quelle ap* parence que le duc d'Enghien , qui n*élait appelé au trône qu^à Textincition de irais braiicliès collatérales chargées de onze rejetons ^ ait déclaré tjuUl t'énonçait à ht téùronne !

BJK SAINTE-HELENE. a3l

poste dans lartnéc , où il deTiendrait un soldat bravé et fidèle. Telle était cette îejtti^ qtie Talléyrand , dit-ôn» ne remit qu'après la mort de son auteur.

Napoléon continua à parler de la famille dés Bourbons. «Si {eusse eu enyie, dit-i,!» d avoir quelques-uns d'eux ou mécne tous en mon pouToik* » la chose m'était aisée , vos contre-

bandieirs tlie lés t>firàielit â tant par tête, ( je crois qu'il dit 4<>>ooo fr. ) ; mais après y avoir réfléchi » ils commencèrent à douter de la possibilité de remplir . cet engagement ; ils refusèrent d'entreprendre l'enlèvement d'au^ feun des Bourbons , à moins qu'on n'y mit la clause moH au vif: alorâ ils ne doiitalent point de réussit. »

« Je ne désirais pas leur mort. La force des 4i événemens m'avait fij^é sur le trône, que je fon- < dais (i) de manière à ne craindre ni change-

(i) Le trône impérial n'est pas le successeur immëdkit du trôbe ireyal^ et la dynastie napoléonienne n'était ^ rkérltièfe des €apétlens. CVst un nouvel établissement, atifsl légitime qae l'ancien /et qui n^ut rien de conunun avec lui.

!à52 PIECES SUR lE.PRiSON^NÎËR

. U' ment, ni hasard. Je me seqtais affermi, jelaid-^ I «ai les Souriions tranquilles; [Jn;crime inutile, c commis de gaité de cœur , / quelque chose « qu'on ait dit ou pensé de moi en Angleterre , <' iie m'est jamais venu dans l'esprit (i) ; à quoi

(i) « Uù crime ^ en morale, est toujours tin crime, k iildépendamment de ses motifs, de ses moyens j de c son objet; un crime*, en politique, quand il est inuc tile , est pis qu'un crime : c'est unejaute, » -

,£n empruntant cette maxime à Técrivain qui a bien voulu enrichir notre traduction de quelques notes , nous croyons être utile à Touvrage et agréable au lecteur , d'ajouter À celle-ci un morceau qui la développé et l'explique. Ce morceau, es^trait de VTntrûdtictîon à l'Histoire de V Empire français , porte , sur l'importante matière que M* "Warden a embrouillée, la lumière philosophique qtle M. Regnault Warin s'est toujours appliqué de faire jaillir des événemens ^ dans ses compositions historiques.

c Un jeune princis , ëollatéral de l'ancienne maison rdyàle j dit cet auteur, vivait solitaire^ sur un territoire neutre : le Premier Consul le fait enlev,er^ .traduire devant une commission militaire, et fusiller quelques heu^ tes après.

Un général, retiré dans ses tetrés , est accusé de compVkéïté dshis'une conspiration contré -^révolutionnaire : cité deVaùt une. cour spéciale^ il est condamné à une détention temporaire, que le Consul commue ^n un e^ui perpétuel»

jbE SAIl^lTETUÉtÈNÉ. a5j

» meût.jseryi c^ljii-ci? Lorsqupa ^arrêta sir «.Gciorge. Rumbolçl ,et M. Drake, qui avaient

c eatretenu une correspondance, avec des cons- « ,pirateurs à Paris, on^ls élé^ adsas.ginés (l) ?»

Avant de recueillir sur ces deux faits analogues les témoignages de Tune et Tartre opinion^ rappelons quelques principes. .

. Après le crime d'asservir sa patrie, le plus grand e^t de conspirer contre elle. C'est conspirer contre sa patrie^ que- de .conspirer contre le gouvernement; qjiie ;Son vote exprës.a légitinié. Je pourrais étendre cett^ doctrine pl^s loin, en ajoutant que c'est aussi conspirer contre, sa paT trie, que de conspirer cQintre l'homme ou les honimes qui la gouvernent de son consentement taqite. Cepenf daiit, sans offenser saint Paul, qui préconise . le gquvejTr

ment de fait, en recommandant la soumission aux pviisances, je m'en ^ tiens à la première proposition dont je crois qu'on ne côntestçra ni la jasUce, ni la justesse, nj l'évidence , ni niôme la .nécessité* Peuples et ^princes ., s'accorderont, pour qu'en thèse générale^ elle soit mise hors de discussion ; et il n'y aura que quelques jésuite^ qui voudront l'y replacer par des exemples particuliers.

tt . Maintenant m'accordçra-t-on deux choses: lapre^

(i) £n. revoyant ces Jettres^ fe.nqsuis pas ^eprtain si l'observation, sur^sir George Rumbold fut)faite^ dans le temps où je la place, et si je la tiens de Napoléon où du comte de Làs Cases: niais elle me vient certainenient

de l'un ou de l'autre. {Note de l'Auteur* )

Napoléon cefcsa de parler ; mais déterminé à satisRkire ma curiosité autant que son est)rit momentanément communicâtif me le faciliterait, j'essayai de continuer la conversatioa. Tob-

mière ^ que Bonaparte, par le vote exprès de la nation , était Premier Cdiisul de France; et, dans la supposition qu'on chicanât sur ce vote exprès « m'avouerà-t-oii que du moins, il était Consul, c'est-à^ire gouvernant, par consentement taoite?

« La seconde concession que je demande ne peut pas souffrir plus de difficulté. Était - il constant ( pour me siervir de la fbrmule judiciaire ) que le duc d'Enghien ei^l machiné Contre la France, ou seulement intrigué contre le iPremier Consul P Était-il constant que Hoteau, tlans rbypothè^e inônaîs du salut de la France y eût conspirif contre son suprètne magistrat? Si je consulte là déclaration unanime de Ift conunissiôn qui condamna le duc d^nghien , ce prince avait 5 ou machiné contre la 'France, ou intrigué contre le Consul; si je lis la déclaration de la majorité qui condamna Moreau , ce général avait conspiré contre le gouvernement. Que la première de^ ces déclarations ait été Texpression d'une opinion intéressée, plutôt que cdle d'une vérité démontrée, je le crois comme honmie , et j'appellerai peut-être assassinat politique Vàéctàhn qui l'a suivie j mais en qualité de narrateur^ il faut bien que jb diëe queees aCteS de machination ou d'intrigue» ont été pu ont paru être constatés^ et qu'il en est résulté des faits que la conmiission a réputés coupables, ou que du moins elle a punis conune tels. En ce qui concerne ies actes sur lesquels fut prononcée la cul-

DE SAlIfTB- HÉLÈNE. il35

servai dono^ que de toutes les entreprises formées* {>etidant le coups, de . 1 étonnante c£M*rière' qu'il a fournie, aucune n a pa^u plus surprenante que celle qu'il tenta contre la Russie * stir*

pabilité de Moreau , comme leur intention a été démontrée par les événemens subséquens, le fait judiciaire que la cotir en avait tiré a cessé d'être problématique.

c Présenteitienit ^ue quelques circonstances, si faciles à naître de la main d'un gouvernement, aient favorisé leur perte et son triomphe » fe le crains ; et c'est ici quNm pdint décidé judiciairement rentre dans Un nouveau débat provoqué par Topiaion.

1 A la nouvelle, de Texécution du duc d*Enghien , elle se souleva avec une sorte d'horreur contre celui qu'elle flétrU à rinstant même du titre de son assassin : tant que dura le procès de Moreau, elle exhala en longs murmures et quelquefois en menaces i l'irritation qu'elle ressentait; et lorisquece général fut condamné, elle faillit éclater pour sa délivrance et peut-être pour la perte de rbomme dont il était le rival et qu'elle regardait comme son ennemi.

Toutefois, qu'on ne s'abuse pas : l'intérêt vif elf tendre que tous les cœurs portèrent au duc d'Ëqghien, n'ayait avec la circonstance politique qu'un rapport partiel et fort éloigné ; ou plaignit , dans ee prince , sa jeunesse , sa bravoure, stis amours vaèmes si tragiquement futerrom* pus ; en gémit siir le sort de <^S noms histOriliues qui, s'ils ne continuent à s'iUustter ^ur tin trône , semblent prédestinés à S'éteindre sur un éch^ud; enfin, au récit des lugubres accessoires qui avaient entouré sa nuMrt, on

à36 irtÈGËS SUR LE PRISOUniEft

tout avant d'avoir terminé la guerre de là Péoin^ suie, objet si important. Je m arrêtai pour at-* tendre la réponse; il n'en fit point» et caniime s'il ne m'eût pas entendu ,. il reprit et continua de suivre le fil de ses propres idées.

f remît de celte terreur -que le retour dés révolutions iuspire et qui s^augmente encore des larmes d'une stérile plfié.

Quant à M^reàu , si renommé dauis Tarmée , si con-< sidéré parmi le peupk, son procès, ainsi que jèVienS de le dire^ et sa condamnalion , produisirent sur Tun et ràutre un effet plus profond et des émotions plus sérieuses. Il répugnait aux hofiotmes impartiaux de voir ce général si long-temps réptiblicaîn , àssiiùilé au royaliste Piohegru , et assis à côté de chefs vendéens. Qu'il eût connivé avec eux , c'est ce qu'on ne voulait pas savoir^ afin de ne lé croire pas. Qu'il fût coupable, ou seulement imprudent, c'est ce dont on ne se permettait pas Texamen. Et quan4 sa condamnation fut prononcée , on accueillit comme un outrage la clémence qui semblait lui en ôter l'honneui^.

Veut-on maintenant toucher à quelques-uns des res« sorts secrets de. ces deux sapglanijes affaires? Parmi les hommes auxquels Bonapai^te avait confié le pouvoir, était un pel*sonniage que des crimes révolutionnaires avaient ^ fùKit ain^Ldiré, marqué de sang, et qui, sur ces affreux stigmates, étalait plus horriblement encore Tempreinte du sang du roi 5 d'ailleurs ne manquant ni'dMne sorte de bienveillance circonstancielle , que ceux qu'U obligeait

DE SAINTE-HÉLEKE. ^37

* Vos compatHotes ; dît-il , m'ont accusé d'à- « voir fôit empoisonner les nialades et le$ blés- « ses dé mon armée, à Jaffa: soyez certain que « si j'eusse commis une action aussi horrible ,

appelaient' bonté , que ceux qu'il trahissait nommaient perfidie , et qui n^ , dans cette âme essentiellement personnelle, d'autres 'mobiles qu'une prévoyance égoïste vet des calculs intéressés. Si depuis long- temps les jacobins accusaient Bonaparte de marcher à la dictature, les royalistes teignaient de soupçonner qu'il n'y tendait que pour en faire le marche-pied de la royauté. En prodiguant avec afTcctation dés éloges à Monck , ils entendaient que dans le portrait de ce restaurateur des Stuarts 9 oq démêlât celui du restaurateur des Bourbons » et ils présentaient la conduite de l'un comme devant bientôt servir de modèle à l'autre. Ainsi l'opinion se dénaturait insensiblement, et à telpoint , que ces attaques atteignirent l'homme du monde qui, plus impunément qu'un autre aurait pu les mépriser. Déjà dans le rêve que ses ter^ reurs réalisent, il voit la perte de son immense fortune et redoute peut-être davantage. En jetant un regard d'effroi sur la restauration de Charles II, déshonorée par une réaction sanglante, il lit son nom parmi ceux qu'elle a proscrits : c'est avec du sang qu'il l'effacera. Par un fatal concours de circonstances, comme chargé de la police, il venait de surprendre la correspondance du duc d'Enghien avec quelques contre-révolutionnaires de Strabourg : on trouvait , dans cette correspondance, des imprudences peut-être répréhensibles , quelques fanfaronnades et rébauchc vague, sans liaisons et sans pos-

â38 PIÈCES SUR LE PRISONNIER

« mes soldats m auraient voué à res^écration et « se seraient refusés à m'obéir. II n'y a dans «r toute ma vie aucun événement auquel j'aie « donné plus de publicité qu à celui-là. Vous

sibilité , d*un projet criminel. Par une singularité digne de remarque , le jeniie prince pariait de Bonaparte avee admiration; et, quoique intéressé â le haïr, comme nsar*pateur, il se montrait le digne descendait du grand Condé, en TappiJ'éciant comme général. C*est ce qu'on eut soin de cacher au Consul , auquel, dans un rapport envenimé par la crainte , on exagéra un écart que le nom de son auteur montrait comme importatit, et que Toccasion rendait criminel. Voilà , lui dit un perfide conseiller , voilà l'instant de rompre avec les royalistes , comme naguère vous avez rompu avec les républicains. A ceux-ci , qui caressaient encore leur chimère, vous avez répondu par la réductîbn du tribunal , réfutez ce surnom de Monck, dont les autres vous flétrissent; en vous dérobant à Toccasion qui pourrait vous le mériter. Ce sophisme, que la plus insigne mauvaise foi inculquait à Tambîtion , ne justifie pas le Consul, sans doute, il ne fait qu'expliquer sa conduite ; et s'il est vrai que sur la tombe ensanglantée du prinee , on ait fait briller aux yeux de Bonaparte une couronne plus splendide que celle des Bourbons, doit-on s'étonner que , pour l'aider à la saisir , il n'ait pas dédaigné la main des bourreaux ?

Appliquerons- nous cette réflexion à la catastrophe qui épargna Moreau et enveloppa Pichegru avec George? Une analyse exacte ne s'y trouverait peut-être pas élran-

DE SAI^T|S-I^£I«ÈN{:. 25q

« ayez uiioffiçiç^) sii^ Robert Wil^QP » <^^laécrit

f amplecaçpt sua* m^ cav^p^tgue 4'Eg^pte? ^ E^,

proDonçapt ce$ ipots , il prit ui^ tpn 4e pli^ia^te-

rie satirique, et me dtemanda ensuite si j'avais

gèrçj cej^ndant quelques aperçus moins subtils jetteront plus 4e clarté et plus d'intérêt sur la matière qui nous occupe.

Boqaparte n'était point le rivsU de Moreau, comme une erreur intéressée Ta prétendu ; mais il ne serait pas impossible que Moreau se fût cru le rival de Bonaparte* Avant de se décider à cet égard , si Ton consulte les gens du niétier , que Ton présente auparavant leur système et leurs opinions. Çellea-ci, au teijnps où nous vivons , inspirent la plupart des jugemeus^ et )*aî vu des militaires, qui, d'ailleurs, n'étaient point insensés, refuser la bravoyre personnelle au vainqueur de Marengo , d'AusterJ^tz, d'Ién^ et de Friedland, sous prétexte qu'un despote est toujours uu l^cb^< Avçc une telle Ipgîque oi\ va loin; mais pu ne. marché guèrç p]iu9 sÇirençient^ lorsqu'on s'appuiQ sur un sy.stèfup ejççliisiT. Ainsi les admirateurs de la tacliquie lente et circonspecte de Wellington invectivent contre les vastes conceptions, les grandes manœuvres et la fougueuse stratégie de ^ouap^rte : pa^ le même motif, les mêmes homniç^ regardent Moreau conune le restaurateur de la ^dçocç nailitaire ^ et confondant deux rapports sans analogie, Us vantent son humanité , au lieu de prouver son génie. Le génie de Moreau , d'un ordre tout autre d'ailleurs que celui de Wellington, avait avec Jui cette ressemblance que , profondément méditatif, il faisait entrer dans ses plans une

â4o PIÈGES SÛR LE PRISONNIER

lu Fouvragèdé sir Robert. Je répondis affirmati*' vement. • Il est possible, dit-il, qu'il ait écrit f sur des témoignages capables de le tromper ; « car il ne prétend point avoir écrit d'après ses

foule de petites eircontances étroitement liées entre elles^ et si heureusement que^ de leur enchaînement ou simul-

tané ou successif^ devaient résulter des succès moins brillans que sûrs , ou des échecs moins éclatans et plus réparables. De là ces développemens si ingénieux dans les ordres de bataille ; ces ressources presque inaperçues f mais sensibles , pendant les besoins de Faction ; Ces moyens inattendus qui en décident la crise, et surfout ces rétraites également savantes , majestueuses et adroites qui réparent de grands désastres et conservent de beaux débris.

J'ai dû caractériser le taléiit de Moreau, parce qu'il fut à la fois le principe de sa gloire et la cause de sa perte. En efifet> dans un talent de ce genre, la défiance qu'il inspire à celui qui le possède n'est pas toujours de la âiodestie , et la résistance qu'il oppose à des conceptions qui dérangent ses calculs est souvent de la rivalité. Celle de Muréau avait pu être pressentie dans diverses occasions : elle éclata sans ménagement lors de la campagne d'Italie. Aux ordres du Premier Consul , décidé à porter au-delà des Alpes les efforts de la guerre , quoique la ligne de ses opérations demeurât sur le Khin^ Moreau dVait répondu, d'abord par des subterfuges, enfin par un refus formel. Oh ne croit pas qu'il ait alors enVié le pouvoir, pour' lequel il se sentait moins de moyens que lie penchant, mais qui, plus tard, lui parut plus facile

' BE SAINTE-flÉLiNE. ^4^

n propres observations. Pourriez-vous me dire f si sir Sidney Smith dans ses communications « officielles ayec son ^uvernement , a cherché • à fortifier le témoignage de sir Robert? » Je

à aborder , lorisqu'une imposante complicité eut promis de lui en feciiiter les approches. Quoi qu'il en soit , cette résistance aux ordres d'un homme qu'il regardait comme son inférieur en talent , attira d'autant plus sa haine 5 qu'elle lui fut pardonnée. Bonaparte fit plus : la partie principale du plan de campagne deMoreaa fut adoptée^ c^est- à-dire qu'au lieu de détacher une division de l'armée du Rhin , destinée par lui à couvrir les défilés de la Suisse 9 il se contenta dé fournir à l'armée de réserve un petit nombre de bataillons, et d'envoyer le général Moncey à la place du général Lecourbe, que le Consul demandait comme plus ks^hÛe pour diriger la guerre dans les montagnes. •

- <}tti'ne voit dans cette opposition la première érup-

tion d'une inimitié que le temps ne fit que forHfier, et que nourrirent les succès politiques du Premier Consul ? Ceux de Moreau , non moins importans sans doute, mais pins limités , n^is m^ins décisifs , servaient moins à sa gloire, qu'à l'agrandissement de son rival: nouveaumotif pour le détester davantage. Ajoutons pourtant aussi celui qui honore le vainqueur d'Hohenlinden : il était républicain. A mesure que Bonaparte marchait au pouvoir suprême 9 il sentait croître sa haine , bientôt aveuglée par un septiment coupable. Bonaparte, moinspuissant, eut rendu Moreau moins conspirateur. Et peut* être ai-je tort de qualifier si sérieusement un caractère //. 16

me rappelais mal le sujet des dépêches de sir Sidney ; mais répondant d'après mes sentimens y je dis que non. Cette réponse, quoiqu'elle ne

fût pas décisive , parut faire beaucoup de plaisir

-i^— i— — ^— i— — i— ~— — ^— i— ^■^— ^— ^— ^— ^— ^-^^-^^■^-^— ^^— — »^ 1 1 II ^^.^1^ I

si incertain ) des plans si vagues, ou peut-être des projets si mal concertés. Ceux de Pichegru , au çontrAirQ 9 étaient fixes, et joignaient à ççitfi qualité celle d!une opiniâtreté que le temps ni les obstacles n^avaient point usée. Depuis long-temps ce général VQulait ce que depuis a paru vouloir la France, je veux dire le rétablissement, de la maison de Bourbon. Mais, avec beaucoup de loyauté dans son courage , il manquait souveqt.de direction dans sa conduite. Deux fois 9 il avait échoué par défaut d'op-?. portunité. Il devait échouer une troisième ,. dans un moment où rien n'était préparé pour une restauration, royale. Peut-être aussi n'était-il pas très-efficace de s'ad«. joindre George, homme énergique et dévoué sans doute, mais que rien ne recommandait auprès de ceux qui , dans les précurseurs d'un roi annoncé comme un pèrey désirent que les qualités du partisan soient moins célè* bres que celles du conciliateur et de l'homme d'état.

On connaît l'issue du procès, et j'ai déjà parlé de son. effet sur le public. La catastrophe qui termina la vie de Pichegru est restée sous le voile 5 et quoique la. préveiie*. tioB eût voulu y reconnaître la main du Premier Consul^ l'impartialité historique , qui ne la trouve appuyée que sur de frêles conjecturiez ^ ne saurait l'adopter. A ce& conjectures même , il est de toute équité d'en opposer de contraires : puisqu'on laissa . Moreau ac défendre » puisque George çut la l|b|i1é dç parler ,. on ue voit pais.

DE SAINTE-HÉLÈNE. , i^3

à Napoléon , qui s'écria ^ur-le-cl^aipp : f Jç. le « crois, car sir Sidney Smith est au§S|i^ juste € que J)rave, » Je lui fis observer q\i'il y avaft

en Angleterre plus 4*1)^^ personne qui al^t^i-

TTTTTrr . I ..

SI

pourquoi on eût ôté ces.^çaltés à Picl^egm; ^urtoujl^oo n'aperçoit nullement le motif qui les lui eût fait ôter par un assassinat. Le peiipté le conùairâait^eti y et il y avait long.temps qu'il ^tait susgftct à,i'aFinée*,;^n;fin , si y conune on l'a prétendu , il avait le projet et le pouvoir d'entraîner dans sk perte le 'Preàiier Consul,^ dont, en exhibant un traité secret de.reatausation royale » il aurait déniasqué la perfide hypocrisie 5 n'y avait-il aucun moyen de prévenir son indiscrétion et de soustraire sa personne 9 et devait-on préférer précisément celui qui exige une coopération difficile et qui laisse des vestiges dangereux? .,-,

Au surplus 9 quelques: •contradlctoiros qu'aient paru les avis sur cette: afiaire ^ quelque peu d^acoord même que le temps ait q[>porté ^tre.eux>.je ne^^vois^ moi, dans ces cavillations qu'un Juste jretour dit mécontentement public 9 qu'on peut étouffer^ qui dissimule devant la puissance, mais qui 9 déguisé, ou découvert » réagit toujofurs en raison de soq irrit^ljoii. GçUe qu'aurait excitée une conspiration çlairenjiept ;m^iMfestée > 9e tourna contre la police, qui semblait pi^eodreÀ MchjS de Fenve. lopper d'obscurités ; et ne pouvwt jles. p^n^rer , elle s'en vengea en les calomni^Al* flUe s.'en vengea plus sûrement encore en^ repoussant; comm^ contr^rires aux réforjnes mpderQes9,4*iÇmp(<'î iUibt^çU. d'un tribunal spécial, qu'elle assioiila' aux coi(i^mi98i)p.p8 extra -judiciaires.

bûaiéùt à la jalousie tt à- la haine (xyntre sir Sidney, la conduite cjuH' avait tenue envers le capi- •taîhe] Wright; Uettè îdée le et «ourire de sur- "pirîsè ëlldé pitié. Là pensée d'accoupler ces deux noms lui parut si bizarre, que jamais elle ne ^s^était jpréiehtéê à ëoù espi:;it. €^èst bien ridicule! qu'elle, sottise ! Tiellèfut d'abord sa réponse. - Il t^oWnïençà ensuite le récit suivant.

« Après la le vëe du siège de Saint- Jean-d'Acre, f Tannée 0ë retira. sur Jafl&. Cette retraite était « devenue aD^dlùment nécessaife. B était impos-

Et iorq«e^ uidnt pqnr la première fbis avec solennité du droit de faire grâce , le Consul pensa tempéirer par cette ttfdulJBeiioe la «évéHtë de raivèt 5 ' on induisit de cette IndulgéBcomèine.quq Tarrêt était; inique $ qu'il avait été commandé par l'autorité plus qu'inspiré par la yua- Ucei et qu'une clémenlM 'tjrannique' 'flëtrissaît autant ceux qui en étaient les obféts^ que réohafiâiia âltntvaît • céuit que pourtant de» citme^ réels condanuiaient à y monter. Tant il est évidéiit què les excès de la poHtiqoe cohséîltèBt lèfli àbet^atioiis iiiorales5 qa*i)s semblent Justifier; et que quiand dans la coMcience des princes les ' ikottôtts éa laste ei du visai sont faussées , leur altération - descend aVeo rapidité dans la foule qui se venge de la contagion en Petagérant. 1

( Introduction à l^EUstoire de V Empire ftanc. , £iV. I , chap, 5 , 2'! idit. )

t sible d'occuper long-temps la place , à cause « des forces que Dgezzar Paoha pouvait rassçro- € sembler. Les malades, et les. Hpssés ét^ent en « grand nomjbre , et. j^e m'occupai -d!abord de «trouver les moyens de les faire partir \ toutes « les voitures les plus commodes y fîirent em- < ploy^es. On en envoya par eau à Damiette, et « on arrangea le reste du mieux <}u oa put pour « leur faire suivre leurs camarade» à travers le f désert. Sept'homqoies , cependant, attaqués de f la peste, étaient placés à TfaL^ôpital de la qua- « rantaine-: ce. fut le chirurgien ep chef Desge- € nette$ , qui m'en *fit le rapport. Il ajouta que « la maladieavait fait un tel progrès , qu'on ne « pouvait pas espérer qu'ils vécussent plus de t quarante^huit heures. » A cet endroit , je répétai , en branlant la tète , le mot ^epi ^ et je lui ^ demandai «'i/ nVy en avait que sepU — « Je m'aper- • cois qu'on vous aura raconté la chose différemt ment. — Très-certainement, Général: sir Robert « Wilson parle de cinquante-sept ou soixante et

« dix-sept (i). — Les Turcsétaîent très^nômbreux.

(i) Sept y cinquante-sept ^ soixante et dix^sept! Dansi

t et leur cruauté était passiée en proverbe dans « larmée. Lteur coutume de rtiutïïer leurs prî- « sonniers de la manière la plus barbare était « redoutée de nies troupes: c'est ce qui me fai- € sait employer tous les moyens pour les en pré- « server. Mais j affirme qu'il n'y avait que sept c malades ijue les circonstances me forcèrent « d^abandonher à jaffà. Leur mal était parvenu t à un tel point , qu il était impiràticable de les c évacuer, sans parler même du danger de pro-

« pageir la peste parmi leurs camarades. Dans c cette situation , je ne' pouvais ùoil plus les pla- « cer 'sous la protection des Angflais. Je mandai « prè^ de moi le plus ancien des cliirurgiens , et i riùvitai à me doniiei: son avis dans cette occa-

• sion. n bésita un moment, et répéta que ces t hommes', objet dé ma vive sollicitude , ne vi- « vraîient pas plus de quiarahtè -huit heures. Je

• lui suggérai alors (ce qui mé paraissait être

une.,ii^^^fe.8i importante, et sur le point décisif^ que signifient ces variations numériques? L^istoire, mémo

rhistoire en chiffres , ne serait -elle qu^une fable con-

venue?

DE SAINTE-HELENE. a47

« son opinion, quoi<{û^il né layouât pas, parce « qu'il espérait la recevoir de moi ) que Thun^a-

• nité même prescDÎvait d'administrer de V opium « à ces sept malheureux/Mais cette proposition

• ayant été rejetée , fut abandonnée. Je fis séjour- « nér Tarmée un jour de plus , et à mon départ y de Jaffa j'y laissai une forte arrière - garde « j-usqu'au troisième jour*. A l'expiration de ce « temps, un rapport mf annonça que ces hommes « n'étaient plus. — Ainsi àùnc^Hénéral ^ m'écriat- « je ,il n'y a pas eu d'opium de donné? — Non \ pas c du tout. Le rapport qui me parvint m'assurait % que les hommes étaient morts avant que l'ar-

• rière-garde quittât Jaffa. »

Je l'interrompis de nouveau, en citant ce que Sir Sidiiey Smith assure , qu'à son arrivée à Jafia il trouva un ou deux Français en vie. « Fort bien , répondit Napoléon , cela est possible ; mais qju'est-ce que cela prouve?»

de fut pendant cette conversation qu'il dit posséder une lettre de Sir Sidney Smith , dans laquelle cet officier parlait avec éloge des arrangemens pris pour faire évacuer les malades et les blessés , de Saiat-Jean-d'Acrc sur Jaffa , et de là

â4B PliCES SUR LE P&ISOfiTNIER

À travers le désert. Je saisis alors roccasion d'observer qu'un voyageur auglais , uji savant profe^eur à l'université de Cambridge, avait opposé de fortes objections à l'authenticité de la narration de. Sir Hobert Wilson , sur ce qui s'était passé à Jaffa. Le docteur Oark avait voyagé «par toute la Turquie , et., comme je lé croyais , avait suivi la route d'Alep et de Damas pour se rendre à Jérusalem ^de-là à Jaffa, où il était resté quelque temps. Ge savent , dont la réputation est bieà établie., a singulièrement neutralisé les assertions die son compatriote Sir Robert , quant aux charges que ce dernier a portées contre vous, quoiqu'il n'ait pourtant fait qu'attester n'avoir jamais entendu parler de cette cruelle opération; mais il observa que si un crime aussi extraordinaire que le meurtre d'un nonibré de Français commis par leur général , avait été commis , quelques traces, quelques souvenirs s'en seraient conservés , et lui auraient été communiqués lorsqu'il résidait dans cette ville, c Ce voyageur, interrompit soudain Napoléon, a-tnll parlé d'Ël Arish ? * Ma mémoire ne me fournit aucune réponse, « Eh bien , continua-t-il , vous allez aussi

a]^r€fiklres des pdi^oularitésjsur ^\ Arisli^i et la -garnison de JaSa. VtiitiSia'?ee sans doute, ht que î ai ordonné qu'on fusillât cïes Turcs à Jafl&pa

Oui , répliquai^ je: ; j Vi spuvent entendu parler de ofe massacre en Angleterre: t'était le sujet de toutes les couTersattons^ et ou le traitait de 1^ manière dont un cœur anglais parle toujours! de pareilles atrooités (i). * ' '

- Napoléon continua : f . Le^génécal Desaix tétait dans la* Haute^ÉgypIè, eb Kléber éàùs hs Toisr-* 'liage fie: Qamiette; Je iquittieii le Gâire , et traversai le désert dé. lIAraiÂéi, afin de réunir nies foirces à celles de ce' deràieT, à El 'Arish/La ville fut attaquée^ et elle capitula. On trouva parmi ies priscmnidrs des montagnaids , hâibitant lè montTabor, nmis le pïus ^aùd nombre de Na^

■ 1 * I ^ W ■ lii ■ » I I I > I 1 lu

(i) M! Wiarâèn a-t-il cdunaissafnce de V'ef((bt qn'oDt dû ]^roâuirs sUr les ccburi anglais left lettres à'e M. âtra« chan 9 intitulées AtroèUés commises dans l'Inde? Une nation entière a disparu de la surface du glabe* Le gouvemement dont M. Warden vante la bienveillance a eu

connaissance de ces atrocités: les auteurs en ont -ils été punis?

{Note du Traducteur.)

a5o PIÈGES SUR LE PRISONNIER

zareth. Oq les mît sur-le-champ en liberté, d'après rengagement qu'ils prirent de rentrer paisiblement chez eux. En même temps on leur recommanda de prévenir leurs concitoyens que les Français n'étaient plus leurs ennemis. Après cette cérémonie, l'armée continua sa route vers Jaffa. Gaza se rendit. La ville de Jaffa , à la première vue , semblait très-forte , et sa garnison était considérable. Je la fis sommer : lorsque le parlementaire eut dépassé la porte, on lui coupa la jtéte qu'on niit au bout d'une perche , et qu'on montra par dérision à l'armée. A la vue de cet horrible objet • l'indignation des soldats , portée à son comble , devint rapidement de la fureur. Us demandèrent à grands cris d'être conduits à l'assaut. Je n'hésitai pa& à en donner l'ordre* L'attaque fut terrible , et le carnage spontané surpassa tout ce que j'avais vu jusque là» Nous emportâmes la place, et, il fallut tous mes effoirts et toute mon infltience pour réprimer la furie du soldat. La nuit Vint enfin cou-

'''''■■" • i ' ma

vrir cette scène sanglante. Au point du jour

' ■ ■ ■ . -Il'

suivant, on me fit le rapport que cinq cents hommes , presque tous Napolouses , qui avaient

fait partie de la garnison d*El Arîsh , et attx^quels péti dé îours auparavant j'aràîs donné la HBerté à condition qu'ils retourneraient chez eUi/àé trouvaient et avaient, été reconnus, parmi les prisonniers. Ainsi ils avaient faussé leur parole et violé leur serment , crime quîv pendant la guerre flagrante:, entraîne. la. peine capitale, te fait ayant été bien et dûîneilt constaté , fotdohtï9ii<ltion les fusillât sur-le-<ïhaïÉrp. Le Sort de l'expédition; le salut de l'armée dépendaient de cette sévérité , contre laquelle une pitié étroite réclamet*ait âtitpideitient; nlaiB> qu'approuvé Utte politique In^én €fbftèildue.^>

Dans le cours d^e cette conversation Napoléon parut désirer que je fusse perstiadé dé la véracité dd sa narration; il riuterrbnipit souvent pour me deiââiider si je le comprenais bien. Il était, nêanûidîÉis, là patience même, lorsque rties obsétiratîons ^ëtnblaiéht indiquer lé doute ,

où qùé je-paiîaîs tte l'opinion défavorable qti*on avait en Angleterre sur quélques-unéS dé'ôé^ actiosis; Lorsque j'avdis l'ait* embarrassé- dans mes réponses', il mé donnait le tenipis de réfléchir : et j'étais fâché do no m'étrc pas mis au» fait des

aSu PIÈC£8 SUR LE PRISONNIER

alBaires dont nous parlions, parce que j'aurais pu l'engager à n» en donner des détail^ plus circons^ tanciés. . •

Il retint , après cela » 1i\ir le compte de iîr Ro-«

bert Wilson, etteie demanda si )e connaissais

80d caractère ^militaire, Je but de ses écrits , et

sllses ptfoductiofis avaieiit augmenté sa fortune.

Je r^potuUs que je ne (louTaifif Jpàrler de cela

avec pleine ponnaS^satoce d$ c^ule , biais que je

siippoiab qu on àiouit une très*haute opinioi^ de

lui : j^ajoutai que ses ouvrages lui faisaient han^

neiir comminiç éo^y^Qi, :d(e:iAéiiie qjiie ses cXt

ploits lui en avaient fsât Q^^in^:SQld4t« ««^Pltes-

< itioi, jff vous prie, eoatiima: Tiex - Em|ioretir ,

.« quel peut être leinotif qui la/engligé à sau-«

« ver I>a Valette , lami décbré de l'homme qu'il « a caJomnié ?. » Cette question imprévue

m'embarrassa; mais m ayant donné le temps de me remettre , je répondis que je ne dputai^ nullemenl que ce motif ne fit honneur à son cœur, quelque jugement qu'iNa^ût p^Tté^^ ^^ discewament et de ta disci'étjiCHi. Il ^ura été probableiâent Oonduit par un esprit héroïque , mais Vob n a j^maU imaginé qu'il p4t être influencé

BX SA»B<?rE-HÉLÈlfE; â53

par des moUls 'pécumaires: ^ ne cpoid pas qu'ua seul individu eo i^gleierre dit téuiDigtié moibâ d'égaiidi à sir Rô6éi>i «t^ s^ dbinpagnans , poui la part '<{ti'ill ^rîreM ckfis cette lâyslérit^e arf^ faire. « Je ëréis tout ce ^ué tous venez de dire * « observa 'NàpôMon , knaîs vous p6uvez être per- « suadé <|ué )p6ur sàfovèr LaVaXétte, raTgent n'au*

< ra paà. inanq^é. le tous prie. aussi de faire « âltèùtioû â rapinion t{ue }e vâi^étiieltré ; e'^st « que 1 act'ioû de sîr Robétt en laveur de- LéVi^

< letie, ^82 te éèmm^ncemeni (tune ré(ràttaiion de

« iotti et kfiCil a écrit contre fno'L{ i )» Une cîrcorià»

tance qui mérite peut-être d'être remarquée, c'est

que parnri lés -aspiktins , nous avions à' bord dû Nartuhtbertand un ftls de sir Aobei^t Wilson:

(i) Là Valette était un des favoris de l'ex-Ëmp^ereur ; et je sais que tous les Français de sa suite manifestèrent leur joie lorsque apprirent qu'il sMtait sauvé, fe me

souviens d'avoir ouï dire an ^nééBi Bertrand :que^ pnl dant tout le temps qu'il a ét,é directeur 4^ ffif^^j 4:^ s'élit commis auc^^ acte ^bitr^iee d4Q# flion ^^mai^r

tration , et que le secret des i^millea y avait topiours

été respecté.

{Note de e Auteur,) ''

â54 PIEGER SUR LE PRISONNIER

Ma curiosité me donna du courage : j essayai d'engager Napoléon à me répéter la conversation cpxi eut lieu çntre lui et M. Fox au sujet de la machine infernale. Je lavais entendue rapporter par l'honorable M ^ Bennet , passager à bord de la Lavinie, commandée par |iOrd W. Stuart, allant de Lisbonne en Angleterre en 1807.

Je commençai par dire qu'on- ays^it publié en Angleterre la conversation qu'il av^it eue à Saint* Cloud avec M. ]Pox^^ conversation à laquelle tout le mondée. ^y^itjfiloiité foi; quiunp personne de quaUté v<louéj&;i^ jg^^ t^lçi^s, m'en avait répété les détails//^ qf|Ci^ par conséquent, je ne formais aucun, dolAe sur la véracité des faits qu'elle m'avait appris. Napoléon , de la meilhumeur du monde, « Répétez-moi, dit-il, le vous avez entendu , je m'en rappellerai

sans doute. >

. Voici ».G/^n^ra/^ ce qu'on m'a rapopt;^. En allant un soir au théâtre, vou» courûtes un grand danger de perdre la TÎe par l'éxplôsion d'une machine à laquelle soh origine, seâ^ auteurs ei ses effets méritèrent le nom d infernale. On me dit que cette machine avait été placée dans une

petite rue par laquelle vous deviez passer. La^ \ témérité de votre cocher, à 0e<quoi|.«.asMureV ;' vous sauva la vie, car * trouvant liae cttarrelte placée de manière à barrer le ipàèiage à un^ocH cher plus prudent, lui, au. oontcaire^ pressa. sea chevaux , et avec une des roues de la voiturei , renversa la charrette avec violehce«> Après que vous fûtes passé ^;4'c^pl<>sî<^^ ^ut lieu. < Cela est c vrai, dit NapoléoBf, l'élit vous a bien, infor-r « mé (i).-T-rOn dit ausfti que vous vous roodlt^s au théâtre , et que vous y jouîtes de la pièce qu on donn^|t^Domiï)e si ried n'était arrivé. > . U fit un signe d'assèikiment. < On assure aussi que, dans une conversation que^ vous eûtes à Saintrt Gloud avec M. Fox , à ce sujet, vous ^ accusâtes . les Anglais d'avoir étéjtçjs a]i^teur^ de la qi^c^ipe qui devait vous oter la vie;. ^ C'est jm fait, dlti « il, oui je l'ai dit. » et ^g^lfous désignâtes pa^r^

ticulièremejD[tM.WindIi^;*Oîai M: Windhaé:ê

(1) On trouvera dans les Lettres du Cap une note au

sujet de la maèliiùe infernale. Ce qu'on en dit a été

communiqué à hauteur de la note par le général Lannes

qui était avec Napoléon. '

{Note du Traducteur.)

fi56 PIECES SUR LE PRISONNIER

On assure encobe quo M* Fox combattit cette opinion, parce que d'assassinat est un crime qui répugne le plus: au caractère, anglais. Il a aussi dâTendu^ Mr^ Windham. qui^ quoîqu opposé et même ennemi en opinioa et en con4uite politique, était ineapable d'ordonner de pareilles atrocités. Napoléon ' se rappela dé la. conversation, et avoua qu'il avait accusé M. Windham* Je me hasardai alors ilui demander s'il avait en* corê la méipe opinioni^ «Oui, dit41, le ministère i anglais ^it du qomplot./ C'est son, argent qui i enà payé leiî frais et beaucoup d^autres pour M le même objet..» En cette occasion mon sang an§^is<était prêt i bou^lonner dans mes veines*

(r) Dans lés cfimes palitiques, ce ne sont pas ton-* |ô»i^ lès'iriJ^ttnaiftx «juilè^^Addoibent^^iiaiS' c'est toi|-* fours le )cirjr âé Jbpinion qip les^^ dédaiis. ( M[. -ft. W. ). Celle dfil^ ^ita*^e s^ rattei|tjL^;du".3 nivâse s'accorda tellement avec Tidée qu^en a conservée Napoléon, qu'on

apsUifia ,1^ .tpnnp , d'artifice d'pfii, jaimt V,explp«o» 4e

pqnulaûres sont des ^rôl»^ dopt la forme ;p'ee(t pcpt-j6trQ pas irréprochable 5 mais qui,, à travers les erreurs de commande 9'le9;]^éîiag^ Intéressés, font surgir la vérité.

Je lui fis la réponse suivante: Ma nation déteste un assassin encore plus qu'elle ne méprise un lâche ( 1 ) ; à la vérité , lassassirï est au-dessous d'un lâche, et je ne crois pas qu'il existe un cœur anglais qui ne soit révolté à l'idée d'un pareil attentat. Je souscris bien sincèrement à l'opinion de M. Fox, Il ne répliqua pas, mais il fut aisé de remarquer qu'il n'était pas convaincu, et qu'il avait toujours la même opinion sur l'origine de la machine infernale*

J'abandonnai ce sujet, et m'approchant de la cheminée , j'examinai un petit buste en marbre qui me parut d'un travail exquis. Lorsqu'il vît que je le considérais avec attention , « C'est mon « fils, s'écria-t-il ! voilà tout ce qu'ils m'en ont « laissé 1 » La ressemblance de cet enfant avec son père est frappante z elle se fait remarquer au

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(i) Témoins la spoliation des flottes hollandaise et danoise , les incendies de Washington et de Copenhague , le renversement de l'empire de Tippoo-Saêb et le

massacre de sa famille ! Toutefois les Anglais

soutiennent que dans ces forfaits politiques il n'y a pas à^ assassinats, et que dans ceux qui les commirent on ne compte pas un lâche,

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