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ne dirai pas aux auteurs qui ont parlé ou écrit avec plos ou moins de détails, plus ou moins de connaissances personnelles ou traditionnelles , de la campagne de Wa« terloo ; mais à celui qui a décrit cette campagne comme il l'a faite, à Napoléon. Après avoir lu ses Mémoires sur 181 5*, on demeure convaincu de ce qu'il y a plus de six ans î'avais pressenti par instinct patriotique, 6t établi d*uiie inaniëre péremptoire : Que ce ne fut ni aux combinaisons de lord Wellington , ni à la bravoure impétueuse de la cavalerie anglaise , que les alliés durent le succès de la fin de cette journée , mais à la désobéissance de deux aides-de-camp de l'Empereur, auxinex^ plicables promeTto^e^ du maréchal Ney, à la méprise ou à l'opiniâtreté du maréchal Grouchy. Ajoutez à ces causes premières deux trahisons manifestes, une foule de perfidies de détail, et cet esprit de défiance fomenté dans une armée qui, n'ayant plus de foi dans ses chefs, avait cessé d'en avoir dans la fortune.
( Note de M. R. W. )
* PubUês, sous les ^ityxx du geuéral Gourgaud , par Corrèard^ Edilcui* du présent Kccucil.
2'j8 PIEGES SUR LE PRISOKKIER
quelques ouvrages des notes qui m'ont fait connaître plusieurs de vos savans ; je vous prierais de m*en rappeler la mémoire, en me disant leurs noms? — Je lui citai en conséquence Black pour la chimie , Monro pour lanatomie et la chirurgie , et Grégory pour la physique ; mais je lui fis observer , qu'en lui mommant trois savans distingués , sous lesquels j'avais étudié , je pourrais en signaler beaucoup d'autres d'un aussi grand mérite. — Je n'ai jamais connu qu'un seul médecin dont le diagnostique fût infaillible. U découvrait , aveiyla plus grande sagacité , la nature et le siège* d'une maladie : son nom était Dubos; mais , cho^e étrange» il ne pouvait rien prescrire, et par conséquent, il ne voulut jamais entreprendre le traitement oulaguérison des maladies dont il connaissait si bien la cause. — Je lui observai qu'il ayait un excellent chirurgien avec lui en Egypte , M. Larrey. — Oui, répondit^il, il était excellent pour tout préparer sur le champ de bataille ; mais j'ai eu avec moi des gens qui lui étaient de beaucoup supérieurs en connaissances scicnti-
fiques. — M. Percy , qui vous rejoignit au matin , le jour d'Âusterlitz , avait la réputation de pos-
sédcr des talcns supérieurs dans sa profession. — Ah! secria-t-il en rougissant, qui vous a appris cela ? — Je dois lavoir appris par les ouvrages de M. Larrey , ou lavoir entendu dire à M. le comte Bertrand. Il continua :
— ^J'avais l'intention de faire en France , trois classes des personnes de votre profession; j'ai toujours eu des égards pour elles* C'est une science, et plus qu'une science, parce qu'il faut
en acquérir plusieurs pour la posséder : la chimie, l'anatoraic ,1a botanique et la physique. La première classe aurait été coipposée des personnes les plus éminentes de la profession. — Mais, Général ^ comment les auriez vous découvertes ? — Par leur réputation , leur fortune , et la figure qu'ils faisaient dans le monde — Mais ce
plan n'aurait-il pas été sujet à bien des objections.^ Plusieurs personnes d'un grand mérite vivent dans l'obscurité. — Eh bien ! qu'elles y restent; â quoi sont-elles bonnes? !$i j'avais à choisir un chirugien , ne devrais-je pas plutôt prendre celui du Northumberland que celui d'un petit brick ? — En cela , Général , vous pourriez encore vous tromper. — Non , non , non ; un
j)80 PIEGES SUR LE PRISON^YIER
homme de mérite dans toutes les conditions de
la vie , se fait connaître. Soyez certain que je ne
me tromperais pas , et qu'en général mon plan
est bon. Les premières classes auraient eu une
marque honorifique, pour les distinguer, outre
le respect que s'attirent toujours, dans la vie privée, les hommes qui ont reçu Une bonne
éducation. La troisième classe aurait été extrêmement humble; il ne lui aurait été permis d'administrer que les médicament les plus simples.— Peut-être, Général^ qu'à l'appui d'un pareil arrangement vous auriez suivi la coutume anglaise, de soumettre les futurs candidats à un examen préalable ? — Oui, cela aurait été juste. — Un médecin, dit-il ensuite, me paraît ressembler à un officier-général. Ce doit être un homme capable d'observer , de discerner : il lui faut l'œil pénétrant. Avec ces qualités , il découvrira les forces et la position de l'ennemi. C'est ce que pouvait faire le docteur Dubos , et rien de plus. Un habile praticien n^emploiera que tout juste les forces nécessaires d chasser l'ennemi de ses retranchemens; s'il en employait davantage il risquerait d'endommager la citadelle. Ainsi ,
DE SAINTE-HÉliÈNE. â8i
je pense que si vous administrez une trop forte dose de mercure , il peut faire beaucoup de mal. J en dis autant de là pratique dû docteur Sangrado. — J'exprimai alors à Napoléon ma surprise de la bonne santé dont il avait joui pendant les vicissitudes d'une vie aussi agitée que la sienne. — Oui , ma sauté a toujours été bonne. Lorsque larmée d'Italie était campée près des marécages, plusieurs soldats furent attaqués de fièvres, et moi je résistai. J'observais les règles de la tempérance , et en général toujours très-sobre , je tenais la balance égalé entre mon appétit et l'action de mes organes digestifs* J'avais en même temps assez d'exercice et d'esprit et de ciorps. — On a cependant dit , qu'à votre retour d'Egypte vous étiez malade. — J'étais maigre et de temps à autre affecté d'une toux opiniâtre ; ce fut Corvisart qui me guérit en m'appliqiiant des vcssicatoires sur la poitrine. — On a fait courir aussi le bruit que vous étiez sujet à des éruptions , cutanées. Votre ami Goldsmith est celui qui l'a dit.— C'est vrai. Voici la manière dont il raconta cette anecdote.
«Au siège de Toulon, je commandais une
petite batterie de deux pièces de canon. Une de vos chaloupes approcha du rivage et tira un coup qui tua deux canonniers à côté de moi ; ]e saisis un refouloir échappé à la main d'un des hommes tués. Ce canonnier , à ce qu'il parait , avait la gale, et peu de jours après j'en eus une bien conditionnée. J'eus recours à des bains , et je guéris. Cinq ans après , j'eus une rechute du même mal , mais extrêmement violente; il paraît que la gale , pendant tout ce temps-là , m'avait infecté le sang ; elle céda cependant bientôt aux remèdes , et depuis elle n'a plus reparu. »
Comme je commence à croire que je vous porterai ma lettre moi-même (et je suis persuadé qu'elle ft'en sera pas moins bien reçue ) , je vais continuer ma narration jusqu'à la fin , saïis interruption.
Le Newcastle et l'Oronte ont été signalés des hauteurs de Sainte-Hélène , dès le point du jour du 19 juin. Je ne puis vous exprimer le plaisir que j'en ressens.
Je me rendis «à Longwood où j'arrivai à dix heures du matin , et l'on ne sut pas plutôt que j'y étais , que Napoléon me fit inviter à déjeu-
DE SAÏNTE-HÉIÈNE. 283
ner avec lui dans le jardin. Dès qui! me vît, ii nae dît:— -Vous venez prendre congé de nous? -^ le SHtsimiti-d»» cette MtCDtioi^
— Vous vws ^épécfaonez âsaic Je di^eàacr,
ajouta -t- il en mè montrant une oliaise. Nous eûmes alors la conversation suivante:
— Avez -vous reçu des lettres de vos amis? — Non , Monsieur j les vaisseaux ne pourront entrer dans la bare que ce soir- — Sait -on le nom de l'amiral ? — Oui, il se nomme Malcora. — Etes-vous bien aise de retourner en Angleterre ?
— Parfaitement. — Avez- vous appris quelques nouvelles ? — Le dernier transport arrivé d'Angleterre a apporté de nouvelles brochures. La Revue par trimestre^ un livre intitulé : Lettres de Paul à ses parens; les Nuits de l'Abdication; l'ouvrage intitulé : De Buonaparte, par Boyce. — Les avez-vous lus ? — Oui , Général, et avec un vif intérêt. — Et qui est-ce qui a occasionné cet intérêt ?
— C'est qu'il y a dans ces ouvrages plus de candeur que je n'en ai trouvé dans aucun. L'ouvrage de M. Boyce , surtout , est celui que je désirerais que vous vissiez. — Pourquoi ne l'avezvous pas acheté pour moi ? — Il n'y en avait
â84 PIÈCES SUR IiE PRISONNIER
qu un seul exemplaire , et un voyageur qui partait pour la Chine en a fait l'emplette. Il m'a privé de le lire et de corriger les choses inexactes qui auraient pu s'y glisser. — Est^-ce un ouvrage dans le genre de celui de miss Williams ? — Bien supérieur et beaucoup plus authentique. — De quoi traite-t-il? — Des motifs que vous eûtes de quitter Ttlè d'Elbe , de votre conduite après votre débarquement à Fréjus jusqu'à votre arrivée à bord du Bellirophon. Toutefois, on vous y représente comme sujet à des accès de colère , marchant à grands pas dans votre appartement, et donnant des marques d'emportement. Il se trouve dans les Nuits de l'Abdication une histoire pathétique sur la visite du général S( lignac, membre de la chambre des députés, lorsqu'il vint tous demander votre abdication. Cet auteur (i), ainsi que Paul^ nom suppose , donnent des particularités très-intéressantes sur la bataille de Waterloo.
Je vais , je penâe , vous faire rire 6n vous disant que votre guide Lacoste n'a pas été oublié,
(i) Caché sous le nom de S» Didier,
DE âAIHT£-HÉl.iNE. Il85
On assure , de lui , qu'il a eu une peur terrible* — Peur, de quoi? — Des balles qui sifflaient à ses oreilles. On ajoute que vous vous moquâtes de lui , et que pour le consoler vous lui dites qu'il était beaucoup plus honorable de recevoir une balle dans )a poUrine que dans le dos. De plus ou dit qu'il se plaignit d'avoir été niai récaoïpensé des dangers qu'il avait courus , puisqu'il n'avait reçu qu'un seul napoléon.. L'evEmpereur répliqua $ur-le- champ avec un sourire signifi-? catif : Il aurait pu aussi bien dire cinq cent3* Je continuai.
Hi/L Boyce me paraît très*exact dans le rapport qu'il fait des deux armées. — Quel nombre donnet-il à l'armée française? — 11 cite pour son autorité un officier général, et la fait monter à^o^ooou. — J'en avais 71,000. Combien comptc-t^il d'Anglais sur le champ de bataille ? — Y compris l«i légion Germanique, 3o,ooo qui , réunis aux Belges, aux Hanovriens et aux Brunswicquois, for* maient 68,000 hommes. — Combien y avait-il de Prussiens sous les ordres de Bulow? — Je ne sais pas précisément, peut-être i5,ooo. — Et à l'arrivée de Blûcher, vers le àoir, combien étaient*
â86 PIÈGES SUR LE PRISONNIER
ils en tout? — Je Tigoore aussi; mais le duc de Wellington avoua qu'il s*estima heureux de voir paraître son ancien ami : personne au monde ne pouvait lui être plus agréable que Blûcher ce soir*là (i)-
Depuis que jai eu Toccasion de voir Napoléon , ) ai toujours été tourmenté du désir d'apprendre l'opinion qu'il avait sur notre célèbre général en chef. J'ai entendu souvent dire qu'il ne la cachait pas , mais je n'avais jamais pu m'assurer du fait. Le moment favorable que je cherchais depuis long- temps me parut arrivé, car il semblait encore de meilleure humeur et plus communicatif que de coutume. Je résolus donc de me satisfaire , vu que surtout c'était probablement la dernière occasion qui m'en serait offerte. Le peuple anglais, lui dis-je, parait mettre un intérêt infini à connaître Topinion que vous avez du caractère militaire du duc de Wellington. Il ne doute nullement que vous ne soyez
(i) c Je n'ai jamais été si près d'être battu », a dît lord Wellington avec la simplicité d'un héro& et la franchise d*un homme de bien.
juste , et il s attend peut-être qu'en celle qualité vous ferez son éloge, éloge dont le duc aurait raison de s'enorgueillir. A ces mots Napoléon garda le silence. Je commençai à craindre d'avoir été trop loin. Jusqu'alors je ne lui avais jamais adressé une question sans l'avoir regardé en face , pour solliciter sa réponse , et cette fois je baissai les yeux involontairement pour l'attendre; mais je n'en reçus aucune. C'était la seconde question à laquelle il ne daignait pas répondre (i\
Il ne me parut cependant pas que je lui eusse déplu , car, quelques minutes après, il renoua la conversation en me demandant ce que la Revue contenait — La critique d'ouvrages nouveaux ,
(1) Que répondre à des questions qui joignent Tabsence du savoir-vivre au défaut des convenances ? Si Napoléon y daignant satisfaire ce curieux impertinent, avait loué lord Wellington ; croirait-on à sa sincérité? sUl Teût bldmé, croirait-on à sa justice? Quant à Tanalyse, à Tcxamen des opérations du capitaine anglais , M. Warden est-il en état de les entendre ? L'Empereur , qui avait jugé le bon-homme^ lui parlait vaccine et saignée.
â88 PIECES SUR I.E PRISONNIER
lui répondis-jc , entre autres , celle de trois pamphlets qui parlent de vous , Général : on dit que l'un a été écrit par un lieutenant du Bellérophon. — Que pouvait-il trouver à dire de moi , pour eu faire le sujet d'un livre? — En vérité, Général ^ je suis honteux de vous faire part du contenu de ces brochures , et je m'étonne qu'un journal aussi estimable que cette Revue perde son temps à réfuter de pareilles productions : entre autres faussetés , ces brochures racontent , en l'altérant « la conduite que vous auriez tenue pendant le temps que vous avez passé aux Briars : vous allez juger du génie inventif de ces pamphlets , lorsque j'aurai ajouté qu'ils vous représentent comme irrité contre une des petites filles de cette maison, parce qu'elle ne connaissait pas la monnaie d'or à laquelle votre effigie a donné le nom de Napoléon. Avec autant de vraisemblance, on dit que vous fûtes transporté de rage, à la vue du portrait du grand Mogol, qu'un des frères de la petite fille vous avait présenté dans un paquet de cartes. M. de Las Cases n'échappe pas à la verge de ces observations , car il est envoyé par vous, en pénitence au buffet, jusqu'à ce que
DE SAINTE-HÉliÈNE. 289
des cartes neuves puissent se mêler avec plus de facilité. « Vos éditeurs, dit Napoléon, sont très-^ divertissans , maïs il faut supposer qu'ils croient ce qu'ils écrivent.» — Au moins, il faut présumer qu'ils se flattent d'amuser les lecteurs. Il y a un autre ouvrage qui a excité une attention plus générale : il est écrit par un Français , l'abbé de PradU Je fus interrompu par un éclat de rire et et. par cette exclan)|||t;ion : « Oh l'Abbé ! » Il pa« rait que ce personnage était jadis le plus humble des humbles adulateurs de Napoléon : il avait d'abord occupé un emploi subalterne dans la police ; mais il . possède des qualités propres à lui procurer de l'avancement. « Il était rusé et facétieux, dit Napoléon, et je le pris avec moi ^ lorsque, voulant faire la guerre en Espagne , je dus surtout la diriger contre les monastères : l'Abbé était comme une phalange qui devait renverser le pouvoir des prêtres. Las Cases vous donnera cinquante anecdotes sur le compte de l'Abbé. Dites - moi , je vous prie , ce qu'il est devenu. — Je n'en sais absolument rien. Il fait la narration de votre retour à Varsovie, après les désastres de Russie, et je suis persuadé
2gO PIEGES SUR LE PRISONNIER
que ce morceau vous amuserait beaucoup. Il fait la description d'une sorte de fantôme 4 haute taille empaqueté de fourrures , et entrant tout-à-coup dans son hôtel : c'était Caulincourt^ Il dit aussi que vous étiez caché à Thôtel d'An-r gleteire , où il vous procura d'excellent vin, La Revue n'épargne pas l'Abbé , qui déclare que la conquête de la Russie était immanquable, sans la sagacité d'un homme : ^je vous prie de de-^ viner, dit l'éditeur de \3i Revue à son lecteur, quel était cet homme. Cet homme n était autre que M. TAbbé, qui voulait faire dire de lui, qu'il avait attrapé son maître. » Napoléon ne rit paç souvent ; mais cette historiette et l'idée de l'Abbé le firent rire aux éclats.
Déroulez votre carte de Flandres , mon ami , étendez-là sur vôtre table, et suivez moi, si vous pouvez. J'ai eu ce matin la satisfaction d'obtenir la marche exacte des mouvem^ns de l'armée française sur la carte même de Napoléon ^ de^ puis le jour où il passa la Sambre, jusqu'à la célèbre bataille de Waterloo. Je m'attendais» comme vous le supposez bien , à avoir des dé» tails sur les circonstances qui occasionn^ent la
B£ SAllfTl-^ HÉLÈNE.. 2gi
perte de cette bataille* Mes espérances étaient
bien fondées} cai^ Ip général Gourgau^d :com-f
mença à me monti^er les erreurs commises paç
quelques-uns dç6 cbefs de l'armée française ,
erreurs si fatales auas: derniers efforts de VEm-
pereur son maître! Il me les fit refnarquer avec
une telle promptitude, une tçUe clarté, que je
m'imagindi le comprendre parfaitement. Néan^
moins , je doute que je puisse vous démontrer
les erreurs de ces chefs d'une manière aus^^i claire
que j'ai cru les concevoir.
Il parait que Napoléon ignorait absolument le
mouvement opéré de Fresnes, le 1 6, par le comte d'Erlon (Drouet), car lorsque ce général parut à Ligny, Napoléon déploya des troupes pour le combattre , prenant les siennes pour des Prusr siens. D'Erlon apprit alors la défaite de ces derniers , et ne croyant pas qu'il fut nécessaire de se mettre en communication avec l'Empereur, il alla reprendre son ancienne position. Cette divi-
sion de l'armeé fut par conséquent inutile , pendant cette journée, à l'Empereur et au maréchal Ney . Grouchy , perdant Blûcher de vue et prenantla route circulaire quil suivit constamment,
:H)2 PlÈCfeS SUR LE PRISONNIER
est représenté comme ayant commis une erreur des plus fatales. Tandis que l'aile droite des Français, dans la bataille dû 18, était occupée à enpi-^ pécher Bulow de faire un mouvement de flanc, dont on avait une parfaite connaissance, le maréchal Ney reçut Tordre d'engager latténtion des Anglais pendant une partie de l'action, mais de manière à ne point exposer ses troupes , ni à les affaiblir. Il parait que Ney n obéit pas aux ordres qu'il avait reçus , ou que des circonstances imprévues l'empêchèrent de les exécuter. On assure qu'il fit attaquer une hauteur et par là s'affaiblit en l'occupant. Lorsque la garde impériale arriva pour charger, il fut hors d'état de la soutenir. Napoléon, au passage de la Sambre, avait, à ce qu'on m'a assuré, 1 1 1,000 hommes. Dans les batailles de Ligny et des Quatre-Bras, il perdit 1 0,000 hommes. Le corps d'armée de Grouchy, fort de 3o,ooo hommes, détaché pour suivre Blucher, ne lui laissait plus pour la bataille du 18, que 71,000 hommes effectifs. J'espère que vous comprendrez le compte que je vous rends, et qui , je crois , est conforme à celui que le général Gourgaud a bien voulu me communiquer. J'avoue
SE SAlMTE-HÉLÈNfi. âgS
cependant que je ne connais pas deux narrateurs plus embarrassés que ne le sont , ou un marin qui Teut faire la description d'une bataille sur terre ^ ou un soldat qui prétend faire celle d'ua combat naval. Mais pour descendre graduelle-^ ment d'un sujet si élevé, [e vous dirai que le rapport sur Napoléon, qui , pour voir la bataille d'un point élevé, avait fait construire un échafaudage en bois , est un conte fait à plaisir. C'était un tertre sur lequel il se plaça avec son étatmajor ; et comme le tei:rain était en pente et glissant, il fît placer des tresses de paille sous les pieds , afin de les tenir secs et de ne pas glisser. Telle fut ma dernière visite à Longwopd. Quand j'allai prendre congé de Napoléon, il se
leva et me dit : «Je vous souhaite santé et bonheur , un heureux voyage vers votre patrie , où. j'espère que vous retrouverez vos amis en parfaite santé et prêts à vous recevoir.»
J'avais toujours été traité avec tant d'égards, et tant d'affection par le général Bertrand, M. de Las Cases et par toutes les personnes de la suite de Napoléon , qu'en prenant congé d'eux tous^, je ne pus réprimer mon émotion. Je aai jamais.
âg4 PlioSS SUR LE PRISONNIER
connu de famille plus unie et plus aimable que celle du comte Bertrand : et son affection comme époux , sa tendresse comme père ne peuvent être égalées que par sa fidélité envers son souverain et son ami.